Le compositeur anglais Christian Mason (né en 1984) est le récipiendaire du Grawemeyer Award 2025 décerné par l’université de Louisville (Kentucky/USA). Il s’agit de l’un des prix les plus prestigieux de la scène mondiale de la musique contemporaine.
Christian Mason est compositeur en résidence de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes (ONAURA) depuis la saison 2020/2021. À Clermont-Ferrand, il a développé une étroite collaboration avec l’ONAURA, que ce soit en musique orchestrale (Tuvan Songbook, Voix Terrestre, Voix céleste) ou en musique de chambre (Sai Ma / Racing Horses, Sardinian Songbook, Shadowy Fish). Cette résidence va se poursuivre avec un nouveau concerto pour contrebasse et orchestre, commande de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, qui sera donné en première mondiale lors de la saison 2025/2026.
Afin de saluer l’art de Christian Mason à l’occasion de la cérémonie de remise du Grawemeyer Award 2025 (10 avril), ONA Live édite une captation de Voix Terrestre pour orchestre à cordes enregistrée en concert lors de la première mondiale de l’œuvre (le 23 février 2023 à l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand) par l’Orchestre national Auvergne-RhôneAlpes, sous la direction d’Adrien Perruchon.
A propos de Voix Terrestre, Christian Mason déclare : « Voix Terrestre est née d’un cycle de mélodies récent intitulé La Folie d’Hölderlin, qui met en musique des poèmes du poète romantique allemand Friedrich Hölderlin et du poète anglais du XXe siècle David Gascoyne. Par leurs mots, Gascoyne et Hölderlin évoquent une conscience au-delà de l’humain, animant la nature d’une voix qui lui est propre. L’inspiration est venue de la contemplation de ces images poétiques de chants émergeant de la Terre de différentes manières. Tantôt luxuriante et sonore, tantôt dansante, la musique contraste avec des ostinati irréguliers, une impulsion lyrique et une envie de chanter. L’œuvre est dédiée à Ricardo Delgado et Laurent Bécamel, les contrebassistes de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, qui ont un rôle particulier dans la pièce. » Cette parution digitale est également une avant-première d’un futur album monographique consacré aux projets développés dans le cadre de la résidence de Christian Mason à Clermont-Ferrand.
L’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes est un ardent promoteur de la musique de notre temps avec la programmation et l’enregistrement d’œuvres de Jean-Baptiste Robin et Martin Matalon, Betsy Jolas, Thierry Escaich et Pēteris Vasks. L’ONAURA a également enregistré des pièces majeures de la modernité comme Aroura de Xenakis ou Ramifications de Ligeti.
Cette parution ONA Live intègre un catalogue de 25 titres, disponibles en streaming et téléchargement sur les plateformes à travers le monde. Elles cumulent plus de 630.000 écoutes et téléchargements sur les plateformes digitales.
Le prix de composition musicale Grawemeyer 2025, d'une valeur de 100 000 dollars, a été décerné à un Londonien, Christian Mason, pour son œuvre Invisible Threads.
L'œuvre, d'une durée de 70 minutes, emploie « un ensemble de 12 musiciens qui se déplace dans l'espace et encourage son public à parcourir l'espace de représentation ».
Elle vit près de Boston mais est née en Israël ; elle nourrit les orchestres et chanteurs depuis plusieurs décennies d’un langage bien à elle, où elle tente l’impossible alliage entre la sensitivité exacerbée de l’écorché et la précision analytique du chirurgien. La mort de George Floyd l’a fâchée, touchée, troublée -et cette phrase, de la jeune fille qui filme les derniers instants de celui qui clame ne plus pouvoir respirer, peut-être encore plus : « je suis restée là à m’excuser, m’excuser auprès de George Floyd de ne pas en faire plus, de ne pas interagir physiquement et de ne pas lui avoir sauvé la vie. » Alors, comme le fait une artiste, elle intègre l’événement, son inspiration, sa respiration coupable, les mots, la souffrance de l’homme -et celle de la femme- dans sa musique, monument de 55 minutes consacré au dernier souffle, de Floyd le Noir oppressé à la poitrine compressée, au souffle coupé (oui) et à cette pandémie qui a soudain tout bouleversé mais, aussi vite qu’elle a pris le temps de passer, laissé tout (les choses, les enjeux, les morts) inchangé -ou presque- tant nos habitudes sont profondes, ancrées, faciles- et les mots sont ceux des choristes, de leur monde impacté par l’épidémie. C’est le Jack Quartet qui s’attelle aux cordes dans la salle Mozart des Donauhallen, pour les Unhistoric Acts de Chaya Czernowin, panneau central d’un tryptique (VENA) débuté en 2020, accompagné des 24 voix du SWR Vokalensemble, et autant de mains pour, en un même mouvement, tourner les pages de la partition dans un éclat coordonné d’incandescence lumineuse : dans ces plaintes, sirènes, souffles, « pops » buccaux, dans cette succession d’événements sonores dont la fluidité m’emporte plus dans la seconde partie, je ressens à un moment une proximité (toutes proportions gardées) avec le Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima de Krzysztof Penderecki. Unhistoric Acts est une pièce qui parle de rage et de deuil.
Le dialogue excentrique entre lupophone et no-input mixer
Parmi les trois pièces au programme du concert du jeudi soir au Baar Sporthalle (plutôt bien rempli ; la fréquentation semble ne pas trop souffrir des intransigeances covidiennes – on montre patte blanche et on porte le masque), celle d’Annesley Black (abgefackelte wackelkontakte) éveille l’intérêt par la mise en avant de deux instruments inhabituels : le lupophone (aux mains de Peter Veale), rare instrument de la famille des hautbois, semblable au heckelphone (au timbre sombre et pénétrant) mais dont la gamme descend jusqu’au fa grave, et un super bidule électronique vintage (plus précisément une table de mixage sans entrées -en fait une console dont les entrées sont connectées aux sorties, ce qui génère des feedbacks qu’on peut modifier en tripatouillant les interrupteurs, boutons et autres curseurs de la table-, manipulé, avec une grâce certaine, une dextérité convaincante et un enthousiasme communicatif par un homme rond à la pilosité du siècle dernier (Mark Lorenz Kisela). La composition de cette Canadienne installée à Frankfort est étonnante, résultante d’un travail d’un an avec les solistes -qu’elle incite à imiter les sons l’un de l’autre, pour nourrir ensuite le morceau de ces imitations, transcrites, transposées, transformées à de multiples reprises puis réappliquées à un langage orchestral.
Roberto Forés Veses, directeur musical et artistique de l’Orchestre national d’Auvergne depuis 10 ans termine son mandat en juin 2021.
La phalange auvergnate a annoncé la création d’une équipe artistique à compter de la future saison 2021/2022. À sa tête Thomas Zehetmair, chef principal, entouré de Christian Zacharias et Enrico Onofri, chefs associés. Christian Mason et Isabelle Aboulker, compositeurs en résidence complètent cette équipe.
Dans son communiqué de presse, l’Orchestre national d’Auvergne a souhaité saluer le remarquable travail accompli par Roberto Forés Veses au cours de ces années notamment son investissement dans le répertoire contemporain, mais aussi romantique, associant pleinement l’OnA à la vie musicale nationale et internationale. Il a initié de nombreuses tournées internationales, des enregistrements salués par la critique, la création de son propre label digital « Orchestre national d’Auvergne Live » et l’attribution du label national par le Ministère de la Culture en janvier 2019. L’OnA le retrouvera dans des productions à l’avenir.
Alan Curtis, né le à Mason, au Michigan, et mort le à Florence, en Italie, est un claveciniste, musicologue et chef d'orchestre spécialisé dans l'opéra baroque. Il est un des musiciens à l'origine de la renaissance de la musique baroque à partir des années 1960.
Il étudie à l'Université de l'Illinois où il obtient un Ph.D. en 1960. Sa thèse porte sur la musique pour clavier de Sweelinck. Il poursuit sa formation à Amsterdam auprès de Gustav Leonhardt avec lequel il enregistre plusieurs des concertos pour clavecins de Jean-Sébastien Bach. Dans les années 1960 et 1970 il réalise une série d'enregistrements remarqués de pièces pour clavecin, incluant des œuvres de Rameau et de Bach (Variations Goldberg jouées sur le célèbre clavecin de Christian Zell de 1728).
Après une carrière d'enseignant partagée entre l'Université de Californie à Berkeley et l'Europe, Alan Curtis se consacre à produire la musique lyrique de la période allant de Monteverdi à Mozart. Déjà, en tant qu'étudiant en 1950, il est le premier claveciniste à aborder les préludes non mesurés de Louis Couperin et ensuite à recréer des opéras de compositeurs tels que Rameau ou Monteverdi. Il est un des premiers chefs d'orchestre à faire usage d'instruments anciens, avec une chorégraphie proche de celle des origines.
Il commande le premier chitarrone et le premier clavecin à feintes brisées construit au XXe siècle. En 1978, pour la production de l' Admeto de Haendel, il est le tout premier à utiliser la même composition d'orchestre qu'à l'époque de Haendel ; il ré-introduit en particulier l'archiluth, aujourd'hui communément pratiqué.
Dans les années qui suivent, il est à l'origine de la résurrection de nombreux opéras baroques.
S'installant en Italie, il crée en 1977 l'ensemble Il Complesso Barocco qu'il dirige jusqu'à sa mort. Il enregistre en particulier un nombre important d'opéras de Haendel, mais également Vivaldi, Gluck, Conti ainsi que les sonates de Domenico Scarlatti.
Next Generation Mozart Soloists vol.5.Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour pianono 15 en si majeur K. 450, no 16 en ré majeur K. 451, no 17 en sol majeur K. 453. Claire Huangci, piano. Howard Griffiths, Orchestre du Mozarteum de Salzbourg. Mai 2021. Livret en allemand, anglais, français. TT 71’43. Alpha 928
Next Generation Mozart Soloists vol.4.Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano no 23 en la majeur K. 488, no 24 en ut mineur K. 491. Julian Trevelyan, piano. Christian Zacharias, Orchestre symphonique de la Radio de Vienne ORF. Janvier 2022. Livret en allemand, anglais, français. TT 57’07. Alpha 883
Le compositeur Jean Sibelius (Johan Sibelius en finnois), né le à Tavastehus, dans le Grand-Duché de Finlande, est mort le à Järvenpää, près d'Helsinki. Il est, avec Johan Ludvig Runeberg, l'un des Finlandais qui symbolisent le mieux la naissance de l'identité nationale finlandaise.
Jean Sibelius est le fils du médecin Christian Gustaf Sibelius et de Maria Charlotta Sibelius née Borg. Le nom de famille provient de la succession Sibbe en Uusimaa qui était détenue par son arrière grand-père paternel. Le père de Sibelius est mort du typhus en , laissant des dettes importantes. En conséquence, la mère de Jean qui était de nouveau enceinte, a dû vendre leurs biens et aller avec sa famille dans la maison de Katarina Borg, sa mère veuve, qui vivait également à Hämeenlinna.
Sibelius a été par conséquent élevé dans un environnement féminin, la seule influence masculine venant de son oncle, Pehr Ferdinand Sibelius, qui était intéressé par la musique, surtout le violon. C'est cet oncle qui a donné au garçon un violon quand il était âgé de dix ans, et qui plus tard, l'a encouragé à maintenir son intérêt pour la composition. Pour Sibelius, l'oncle Pehr non seulement a pris la place d'un père, mais d'un conseiller musical. En 1870, le tout jeune Jean reçoit ses premières leçons de piano d'une tante, Julia Sibelius. C'est au contact de son oncle Pehr, violoniste amateur, qu'il découvre l'instrument pour lequel il écrira un célèbre concerto et de nombreuses pièces avec orchestre, le violon. À dix ans il écrit au piano sa première œuvre Gouttes d'eau. En 1876, dans un contexte politico-social qui promeut la culture finnoise, ses parents l'inscrivent dans une école où les cours sont en finnois. Il poursuit ensuite sa scolarité au lycée normal de Hämeenlinna jusqu'en 1885.
C'est pendant cette période, vers 1880, qu'il entreprend d'étudier sérieusement la musique. Il prend ses premiers cours de violon avec le chef de la musique militaire Gustav Leander ; ayant acquis une certaine technique, il se met à jouer de la musique de chambre avec son frère et sa sœur et dès 1883 s'essaie à la composition avec un trio.
Il fait une rencontre importante avec le virtuose du piano Ferruccio Busoni qui impressionne tant Sibelius qu'il renonce définitivement à l'idée de devenir un jour soliste virtuose du violon. Étudiant en droit peu studieux à l'Université impériale Alexandre d'Helsingfors, il s'inscrit à l'institut de musique de Martin Wegelius (qui sera rebaptisé Académie Sibelius en 1939) en classe de violon où il suit les cours de Mitrofan Vassiliev. Sibelius dès lors se tourne définitivement vers sa passion, la musique. Il compose sa première œuvre d'importance, un quatuor en la mineur qui récolte un succès certain lors d'un concert public.
Il travaille aussi l'harmonie avec Wegelius, mais faute de classe d'orchestration, Sibelius reste encore cantonné dans un environnement de musique de chambre. Il se rend à Berlin pour étudier avec Albert Becker de 1889 à 1890 ; il a l'occasion d'écouter les concerts du grand chef d'orchestre allemand Hans von Bülow qui joue Richard Strauss et Antonín Dvořák ; dans cette ville, qu'il trouve trop bruyante, il compose un quintette pour piano et cordes. De retour en Finlande, il écrit son quatuor à cordes en si bémol majeur. L'année suivante, il part pour Vienne pour travailler avec Karl Goldmark de 1890 à 1891.
Il sollicite une entrevue avec Brahms qui ne répond pas. C'est la révélation de la musique d'Anton Bruckner, avec sa 3e symphonie, qui sera le fait marquant de ce voyage. L'année 1890 marque un tournant dans sa vie de compositeur. Il compose ses premières œuvres pour orchestre : une simple ouverture, certes imparfaite, mais avec « beaucoup de bonnes choses » selon l'avis de son professeur et une scène de ballet. Il s'intéresse de plus en plus aux mythes et légendes finlandaises comme le Kalevala écrit par Elias Lönnrot et s'oriente dès lors de plus en plus vers un art authentiquement finlandais dans ses racines et ses références nationales, « tout ce qui est finlandais m'est donc sacré, le monde primitif finlandais a pénétré ma chair et mon cœur » écrit-il à Aino.
Il travaille à sa première composition symphonique Kullervo. Il échoue à devenir violoniste dans l'Orchestre Philharmonique de Vienne. De retour à Helsingfors en 1892, il épouse Aino Järnefelt et compose ses premiers Lieder. L'année suivante, il écrit son premier poème symphonique En saga teinté de couleurs d'Islande, quelques pièces pour piano dont la Sonate en fa majeur op. 12 et des impromptus.
C'est à cette époque que se manifeste un penchant pour la boisson. En 1893, il s'attelle à un projet d'opéra La Construction du bateau dont le livret s'inspire du Kalevala. « Trop lyrique, pas assez dramatique » jugeront certains, le projet sera abandonné. Il écrit une musique de scène Karelia en hommage à la Carélie, province peu industrialisée et sauvage, berceau de nombreux chants populaires. En 1894, il se rend à Bayreuth pour écouter la musique de Richard Wagner : le choc artistique est fort. Subjugué par Parsifal et Tristan et Isolde, il est dans un premier temps conquis par le génie wagnérien puis s'en détache pour finalement se rapprocher de l'univers musical de Franz Liszt tel qu'il se traduit dans la Faust-Symphonie. En 1895, de retour en Finlande, après un détour par l'Italie, il compose une œuvre orchestrale d’envergure, la suite Lemminkäinen op. 22 dont l'une des parties, « Le Cygne de Tuonela », devait connaître un succès immense.
En 1896, il compose le seul opéra de sa carrière, en un acte, La Jeune Fille dans la tour qui ne sera joué que trois fois à Helsingfors. Bien que plébiscité, il échoue à obtenir le poste de professeur de musique à l'Université d'Helsingfors à la suite de l'intervention du chef d'orchestre finlandais Robert Kajanus auprès de l'administrateur russe à Saint-Pétersbourg. Le commentaire du jury ne laisse aucun doute à ce sujet : « en la personne de Sibelius est donné à notre pays un musicien dont le riche talent dépasse tout ce que notre musique a pu produire jusqu'ici »11. En 1897, il compose la musique de scène pour la pièce le Roi Christian II.
De retour à Berlin au printemps 1898, il signe un contrat avec le célèbre éditeur allemand Breitkopf & Härtel. En août, le tsar Nicolas II publie le Manifeste de février qui prive le grand-duché de Finlande de tout droit à l'autonomie. En réaction, Sibelius compose le Chant des Athéniens dans lequel la Russie est comparée aux Perses primitifs de l'Antiquité.
En 1899, il fait jouer sa 1e symphonie op. 39 qui reçoit un accueil triomphal. Sa musique opère pour la première fois une synthèse réussie entre son style « primitif » et les exigences de la symphonie postromantique. La police tsariste accentuant sa répression en instaurant la censure et en supprimant des journaux, la riposte s'organise autour d'une Célébration pour la presse, spectacle chorégraphique pour lequel Sibelius écrit une musique de scène en 7 tableaux. Afin de présenter une musique emblématique de la Finlande à l'exposition universelle de 1900, Sibelius en reprend des extraits pour composer Finlandia. Début 1901, il s'installe avec sa famille en Italie où il travaille sa 2e symphonie op. 43. Il fait la rencontre d'Antonín Dvořák et de Richard Strauss au festival de Heidelberg. La rencontre est des plus amicales, Sibelius note « il s'est montré très aimable et m'a parlé de ses œuvres avec la plus grande franchise ».
L'année suivante, en 1902, l'exécution de la deuxième symphonie obtient un vrai triomphe public. Puis il s’attelle à l'une de ses œuvres emblématiques, son Concerto pour violon et orchestreop. 47, enchaîne avec une musique de scène Kuolema (la mort), qui contient la célèbre « Valse triste ». En 1903 pour échapper à l'atmosphère pesante de la capitale, il se fait construire une villa au nord d'Helsinki qu'il baptise du nom de sa femme Ainola et où il s'installe définitivement avec sa famille quelques mois plus tard. Ses problèmes avec l'alcool ne s'estompent pas. Il confie à son frère Christian « tu vois, mon penchant pour la boisson a des racines très profondes et très dangereuses ». En , il dirige son concerto pour violon qui reçoit initialement un accueil public plutôt chaleureux mais devant le peu de succès rencontré lors des représentations suivantes, Sibelius décide de le réviser. Le Grand-duché de Finlande, qui appartient à l'Empire russe depuis 1809, est, à partir de 1898, sous la coupe autoritaire du gouverneur général du duché, le général russe Nikolaï Bobrikov dont les pouvoirs en 1903 ont pris une forme absolutiste. En juin, ce dernier est assassiné par un jeune patriote finlandais Eugen Schauman pour lequel Sibelius écrira en 1909 une marche funèbre In memoriam.
Sa deuxième symphonie suscite à Berlin l'année suivante des réactions plutôt contrastées tandis que sa nouvelle composition Pelléas et Mélisande d'après Maurice Maeterlinck rencontre un franc succès. C'est l'heure de la découverte des œuvres de ses contemporains. Il s'émerveille devant la musique de Claude Debussy, se passionne pour Arnold Schönberg, s'enthousiasme pour le grand orchestre de Richard Strauss. En octobre, son concerto pour violon dans sa version définitive est donné à Berlin avec Richard Strauss à la direction. Si la critique est favorable, l'accueil du public est en revanche plutôt réservé. Il enchaîne avec une nouvelle œuvre inspirée du Kalevala, La Fille de Pohjola op. 49 suivie en 1907 de la 3e symphonie qui ne suscite pas d'enthousiasme populaire.
Sa rencontre amicale avec Gustav Mahler, qui apprécie sa musique, met en lumière deux visions de la musique radicalement différentes. Pour Gustav Mahler, la musique doit embrasser tout l'univers, pour Sibelius en revanche, cela doit être le dépouillement, l'ascèse, l'expression rigoureuse de l'essentiel, l'art du non-dit et de l'aphorisme. En 1908, Sibelius, qui se remet difficilement d'une opération pour un cancer à la gorge, entame l'écriture d'un nouveau poème symphonique Chevauchée nocturne et lever de soleil puis termine l'année suivante son quatuor à cordes en ré mineur Voces intimae, œuvre d'un caractère sombre et douloureux.
L'année 1910 verra naître une œuvre maîtresse de la musique moderne, fascinante et intemporelle, la quatrième symphonie op. 63, achevée en 1911. Partout où elle est jouée, c'est la réserve, l'incompréhension et même l'hostilité. En septembre, il achève une suite d'orchestre Scènes historiques où il reprend des thèmes d'une musique composée en 1899 en l'honneur de la presse finnoise. Il se rend à Berlin puis à Paris où sa musique reste encore peu jouée.
De retour chez lui en Finlande, il traverse une période de dépression; mais le printemps suivant, il se remet promptement à la tâche en terminant L'Amant, chanson pour cordes et timbales, et en travaillant sur la suite Scènes historiques II. Accablé depuis longtemps par les soucis financiers, il reçoit avec intérêt de l'Académie de musique de Vienne l'offre pour un poste de professeur de composition. Finalement, il y renonce préférant se consacrer entièrement à l'écriture musicale.
Il n'a pas moins de deux symphonies en chantier, la cinquième et la sixième symphonie. Le , sont données en première audition les Scènes historiques, c'est un grand succès. Trois sonatines pour piano verront le jour peu après puis il part pour l'Angleterre où, en octobre, il dirige sa quatrième symphonie qui reçoit un accueil des plus enthousiastes.
À Helsingfors, en 1913, est joué son nouveau poème symphonique le Barde qui récolte les éloges tandis que sa quatrième symphonie, boudée par les Viennois et l'Amérique, est en revanche acclamée par le public finlandais. Durant l'été, il compose un ouvrage ambitieux de longue durée, une symphonie lyrique Luonnotar (fille de la nature) pour soprano et orchestre ; de la même année date Scaramouche écrit pour le Théâtre royal du Danemark.
Au printemps 1914, il se rend aux États-Unis à l'invitation de Horatio Parker qui lui commande une nouvelle œuvre pour le festival de musique de Norfolk les Océanides, c'est enfin le succès sans réserves et la reconnaissance outre-atlantique du « génie sibélien ». Consécration suprême, il est fait docteur honoris causa de l'Université Yale. Un projet de grande tournée américaine est envisagé mais l'attentat à Sarajevo sonne le glas de la paix en Europe. C'est la Première Guerre mondiale et pour Jean Sibelius, quatre années d'isolement et de solitude.
Un voyage à Göteborg en 1915 sera l'une des rares occasions pour Sibelius de renouer le contact avec le monde extérieur et son public. Il travaille ardemment sur sa cinquième symphonie et c'est en apercevant des cygnes voguer sur un étang qu'il trouve, tout exalté par sa découverte, le thème du finale. Le , sa fille aînée Eva donne naissance à une petite fille, et l'auteur de En saga devient grand-père. Le , il note dans son journal : « je suis si pauvre, si pauvre que je suis obligé d'écrire de petites pièces. »
Le , la représentation de la cinquième symphonie à la Bourse d'Helsingfors donne lieu à une soirée des plus officielles où Sibelius est unanimement reconnu comme le porte-flambeau de la musique finlandaise. À la suite de la défection américaine, les soucis d'argent s'aggravent et des amis parmi lesquels la chanteuse Ida Ekman organisent dans l'urgence une grande collecte nationale à son profit. Durant l'été 1916, il retravaille la cinquième symphonie et à sa première audition à Helsinki les critiques sont si vives qu'il décide de la réécrire ; entretemps il compose une musique pour la pièce de théâtre Everyman. Son penchant pour la boisson crée de telles tensions avec son épouse Aino qu'il envisage le divorce, mais en 1917, les bruits de la Révolution russe et les espoirs de liberté qu'elle fait naître pour les Finlandais occupent dès lors tous les esprits. À l'actif du compositeur s'ajoutent Humoresques et un cycle de mélodies op. 88.
La situation politique finlandaise se dramatise : les Gardes rouges pro-soviétiques sont prêts à en découdre avec les Gardes blancs nationalistes. Pour Sibelius, en composant une musique sur un texte de Heikki Nurmio, Jääkärien marssi (la Marche des chasseurs), la cause est entendue : la Finlande. Les événements se précipitent. Le , le gouvernement de Kerenski à Moscou est renversé par un coup d'État communiste, les Soviets prennent le pouvoir et deviennent les nouveaux maîtres de l'Empire russe. Alors que le la Finlande annonce au nouveau pouvoir des Soviets sa volonté d'indépendance, le Parlement finlandais déclare être seul dépositaire du pouvoir suprême sur le pays. Le , la Finlande est officiellement indépendante.
Le , Sibelius écrit : « je suis malade et incapable de travailler, mais dans ma tête, j'ai la cinquième et sixième symphonie ». Déprimé, il pense un temps au suicide mais se ravise en pensant à Aino et aux enfants. En , les Gardes rouges s'emparent du pouvoir ; la censure est installée ; des troupes nationalistes ont attaqué des garnisons rouges, c'est la guerre civile, Sibelius est placé en résidence surveillée puis se réfugie chez son frère. C'est le temps du rationnement et Sibelius perd beaucoup de poids.
En , les Gardes rouges sont vaincus, après les réjouissances de la liberté retrouvée, en ce printemps Sibelius s'active toujours sur la cinquième symphonie qui ne cesse d'être remaniée. Fin avril, après d'incessantes retouches et révisions, la symphonie est enfin achevée. En , il part avec Aino au Danemark et au retour, sa cantate Sang Jordens est donnée à la nouvelle Académie d'Åbo. En novembre, est jouée la cinquième symphonie, c'est le triomphe. Il s'empresse dès lors d'écrire la sixième symphonie. En 1920, il compose la Valse lyrique et durant l'été, dirige ses œuvres à la première foire industrielle de Finlande.
Reconnu dans la sphère anglo-saxonne comme l'un des compositeurs majeurs de ce début de siècle, les offres affluent. La Eastman School of Music aux États-Unis lui propose un poste de professeur et Londres le sollicite pour être chef d'orchestre invité. Il accepte cette dernière offre. Sur le plan matériel, pour ses cinquante-cinq ans, quelques patrons finlandais lui font un don de 19 000 marks. L'année suivante, il se rend à Berlin pour régler quelques menus détails de contrat avec son éditeur Breitkopf & Hartel puis fait une tournée réussie en Grande-Bretagne en y dirigeant ses grandes compositions. Il s'offre quelques moments de détente avec des amis en Norvège ; les concerts qu'il y donne sont chaudement salués, puis il rentre en Finlande.
Il compose, il dirige, participe à quelques soirées bien arrosées. Pour Sibelius, c'est un cycle perpétuel. Il termine la Valse chevaleresque au printemps 1920, il apprend que son frère Christian est atteint d'un mal incurable qui finalement l'emporte le .
En 1922, il devient franc-maçon et compose de la musique rituelle pour ses « frères » de loge. Il est un des membres fondateurs de la loge maçonnique« Suomi no 1 », il devient grand-organiste de la Grande Loge de Finlande. Il compose neuf pièces vocales et instrumentales assemblées sous le titre de Masonic Ritual Music op.133.
En décembre, on lui commande une Cantate de Noël, il décide en relisant des brouillons d'écrire un quatuor à cordes qu'il intitule Andante Festivo. En 1938, il en tire un arrangement pour cordes et timbales. Début 1923, la sixième symphonie est enfin achevée et jouée devant un parterre d'auditeurs et de critiques conquis, il se rend à Stockholm où il est ovationné puis se rend à Rome où, amoindri et fatigué, il reçoit un accueil plutôt mitigé. En revanche, à Göteborg, il est acclamé par le public suédois.
Sibelius travaille à sa 7e symphonie. Pour calmer ses mains tremblantes, il boit, suivant en cela les avis des médecins. Il achève la partition de sa symphonie au printemps 1924, qu'il dirige à Stockholm avec succès. Il apprend avec douleur la nouvelle de la mort de Ferrucio Busoni, puis après une tournée au Danemark, le tremblement de ses mains le force à envisager de mettre un terme à la direction d'orchestre.
À l'automne, il compose la Fantaisie symphonique. En 1925, l'éditeur Hansen et le Théâtre Royal danois sollicitent Sibelius pour une musique d'accompagnement de la pièce la Tempête de William Shakespeare. Il y travaille activement et la première audition est présentée au printemps 1926. À l'occasion de ses soixante ans, est organisée une collecte nationale qui rapporte 275 000 marks à Sibelius, ajoutée à cela une pension d'État de 100 000 marks ; Sibelius est désormais à l'abri du besoin.
Au début de l'année 1926, l'Orchestre Philharmonique de New York lui passe commande d'un poème symphonique d'une vingtaine de minutes. Ayant accepté, il part pour Rome afin de s'y consacrer. À l'automne, la commande est bouclée et elle s'appellera Tapiola. On la joue à New York où elle reçoit un accueil mitigé de la part des critiques. Début 1927, il écrit sa Massonic Ritual Music op. 113 (musique maçonnique) Pendant l'été, il met la touche finale à sa musique de scène pour La Tempête.
Au début de 1928, il part pour Berlin dans le but résolu d'écrire une nouvelle symphonie, mais c'est d'abord une petite pièce chorale le Gardien du pont qui voit le jour, puis se met au travail à une huitième symphonie. En 1929, il écrit cinq esquissesop. 114, une sonate pour violon et pianoop. 115. Il met en chantier un op. 117, mais aucun éditeur ne s'étant proposé de publier la partition, Sibelius la délaisse. Sibelius ne devait plus jamais proposer à l'édition d'œuvres nouvelles achevées.
Il ne cesse pas de composer et en 1930, il produit une œuvre pour chœur d'hommes et piano, Fate Carélie. En 1931, il écrit une pièce pour deux pianos et une pièce pour orgue, Surusoitto. Son travail sur la symphonie progresse mais il est victime d'une grave attaque de pleurésie pulmonaire. On essaie une nouvelle thérapie qui manque de lui coûter la vie. Il récupère, mais n'a plus envie de composer quoi que ce soit. Il écrit au futur créateur de la symphonie, Serge Koussevitzky, que celle-ci est toujours à l’ouvrage et qu'elle sera achevée en 1932. Mais en , nouveau message dans lequel il annonce laconiquement au chef d'orchestre : « Pas de symphonie cette année. »
En 1933, la symphonie se fait toujours attendre. Pourtant, il confie à un ami qu'elle est sur le point d'être terminée. Il remet un feuillet de 23 pages à son copiste pour la transcription, puis plus rien. Il se consacre désormais à la révision de ses anciennes compositions et les fait éditer. En 1939, il écrit une nouvelle version de la Suite Lemminkäinen. En , il retrouve la baguette de chef d'orchestre pour diriger l'orchestre symphonique de la radio de Finlande.
En 1940, Martti Paavola, invité chez Sibelius, aperçoit dans un coffre laissé ouvert des partitions. Le conflit mondial est l’occasion pour l'Allemagne nazie de renforcer ses liens culturels avec la Finlande au point que sur une requête du ministre des Affaires étrangères finlandais, Goebbels, ministre de la propagande, décide de créer la « Société Sibelius » en Allemagne. Dans un message de remerciement radiodiffusé, Sibelius évoque l'Allemagne comme « la terre glorieuse de musique ». Il condamne un an plus tard dans son journal intime la politique raciale menée par le régime hitlérien. En 1942, il écrit des arrangements sur des chants de Noël. Sibelius ne renonce pas à terminer la huitième symphonie. En , il avoue à de nombreuses reprises avoir achevé la huitième symphonie, mais qu'à chaque fois, insatisfait, il a tout jeté au feu.
Il compose en 1946 deux pièces de musique rituelle maçonnique Veljesvirsi et Ylistyshymni pour chant et harmonium, qui sont ses toutes dernières compositions originales. En 1948, il réorchestre Skidspårt ensamt ett (une piste de ski solitaire) pour récitant, harpe et cordes. Ses contacts avec le monde extérieur peu à peu se raréfient sauf à l'occasion d'un festival de musique les semaines Sibelius à Helsinki au cours duquel il reçoit à Ainola quelques invités de marque comme les violonistes Yehudi Menuhin, Isaac Stern, les chefs d'orchestre Eugene Ormandy ou bien Thomas Beecham. À l'occasion de ses 85 ans, en , le Président finlandais Juho Kusti Paasikivi lui fait l'honneur de se rendre en visite officielle chez lui à Ainola. En 1951 il écrit un arrangement de son op. 91b Marssi partiolaisten pour deux voix de femme et piano et en 1954, à l'âge de 89 ans, il réarrange un cantique de Noël Julvisa pour chœur d'enfants et pendant l'été 1957, il dicte à Jussi Jalas la musique d'un arrangement sur Valitus kullervon pour baryton et orchestre. Le , Jean Sibelius se retire définitivement dans le silence après une vie entière consacrée à composer de la musique.
La jeune pianiste britannique Isata Kanneh-Mason a reçu le prix Leonard Bernstein lors du concert des lauréats à Lübeck où elle a donné le Concerto pour piano n° 1 de Clara Schumann avec l'orchestre du Festival de Schleswig-Holstein sous la baguette de Christoph Eschenbach : Elle captive le public par une profondeur musicale qui allie jeu virtuose et poésie musicale. Son extraordinaire sensibilité stylistique la distingue en tant qu'interprète de bon goût, a déclaré le directeur du festival, le Dr Christian Kuhnt.
Depuis 2002, un groupe financier a doté de 10 000 euros le Prix Leonard Bernstein attribué dans le cadre du Festival du Schleswig-Holstein et "destiné à la promotion des talents".
Les membres du comité de sélection de cette année étaient Christoph Eschenbach, Jamie Bernstein Thomas, Alexander Bernstein, Ute Fesquet, Martin Campbell-White ainsi que Christian Kuhnt, directeur du festival, et Oliver Stolz.
Parmi les anciens lauréats, citons Lisa Batiashvili, Martin Grubinger et Jan Lisiecki.
Isata Kanneh-Mason s'est fait remarquer du public et de la critique dès son premier album (Decca Classics), "Romance - the Piano Music of Clara Schumann", suivi cet été de "Summertime", un voyage à travers le répertoire varié pour piano de l'Amérique du XXe siècle, avec la Sonate pour piano de Samuel Barber et un enregistrement en première mondiale de l'Impromptu en si mineur de Samuel Coleridge-Taylor.
Depuis qu'elle a étudié avec Hamish Milne et Carole Presland à la Royal Academy of Music de Londres où elle a obtenu en 2020 un Master of Arts in Performance et le Diplôme de la Royal Academy of Music, Isata Kanneh-Mason s'est lancée dans une carrière de concerts : en soliste, récitals et musique de chambre. Récemment, au Wigmore Hall, elle était la protagoniste d'un récital consacré aux compositrices.
La saison prochaine, elle sera jeune artiste en résidence avec le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra et on pourra l'entendre avec le Los Angeles Philharmonic au Hollywood Bowl, le Royal Philharmonic au Festival d'Edimbourg, au Festival de Rheingau, au Klavier Festival Ruhr, avec le Paris Mozart Orchestra à la Philharmonie de Paris, au Concertgebouw d'Amsterdam et à l'Auditorium national de Lyon, avec le Tonhalle Orchestra Zürich, les orchestres symphoniques de Dallas, Baltimore, San Antonio et Göteborg. Une tournée de récitals est annoncée en Amérique du Nord.
Au moment que toute la ville se pare pour accueillir Noël et célébrer le Nouvel An, les maisons d’opéra de Vienne ne restent pas en retrait. Au Staatsoper, La Bohème et Hänsel und Gretel sont à l’affiche en attendant Die Fledermaus, traditionnellement réservée au réveillon du Nouvel An. Le Volksoper, qui propose à son public fidèle un choix varié d’opéras, opérettes et musicals en Allemand n’a qu’à choisir dans son répertoire. Pour fêter le 200e anniversaire de Jacques Offenbach, il s’est attaqué au Roi Carotte -devenu bien sûr König Karotte- dans une traduction du livret de Victorien Sardou par Jean Abel, et présenté avec surtitrage des morceaux chantés.