Les Variations Enigma, op. 36 sont une œuvre symphonique composée entre 1898 et 1899, à base d'un « thème caché crypté énigmatique » et de quatorze variations. Il s’agit de l'une des œuvres les plus connues d’Elgar, par sa musique et ses énigmes, dédiée « à mes amis décrits ici » chaque variation étant un portrait musical d'un personnage de son proche entourage, et finalement de lui-même.
La légende veut qu’en 1898, après une journée fatigante d’enseignement, Elgar joue du piano. Le thème d’une mélodie attire alors l'oreille de son épouse Caroline Alice Elgar, qui lui demande de le répéter. Il lui aurait répondu : « oh, ce n'est rien, mais on pourrait en faire quelque chose ». À la suite de ce souhait, le musicien commence à improviser des variations sur ce thème, chacune d’elles étant le portrait musical d’un ami proche, ou dans le style musical qui lui est le plus proche. Elgar en fait alors une orchestration, ce qui donne ses Variations Enigma.
La pièce a été créée à la Salle Saint-Jacques de Londres le 19 juin 1899, sous la direction de Hans Richter. Les critiques ont été, dans un premier temps, quelque peu irrités par l’atmosphère mystificatrice de l’œuvre, mais la plupart ont loué la substance, la structuration et l’orchestration de la partition, cette dernière devenant particulièrement populaire.
Julius Buths dirige la première européenne des Variations Enigma à Düsseldorf le 7 février 1901.
Edward Elgar, né le 2 juin 1857 à Lower Broadheath, près de Worcester, et mort le 23 février 1934 à Worcester, 1er Baronnet Elgar de Broadheath, est un compositeur et chef d'orchestre britannique dont les œuvres les plus connues sont entrées dans le répertoire classique international : les Variations Enigma, les marches Pomp and Circumstance, son Concerto pour violon, son Concerto pour violoncelle et deux symphonies. Il a également composé des œuvres chorales, dont l'oratorio The Dream of Gerontius, des chants et de la musique de chambre. Il est nommé Master of the King's Music en 1924.
Bien qu'Elgar soit souvent considéré comme un compositeur anglais typique, la plupart des musiques l'ayant influencé proviennent de l’Europe continentale. Il se décrit comme un « outsider », non seulement musicalement, mais également socialement. Dans les milieux musicaux dominés par les universitaires, il est reconnu comme un compositeur autodidacte. Il est aussi considéré à l'époque avec méfiance en raison de sa foi catholique.
Dans la classe aisée de l’Angleterre victorienne et édouardienne, il est gêné par ses origines humbles, même lorsque son talent eut été reconnu et qu'il épousa la fille d'un officier supérieur de l'armée britannique.
Non seulement sa femme est une source d'inspiration pour sa musique, mais elle l'introduit également dans les milieux aisés, ce qui assure sa future notoriété. Ainsi, il lutte pour connaître le succès jusqu'à ses quarante ans ; à partir de ce moment, et après une série de succès modérés, il devient célèbre au Royaume-Uni et à l'étranger pour ses Variations Enigma (1899). Son œuvre suivante The Dream of Gerontius (1900), un oratorio fondé sur un texte catholique, cause quelques inquiétudes dans les milieux anglicans, mais devient malgré tout une pièce maîtresse du répertoire britannique. Ses autres œuvres chorales religieuses n'atteignent pas le succès du Dream of Gerontius.
Dans sa cinquantaine, Elgar compose une symphonie et un Concerto pour violon qui rencontrent un grand succès. En revanche, sa 2e Symphonie et son Concerto pour violoncelle attendent plusieurs années avant d'être reconnus.
La musique d'Elgar, dans ses dernières années, devient attrayante pour le public britannique. Elle est peu jouée dans la période qui suit la mort du compositeur. Mais elle revit de manière significative dans les années 1960, aidée par de nouveaux enregistrements de ses œuvres. Ces dernières années, certaines pièces ont été jouées dans le monde entier, mais son œuvre demeure plus jouée au Royaume-Uni que dans les autres pays.
Elgar est le premier compositeur à prendre le disque phonographique au sérieux. Entre 1914 et 1925, il dirige une série d'enregistrements de ses œuvres. L'arrivée du microphone en 1925 rend plus précise la reproduction du son et Elgar réenregistre la plus grande partie de son répertoire orchestral et des extraits du Dream of Gerontius. Ces enregistrements sont réédités sur LP dans les années 1970 et sur CD dans les années 1990.
Where Corals Lie. A Journey through Songs by Sir Edward Elgar (1857-1934) : Sea Pictures, op. 37 ; ‘Sieben Lieder’, extraits ; Two Songs, op. 60 ; Pleading, op. 48 ; The Muleteer’s Serenade ; The Self Banished ; Speak, Music!, op. 41 n° 2 ; After, op. 31 n° 1 ; In Moonlight ; When the spring comes round ; Pansies. Julia Sitkovetsky, soprano ; Christopher Glynn, piano. 2021. Notice en anglais, en allemand, en français. Textes des airs vocaux en anglais. 63.38. Chandos CHAN 20236.
Elgar from America - Volume 2. Sir Edward Elgar (1857-1934) :Cockaigne (In London Town), ouverture de concert op. 40 ; Introduction et Allegro pour cordes, op. 47 ; Concerto pour violon en si mineur, op. 61. Yehudi Menuhin, Mischa Mischakoff, Edwin Bachmann, violon ; Carlton Cooley, alto ; Frank Miller, violoncelle. NBC Symphony Orchestra, direction : Malcolm Sargent, Arturo Toscanini. Enregistré en avril 1940 et février 1945 au Studio 8H de Radio City, New York. Édition 2020. Livret en anglais (Lani Spahr). 1 CD SOMM série « Ariadne » ARIADNE 5008.
Cinq disques, dont deux rééditions Warner Classics de poids — le Brahms Kremer/Karajan de 1976 et le Grieg/Schumann Gutiérrez/Tennstedt de 1978 —, en regard de trois nouveautés du grand répertoire. Alban Gerhardt grave enfin en studio les deux concertos pour violoncelle les plus joués du répertoire, avec un parti pris assumé de retour au texte. Channel Classics fait paraître l'intégrale Mozart de Ning Feng avec la Kammerakademie Potsdam. Et chez PENTATONE, Denis Kozhukhin signe son premier Haydn — cinq sonates choisies dans le grand massif claviéristique du compositeur. Cinq lectures, cinq tempéraments, et une semaine de très haute tenue.
1. Elgar — Dvořák : Concertos pour violoncelle
Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violoncelle en mi mineur, op. 85. Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104, B. 191. Alban Gerhardt, violoncelle ; WDR Sinfonieorchester Köln ; Andrew Manze, direction. Hyperion CDA68481/2, 2026 (1 h 02).
Alban Gerhardt aurait pu graver ces deux monuments du répertoire violoncellistique depuis longtemps — il les promène en concert depuis trente-cinq ans —, mais c'est seulement aujourd'hui qu'il s'y résout en studio, comme s'il fallait laisser décanter avant d'engager sa lecture sur disque. Le résultat refuse résolument la facilité expressive : Gerhardt revendique un « retour aux sources », c'est-à-dire au texte lui-même, en s'écartant des inflexions héritées (rubatos romantiques, tempi assouplis, portamentos de tradition). Sa lecture déplace ainsi les proportions, donne aux indications d'Elgar et de Dvořák leur poids littéral, fait entendre ces partitions sous un jour plus tendu, plus net, parfois presque tranchant. À ses côtés, l'orchestre de la WDR de Cologne sous la direction d'Andrew Manze offre un accompagnement d'une fermeté qui sied à cette approche — ni hagiographique, ni flatteur, mais lucide. Pour Gerhardt, qui cite Mahler — « la tradition n'est pas le culte des cendres mais la conservation du feu » —, le projet est clair. Un disque qui assume sa thèse, et qui méritera la discussion.
Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur, op. 77 (cadences de Kreisler). Gidon Kremer, violon ; Berliner Philharmoniker ; Herbert von Karajan, direction. Warner Classics, 2026 (réédition de l'enregistrement EMI, juin 1976 ). 42 min.
Warner Classics remet en circulation l'un des Brahms les plus discutés — et les plus essentiels — de la discographie : la rencontre en juin 1976 entre Karajan, dont la conception du concerto romantique culminait alors à Berlin dans une plénitude orchestrale presque imperturbable, et un Kremer âgé de vingt-neuf ans que le chef autrichien avait lui-même contribué à révéler. De cette confrontation entre la maîtrise architecturale du Berliner Philharmoniker et le tempérament nerveux, anguleux, cérébral du violoniste letton naît un disque qui ne ressemble à aucun autre — Kremer refuse de fondre son archet dans le velours berlinois, persiste dans une intransigeance presque ascétique, choisit les cadences de Kreisler comme un défi de plus à l'idée reçue. La réédition est précieuse à l'heure où la mémoire du grand répertoire concertant s'effrite sur les plateformes de streaming, et où chaque nouvelle intégrale Brahms peine à imposer une nécessité aussi évidente. À redécouvrir, donc — ou à découvrir, pour les générations qui n'auraient pas eu accès au vinyle EMI d'origine.
Raquel García-Tomás (née en 1984) : Orchestral Works. Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya ; Ludovic Morlot, direction. Référence : 8721466814636.
Ludovic Morlot poursuit son compagnonnage avec les compositrices d'aujourd'hui et signe avec l'Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya un portrait orchestral de Raquel García-Tomás. La compositrice catalane, déjà bien identifiée sur la scène lyrique européenne, déploie ici une écriture orchestrale d'une grande sensualité timbrique, où les textures se construisent par strates et où l'humour n'est jamais absent. Morlot, fidèle à son sens de la clarté et de la respiration, sert idéalement ces pages qui méritent toute notre attention. Une découverte à inscrire au registre des voix qui comptent dans la création d'aujourd'hui.
2. Martinů : The Symphonies
Bohuslav Martinů (1890-1959) : Symphonies n°1 à 6. Bamberger Symphoniker ; Jakub Hrůša, direction. Deutsche Grammophon 00028948678150.
Voilà l'événement martinůien que l'on attendait. Jakub Hrůša, l'un des grands chefs tchèques de sa génération, livre avec son fidèle Orchestre Symphonique de Bamberg une intégrale des six symphonies qui pourrait bien faire date. On y retrouve la nervosité rythmique, les couleurs ambrées des cuivres, ce climat si singulier — entre mélancolie morave et fièvre américaine des années d'exil — qui fait toute la singularité de Martinů. Hrůša ne se contente pas de bien faire : il pense ce cycle dans sa continuité dramaturgique, d'une Première encore néoclassique à une Sixième fantasmagorique. Une intégrale à placer aux côtés des grandes références.
Sir Edward Elgar (1857-1934) : The Dream of Gerontius op. 38, pour trois voix, chœurs et orchestre. Christine Rice, mezzo-soprano ; John Findon, ténor ; Roderick Williams, baryton ; Helsinki Music Centre Choir ; Cambridge University Symphony Chorus ; Dominante ; Helsinki Chamber Choir ; Alumni of the Choir of Clare College, Cambridge ; Orchestre symphonique de la Radio finlandaise, direction Nicholas Collon. 2024. Notice en anglais et en finnois, textes chantés reproduits, sans traduction. 91’ 20’’. Ondine ODE 1451-2D.
Antonín Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle et orchestre en si mineur op. 104. Sir Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur op. 85. Harriet Krijgh, violoncelle ; Tonkünstler-Orchester, direction Martin Sieghart. 2024. Notice en allemand et en anglais. 70’ 52’’. Capriccio C5534.
Sir Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur op. 85. Sir William Walton (1902-1983) : Concerto pour violoncelle et orchestre. Gautier Capuçon, violoncelle ; London Symphony Orchestra, direction Antonio Pappano. 2023. Notice en français, en anglais et en allemand. 58’ 09’’. Erato 5021732264831.
Pour sa dernière tournée avec son directeur musical depuis 2017, Robin Ticciati, le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin (ou DSO Berlin) faisait escale aux portes de Paris, à la Seine Musicale qui a vu le jour, également en 2017, sur l’Île Seguin de Boulogne-Billancourt. Quelques mots de cet orchestre ne sont sans doute pas superflus, car l’histoire des formations symphoniques berlinoises est complexe, du fait de leur nombre (actuellement, il y en a rien moins que six orchestres professionnels permanents à Berlin !), et de l’histoire tourmentée de cette ville, entre partition entre les quatre puissances alliées, division entre Est et Ouest, et réunification. Le DSO a été fondé comme RIAS-Symphonie-Orchester – RIAS pour Rundfunk im amerikanischen Sektor – en 1946, puis s’est appelé Radio-Symphonie-Orchester Berlin – ou RSO Berlin – en 1956, quand les trois secteurs de Berlin-Ouest ont été réunis, et a enfin pris son nom actuel en 1993, après la réunification de l’Allemagne, laissant le nom de RSO à son homologue de l’ex-Allemagne de l’Est).
Ce concert avait lieu dans le cadre d’une tournée promotionnelle du CD enregistré par les mêmes interprètes, avec ce relativement rare Concerto pour violon d’Edward Elgar, CD unanimement loué par la critique (et notamment par Crescendo-Magazine, qui lui a décerné un Joker absolu), comme du reste la dizaine d’albums que Vilde Frang nous a laissés jusque-là. C’est que, indiscutablement, cette violoniste norvégienne fait partie des musiciennes de tout premier plan, et son nom est amené à rester dans l’histoire de l’interprétation.
Ce qu’elle nous a offert à la Seine Musicale, dans cet ample (par la durée – une cinquantaine de minutes – mais aussi par la profusion de ces thèmes) Concerto qui semble avoir, depuis quelques années, enfin trouvé son public, a tenu toutes les promesses de ce si remarquable enregistrement.