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Charles Ives, 150 ans

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Charles Edward Ives, né le 20 octobre 1874 et mort le 19 mai 1954, est un compositeur américain.

Charles Ives est né à Danbury, dans l'État du Connecticut. Son père, George Ives, était chef de la musique de l'artillerie de l'union dans l'armée des États-Unis durant la guerre de Sécession. L'une des choses ayant pu l'avoir influencé fut d'avoir écouté sur la place de Danbury la fanfare de son père simultanément avec d'autres fanfares jouant sur d'autres côtés de la place. Son père lui donna quelques cours de théorie musicale avec une grande ouverture d'esprit, encourageant son fils à expérimenter des harmonisations bitonales voire polytonales. Il s'entraîna ainsi à chanter des mélodies dans une tonalité tandis que son père l'accompagnait dans une autre tonalité. Il lui fit également découvrir la musique de Stephen Foster, à savoir des chansons populaires américaines. Ives devint organiste à l'âge de 14 ans, et écrivit différents hymnes religieux et chants pour sa paroisse, y compris ses Variations on « America ».

Ives partit pour New Haven en 1893, et fut diplômé à l'Hopkins School. Puis, en septembre 1894, il étudia à l'Université Yale les cours d'Horatio Parker. Il y composa plusieurs pièces dans le style choral d'une manière similaire à son mentor, écrivant des musiques d'église et même une musique de campagne électorale pour William McKinley. Pendant cette période plusieurs de ses pièces sont publiées, dont notamment une marche, Intercollegiate, qui sera jouée lors de l'inauguration de la présidence de McKinley. Le père de Charles mourut le 4 novembre 1894, et ce fut un choc pour le jeune compositeur qui l'avait idéalisé. Il continua par conséquent à mener les expérimentations musicales débutées avec lui, qu'il poussa assez loin.
Ives termina ses études à Yale dans des domaines très différents, comprenant le grec, le latin, les mathématiques et la littérature. Il fut membre des sociétés secrètes Delta Kappa Epsilon et Wolf's Head, ainsi que président de l'Ivy League. Ses œuvres Calcium Light Night et Yale-Princeton Football Game démontrent l'influence de l'Université sur ses compositions. Il écrivit sa Symphonie no 1 en guise de thèse de fin d'études sous le tutorat de Parker.

En 1898, après l'obtention de son diplôme à Yale, il accepta un travail à 5 $ par semaine de préposé dans une compagnie d'assurance de New York (Mutual Life Insurance Company), et déménagea dans une chambre d'appartement à New York qu'il partagea avec d'autres jeunes hommes. Il continuera d'être organiste à l'église jusqu'en 1906. En 1899, il changea pour l'agence Charles H. Raymond & Co., où il resta jusqu'en 1906. En 1907, à la suite des échecs de Raymond & Co., lui et son ami Julian W. Myrick créèrent leur propre compagnie d'assurance Ives & Co., qui devint plus tard Ives & Myrick, dans laquelle il demeura jusqu'à sa retraite. Il composait pendant ses temps libres, et travailla jusqu'à son mariage comme organiste à Danbury, New Haven, Bloomfield (New Jersey) et New York. En 1907, Ives subit sa première attaque cardiaque qui fut suivie de plusieurs autres. Ces attaques ont probablement eu une origine plutôt psychologique que physique. Certains l'attribuent à sa carrière duale. Mais après sa guérison, Ives connut sa période la plus créative en tant que compositeur.

Il épousa Harmony Twitchell en 1908, puis ils s'installèrent dans leur appartement à New York. Il eut une remarquable carrière dans les assurances, tout en continuant à être un compositeur prolifique jusqu'à une rechute de ses attaques cardiaques en 1918. Après cela, il composa très peu : ce furent ses dernières œuvres. Parmi celles-ci, on trouve la chanson Sunrise en août 1926. En 1922, Ives publia ses 114 Songs qui représentent l'ampleur de son travail de compositeur. Celles-ci incluent des thèmes qu'il écrivit adolescent, et d'autres très dissonants comme The Masses (Majority).

Son épouse raconte qu'un matin en 1927, il arriva en larmes disant qu'il ne pouvait plus rien composer : « nothing sounds right » (rien ne sonne bien). De nombreuses thèses furent élaborées pour expliquer son silence durant ses dernières années, qui semblèrent aussi mystérieuses que celles de la vie de Jean Sibelius, lui-même ayant arrêté brutalement de composer à peu près à la même période. Ives ayant de plus en plus d'ennuis de santé, il continua cependant à réviser et retravailler ses premières œuvres. En 1930, il prit sa retraite du milieu des assurances, ce qui lui donna plus de temps pour se consacrer à la musique, mais il resta incapable d'écrire de nouvelles compositions. Dans les années 1940, il révisa sa Concord Sonata, qu'il publia accompagnée des Essais avant une sonate parus à compte d'auteur en 1920.

Charles Ives mourut en 1954, à New York, à l'âge de 79 ans. Son épouse est décédée en 1969 à 92 ans.

Ives a étudié à Yale, et sa 1e Symphonie montre une maîtrise de l'écriture en forme sonate dans le contexte de la fin du XIXe siècle, mais également une tendance iconoclaste, avec le second thème qui sous-entend plusieurs directions harmoniques différentes. Son père était chef de fanfare, et tout comme Hector Berlioz, Ives était fasciné pour les musiques d'extérieur et leur instrumentation. Ses tentatives de fusionner ces deux éléments, et son admiration pour Beethoven sont les lignes conductrices de sa vie musicale.

Ives publia une collection de ses nombreuses chansons, la plupart avec des parties pour piano qui faisaient écho au mouvement moderne qui commençait en Europe, avec l'usage de bitonalité et pantonalité. Il fut un pianiste accompli, capable d'improviser dans différents styles, même ceux les plus récents et modernes. Il est aujourd'hui surtout connu pour sa musique orchestrale, mais il composa également deux quatuors à cordes et d'autres pièces de musique de chambre. Son travail d'organiste l'amena à écrire ses Variations on « America » en 1891, dont la première eut lieu un 4 juillet, lors d'un récital célébrant la déclaration d'indépendance des États-Unis. Cette pièce reprend le thème (celui de l'hymne national du Royaume-Uni) à travers une série de variations relativement normales et plaisantes. L'une de ces variations est dans le style d'une polonaise, une autre qui fut ajoutée quelques années après avoir été composée représente la première utilisation de bitonalité. William Schuman en fit un arrangement pour orchestre en 1964.

Ives composa quatre symphonies, mais c'est avec The Unanswered Question (1906 révisé en 1930-35), pièce écrite pour une formation très inhabituelle de trompette soliste, quatre flûtes, et quatuor à cordes, qu'il posa l'environnement musical et sonore qui restera comme son style. Les cordes, situées hors de la scène, jouent très lentement, tandis que la trompette, seule face au public, joue à différentes occasions des motifs très courts que Ives décrit comme « l'éternelle question de l'existence ». À chaque fois, les flûtes, sur scène, répondent à la trompette par une explosion stridente, excepté la toute dernière fois : c'est la question sans réponse (the unanswered question). La pièce est typique de Ives, car elle juxtapose des éléments variés et disparates, conduits par la trame d'une histoire dont nous n'avons jamais réellement conscience, ce qui rend la pièce formidablement mystérieuse.

Sa Sonate pour piano no 2 : Concord, Mass., 1840-60 (1909-15), est probablement sa pièce pour piano solo la plus célèbre (il existe des parties optionnelles pour alto et flûte). Rythmiquement et harmoniquement, c'est une pièce que l'on peut qualifier d'aventureuse, et qui démontre son attachement à la 5e symphonie de Beethoven dont il cite le thème à plusieurs reprises. Elle constitue également l'un des exemples les plus frappants de son expérimentalisme : dans le second mouvement, il indique au pianiste d'utiliser une pièce en bois de 14 ³⁄₄ pouces (37,5 cm) pour créer un cluster chord, c’est-à-dire un accord de touches noires ou blanches consécutives sur la longueur de cette pièce. La Sonate Concord marque la profonde influence qu'ont eue sur sa musique les écrivains transcendantalistes. Chaque mouvement porte le nom d'un des quatre plus importants membres de ce groupe : Ralph Waldo Emerson, Nathaniel Hawthorne, Bronson Alcott et Henry David Thoreau.

La pièce la plus remarquable dans son répertoire orchestral est certainement son imposante Symphonie no 4 (1910-16). Celle-ci nécessite une grosse section de percussions, deux pianos (les deux accordés avec un quart de ton d'écart), un orgue, un groupe supplémentaire de cordes éloignées, un grand chœur, trois saxophones optionnels, et pour finir un « ether organ » (l'instrument auquel pensait Ives n'est pas évident, mais habituellement on utilise un thérémine ou un synthétiseur). L'œuvre fait penser à The Unanswered Question, d'ailleurs Ives dit lui-même que la pièce était « une question ouverte du Quoi et du Comment que l'esprit de l'homme se pose à propos de la vie ». L'utilisation de citations musicales est là encore abondante, particulièrement dans le premier mouvement, et la musique ne manque pas de nouveautés en matière d'effets sonores. Par exemple, dans le second mouvement, un trémolo secoue l'orchestre entier. Dans le mouvement final, il y a une sorte de combat entre les sons discordants et une musique tonale plus traditionnelle. Finalement entre la partie de chœur sans paroles, l'ambiance s'apaise, et le morceau se termine avec juste les percussions qui jouent tranquillement.

Il faudra attendre 1965 pour que la symphonie ait droit à une représentation complète, c’est-à-dire environ 50 ans après les dernières retouches de la composition et 11 ans après la mort du compositeur.

Ives mourut avant de terminer sa Symphonie de l'Univers, qu'il ne parvint pas à assembler durant sa vie malgré deux décennies de travail. Ceci à cause de ses ennuis de santé, aussi bien que de sa conception fluctuante de la composition. Celle-ci consiste en un découpage en trois parties temporelles : passé (genèse des océans et des montagnes), présent (terre, évolution de la nature et de l'humanité), futur (ciel, la montée vers le spirituel), ainsi qu'une décomposition spatiale en deux orchestres ou plus. Il y a eu plusieurs tentatives pour compléter ou jouer l'actuelle version. Cependant, personne n'arrive à cerner l'idée de l'interprétation générale. La symphonie reprend des idées de la Symphonie no 4 qui sont développées jusqu'à un niveau très poussé, avec des rythmes complexes croisés et des dissonances difficiles en couches, le tout au travers de combinaisons instrumentales et d'orchestrations inusitées et inventives.

Les travaux de musique de chambre comptent le Quatuor à cordes no 2, dans lequel les voix atteignent des sommets en matière d'écriture contrapuntique, s'échelonnant depuis des pointes dissonantes aiguës dans le mouvement nommé « Arguments » jusqu'à une lenteur transcendantale. Cette étendue sur des extrêmes est fréquente dans la musique de Ives, imposant ses résonances dissonantes contrastée avec des calmes lyriques. Le langage de Ives, tout comme celui de Mahler, utilise beaucoup de lignes mélodiques indépendantes. On le considère difficile à jouer car beaucoup d'indications d'interprétation sont absentes. Ce travail a eu une influence notable sur, entre autres, le 1er quatuor d'Elliott Carter.

Accueil de sa musique

La plupart de ses œuvres durent attendre plusieurs années avant d'être interprétées. Les difficultés d'interprétation dues à la complexité rythmique de ses pièces pour orchestre en firent des défis difficiles à relever.

Henry Cowell, Nicolas Slonimsky et Elliott Carter furent parmi les premiers défenseurs de sa musique. Invité par Cowell à participer à son magazine périodique consacré aux musiques modernes New Music, un bon nombre de ses partitions y furent publiées.

Dans les années 1940, il rencontra Lou Harrison, un fan de sa musique qui en fit la promotion. Harrison dirigea la première de la Symphonie no 3 (1904) en 1946. L'année suivante, cette pièce remporta le Prix Pulitzer de la musique. Ives donna l'argent de ce prix (la moitié allant à Harrison), disant « les prix sont pour les jeunes garçons, et j'ai eu le temps de grandir ».

Bernard Herrmann, qui travailla comme chef d'orchestre à la CBS et, en 1940, devint même le directeur de l'Orchestre Symphonique CBS, fut aussi un champion de la musique de Charles Ives.

Leopold Stokowski dirigea la Symphonie no 4 en 1965, considérant l'œuvre comme « le cœur du problème de Ives ».

Ives fut considéré comme l'un des « American Originals » : un compositeur qui travaille dans un style unique et américain, avec des mélodies populaires américaines utilisées dans sa musique, et un sens étendu des possibilités de la musique. Il aurait reçu des louanges d'Arnold Schönberg (qui considérait Ives comme un monument d'intégrité artistique) mais également de la New York School de William Schuman. Actuellement, Michael Tilson Thomas est un champion enthousiaste des symphonies de Ives, tout comme le musicologue Jan Swafpourd. Des œuvres de Ives sont régulièrement programmées en Europe. Cependant, Ives n'est pas sans être critiqué : beaucoup trouvent sa musique grandiloquente, pompeuse, tandis que d'autres la trouvent bizarrement timide du fait que l'on rencontre souvent des aspects de la musique traditionnelle européenne dans ses compositions.
Elliott Carter, qui fut son partisan, déclara que son œuvre était incomplète. Charles Ives influença des compositeurs aussi variés que John Cage, Frank Zappa ou John Zorn

Charles Ives, 70 ans

par

Le compositeur américain Charles Edward Ives est né le 20 octobre 1874 et mort le 19 mai 1954.

Après avoir appris la composition à l'Université Yale, il abandonne le métier de compositeur au début du XXe siècle pour se lancer dans les assurances et fonder une compagnie qui devient prospère. Il continue cependant à composer de la musique sans la faire publier ni jouer. À partir des années 1920, des ennuis de santé l'obligent à arrêter ses activités professionnelles et artistiques. À la même époque, il est découvert par l'avant-garde musicale de New York qui commence à faire jouer sa musique. La création dans les années 1930 de la Concord Sonata et, en 1947, de sa 3e Symphonie qui obtient le prix Pulitzer de musique, révèlent Ives à la critique et au public américain. Certaines œuvres d'envergure comme sa 4e Symphonie ne sont pourtant jouées que bien après sa mort. La musique de Charles Ives est originale, à la fois par l'utilisation de techniques musicales avant-gardistes et par les emprunts à la musique populaire.

Charles Ives est né à Danbury, dans l'État du Connecticut. Son père, George Ives, était chef de la musique de l'artillerie de l'union dans l'armée des États-Unis durant la guerre de Sécession. L'une des choses ayant pu l'avoir influencé fut d'avoir écouté sur la place de Danbury la fanfare de son père simultanément avec d'autres fanfares jouant sur d'autres côtés de la place. Son père lui donna quelques cours de théorie musicale avec une grande ouverture d'esprit, encourageant son fils à expérimenter des harmonisations bitonales voire polytonales. Il s'entraîna ainsi à chanter des mélodies dans une tonalité tandis que son père l'accompagnait dans une autre tonalité. Il lui fit également découvrir la musique de Stephen Foster, à savoir des chansons populaires américaines. Ives devint organiste à l'âge de 14 ans, et écrivit différents hymnes religieux et chants pour sa paroisse, y compris ses Variations on America.

Ives partit pour New Haven en 1893, et fut diplômé à l'Hopkins School. Puis en septembre 1894, il étudia à l'Université Yale les cours d'Horatio Parker. Il y composa plusieurs pièces dans le style choral d'une manière similaire à son mentor, écrivant des musiques d'église et même une musique de campagne électorale pour William McKinley. Pendant cette période, plusieurs de ses pièces sont publiées dont notamment une marche, Intercollegiate, qui sera jouée lors de l'inauguration de la présidence de McKinley.
Le père de Charles mourut le 4 novembre 1894, et ce fut un choc pour le jeune compositeur qui l'avait idéalisé. Il continua par conséquent à mener les expérimentations musicales débutées avec lui, qu'il poussa assez loin. Ives termina ses études à Yale dans des domaines très différents, comprenant le grec, le latin, les mathématiques et la littérature. Il fut membre des sociétés secrètes Delta Kappa Epsilon et Wolf's Head, ainsi que président de l'Ivy League. Ses œuvres Calcium Light Night et Yale-Princeton Football Game démontrent l'influence de l'Université sur ses compositions. Il écrivit sa Symphonie no 1 en guise de thèse de fin d'études sous le tutorat de Parker.

En 1898, après l'obtention de son diplôme à Yale, il accepta un travail à 5 $ par semaine de préposé dans une compagnie d'assurance de New York (Mutual Life Insurance Company), et déménagea dans une chambre d'appartement à New York qu'il partagea avec d'autres jeunes hommes. Il continuera d'être organiste à l'église jusqu'en 1906. En 1899, il changea pour l'agence Charles H. Raymond & Co., où il resta jusqu'en 1906. En 1907, à la suite des échecs de Raymond & Co., lui et son ami Julian W. Myrick créèrent leur propre compagnie d'assurance Ives & Co., qui devint plus tard Ives & Myrick, dans laquelle il demeura jusqu'à sa retraite. Il composait pendant ses temps libres et travailla, jusqu'à son mariage, comme organiste à Danbury, New Haven, Bloomfield (New Jersey) et New York. En 1907, Ives subit sa première attaque cardiaque qui fut suivie de plusieurs autres. Ces attaques ont probablement eu une origine plutôt psychologique que physique. Certains l'attribuent à sa carrière duale. Mais après sa guérison, Ives connut sa période la plus créative en tant que compositeur.

Il épousa Harmony Twitchell en 1908, puis ils s'installèrent dans leur appartement à New York. Il eut une remarquable carrière dans les assurances, tout en continuant à être un compositeur prolifique jusqu'à une rechute de ses attaques cardiaques en 1918. Après cela, il composa très peu : ce furent ses dernières œuvres. Parmi celles-ci, on trouve la chanson Sunrise en août 1926. En 1922, Ives publia ses 114 Songs qui représentent l'ampleur de son travail de compositeur. Celles-ci incluent des thèmes qu'il écrivit adolescent, et d'autres très dissonants comme The Masses (Majority).

 

Son épouse raconte qu'un matin en 1927, il arriva en larmes disant qu'il ne pouvait plus rien composer : « nothing sounds right » (rien ne sonne bien). De nombreuses thèses furent élaborées pour expliquer son silence durant ses dernières années, qui semblèrent aussi mystérieuses que celles de la vie de Jean Sibelius, lui-même ayant arrêté brutalement de composer à peu près à la même période. Ives ayant de plus en plus d'ennuis de santé, il continua cependant à réviser et retravailler ses premières œuvres. En 1930, il prit sa retraite du milieu des assurances, ce qui lui donna plus de temps pour se consacrer à la musique, mais il resta incapable d'écrire de nouvelles compositions. Dans les années 1940, il révisa sa Concord Sonata, qu'il publia accompagnée des Essais avant une sonate parus à compte d'auteur en 1920.

Charles Ives mourut en 1954, à New York, à l'âge de 79 ans. Son épouse est décédée en 1969 à 92 ans.

La plupart de ses œuvres durent attendre plusieurs années avant d'être interprétées. Les difficultés d'interprétation dues à la complexité rythmique de ses pièces pour orchestre en firent des défis difficiles à relever.Henry Cowell, Nicolas Slonimsky et Elliott Carter furent parmi les premiers défenseurs de sa musique. Invité par Cowell à participer dans son magazine périodique consacré aux musiques modernes New Music, un bon nombre de ses partitions y furent publiées.

Dans les années 1940, il rencontra Lou Harrison, un fan de sa musique qui en fit la promotion. Harrison dirigea la première de la Symphonie no 3 (1904) en 1946. L'année suivante, cette pièce remporta le Prix Pulitzer de la musique. Ives donna l'argent de ce prix (la moitié allant à Harrison), disant « les prix sont pour les jeunes garçons, et j'ai eu le temps de grandir ».

Bernard Herrmann, qui travailla comme chef d'orchestre à la CBS et, en 1940, devint même le directeur de l'Orchestre Symphonique CBS, fut aussi un champion de la musique de Charles Ives.

Leopold Stokowski dirigea la Symphonie no 4 en 1965, considérant l'œuvre comme « le cœur du problème de Ives ».

Ives fut considéré comme l'un des « American Originals » : un compositeur qui travaille dans un style unique et américain, avec des mélodies populaires américaines utilisées dans sa musique, et un sens étendu des possibilités de la musique. Il aurait reçu des louanges d'Arnold Schönberg (qui considérait Ives comme un monument d'intégrité artistique) mais également de la New York School de William Schuman. Michael Tilson Thomas est un champion enthousiaste des symphonies de Ives, tout comme le musicologue Jan Swafpourd. Des œuvres de Ives sont régulièrement programmées en Europe. Cependant, Ives n'est pas sans être critiqué : beaucoup trouvent sa musique grandiloquente, pompeuse, tandis que d'autres la trouvent bizarrement timide du fait que l'on rencontre souvent des aspects de la musique traditionnelle européenne dans ses compositions. Elliott Carter, qui fut son partisan, déclara que son œuvre était incomplète.

Charles Ives influença des compositeurs aussi variés que John Cage, Frank Zappa ou John Zorn.

La mémoire de Charles Ives

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Les actuels propriétaires de la maison de Charles Ives sont soucieux de sa valeur historique et de son caractère unique. Ils se sont entourés d'architectes  et d'entrepreneurs aussi vigilants qu'eux. Une bonne nouvelle!

Charles E. Ives : Essais avant une sonate et autres textes

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Charles Ives, un écolo avant l'heure ?
Enfin une nouvelle traduction complètement révisée des Essays before a Sonata de Charles Ives ; une première traduction avait été publiée par la même maison Contrechamps en 1986. Le texte anglais original était publié en 1920, en même temps que la partition, publiée à frais d'auteurs, de la deuxième sonate pour piano Concord, Mass., 1840-1900.

Charles Bordes, 115 ans

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Charles Bordes, né le  à Vouvray et mort le  à Toulon, est un professeur et compositeur français.

Élève de Antoine François Marmontel pour le piano et de César Franck pour la composition, il a été organiste et maître de chapelle à Nogent-sur-Marne de 1887 à 1890. En 1890, il est maître de chapelle à l'église Saint-Gervais (Paris) où il crée la chorale des Chanteurs de Saint-Gervais et organise Les semaines saintes de Saint-Gervais à partir de 1892, pendant lesquelles la messe est accompagnée de musiques italiennes ou françaises de la Renaissance.

En 1889-90, il publie Archives de la tradition basque, une collecte de chants populaires, commandée par le ministère de l'instruction publique. Ses publications musicales basques sont dix cantiques populaires basques en dialecte souletin.

Le  est inaugurée la Schola Cantorum, une société de musique sacrée et école d'enseignement supérieur de musique, qu'il fonde avec Louis-Lazare Perruchot, Vincent d'Indy et Alexandre Guilmant. On y redécouvrira le plain-chant, Palestrina, Josquin des Prés, Victoria. Il fonde ensuite les Schola Cantorum d'Avignon en 1899 et de Montpellier en 1905. Il est atteint d'hémiplégie à partir de 1903.

Charles Bordes est l'oncle du peintre Léonard Bordes (1898-1969), et le beau-frère de la pianiste lorientaise Marie-Léontine Bordes-Pène (1858-1924).

L’Orchestre de Chambre de Genève célèbre Fauré et… Ives 

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En parallèle à l’Orchestre de la Suisse Romande, l’Orchestre de Chambre de Genève propose une saison de dix concerts qui sort des sentiers battus : preuve en est le titre de l’actuelle : « Jetez-vous à l’eau ! ». 

Le deuxième de la série qui a pour cadre le Bâtiment des Forces Motrices à Genève a lieu le 4 novembre 2024, cent ans jour pour jour après la mort de Gabriel Fauré. Raphaël Merlin, le chef titulaire de la formation, inscrit donc au programme le Requiem op.48 et le Madrigal op.35 en intercalant entre ces deux œuvres une page peu connue du professeur de Fauré, Camille Saint-Saëns, intitulée Le calme des nuits datant de 1882. Mais comme le concert a pour titre In the dark, l’audace consiste à les mettre en perspective avec deux pièces orchestrales de Charles Ives, Central Park in the Dark et The Unanswered Question datant toutes deux de 1906.

En préambule, Raphaël Merlin prend la parole en expliquant que la salle sera pratiquement plongée dans le noir, alors que les quatre premières pièces seront enchaînées afin de passer progressivement vers la lumière, fût-elle intérieure, avec le Requiem de Fauré.

Et c’est par le Madrigal op.35 du même Fauré que commence le programme. Ecrit en 1883 comme un malicieux cadeau de mariage pour son ex-élève André Messager, cette épigramme, brocardant l’égoïsme cruel dans les affaires de cœur, est élaborée sur un poème d’Armand Sylvestre et est présentée ici dans une version pour chœur et orchestre datant du printemps de 1892. Y prend part l’Ensemble Vocal de Lausanne, remarquable au niveau de l’équilibre des registres, dialoguant avec l’Orchestre de Chambre de Genève qui sait ce que veut dire « accompagner »… Dans la semi-obscurité, Raphaël Merlin impose un phrasé onctueux et une sonorité chaleureuse, réduisant à la portion congrue le côté piquant du texte. L’on en dira de même de la page de Saint-Saëns, Le calme des nuits op.68 n.1, présentée ici a cappella, cultivant une nostalgie intériorisée où les paroles n’ont que peu d’importance.

Ces deux oeuvres chorales sont entrecoupées par les deux pièces orchestrales de Charles Ives. L’Orchestre de Chambre de Genève s’en fait l’éloquent défenseur. Central Park in the Dark tient de la contemplation sur fond de cordes bruissant atonalement, tandis qu’un piano suggère des bribes de ragtime qui vont en s’amplifiant pour éveiller le quartier, avant de revenir à l’imperceptible dans l’obscurité. The Unanswered Question brosse un canevas identique par le pianissimo des cordes soutenant les bois qui tentent de répondre à la trompette en sourdine juchée à l’une des extrémités du parterre. Que lui dire, alors qu’est formulée la question métaphysique sur l’existence ? Ne vaut-il pas mieux revenir au silence ?

"Mireille" de Charles Gounod, 160 ans

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Mireille est un opéra en cinq actes sur un livret de Michel Carré d'après Mirèio, poème épique en provençal de Frédéric Mistral, créé le 19 mars 1864.

Dès 1859, Charles Gounod avait parcouru le poème de Frédéric Mistral dont l'originalité l'avait séduit. Il écrivit alors à Mistral qui accéda à son désir d'en tirer un opéra. L'écriture du livret fut confiée à Michel Carré qui élabora tout d'abord un canevas qu'on soumit à l'approbation de Mistral. Celui-ci invita le compositeur à venir s'installer en Provence.

Le 12 mars 1863, Gounod et Mistral firent connaissance et Gounod s'installa dans un hôtel de Saint-Rémy-de-Provence où il fit venir un piano et composa sa partition en trois mois.

Après des répétitions difficiles, l'œuvre fut créée le 19 mars 1864 au Théâtre Lyrique à Paris mais n'obtint qu'un succès relatif, dû principalement à la coupe en cinq actes et à la mort de l'héroïne à la fin de l'ouvrage.

Divers aménagements furent opérés en vue d'une reprise au Théâtre Lyrique, en décembre 1864, sur la suggestion du directeur du théâtre, Léon Carvalho. L'opéra fut ainsi réduit à trois actes et complété de dialogues parlés, mais il n'obtint pas davantage la faveur du public.

De nombreuses retouches furent pratiquées à l'occasion des reprises successives et ce ne fut qu'en 1939, après de patientes recherches menées par Guy Ferrant et Henri Busser, disciple de Gounod, qu'on retrouva enfin la partition originale de Mireille.

Les vers de Frédéric Mistral disent : Mireille un beau matin chantait, Maître Gounod qui l'écoutait apprit sa chanson par cœur et depuis ils chantent à l'unisson.

Le livret de Mireille n'offre qu'un reflet partiel de l'œuvre de Frédéric Mistral, elle-même conçue comme un vaste poème épique. Quant à la musique de l'opéra, elle est placée sous le signe de Mozart : plus que dans Faust, Gounod s'y fait l'admirateur de Don Giovanni bien que le troisième acte présente une féerie musicale que de nombreux musicologues n'hésitent pas à comparer à Mendelssohn ou à Weber.

 

A Genève : triomphal Charles Dutoit

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Que l’Orchestre de la Suisse Romande est magnifique lorsqu’il est dirigé par un alchimiste sonore aussi chevronné que Charles Dutoit ! 

Dans un Victoria Hall dont les places ont été prises d’assaut jusqu’au moindre strapontin, le public en reste médusé, car dès les premières mesures des Valses nobles et sentimentales de Maurice Ravel, il se laisse griser par la rutilance des accords initiaux encadrant l’effervescence du discours mélodique qu’étire la flûte pour un Assez lent voluptueux acidifié par les bois. La subtilité des accents prête au Modéré un tour désinvolte qui se pare de chatoyantes moirures dans l’Assez animé, tandis que le Presque lent est nourri d’inflexions rêveuses. Un flux chaloupé parcourt un Assez vif qu’endigue le ritenuto sur les aigus afin de parvenir à un Moins vif où les véhéments contrastes entre brillance et langueur touchent à un paroxysme que diluera l’Epilogue, enveloppé des demi-teintes de la réminiscence.

Intervient ensuite la violoniste néerlandaise Janine Jansen, interprète du Concerto en ré majeur op.47 de Jean Sibelius, dialogue au sommet entre une soliste d’exception et un chef qui impose d’emblée à l’ensemble un pianissimo presque imperceptible d’où le violon extirpe un cantabile désespéré qui s’exacerbe progressivement jusqu’à une première cadenza hérissée de traits diaboliques. A la houle du tutti répond l’effusion généreuse du solo qui s’intériorise dans le grave. Sous un voile ténu des cordes semble sourdre des profondeurs l’Adagio di molto aux effluves douloureuses que le contre-sujet intensifiera en de pathétiques élans, alors que le Final, soutenu par un martellato des basses, tient d’un halling sauvage, zébré de traits à l’arraché que produit le violon avec une ahurissante maestria. Devant l’accueil délirant des spectateurs, Janine Jansen offre en bis l’une de ces sarabandes de Bach que rendent expressives les doubles cordes en un chant où le temps suspend son vol…

Charles Valentin Alkan, 110 ans

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Compositeur et pianiste, Morhange Charles Valentin Alkan est né le 30 novembre 1813 à Paris et mort le 29 mars 1888.

Son père dirigeait une école élémentaire réputée pour son enseignement musical (rue des Blancs-Manteaux à Paris). Second de six enfants, il entre à 6 ans au Conservatoire de Paris, où il étudie le piano avec Zimmermann. Il donne ses premiers concerts à 12 ans.

Deux soirées musicales ont eu lieu dimanche et lundi dernier. La première, qui était donnée par le jeune Alkan, a eu lieu dans les salons de M. Pape, l'un de nos premiers fabricants de piano. On y a remarqué particulièrement un rondeau de concerto pour le piano, avec orchestre, composé et exécuté par le jeune bénéficiaire avec une énergie et un fini qui tiennent du prodige, si on considère son âge. Il y a de fort jolies choses dans son rondeau, et l'on ne se douterait nullement que c'est l'ouvrage d'un enfant.
Fétis, dans « La Revue musicale » (II, 2, 49), janvier 1828, p. 592.

Il obtient le premier prix pour le piano en 1824, pour l'harmonie en 1827, pour l'orgue en 1834. De 1829 à 1836 il est répétiteur pour le solfège au Conservatoire.

La famille est musicienne. Sa sœur aînée, Céleste entre au conservatoire à sept ans et obtient le premier prix de solfège à 11 ans. Son frère, Napoléon (Mohrange dit Alkan) obtient un second prix de Rome derrière Joseph Charlot en 1850 et sera professeur au Conservatoire de Paris ainsi qu'un autre de ses frères.

A 24 ans, il a la renommée d'être le meilleur pianiste français. Zimmerman l'introduit dans le monde parisien. Il devient l'ami de Victor Hugo, de Chopin, de Delacroix. Liszt l'admire. Son premier nocturne lui vaut le surnom de "Berlioz du piano" mais il fait aussi découvrir Bach au public parisien. Le tout Paris court ses rares concerts et ses cours privés de piano (il partage les élèves avec Chopin, avec de très hauts tarifs).

Au milieu des année 1830, il s'installe au n° 10 du très à la mode Square d'Orléans, non loin de Zimmermann, de Chopin, Marmontel, Joseph d'Ortigue. L'amitié d'Alkan et de Chopin est parfois évoquée. Le 3 mars 1838, Chopin participe à la création de la 7e Symphonie de Beethoven dans sa transcription à deux pianos à huit mains. Peut-être cela se fait-il par l'entremise de Zimmermann qui est depuis plusieurs années un ami de Chopin.
En 1845, Chopin décline l'invitation à reproduire le même concert. Quand Chopin, trop malade, ne peut plus sortir, Alkan est parmi les fidèles qui le veillent. Delacroix, le grand ami de Chopin, note dans son journal  à plusieurs reprises sa présence.
Chopin avait de la considération pour la pédagodie d'Aklan. D'après Marmontel, après la mort de Chopin, plusieurs de ses élèves prirent leurs leçons avec Alkan.

En 1832, il obtient un second Prix de Rome derrière Ambroise Thomas.

En 1838, après la publication de ses Trois Grandes Études opus 76, il se retire de la vie publique (pour traduire la Bible ? qu'il rêvait de mettre intégralementen musique).

En 1844 il reprend les concerts. Il espère succéder à Joseph Zimmermann au Conservatoire de Paris, mais c'est Marmontel qui obtient le poste. Il quitte de nouveau la vie publique après 1848 et y revient en 1855 avec la publication de ses Douze Études dans les tons mineurs opus 39.

En 1873, il débute une série de Petits concerts consacrés à des compositeurs oubliés ou négligés comme Rameau, Bach, Haydn, et Mozart, Beethoven.

Il serait mort écrasé par sa bibliothèque, et ajoute la légende, en y prenant le Talmud. Officiellement il s'agit d'un accident domestique sans plus de précision.

Son testament (conservé sous la cote « Dos. 1 » au département de la musique de la Bibliothèque Nationale de France) fait état de sa  volonté de léguer ses livres et sa musique à son frère Napoléon à condition qu'il en autorise la copie à ceux qui seraient intéréssés par le piano à pédales ou grand orgue. Il dit avoir détruit la plus grande partie de sa correspondance, des pièces de musique et littéraires. Que certaines de ses partitions sont à son cabinet de chez Erard à qui appartient son piano à pédalier (on ne sait aujourd'hui ce que sont devenus ces documents.)

Il lègue 400 francs de rentes à l'Association des musiciens du 11 rue Bergère à Paris en une propriété, l'usufruit devant revenir à Elie Miriam Delaborde (son fils « naturel »). Mais dans un codicile il dénonce ce legs pour le reporter au profit de la Société de patronage des ouvriers et apprentis israélites (4 bis rue des rosiers), reconnue d'utilité publique depuis 1878.

Il propose une rente annuelle de 800 francs à la Sections de musique de l'Institut pour la fondation d'un concours annuel de piano à clavier de pédales qui devrait débuter 4 années après sa mort.

Il propose également, toujours au premier chef à la Section de musique de l'Institut, une seconde rente de 1 800 francs pour la fondation d'un concours international de cantates pour chœur et orchestre sur un sujet tiré de l'ancien testament. Ce concours serait ouvert aux Français comme aux étrangers, mais pas aux femmes.

Son fils Eraïm Miriam dit Elie Delaborde (1839-1913) est concertiste et professeur de piano. Sa sœur Céleste épouse un Mayer-Marix dont la famille distribuait et fabriquait des instruments mécaniques sous la marque Mayermarix.