« Trois œuvres, sur trois siècles, pour dire le souci de soi, la quête incessante de nouveaux langages, la crise et le renouveau, l’errance constitutive de nos vies et le paysage où chaque point, pareillement éloigné du centre, se révèle à un voyageur qui y circule sans y avancer. » Le programme de salle annonce la couleur.
Mais plus encore que ces mots, c’est la musique de Clara Iannotta qui nous plonge, et nous happe, dans cet état d’esprit dont nous ne finirons, à l’issue d’une longue soirée, de sortir qu’à grande peine.
La compositrice raconte qu’à l’issue de ses études, en 2013, elle a « commencé à avoir des crises de panique, avec une conscience aiguë de [sa] propre mort. » Elle découvre la poétesse irlandaise Dorothy Molloy, qui était morte d’un cancer en 2004, et dont les « recueils portent presque exclusivement, avec ironie, avec cynisme, sur la décomposition de son corps. » Parmi eux, Mon cœur vit dans ma poitrine, dont s’inspire Clara Iannotta pour strange bird -no longer navigating by a star. Elle y évoque l’« étrange oiseau battant des ailes » du poème, qu’elle imagine « dériver d’un endroit à l’autre, sans jamais se poser ou trouver sa destination. »
Il y a eu, en 2022, une première version pour guitare électrique avec sustain (dispositif qui permet, à l’aide d’une pédale, de maintenir un son), contrebasse et électronique. Dans cette nouvelle version pour orchestre symphonique, la compositrice a maintenu la guitare électrique, très rare dans cette formation, et qui joue un rôle moindre que dans la version originale ; la contrebasse n’est plus seule, bien sûr, mais on retrouve des façons de la jouer, si particulières, notamment quand l’archet est frotté directement sur le cordier, ce qui donne des sonorités étranges, à la fois graves et aiguës grâce aux harmoniques.
L'Iceland Symphony Orchestra vient d'annoncer sa saison 2026-2027, la première de l'ère Barbara Hannigan comme cheffe principale et directrice artistique. Une saison ambitieuse qui place le pianiste français Bertrand Chamayou en résidence et le compositeur islandais Hugi Guðmundsson au cœur d'un programme placé sous le signe de l'aventure et du partage.
« Both are essential. Both are for everyone. » La formule, signée Barbara Hannigan, résume l'esprit de cette première saison à Reykjavík : tradition et inconnu, répertoire ancré et territoires inexplorés, le tout offert à chaque auditeur sans hiérarchie. La cheffe canadienne, qui avait dirigé l'orchestre pour la première fois en 2021, prend officiellement les rênes de la phalange islandaise à l'automne et imprime d'emblée une marque forte.
Une ouverture sans entracte
Le ton est donné dès le 3 septembre 2026 avec le concert Attacca! — quatre œuvres enchaînées sans pause : From the Steeples and Mountains de Charles Ives, la création mondiale d'Undark de Hugi Guðmundsson, le 4'33" de John Cage et la Première Symphonie de Mahler. Hannigan reviendra tout au long de l'année dans son double rôle de cheffe et de soprano, qu'elle assume notamment dans Les Illuminations de Britten (10 septembre, dans un programme Roussel-Messiaen-Ravel) ou dans le Prométhée, Poème du feu de Scriabine avec scénographie lumineuse de Fabiana Piccioli (11 février 2027).
Bertrand Chamayou, artiste en résidence
Pour sa première résidence à Reykjavík — « j'ai toujours rêvé d'aller en Islande », confie-t-il —, Bertrand Chamayou se livre à un autoportrait en quatre rendez-vous : le Concerto en sol de Ravel couplé aux Oiseaux exotiques de Messiaen (10 septembre), un récital Songs without Words parcourant Mendelssohn, Ives, Schumann/Liszt, Crumb, Kurtág et la Wanderer Fantasy de Schubert (11 septembre), le Prométhée de Scriabine (11 février), enfin un récital en duo avec Hannigan autour de Messiaen, Scriabine et John Zorn (13 février). Une partition idéale pour ce pianiste dont la double exigence — virtuosité française et écoute du contemporain — épouse parfaitement le projet de l'orchestre.
Deux créations mondiales pour Hugi Guðmundsson
Compositeur en résidence, l'Islandais Hugi Guðmundsson signe deux créations mondiales : Undark en ouverture, et surtout Freyja le 27 mai 2027, œuvre écrite à six mains avec Hannigan et l'auteure canadienne Julie Salverson. Le livret s'inspire de la figure de Margrét Benedictsson (1866-1956), Islandaise émigrée au Canada à 21 ans devenue militante des droits des femmes et des enfants — un sujet qui résonne avec l'identité même de l'orchestre.
Une saison à plusieurs entrées
La programmation conjugue piliers symphoniques (Mahler 1, Beethoven 2 et 9, Bruckner 2 et 5, Brahms 1, Mozart 41), création contemporaine internationale (Brett Dean avec Isabelle Faust, Tan Dun dirigeant son Water Concerto, Thomas Adès joué par Johan Dalene, Erkki-Sven Tüür, Magnus Lindberg, Clara Iannotta) et un fort ancrage islandais avec la création mondiale posthume de The Deep – Requiem de Hjálmar H. Ragnarsson, la première islandaise des Shadows of Solace d'Anna Thorvaldsdóttir, et des œuvres de Bára Gísladóttir, Kjartan Sveinsson, Þuríður Jónsdóttir et María Huld Markan Sigfúsdóttir.
Le plateau d'invités impressionne : Isabelle Faust, Alina Ibragimova, Carolin Widmann, Elisabeth Leonskaja, Stefan Dohr, Avi Avital, Reginald Mobley côté solistes ; Edward Gardner, John Storgårds, Ingo Metzmacher, Eva Ollikainen, Giovanni Antonini, Andris Poga, Tomáš Hanus (chef invité principal) côté direction. Sans oublier un volet cinéma soigné — Ennio Morricone The Symphonic Experience, Psycho de Hitchcock/Herrmann en ciné-concert, Joe Hisaishi dirigeant Hisaishi le 2 avril, et Le Roi Lion sur la partition de Hans Zimmer.
Une saison-manifeste, qui confirme que l'Iceland Symphony Orchestra entend, sous l'impulsion de Hannigan, devenir l'un des laboratoires symphoniques les plus singuliers de la scène nordique.
Durant l’été 2026, une nouvelle page de l’histoire des Percussions de Strasbourg s’écrira avec la nomination de Vassilena Serafimova (VS) à la direction artistique de l’ensemble, en lieu et place de Minh Tâm Nguyen (MTN). À l'occasion de ce passage de flambeau, Crescendo Magazine s’est entretenu avec ces deux musiciens hors-pair.
Pour ouvrir cette interview, les Percussions de Strasbourg (PDS) de Minh Tâm Nguyen en trois mots, c’est ? Les PDS de Vassilena Serafimova en trois mots, ce sera ?
MTN : Joie, folie et curiosité. D’abord la joie car on ne fait pas un travail comme celui-là, avec une telle équipe, si on ne s’entend pas bien et si on ne rigole pas. C’est toujours un plaisir d’y aller, d’y retourner, d’y penser, de travailler avec tous ces gens qui ne sont pas seulement une équipe de musiciens mais dont font également partie le bureau, la régie et tout ce qui va autour évidemment. La folie, parce qu’il ne faut pas être sage pour faire ce travail, il faut oser, tenter des choses. Il ne faut pas chercher à innover nécessairement, on peut dire d’un groupe comme celui-ci qu’il a tout fait, mais il faut y amener la folie de l’équipe, la folie intérieure. Pour la curiosité, il faut toujours être à la page. On dit que c’est un groupe de musique contemporaine, contemporaine veut dire aujourd’hui, et pour être en accord avec le public d’aujourd’hui, ce qui est contemporain, il faut être curieux.
VS : Comme Minh Tâm, je choisis la curiosité. Je vais entrer dans leur univers, ça va être une rencontre. Je pense aussi à la création. Et en troisième mot, je choisis sérénité. Je me sens sereine avec ce que j’ai vu, ce que j’ai pu entendre, les personnes que je connais dans l’équipe et celles avec qui j’échange maintenant. Je sens que j’intègre une équipe posée et soudée, avec une forte amitié. Si vous me demandez dans un an, je vous dirai sûrement autre chose !
Pour continuer sur ce sujet d’échange, comment se passe une passation de direction artistique dans un ensemble comme les PDS ?
MTN : C’est la première fois qu’on prend autant de temps. Les Percussions de Strasbourg c’est quatre générations, la cinquième arrive avec Vassilena, mais chaque passage de génération arrive avec une crise. Soit le directeur artistique part en claquant la porte, soit il a fait une grosse bêtise, soit il y a des désaccords avec l’équipe, etc. Fort de toute cette histoire, je n’avais pas envie que cela se passe comme ça. Je souhaitais passer la main à un moment qui n'était pas du tout critique. Quand j’ai décidé de partir pour aller voir autre chose, je n’ai pas voulu faire ça du jour au lendemain. Je voulais pouvoir transmettre tout le travail de recherche que j’ai fait en arrivant, presque d’archéologie, pour récupérer les archives et l’histoire du groupe. C’est un travail qui n’est pas fini, il y a encore plein de choses que j’aurais voulu faire, d’autres que j’ai commencé à faire. C’est un travail immense. Je ne voulais pas partir en laissant Vassilena refaire tout ce travail et prendre trois ans avant de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Tout ce travail de recherche, d’organisation, il faut du temps pour pouvoir le léguer. À l’époque, Jean-Geoffroy avait pris un temps pour me transmettre les dossiers en cours, mais il n’avait pas entrepris toutes les recherches que j’ai menées. Et c’est cette base, cette fondation qui permettra à Vassilena de travailler et de construire son projet artistique.
VS : De mon côté, je me sens rassurée par cette façon de faire très méthodique, en entrant lentement dans le vif du sujet, en allant voir des spectacles, en échangeant avec Minh-Tâm, en comprenant comment il a organisé les projets, comment il a échangé avec les compositeurs, le répertoire du groupe, en recevant ses conseils, etc. Je ne sais pas comment cela s'est passé avant, mais là on prend un temps nécessaire et très confortable pour moi, avec une grande bienveillance. Je sens que les informations ont le temps de mûrir dans ma tête. Je ne me retrouve pas d’un coup avec l’un des groupes les plus anciens et les plus engagés, avec un océan d’informations dans lequel je dois plonger seule. Ce n’est pas le cas et c’est sûrement la raison de mon choix du mot sérénité.
Minh Tâm, vous vous êtes inscrit dans la lignée de Jean Geoffroy, notamment concernant l’ouverture du répertoire, les formats en duo, trio, etc. Quelles sont les différences entre les PDS de Jean Geoffroy et les PDS de Minh Tâm Nguyen ?
MTN : Quand on arrive jeune, dans un groupe qu’on ne connaît pas bien, on se dit toujours qu’on va créer quelque chose. On va inventer, on va innover, on va faire mieux, etc. Pourtant, j’ai très vite vu lors de mes recherches dans les archives que tout avait été fait ! J’ai donc décidé de changer de vision. Ce qui fait que mon travail est contemporain, c’est l’équipe qui m'entoure, qui forme les Percussions de Strasbourg d’aujourd’hui. C’est donc sur eux qu’il faut s’appuyer, sans aller chercher plus loin. Je me suis appuyé sur leurs forces pour créer ma version du groupe.
Concernant l’ouverture du répertoire et les différents formats, cela a commencé sous Jean-Geoffroy, lorsque j’étais coordinateur artistique. J’ai contribué à ce processus en étant déjà dans la maison, et j’ai voulu continuer à le développer. J’ai remarqué que le souhait de certains de ne jouer qu’à six les grandes œuvres du répertoire coûtait trop cher aux salles, et que nous jouions de moins en moins. Cette envie de prestige n’était plus reliée à la réalité du groupe à ce moment-là de son histoire. Mon but était qu’on soit vu, qu’on soit partout. J’aime beaucoup de styles et d'esthétiques différentes et la percussion ne s’arrête pas juste à une sorte de musique contemporaine. J’ai donc décidé d’ouvrir le répertoire à toutes les esthétiques et à tous les formats. Grâce à ça on a été remarqué, on a retrouvé une place de choix dans le paysage musical et l’on peut maintenant se permettre d’être un peu plus exigeant. C’est une base sur laquelle les prochains directeurs musicaux, dont Vassilena, pourront s’appuyer.
Né le 2 janvier 1944, le compositeur et chef d’orchestre hongrois Péter Eötvös a fêté au début de l’année son 80e anniversaire. Le 10 janvier dernier, la Philharmonie lui a rendu hommage avec quatre de ses compositions emblématiques.
La musique traditionnelle hongroise, Stockhausen, Bartók, le jazz sont quelques grandes influences dans la construction de la personnalité musicale de Péter Eötvös, qui a été directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain (EIC) de 1979 à 1991. Mais avant et après tout, c’est un homme de théâtre. Les participants de la table ronde organisée avant le concert ont tous insisté sur ce point, soulignant son pragmatisme dans la réalité de production : effectif, moyen technique, aspect financier… Ce concert anniversaire fait entrevoir ces traits caractéristiques du compositeur, sous la direction magistrale de David Robertson, son successeur à l’EIC de 1992 à 1999.
D’abord, Fermata pour quinze musiciens de 2020-2021, créé en mars 2022 à Budapest, est interprété en création française. Les quinze musiciens devraient se tenir à 1,5 mètre de distance les uns des autres, en référence aux années de la pandémie, mais ce soir-là, cette consigne n’est pas littéralement respecté, surtout pour les cuivres. Cela n’empêche aucunement le magnifique rendu des rapports sonores entre les instruments à travers les séquences qui paraissent fragmentaires (Eötvös lui-même parle du « matériel musical […] parfois réduit à un simple contraste de tons noirs et blancs - sections individuelles, sans cohérence logique »), à cause de (ou grâce à) pauses prolongées évoquées par le titre Fermata.
Adventures of the Dominant Seventh Chord (Aventure de l’accord de Septième de Dominante) est donné dans la version pour alto solo, dont la création française de ce soir a été explicitement confiée par le compositeur à Odile Auboin. La septième de dominante est utilisée comme le moyen permettant un constant va-et-vient entre les deux cultures musicales de l’Europe occidentale et orientale, entre les deux traditions écrite et orale. Accord conclusif d’une phrase musicale dans la musique savante occidentale, il sert, dans la musique traditionnelle, une ouverture vers une nouvelle perspective. Des chants rapides ou lents de Transylvanie où est né le compositeur, illustrent les propos subtils et recherchés mais également joueurs, dans lesquels l’archet de l’altiste s’imprègne davantage à mesure que la pièce progresse.
Le Prix Henri Pousseur 2023 a été attribué à Nicolas Roulive.
Nicolas Roulive est né en 1989 à Namur. Il a commencé la musique en jouant du piano dès l’âge de 11 ans et il a obtenu un baccalauréat en piano dans son pays.
Compositeur autodidacte de l’époque, il se rend à Paris pour commencer des études de composition, et il étudie donc de 2010 à 2014 avec Eric Tanguy et, de 2014 à 2016, avec le Edith Canat de Chizy. £
Il a obtenu son DEM (Diplôme d’Etudes Musicales) en Composition au CRR de Paris en juin 2016, et un DEM en Piano au CRD de Montreuil sous la direction du prof. Gwendal Giguelay.
Nicolas a étudié la composition de 2016 à 2022 à la Haute Ecole de Musique de Genève en Suisse avec Michael Jarrell, Luis Nàon, Eric Daubresse et Gilbert Nouno. Il a obtenu un baccalauréat (2019) et une maîtrise (2022) au sein de cette institution.
Il a également participé aux masterclasses de Chaya Czernowin, Clara Iannotta, Dmitri Kourliandski et Santiago Dièz-Fischer.
Il travaille dans les domaines de la musique acoustique et électronique, et a récemment commencé à inclure la vidéo en direct dans ses projets.
Son intérêt pour la musique va vers le bizarre, le drôle, le grincement de dents, l’utilisation de sons de la vieille école et le prétendu humour superficiel. Il crée également des appareils électroniques pour ses projets.
Ses collaborations notables incluent l’Ensemble Contrechamps, l’Ensemble Vortex, l’Ensemble NAMES, le Quartetto Maurice, l’Ensemble Proton, Ludovic Van Hellemont (Ondes Martenot), Hidetaka Nakagawa (basson) et Marie Mercier (clarinettes).
Ses œuvres ont été réalisées lors de festivals tels que ManiFeste 2019 de l’IRCAM, Bludenzer Tage Zeitgemässer Musik 2021, Klangspuren Schwaz 2022 et Crossroads 2018 & 2019.
En 2019, sa pièce Suicide Circus pour clarinette basse et violoncelle solo, ensemble et électronique a reçu le prix du "Paleo Festival Nyon".
En 2022, il a reçu une bourse culturelle de la Fondation Leenaards.
En 2023, Nicolas est nommé professeur de musique électroacoustique au Conservatoire Populaire de Musique, Danse et Théâtre (CPMDT) de Genève.
Nicolas est membre de Pikå (trio électronique) et de l’Ensemble PlayTime.
La maison d'édition musicale Peters, dont l'origine remonte à Leipzig en 1800, a été vendue à Wise Music Group.
Peters est à l'origine d'œuvres de Beethoven, Weber et Mendelssohn. Basée à Leipzig, elle est devenue une autorité pour l'oeuvre de Jean-Sébastien Bach puis, en 1900, de Mahler et Richard Strauss.
C'est Wise Music Group qui, par communiqué de presse, a annoncé "l'acquisition d'une participation majoritaire dans Edition Peters Group, l'une des maisons d'édition musicale les plus anciennes et les plus réputées au monde. Wise Music Group a fait son acquisition auprès de la Fondation Hinrichsen et possèdera Edition Peters Group en partenariat avec Christian Hinrichsen, dont l'association familiale avec la société a commencé en 1863.
Aujourd'hui, le groupe Edition Peters a des bureaux à Londres et à New York, ainsi qu'à Leipzig, la ville où il a été fondé en 1800. Il reste l'une des maisons d'édition musicale les plus respectées au monde.
Son catalogue riche et varié de compositeurs contemporains comprend Mark Andre, Sally Beamish, Daníel Bjarnason, Gloria Coates, James Dillon, Jonathan Dove, Sebastian Fagerlund, Brian Ferneyhough, Bernd Franke, Ash Fure, Bernhard Gander, Emily Howard, Clara Iannotta, George Lewis, Elena Mendoza, Shawn Okpebholo, Roxanna Panufnik, Roger Reynolds, Rebecca Saunders, Tyshawn Sorey, Erkki-Sven Tüür et Errollyn Wallen.
Edition Peters Group conservera son identité propre au sein de Wise Music Group, aux côtés de Chester Music, G. Schirmer, Associated Music Publishers, Novello & Co, Éditions Alphonse Leduc, Première Music, Le Chant du Monde, Edition Wilhelm Hansen, Unión Musical Ediciones et Bosworth Music GmbH.
Bien sûr, comparaison n’est pas raison (que vise au fond cet adage sot bien plus basé sur un jeu de sonorités -un bon point- que sur du sens ?) et 2021 est un anniversaire (séculaire) qui ne se répète pas chaque année, mais l’édition 2022 du Donaueschinger Musiktage, malgré, ou à cause de, sa bonne tenue, de ses habits de gendre du dimanche -celui qui a son missel à lui à l’église (la blanche Christuskirche, éclairée de bleu pour une soirée Now Jazz d’improvisation si convenue qu’on y cherche encore la spontanéité, trop peu nourrie de la fraîcheur de la violoncelliste Tomeka Reid et de son instrument, gris marbre)-, de l’approfondissement du consensus par un public peut-être engourdi par la pandémie/la guerre/l’inflation, qui disperse son discernement au travers d’applaudissements amollis, cette édition donc, pourtant porteuse d’espoirs avec sa floppée de compositeurs à découvrir, sa dizaine de concerts, du plus petit (un inattendu duo de trombones) au plus grand effectif (l’Orchestre Symphonique de la SWR réparti en trois plateaux), son organisation soignée (un peu tatillonne, aux Donauhallen sous alerte policière, quant au type de sac interdit en salle mais parfois aussi banni du vestiaire -à caser alors dans le « blauer Bus » sur le parking (mais t’as vu la file ?), son environnement sympathique (la ville de Donaueschingen, qui vit, mange et dort ces jours-là au rythme des centaines de festivaliers), son public mi-cheveux blancs, mi-tignasses estudiantines (et quelques-uns entre les deux), ces Musiktage 2022 laissent un goût de trop peu : trop peu de cette folie qu’on décrie chez un Stephan Prins mais qui rafraîchirait n’importe quel mamelon du désert censé accueillir des jeux d’hiver, trop peu de ce courant d’air qu’on trouve dans les fulgurances d’un Jean-Luc Fafchamps quand il cherche où est la fin, trop peu de ces remises en cause plus que formelles auxquelles nous ont nourri (avec des bonheurs aléatoires) les Fausto Romitelli, John Cage ou Luigi Nono.
On sait que 2022, à Donaueschingen, est une année de changement de règne : exit Björn Gottstein, responsable d’une programmation qu’il n’est plus là pour mettre en œuvre et inxit Lydia Rilling, maman (en vrai et en congé parental) mais sans les rênes d’une édition où elle n’est pas, remplacée par Eva Maria Müller, souriante et sympathique mais difficilement accessible à ceux qui ne parlent pas l’allemand (le bilinguisme des annonces aide cette partie du public, qui se débrouille, parle des langues, mais pas toutes)- un air de flottement donc, à quoi on laisse l’année pour dissiper le brouillard et orienter la visée auditive vers ce que sont les musiques nouvelles aujourd’hui. A moins que… A moins que ces musiques nouvelles elles-mêmes… Que les compositeurs d’aujourd’hui… Un creux ? Une crise d’inspiration ? Une stagnation, un immobilisme, une posture figée, un garde-à-vous ? Mais non. Ils sont là, dans la salle peut-être, ceux qui rêvent d’innover, encore, qui débordent d’idées, dont certaines franchiront le stade de l’ébauche et s’épanouiront sur une scène (ou plusieurs), comme cette jeune espagnole, Ixta (du nom de ce volcan mexicain à la forme de femme endormie), qui étudie la composition à Linz, en Autriche, auprès de Carola Bauckholt, tient difficilement en place, note fébrilement ses pensées sur un petit carnet pendant le concert (« je compose à partir d’un narratif ») et assure, avec un large sourire, ironique et sérieux, qu’elle a « le prénom adéquat pour être célèbre ».
Pour la première fois, deux ensembles sont lauréats de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique : le Riot Ensemble (Grande-Bretagne) et l'Ensemble Synaesthesis (Lituanie).
Ce nouveau prix a pour objectif de soutenir les jeunes ensembles dans leur "développement artistique et structurel" et il est doté de 75 000 euros pour chacun.
L'Ensemble Riot a convaincu le jury par son "sens aigu des tendances actuelles et ses programmes intelligents. [...] Les musiciens proposent des solutions équilibrées et durables aux défis structurels et organisationnels qui se posent à l'heure actuelle".
L'ensemble Synaesthesis est salué, lui, pour "sa polyvalence et sa créativité nouvelles, associées à une capacité et une précision musicales maximales".
L'ensemble Riot a été fondé à Londres et, depuis 2012, il a donné plus de 200 premières mondiales et britanniques d'oeuvres de compositeurs de 30 nationalités parmi lesquels Clara Iannotta, Chaya Czernowin et Georg Friedrich Haas. L'ensemble Synaesthesis a été fondé en Lituanie pour interpréter, entre autres, des compositeurs lituaniens expérimentaux. Il a déjà collaboré avec des musiciens du Klangforum Wien ou du Quatour Tana et depuis 2019, il est reconnu comme un ensemble officiel de la ville de Vilnius.
Pour rappel, la Fondation Ernst von Siemens (créée par l'industriel Ernst von Siemens en 1972 et basée à Zoug, en Suisse) décerne des prix annuels à des personnalités engagées dans la vie musicale : compositeurs, interprètes ou musicologues. Elle soutient aussi de jeunes compositeurs et musiciens et apporte un soutien financier aux ensembles, festivals, projets de musique contemporaine et institutions de la vie musicale contemporaine.
La compositrice espagnole Irene Galindo Quero vient de se voir attribuer le Prix de composition Rheinberger décerné par la Musikakademie Rheinsberg en coopération avec l'Administration culturelle de Berlin et doté de 10 000 euros.
Le Prix est décerné pour l'ensemble de l'œuvre du lauréat et la dotation est destinée à soutenir sa création dans le futur. De plus, 4 000 euros supplémentaires sont disponibles pour lui assurer un séjour de travail à l'Académie. Le Prix lui assure encore un enregistrement et des premières mondiales à Rheinsberg et à Berlin.
Irene Galindo Quero est née en 1985 à Grenade (Espagne). De 2003 à 2007, elle a étudié la composition avec Pedro Guajardo au Conservatorio Superior Granada. Elle a poursuivi ses études avec Cornelius Schwehr et Mathias Spahlinger grâce à une bourse de la Fondation Alexander von Humboldt. Elle a obtenu son diplôme en 2014 à la Hochschule für Musik und Theater de Cologne avec Johannes Schöllhorn. En plus de ses études, elle a participé à de nombreux ateliers et, depuis 2014, elle enseigne à Saragosse.
Le Prix de composition Rheinsberger de Berlin est annuel et il est décerné à l'œuvre d'une compositrice en cours de sa carrière. Parmi les précédentes bénéficiaires, Olga Rayeva, Yonghee Kim, Clara Iannotta, Milica Djordjevic, Hanna Eiermacher et Naomi Pinnock.
Cette année, le jury se composait de Neo Hülcker, Bettina Junge, Stefan Prins et Stefan Streich.