Edvard Grieg (1843-1907) : Suite Holberg, op. 40 ; Ballade en forme de variations sur une mélodie norvégienne en sol mineur op. 24 ; Pièces Lyriques, Livre 3 op. 43 et Livre 7 op. 62. Andrey Gugnin, piano. 2023. Notice en anglais, en français et en allemand. 76’ 55’’. Hyperion CDA68424.
Le Radio Academic Chor offre cette semaine "Grieg - Paroles du Nord. L'événement est dédié au plus grand compositeur norvégien à l'occasion des 180 ans de sa naissance. L'un des grands créateurs romantiques, surnommé par le célèbre chef d'orchestre allemand Hans von Bülow « Chopin du Nord », a créé une musique imprégnée de l'atmosphère des paysages et des brouillards norvégiens.
Avoir la capacité de se replier sur soi et d'oublier tout ce qui nous entoure lorsque l'on crée - je pense que c'est la seule condition requise pour pouvoir produire quelque chose de beau. Tout est un mystère, a témoigné Grieg.
Sous la direction du chef d'orchestre de l'ensemble, Ciprian Tutu, initiateur de l'événement, sera donné Peer Gynt, partition composée en 1875 à la demande de son compatriote, le grand dramaturge Henrik Ibsen, pour illustrer musicalement sa pièce du même nom. La première de l'œuvre eut lieu le 24 février 1876 à Oslo, sous la direction de Grieg lui-même. Ici, l'œuvre sera interprétée dans un arrangement de Ioan Dobrinescu.
Né le à Bergen et mort le dans la même ville, le compositeur et pianiste norvégien de la période romantique découvre en 1863 le folklore norvégien et de ses danses paysannes qui feront de lui, toute sa vie, un militant inépuisable d'un art musical national. Grand harmoniste (auquel ne seront pas indifférents Claude Debussy, Maurice Ravel et Olivier Messiaen), maître de la petite forme (pièces pour piano), il composa ses œuvres les plus célèbres dans le domaine orchestral comme le Concerto pour piano en la mineur, et Peer Gynt, musique de scène composée pour le drame d'Henrik Ibsen.
Fils d'Alexander Grieg, négociant norvégien et vice-consul honoraire britannique à Bergen (dont la famille - au nom orthographié originellement Greig - est d'ascendance écossaise), et de Gesine Judithe Grieg (née Hagerup). Il est élevé dans une famille de musiciens ; sa mère, pianiste, son premier professeur de piano, lui donne ses premières leçons quand il a cinq ans et l'initie aux classiques et aux romantiques, Carl Maria von Weber, Frédéric Chopin et Felix Mendelssohn principalement. Il commence à composer vers l'âge de neuf ans.
Durant l'été 1858, Grieg rencontre le légendaire violoniste norvégien Ole Bull, qui est un ami de la famille et accessoirement le beau-frère de sa mère. Bull remarque les bonnes dispositions pour la musique du jeune homme de quinze ans, et persuade ses parents de l'envoyer au Conservatoire de Leipzig pour développer ses talents. Ole Bull secoue l'adolescent et lui dit : « Tu vas à Leipzig pour devenir un artiste ! ». À partir de l'automne 1858, Grieg suit donc l'enseignement des plus grands maîtres au conservatoire tel Carl Reinecke, Ernst Ferdinand Wenzel et Ignaz Moscheles, son ami de longue date. Il y entend beaucoup de grandes œuvres, comme le Concerto pour piano de Schumann, interprété par Clara Schumann.
Ses années de conservatoire ne lui laissent pas de très bons souvenirs car il y trouve l'enseignement dépourvu d'intérêt. En outre, il est atteint de pleurésie et souffre toute sa vie de troubles respiratoires. Malgré cela, quatre ans plus tard, il quitte l'institution avec de solides connaissances d'instrumentiste et de compositeur. Il donne son premier concert en 1862, dans sa ville natale de Bergen.
En 1863, Grieg part pour Copenhague, où il reste trois années. Les préceptes du conservatoire de Leipzig lui semblent encombrants et c’est à Copenhague qu’il développe sa vraie nature. Il y rencontre les compositeurs danois Johann Peter Emilius Hartmann et Niels Gade, ainsi que le compositeur de l'hymne national norvégien (Ja, vi elsker dette landet), Rikard Nordraak, qui devient pour Grieg un ami proche et une grande source d'inspiration. « Il me tomba des écailles des yeux », écrivit-il plus tard, « C'est par Nordraak que j'appris à connaître les chants populaires du Nord et même ma propre nature. Nous nous conjurâmes contre le scandinavisme efféminé de Gade, mâtiné de Mendelssohn, et nous nous engageâmes avec enthousiasme dans la voie nouvelle sur laquelle marche à présent l'école du Nord … ». Il lui donne en effet le goût de la musique traditionnelle norvégienne, étant lui-même passionné par l'histoire, les légendes et les mélodies folkloriques de son pays. Nordraak meurt peu de temps après, Grieg compose alors une marche funèbre en son honneur.
Durant son séjour au Danemark, Grieg se fiance avec la cantatrice Nina Hagerup, qui n'est autre que sa cousine. Il l'épouse en 1867. L'année suivante, ils donnent naissance à leur unique fille, Alexandra. Durant l'été 1869, l'enfant tombe malade et meurt à l'âge de dix-huit mois. Après la mort de sa fille, il n'aura pas d'autre enfant. Il rencontre divers compositeurs, notamment Franz Liszt, Richard Wagner, Piotr Ilitch Tchaïkovski et Johannes Brahms.
Il s'installe à Christiana (Oslo), où il fonde l'Académie norvégienne de musique en 1867. Dès lors, Grieg n'a de cesse qu'il ne connaisse les innombrables mélodies authentiques que l'organiste Ludvig Mathias Lindeman avait patiemment collectées et soigneusement publiées de 1853 à 1867 sous le titre Aeldre og nyere norske Fjeldmelodier. Dans le même temps, il s'applique à retrouver les rythmes enjoués de ces ganger, halling et autres springar dansés par les paysans au son de cette curieuse et primitive viole d'amour appelée « hardangfidle ». Aussi n'est-il pas surprenant que les premières œuvres vocales et pianistiques de Grieg portent la marque indélébile de ces découvertes.
Tout en assurant la direction de l'Orchestre Philharmonique d'Oslo dont son ami, le compositeur norvégien Johan Svendsen, va devenir un éminent chef, Grieg compose abondamment : après les Humoresques et les premières Pièces lyriques éditées en 1867, suivent le fameux Concerto pour piano et orchestre en la mineur, les Mélodies norvégiennes et les Scènes de la Vie populaire.
Pendant l'hiver 1869-1870, Grieg séjourne à Rome auprès de Franz Liszt qui l'encourage dans la voie qu'il s'est tracée et donne à sa technique du piano une dimension nouvelle. En 1870, il commence une collaboration avec Bjørnstjerne Bjørnson qui rédige plusieurs livrets. Dès 1872, il peut se consacrer définitivement à la composition : en lui servant une solide rente viagère, l'État norvégien le dégage de toute obligation, l'honore et en fait implicitement un ambassadeur artistique.
De sa collaboration avec Henrik Ibsen naît la musique de scène de Peer Gynt, en 1876, qui connaît un extraordinaire succès, qu'il ne parvient pas à renouveler lors d'une tentative similaire avec le Sigurd Jorsalfar de Bjørnstjerne Bjørnson. Grieg abandonne alors tout espoir de réaliser cet opéra national dont il rêvait.
De 1876 à 1885, il traverse une période de crise. Il préfère alors se pencher sur le folklore et pour se tenir plus près de sa région d'origine, il se fixe en 1885 à Hop, au sud de Bergen, où il fait construire sa villa baptisée Troldhaugen. Là, il écrit une célèbre Suite pour cordes, destinée à la célébration du bicentenaire de la naissance du poète Ludwig Holberg.
Paris l'accueille entre 1889 et 1890, en 1894 puis en 1903. Son Concerto pour piano, que joue Raoul Pugno, et les suites de Peer Gynt qu'il dirige lui-même obtiennent un très bon accueil. Partout où il passe, en Angleterre, en Italie, aux Pays-Bas, en Hongrie, en Pologne ou en Allemagne, ses tournées sont triomphales.
Miné par une tuberculose pulmonaire, Grieg meurt le , couvert d'honneurs et salué comme l'un des grands bienfaiteurs de cette Norvège désormais libre.
Son génie mélodique, la qualité de son écriture pianistique, l'audace de ses harmonies, qui parfois annoncent Claude Debussy, et enfin son inspiration nationale font de Grieg, une sorte de Frédéric Chopin scandinave.
La section pédagogique de l'IMEP est heureuse de présenter Les histoires à danser d’Edvard Grieg le mercredi 22 décembre à 14:30 et 16:00.
Les étudiantes et étudiants vont vivre corporellement des musiques d’Edvard Grieg, tout en plongeant leur public dans un univers poétique de personnages et d’histoires inspirées de ses pièces pour piano.
Salle de Concert de l’IMEP - 28 rue Juppin à 5000 Namur.
Tarif: 5€ (adultes) – 1€ (enfant) – Gratuit (→ 26 ans tout public).
Edvard Grieg (1843-1907) Concerto pour piano en la mineur Pièces lyriques : Kanon, Arietta, Sommerfugl, Ensom vandrer, Melodi, Trolltog, Notturno, Hjemve, For dine födder, Badnlat, Det var engang, Efterklang
Javier Perianes, piano – BBC Symphony Orchestra, Sakaro Oramo, direction
2015-DDD-70’02-Textes de présentation en anglais, français et allemand-Harmonia Mundi-HMC902205
Deux lauréats des International Classical Music Awards (ICMA) — le violoniste Julian Kainrath et le pianiste Josu de Solaun — se sont retrouvés à l'Auditorio Manuel de Falla de Grenade pour graver, sous la direction artistique de l'ingénieur du son Francisco Moya, l'intégrale des Sonates pour violon et piano d'Edvard Grieg. La parution est annoncée chez IBS Classical aux alentours de janvier 2027.
Pour Josu de Solaun, la complicité avec son partenaire relève de l'évidence : « Travailler avec Julian s'est imposé très naturellement sur le plan musical. Nous sommes très proches, nous connaissons bien nos familles respectives, et cette familiarité fait qu'en studio il y a très peu à construire verbalement. Les choses se mettent en place rapidement — un sens partagé de la pulsation, un instinct similaire pour savoir quand s'appuyer sur une phrase ou la laisser respirer, et une conscience presque physique de l'équilibre dans la salle. On a moins le sentiment de négocier une interprétation que d'écouter le même espace sous des angles légèrement différents. »
Le pianiste prolonge sa réflexion sur l'essence même du dialogue chambriste : « Plus généralement, la musique de chambre est pour nous quelque chose de très physique et inscrit dans le temps : elle vit dans le souffle, dans le poids d'un changement d'archet, dans la friction entre deux lignes qui ne sont pas identiques mais qui demeurent inévitablement liées. C'est une forme d'attention constamment recalibrée en temps réel, où même le silence a une direction et une texture. »
Trois sonates, trois perspectives
Josu de Solaun s'attarde sur la singularité du corpus griégien : « Les trois sonates pour violon de Grieg sont particulièrement fascinantes à cet égard. Plutôt que de présenter un univers stylistique unique, elles donnent le sentiment d'être trois manières différentes de penser un même matériau. La première encore partiellement enracinée dans la clarté classique, mais déjà troublée par de soudaines expansions lyriques ; la deuxième à la fois plus ample et plus intérieure, avec une sorte d'intimité nordique qui ne cesse de s'ouvrir à de larges gestes rhétoriques ; et la troisième, en ut mineur, où tout devient plus condensé et dramatique, comme si lyrisme et argumentation n'étaient plus dissociables, mais se transformaient constamment l'un en l'autre. Prises ensemble, elles ne se comportent pas tant comme une évolution linéaire que comme trois perspectives distinctes sur la manière dont violon et piano peuvent habiter une voix commune. »
Julian Kainrath confie pour sa part son enthousiasme : « Je ne pourrais être plus heureux d'avoir eu l'opportunité d'enregistrer mon premier album avec Josu de Solaun et d'avoir pu explorer l'incroyable musique de Grieg. Nous nous sommes rencontrés il y a près de deux ans, et le désir de collaborer et de partager des expériences musicales était là dès le premier instant. Je suis reconnaissant envers tous ceux qui rendent ces choses possibles. »
L'enregistrement a été réalisé à l'Auditorio Manuel de Falla de Grenade, qui abrite également les locaux du label IBS Classical.
Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano, en la mineur Op. 16. En Automne, Op. 11. Variations sur un vieil air norvégien Op. 51. Soirée dans les montagnes ; Auprès du berceau [Pièces lyriques, Op. 68 no 4-5]. Maurice Abravanel, Orchestre symphonique de l’Utah. Grant Johannesen, piano. Février, mars, mai 1975, rééd. 2024. Livret en anglais. 67’32’’. VOX-NX-3040.
Edvard Grieg (1843-1907) : Peer Gynt, Suites no 1 Op. 46, no 2 Op. 55. Au Temps de Holberg, suite pour cordes Op. 40. Danses norvégiennes Op. 35. Jour de noces à Troldhaugen [Pièces lyriques, Op. 65 no 6]. Maurice Abravanel, Orchestre symphonique de l’Utah. Février, mars, mai 1975, rééd. 2024. Livret en anglais. 68’23’’. VOX-NX-3039.
C’est un programme particulièrement séduisant que nous proposait l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Dans sa présentation en direct pour France Musique, Clément Rochefort annonce « une soirée de rêve, une soirée fantastique, une soirée de fantaisie ». Puis il précise (et l’on comprend qu’il détaille chaque pièce) : « une soirée d’aventures romanesques » (pour Peer Gynt de Grieg), « une soirée de funambulisme musical » (pour le Deuxième Concerto pour violon de Wieniawski), « une soirée hautement philosophique » (pour le Poème de l’Extase de Scriabine).
De l’adaptation théâtrale, par l’auteur lui-même et avec la musique d’Edvard Grieg, du poème dramatique Peer Gynt d’Henrik Ibsen, nous n’entendons plus guère que les deux suites d’orchestre (1888 et 1891). Elles consistent en quatre pièces chacune, d’une durée totale d’une bonne demi-heure, sans obéir à l’ordre chronologique ni chercher à reproduire un quelconque fil narratif. Ce sont, comme souvent avec cette forme, les morceaux les plus marquants (et publics) du strict point de vue musical.
Selon les pièces, Gustavo Gimeno dirige avec ou sans baguette. Si Au matin, avec une certaine élasticité, semble plutôt prometteur, La Mort d’Åse se révèle, malgré de belles nuances, bien statique. La Danse d’Anitra est prise dans un tempo assez rapide, mais manque de relief (ce n’est cependant pas le cas des épineux pizzicatos des seconds violons et des altos !). La hiérarchie sonore de l’obsédant Dans l’antre du roi de la montagne ne laisse pas toujours bien percevoir la mélodie, quelle que soit la nuance ; l’ensemble est quelque peu mécanique.
L’Enlèvement de la mariée, qui ouvre la Seconde Suite, est plus nostalgique que douloureux. Si sa réalisation est tout à fait réussie, la Danse arabe manque de caractère. Le Retour de Peer Gynt nous promet enfin un peu d’ambiance... qui malheureusement ne dure pas. Et l’ensemble, un peu décevant, se termine par une Chanson de Solveig jolie et sensible, mais sans réelle inspiration.