Depuis quelques années, l’Orchestre de Chambre de Genève se donne la peine de présenter un ou deux ouvrages en version de concert. Ce fut le cas en mars dernier avec Le Prophète de Giacomo Meyerbeer. Et la saison actuelle s’achève avec Der Wald, deuxième opéra de la compositrice britannique Ethel Smyth (1858-1944). Formée au Conservatoire de Leipzig, elle se perfectionna auprès d’Heinrich von Herzogenberg, tout en développant une liaison avec son épouse, Elisabeth. Dans les cercles musicaux de la capitale, elle fit la connaissance de Brahms, Grieg et Tchaikovsky. En 1840, elle s’établit à Londres où seront créées une Sérénade pour orchestre en ré majeur et une Messe enré majeur. A l’intention du public allemand, elle composa trois ouvrages sur des livrets de Henry Brewster, Fantasio, joué à Weimar en 1898, Der Wald (1902) et The Wreckers (intitulé en allemand Standrecht) et créé à Leipzig en 1906.
Pour en venir à ce deuxième opéra, Der Wald fut créé à la Hofoper de Berlin le 9 avril 1902, puis fut présenté au Covent Garden de Londres en juillet de la même année, avant d’être affiché au Metropolitan Opera de New York le 11 mars 1903 sous la direction d’Alfred Hertz. Notons que, durant plus de cent ans, il demeurera le seul ouvrage lyrique écrit par une femme, présenté sur la scène newyorkaise jusqu’à 2016 où sera affiché L’amour de loin de Kaija Saariaho.
Tributaire du romantisme tardif, l’écriture d’Ethel Smyth révèle une forte personnalité qui, sans souscrire au wagnérisme ambiant, s’inscrit dans le sillage de Brahms, tout en prenant en considération les innovations de Richard Strauss. Son orchestration fait valoir une palette d’une rare richesse, ce que se fait fort de démontrer l’Orchestre de Chambre de Genève en confiant d’abord à la jeune cheffe assistante Celia Cano le soin de nous faire découvrir l’Ouverture du troisième ouvrage, The Wreckers, qu’elle conçoit comme un tableau de genre en développant chaque section avec une louable précision.
Ethel Smyth, née à Sidcup (Londres) le et morte à Woking (Surrey) le , est une compositrice, cheffe d'orchestre, autrice et suffragette britannique.
Née d'une mère française et d'un père général britannique, elle grandit dans une famille de huit enfants près d'Aldershot.
À l'âge de douze ans, elle décide de devenir compositrice. Malgré le refus de ses parents, elle parvient en 1877 à rejoindre l'école de musique de Leipzig (elle est la première femme à suivre les cours de composition dans cette école), où elle étudie auprès de Carl Reinecke.
À Leipzig, elle rencontre Johannes Brahms, Clara Schumann et Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui l'encourage à suivre sa voie et qui écrivit à son propos, dans ses Mémoires :
« Mademoiselle Smyth est l’une des quelques compositrices qui comptent parmi les personnes qui travaillent dans le domaine de la musique… Elle a composé plusieurs œuvres intéressantes, dont j’ai entendu la meilleure, une sonate pour violon, extrêmement bien jouée par la compositrice elle-même. Elle a donné la promesse pour l’avenir d’une sérieuse et talentueuse carrière2. »
Lors de ses études à Leipzig, elle fait aussi la connaissance de Livia Frege par l'intermédiaire de s époux Julius et Amanda Röntgen-Maier, ainsi que Lili Wach et Elisabeth von Herzogenberg. Elle étudie avec Heinrich von Herzogenberg et entretient notamment une relation amoureuse avec Elisabeth, qu'elle surnomme « Lisl ».
Elle rencontre à Florence en 1882 Henry Brewster, un écrivain qui devient l'un de ses plus proches amis et qui écrit pour elle des livrets d'opéra.
En 1890, elle revient en Angleterre. Sa Sérénade en ré majeur est créée la même année au Crystal Palace. Puis, en 1893, le Royal Albert Hall voit représenter la Messe en ré avec le soutien de l'Impératrice Eugénie ; œuvre dont la compositrice avait elle-même eu l'occasion de chanter quelques extraits à la Reine Victoria.
De nombreux succès ponctuent la carrière d'Ethel Smyth, notamment entre 1893 et 1910. En 1898, son premier opéra est monté à Weimar : Fantasio. Puis, deux opéras sont représentés à Berlin et au Royal Opera House de Londres : Der Wald (La Forêt, 1902), également accueilli en 1903 par le Metropolitan Opera de New York, et The Wreckers (1910), monté grâce au célèbre chef Thomas Beecham, lié à Ethel Smyth et grand défenseur de son œuvre.
En 1910, Ethel Smyth assiste à une réunion féministe de la Women's Social and Political Union fondée en 1903 par Emmeline Pankhurst et s'engage dans le mouvement des suffragettes. En 1911, elle écrit The March of the Women (La Marche des femmes)5, qui devient l'hymne du mouvement. Elle dirige l'œuvre lors d'un rassemblement au Royal Albert Hall.
En 1912, elle est condamnée à deux mois de prison pour avoir cassé la fenêtre de la résidence d'un secrétaire d’État lors d’une manifestation. Dans la prison de Holloway, elle dirige une représentation mémorable de sa March of the Women, comme l'écrit Thomas Beecham après une visite qu'il lui rendit :
« Quand je suis arrivé, le gardien de la prison était pris d’un fou rire. Il m’a dit : "Entrez dans le quadrilatère". Il y avait… une douzaine de dames, marchant de long en large et chantant fort. Le gardien me montra une fenêtre où se trouvait Ethel ; elle était penchée, et dirigeait vigoureusement avec une brosse à dents, se joignant au chœur sur sa propre chanson2. »
Pendant la Première Guerre mondiale, elle rejoint la XIIIe division de l’armée française et l’hôpital militaire situé à Vichy.
Elle cesse de composer devant l'évolution de sa surdité.
Ses lettres révèlent ses coups de foudre pour des femmes telles que Pauline Trevelyan, la Princesse de Polignac, Lady Mary Ponsonby et Edith Somerville. À l'âge de 71 ans, elle tombe amoureuse de Virginia Woolf qui, amusée, entretient leur amitié jusqu'à son suicide en 1941.
Ethel Smyth meurt en 1944 à 86 ans d'une pneumonie. Selon ses dispositions testamentaires, ses cendres sont dispersées dans la forêt près de sa propriété de Woking par son frère Bob, au son de sa symphonie The Prison.
Elle a inspiré les personnages littéraires d'Edith Staines dans "Dodo" d'E. F. Benson (1893) et de Dame Hilda Tablet dans la pièce du même nom de Henry Reed (1950).
Ethel Smyth est une des 39 convives attablées dans l'œuvre d’art contemporain "The Dinner Party" (1974-1979) de Judy Chicago.
Gilbert Bayes a sculpté un buste d'elle en 1938.
En le festival de musique classique Rosa Bonheur la met à l'honneur en programmant ses œuvres avec celles de Rebecca Clarke.
L'opéra The Wreckers de la compositrice anglaise Ethel Smyth sera présenté aux BBC Proms de Londres dimanche prochain, en provenance du festival de Glyndebourne où il a été joué récemment.
Dans une version semi-scénique pour le Royal Albert Hall, dans sa version originale en français, le chef d'orchestre Robin Ticciati dirigera l'Orchestre Philharmonique de Londres et le Chœur de Glyndebourne, ainsi qu'un ensemble de chanteurs comprenant Karis Tucker, Philip Horst, James Rutherford, Rodrigo Porras Garulo, Lauren Fagan, Donovan Singletary, Jeffrey Lloyd-Roberts et la mezzo-soprano anglo-espagnole Marta Fontanals-Simmons.
La côte des Cornouailles au XIXe siècle : un lieu où les passions fortes se déchaînent au milieu des vagues déferlantes, et où les villageois gagnent désespérément leur vie entre le sauvetage, le naufrage et même le meurtre... Quel est le prix de l'amour, quand la vie elle-même lutte contre des forces aussi impitoyables ? L'histoire d'amour tragique d'Ethel Smyth est l'une des grandes merveilles de l'opéra britannique, admirée par Mahler, mais jamais interprétée correctement de son vivant. La nouvelle production tant attendue de Glyndebourne est présentée aux Proms dans une version complète et semi-scénique, avec la puissance élémentaire brute de la vaste partition de Smyth : présentée avec l'engagement voulu par le compositeur.
Alors que notre époque semble enfin accorder un intérêt aux compositrices des siècles passés, certaines nouveautés discographiques nous permettent de compléter notre connaissance de l’art des grandes musiciennes. C’est ainsi que le chef James Blachly est la cheville ouvrière d’une parution consacrée à The Prison de Dame Ethel Smyth. Mais cette compositrice est aussi une figure engagée et inspirante à laquelle il convient d'accorder toute la place qu’elle mérite.
Vous dirigez la première au disque de The Prison de Dame Ethel Smyth. Qu'est-ce qui vous a attiré dans la musique d'Ethel Smyth, et en particulier dans cette œuvre ?
J'ai entendu la musique d'Ethel Smyth pour la première fois en 2015, et j'ai découvert cette partition en 2016, lorsque j'ai dirigé une représentation de certaines parties de l'œuvre à New York. Dès le début, j'ai ressenti une grande attirance pour le monde musical unique que Smyth tisse dans cette pièce. Elle s'inspire de toutes ses œuvres précédentes, mais elle prend également de nouvelles directions musicales, auxquelles il faut un certain temps pour s'habituer. Et puis, plus j'étudiais et jouais la musique, plus elle chantait en moi, plus je voulais apprendre et explorer.
Quelles sont les qualités de la musique d'Ethel Smyth en tant que compositrice ? Comment son travail s'inscrit-il dans l'air du temps ?
Ses premières compositions ont une saveur très allemande du XIXe siècle. Harmoniquement, contrapuntiquement. L'accent est mis sur l'artisanat. Sa musique de chambre de cette époque est vraiment étonnante -son quatuor à cordes en mi mineur, sa sonate pour violoncelle, et bien d'autres choses encore. Elle a composé 6 opéras, dont trois sur des textes de Henry Bennet Brewster, dont elle fixera les paroles dans The Prison en 1930. À bien des égards, la Prison n'est pas figée dans les esthétiques de son temps. À mon avis, elle a une voix musicale vraiment unique et si, au début, je la comparais à Brahms, Mendelssohn, peut-être Schumann, parfois Wagner, je me suis maintenant contenté de voir qu'il est préférable d'écouter et de tirer ses propres conclusions. Elle a sa propre voix, et la musique parle vraiment d'elle-même.
Ethel Smyth, née à Sidcup (Londres) le 22 avril 1858 et morte à Woking (Surrey) le 8 mai 1944, est une compositrice, cheffe d'orchestre, autrice et suffragette britannique.
Née d'une mère française et d'un père Général britannique, elle grandit dans une famille de huit enfants près d'Aldershot. À l'âge de douze ans, elle décide de devenir compositrice. Malgré le refus de ses parents, elle parvient en 1877 à rejoindre l'école de musique de Leipzig (elle est la première femme à suivre les cours de composition dans cette école).
À Leipzig, elle étudie auprès de Carl Reinecke. Elle y rencontre Johannes Brahms, Clara Schumann et Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui l'encourage à suivre sa voie et qui écrivit à son propos, dans ses Mémoires : Mademoiselle Smyth est l’une des quelques compositrices qui comptent parmi les personnes qui travaillent dans le domaine de la musique… Elle a composé plusieurs œuvres intéressantes, dont j’ai entendu la meilleure, une sonate pour violon, extrêmement bien jouée par la compositrice elle-même. Elle a donné la promesse pour l’avenir d’une sérieuse et talentueuse carrière.
Lors de ses études à Leipzig, elle fait la connaissance de Livia Frege par l'intermédiaire des époux Julius et Amanda Röntgen-Maier, ainsi que Lili Wach et Elisabeth von Herzogenberg. Elle étudie avec Heinrich von Herzogenberg et entretien notamment une relation amoureuse avec Elisabeth qu'elle surnomme « Lisl ».
Elle rencontre à Florence, en 1882, Henry Bennet Brewster, un écrivain qui devient l'un de ses plus proches amis et écrit pour elle des livrets d'opéra.
En 1890, elle revient en Angleterre. Sa Sérénade en ré majeur est créée la même année au Crystal Palace. Puis, en 1893, le Royal Albert Hall voit représenter la Messe en ré avec le soutien de l'Impératrice Eugénie ; une œuvre dont la compositrice avait elle-même eu l'occasion de chanter quelques extraits à la Reine Victoria.
De nombreux succès ponctuent la carrière d'Ethel Smyth, notamment entre 1893 et 1910. En 1898, son premier opéra est monté à Weimar : Fantasio. Puis deux opéras sont représentés à Berlin et au Royal Opera House de Londres : Der Wald (La Forêt, 1902), également accueilli en 1903 par le Metropolitan Opera de New York, et The Wreckers (1910), monté grâce au célèbre chef Thomas Beecham, lié à Ethel Smyth et grand défenseur de son œuvre.
Amanda Röntgen-Maier, née le à Landskrona et morte le à Amsterdam, est une violoniste et compositrice suédoise, épouse du compositeur Julius Röntgen. Elle a été la première femme diplômée en direction musicale de l'École royale supérieure de musique de Stockholm en 1872.
Amanda Maier est née dans un foyer musical et a découvert son talent très tôt. C'est son père qui lui donne ses premières leçons de violon et de piano. À l'âge de seize ans, Maier a commencé à étudier à l'École royale supérieure de musique de Stockholm, où elle a étudié le violon, l'orgue, le piano, le violoncelle, la composition et l'harmonie.
Amanda Maier a donné des concerts de violon en Suède et à l'étranger. Elle a continué à étudier la composition avec les professeurs du conservatoire Reinecke et Richter à Leipzig et le violon avec Engelbert Röntgen, maître de concert de l'Orchestre du Gewandhaus dans la même ville. Pendant cette période, elle a composé une sonate pour violon, un trio pour piano et un concerto pour violon pour orchestre. Son concerto pour violon a été créé en 1875 avec Maier comme soliste et a reçu de bonnes critiques.
À Leipzig, elle rencontre le pianiste et compositeur germano-néerlandais Julius Röntgen (1855-1932), le fils de son professeur de violon. Le couple se marie en 1880 à Landskrona et s'installe à Amsterdam. Le mariage a mis fin aux apparitions publiques d'Amanda, mais elle a continué à composer, et le couple a organisé des salons musicaux et des représentations en Europe de Rubinstein, Joachim et Brahms. À la fin des années 1870, Maier rencontre également Ethel Smyth, qui étudie à Leipzig. Elles sont devenues amies et ont continué à correspondre jusqu'à la mort d'Amanda Maier.
En 1887, Amanda Maier attrape la tuberculose. Pendant sa maladie, le couple séjourne à Nice et à Davos. Sa dernière grande composition est le quatuor pour piano en mi mineur, écrit lors d'un voyage en Norvège en 1891. Elle meurt en 1894 à Amsterdam, aux Pays-Bas4.
Le chef d'ochestre britannique Sir Thomas Beecham est né le à St Helens, dans le comté de Merseyside au Royaume-Uni, et mort le à Londres.
Thomas Beecham naît dans la riche famille des Laboratoires Beecham, fondés par son grand-père, Thomas Beecham (1820-1907). Il étudie à Oxford, apprend la musique en amateur et, grâce à sa fortune, il organise et dirige des concerts symphoniques ou monte des opéras avec des membres du Hallé Orchestra et du Liverpool Philharmonic orchestra. Il a étudié la composition avec Charles Wood à Londres et Moritz Moszkowski à Paris. Pour ce qui est de la direction, Beecham est un pur autodidacte.
Dans la période 1902-1904, il commence sa carrière professionnelle par un engagement au K. Trueman Travelling Opera, une compagnie lyrique. Il fonde ensuite le New Symphony Orchestra of London. En 1909, le Beecham Symphony Orchestra.
En 1910, réalisant son ambition grâce au soutien de son père, il est propulsé directeur du Covent Garden -jusqu'en 1913- et redonne le prestige à l'institution, créant Les Maîtres Chanteurs, Salomé ou Elektra (et trente-quatre autres opéras pour la seule saison 1910 !), invitant les Ballets Russes (1911), ou les grands chefs de l'époque, comme Pierre Monteux, Richard Strauss ou Furtwängler. Son assistant n'est autre que Bruno Walter.
Il est anobli en 1916 et sera fait membre de l'Ordre des compagnons d'honneur en 1957.
Avant la fin de la Première Guerre mondiale, il fonde la Beecham Opera Company qui absorbe complètement sa fortune jusqu'à faire faillite en 1920.
Il se produit aux États-Unis en 1928 au Carnegie Hall avec l'Orchestre Philharmonique de New York. Il y joua entre autres le Concerto pour piano no 1 de Tchaïkovski avec le pianiste Vladimir Horowitz. À partir de l'année suivante, à Londres, il organise un festival consacré à l'œuvre de Delius, en même temps qu'une fondation pour l'édition des partitions et des publications phonographiques.
En 1932, il fonde le London Philharmonic Orchestra et, jusqu'en 1939, il occupe la direction au Covent Garden.
En 1936, il effectue une tournée en Allemagne qui fut très controversée, où il dut par exemple retirer du programme la Symphonie écossaise de Mendelssohn, né juif.
Beecham a ensuite refusé d'autres invitations pour donner des concerts en Allemagne. Il a cependant enregistré La Flûte enchantée à Berlin en 1937 et 1938.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, il quitte le Royaume-Uni de 1940 à 1944 et se produit en tournée en Australie, au Canada, à Seattle, où il est directeur musical de 1941 à 1943 et à New York ensuite.
Il produit surtout le répertoire français : Carmen, Louise (avec Grace Moore), Manon, Faust, Mignon et Les contes d'Hoffmann … et dirige non moins de dix-huit orchestres américains pendant la période.
Après guerre, en 1946, il refuse de devenir chef salarié du London Philharmonic Orchestra et fonde le Royal Philharmonic Orchestra qu'il dirigera jusqu'en 1961.
L'homme était doué d'un humour légendaire, dont il reste quelques bons mots. Il aurait ainsi dit ou écrit : « Les Anglais aiment beaucoup la musique, ils aiment beaucoup le bruit qu’elle fait » (Pierre Assouline dixit sur France Culture). Selon d'autres sources : « Les Britanniques n'aiment peut-être pas la musique mais ils adorent le bruit qu'elle fait »3. Également : « Il y a deux règles d'or pour un orchestre : commencer ensemble et finir ensemble ; le public se fiche de ce qui se passe entre les deux » (« There are two golden rules for an orchestra: start together and finish together. The public doesn't give a damn what goes on in between »).
Personnalité scintillante et autoritaire, il a été le premier de la grande lignée de chefs d'orchestre anglais (Boult, Barbirolli, Marriner, Davis, Gardiner, Rattle...). Il est aujourd'hui surtout apprécié pour ses lectures claires et dynamiques de Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn, Hector Berlioz et Mili Balakirev, mais il était aussi un champion de la musique française (Berlioz, Bizet...), de Jean Sibelius et d'Ethel Smyth. Sa version réorchestrée du Messie de Georg Friedrich Haendel, aujourd'hui anachronique, témoigne elle aussi de sa vigueur légendaire.
Sir Charles Villiers Stanford est un compositeur britannique irlandais, né le 30 septembre 1852 à Dublin et mort le 29 mars 1924 à Londres.
Fils d'un éminent juriste à la chancellerie de Dublin, Stanford est élevé dans un milieu musical où ses deux parents sont des musiciens chevronnés ; son père s'intéresse plus particulièrement au chant tandis que sa mère est pianiste. Il étudie l'orgue et la composition auprès de Robert Stewart.
Ses talents précoces sont relatés dans un article du Musical Times de décembre 1898.
Il se rend à Londres en 1862 pour étudier avec Arthur O'Leary et Ernst Pauer, avant de parvenir en 1870 au prestigieux Queens' College de Cambridge puis, en 1873, au Trinity College où il est notamment organiste jusqu'en 1892. Sa nomination au poste de directeur de la société musicale de l'Université de Cambridge lui offre une notoriété certaine.
Entre 1874 et 1877, il passe quelques semaines d'études en Allemagne afin de parfaire sa technique de composition avec Carl Reinecke et Friedrich Kiel, avant d'obtenir ses diplômes universitaires à Cambridge. Il rencontre le violoniste Joseph Joachim et le chef d'orchestre Hans von Bülow qui, par la suite, le soutiennent avec constance.
Engagé comme professeur de composition au Royal College of Music en 1883, il devient également chef du Chœur Bach de Londres (The Bach Choir) de 1886 à 1902 et professeur de musique à Cambridge à partir de 1887. Il est aussi chef de l'Orchestre Philharmonique de Leeds de 1897 à 1909, ainsi que du festival de Leeds de 1901 à 1910.
Parmi ses élèves, on trouve les compositeurs Arthur Bliss, Herbert Howells, John Ireland, Gustav Holst, Ralph Vaughan Williams, George Dyson, Ernest John Moeran, Rebecca Clarke et le chef d'orchestre Eugène Goossens.
Avec Hubert Parry, Ethel Smyth et Edward Elgar, il est l'un des compositeurs du Royaume-Uni emblématiques de la période victorienne.
Il est fait chevalier le 24 octobre 1902.
Charles Villiers Stanford laisse environ 300 œuvres.
Aubrey Brain (né à Londres le 12 juillet 1893 et mort à Londres le 21 septembre 1955) était un corniste britannique. Il y avait beaucoup de cornistes dans sa famille.
Son père, Alfred Edwin Brain senior, a joué dans l'orchestre d'Henry Wood lors du tout premier bal de fin d'année en 1895. Plus tard, il a joué pour l'Orchestre Symphonique de Londres.
Son frère, également appelé Alfred Edwin Brain, était cor solo dans l'Orchestre du Queen's Hall d'Henry Wood, mais il a ensuite émigré aux États-Unis où il a fini par jouer pour l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles.
Son fils, Dennis Brain, allait devenir le corniste le plus célèbre de tous.
Aubrey Brain commence à apprendre le cor avec son père. En 1911, il obtient une bourse d'études au Royal College of Music. Il devient rapidement l'un des meilleurs cornistes de Grande-Bretagne. Les autres grands joueurs de cor sont son père, son frère aîné et Adolf Borsdorf. Il devient cor solo de la Beecham Opera Company. C'est là qu'il rencontre Marion Beeley, une mezzo-soprano. Ils se sont mariés à l'été 1914, juste avant la Première Guerre mondiale. Lorsque la guerre a éclaté, il s'est engagé dans les Welsh Guards et a joué du cor dans l'orchestre. Après la guerre, il a d'abord eu du mal à trouver un bon emploi de corniste. Les meilleurs postes de cornistes étaient déjà occupés par son frère Alfred.
Aubrey et Marion ont eu deux fils : Leonard (°1915) et Dennis (°1921).
En 1922, Alfred émigre aux États-Unis. Aubrey devient rapidement premier cor de la Royal Philharmonic Society (son père jouait le second cor) et premier cor du Queen's Hall Orchestra. Il est également premier cor du New Symphony et rejoint bientôt l'Orchestre de Covent Garden en tant que premier cor. En 1923, il rejoint l'Orchestre Symphonique de Londres.
En 1923, Borsdorf prend sa retraite en tant que professeur de cor à la Royal Academy of Music, et Aubrey prend sa place. L'un de ses premiers élèves est son jeune frère Arthur. Bien que très doué, Arthur décide de ne pas se lancer dans la pratique professionnelle du cor et entre dans la police. Plus tard, Dennis, le fils d'Aubrey, fut l'un de ses élèves.
Aubrey a connu une carrière très fructueuse, non seulement en tant que premier cor dans plusieurs orchestres, mais aussi en tant que soliste. Il a joué le 2e Concerto pour cor de Mozart en 1923 aux Proms. On peut entendre son jeu sur plusieurs des tout premiers enregistrements réalisés par le LSO pour HMV. Plusieurs œuvres ont été écrites pour lui, notamment le Concerto pour cor, violon et orchestre de Dame Ethel Smythe. Il l'a très bien joué, y compris les accords du dernier mouvement (il est possible de jouer des accords au cor en fredonnant une note et en jouant une autre note de la série harmonique). Il l'a jouée aux Proms. Le chef d'orchestre Bruno Walter l'invite à la jouer à Berlin. Aubrey devient ainsi le premier corniste britannique à jouer un concerto solo à l'étranger.
Lorsque l'Orchestre Symphonique de la BBC a été créé en 1930, Aubrey en était le premier corniste. Il est resté corniste principal dans les autres grands orchestres londoniens (ce qui serait impossible de nos jours), mais il a progressivement abandonné ces postes à mesure que l'Orchestre Symphonique de la BBC recevait de plus en plus de travail et avait besoin de ses cornistes à plein temps.
.Aubrey jouait d'un cor de type français (un "cor de Raoux") à perce étroite (le tube était très étroit). Le cor de type allemand avait un bode plus large et produisait un son légèrement différent. En jouant sur un cor Raoux, il y avait plus de risques qu'une note se fende (qu'elle ne se prononce pas correctement). Le cor de type allemand devient très populaire en Angleterre, mais Aubrey insiste pour que tous les cornistes de l'Orchestre Symphonique de la BBC continuent à jouer sur des cors Raoux. Aubrey était un musicien très doué pour la musique de chambre et a enregistré avec le violoniste Adolf Busch et le pianiste Rudolf Serkin le Trio de cors de Brahms. Cet enregistrement s'est vendu à de nombreux exemplaires et a continué à se vendre pendant de nombreuses années, jusqu'à ce que les disques 78 tours soient remplacés par des disques à longue durée de vie.
Pendant la guerre, Aubrey commence à avoir des problèmes de santé. Il fait une chute le jour de Noël 1940. Vers la fin de la guerre, il commence à avoir une vision floue, son élocution devient difficile et il éprouve des sensations étranges dans les doigts et les orteils. Il a pris sa retraite en 1945, après la première répétition de la saison du bal. Il se produit encore occasionnellement, généralement avec son fils Dennis.
Il meurt le 20 septembre 1955, trois jours après une mauvaise chute qui lui a causé une crise cardiaque.
Aubrey Brain est peut-être moins connu aujourd'hui en raison de la renommée exceptionnelle de son fils Dennis. Pourtant, c'était un très grand corniste qui a contribué à améliorer le niveau du jeu de cor en Grande-Bretagne, à la fois par son enseignement et par l'exemple de ses interprétations. Les enregistrements sur lesquels on peut l'entendre ont tous été réalisés avant l'époque du microsillon. Son fils aîné, Leonard, est devenu un hautboïste réputé.
Heinrich von Herzogenberg, compositeurautrichien descendant d'une famille aristocratique française, est né à Graz le et mort à Wiesbaden le .
Issu d'une famille aristocratique française qui a émigré en Autriche pendant la Révolution française et qui a germanisé son nom original « Picot de Peccaduc », Heinrich von Herzogenberg a d'abord fréquenté une école de jésuites dans la ville de Feldkirch, puis il est allé à Munich, Dresde et Graz.
Venu à Vienne, il a commencé des études de droit, de philosophie et de sciences politiques à l'Université de Vienne. Bientôt il s'est tourné vers la musique et a étudié la composition au Conservatoire de Vienne dans la classe de Felix Otto Dessoff jusqu'en 1864. Il a commencé par être un admirateur de la musique de Wagner, mais l'étude de J. S. Bach a amené chez lui un profond attachement à la tradition classique et il est devenu un ardent admirateur de Brahms. En 1866, il a épousé Elisabeth von Stockhausen, qui a été une élève de Brahms pour le piano ; les lettres de Brahms échangées avec les Herzogenberg occupent une grande partie de sa correspondance.
Heinrich von Herzogenberg a vécu à Graz jusqu'en 1872, avant de s'installer à Leipzig, où il a été un des fondateurs, avec Philipp Spitta et Alfred Volkland, de la Bach-Verein, en 1874, société qui se proposait de faire revivre les cantates de Bach. Herzogenberg en a été le directeur artistique pendant dix ans. À cette époque, Ethel Smyth a été une de ses élèves en composition.
À partir de 1885, il a occupé le poste de professeur de composition à la Hochschule für Musik de Berlin. À ce titre, il a conseillé au jeune Ralph Vaughan Williams d'étudier avec Max Bruch.
Heinrich von Herzogenberg est décédé subitement à Wiesbaden, âgé de 57 ans ; dans ses dernières années, il s'est déplacé dans un fauteuil roulant en raison d'une nécrose des articulations.