Florence Beatrice Price (1887-1953) : Abraham Lincoln Walks at Midnight, cantate pour soprano, chœurs, orgue et orchestre ; Song of Hope, cantate, version pour chœur et orchestre ; dix pièces pour chœuret piano. Sara Swietlicki, soprano ; Lindsay Grace Johnson, mezzosoprano ; Jonas Samuelson, baryton ; Jan Karlsson Korp, piano ; Robert Bennesh, orgue ; Chœurs et Orchestre de l’Opéra de Malmö, direction John Jeter. 2024. Notice en anglais. 55’ 02’’. Naxos 8.559951.
La violoniste Fanny Clamagirand fait paraître chez Naxos un album consacré aux concertos pour violon de la compositrice américaine Florence Price. Ce nouvel album est un jalon important dans la redécouverte de l’art de cette compositrice. Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec cette artistique qui construit une discographie rare et exigeante
Comment avez-vous découvert la musique de Florence Price, et en particulier ces deux concertos pour violon ?
J’ai découvert la musique de Florence Price, lorsque Naxos m’a proposé d’enregistrer ce disque consacré à son œuvre et comprenant notamment ses deux concertos pour violon et orchestre.
Cette proposition, faite d’ailleurs très peu de temps avant les sessions d’enregistrement, a été pour moi un vrai challenge et l’occasion d’une découverte enthousiasmante, une plongée dans la vie et l’univers de Florence Price, compositrice afro-américaine, figure majeure de la « Chicago Black Renaissance », et dont de nombreuses œuvres n’ont été (re)découvertes qu’après sa mort en 1953.
Qu’est-ce qui vous a motivé à les enregistrer ?
Il est pour moi important, en tant qu’interprète, de contribuer aussi au rayonnement d'œuvres oubliées, de porter et faire découvrir des voix méconnues, ici donc celle de Florence Price, qui est encore peu jouée en Europe. La curiosité et l’ouverture à de nouveaux répertoires font partie intégrante de mon engagement artistique.
Comment s’est passée la collaboration avec l’orchestre de Malmö qui devait également découvrir cette musique?
L’enregistrement avec l’Orchestre de Malmö et le chef américain John Jeter a été une aventure artistique et humaine intense. John Jeter, connaissant déjà bien l’univers de Price pour avoir enregistré une partie de ses œuvres symphoniques, a été un guide précieux dans l’approche esthétique et stylistique de cette musique.
Cela a été un immense plaisir de travailler avec des artistes engagés et passionnés, à l’écoute et partageant la même envie de redonner vie à un répertoire oublié et de rendre hommage à une femme au destin singulier.
Quelles sont les caractéristiques stylistiques de ces deux partitions ? Comment s’intègrent-t-elles dans leur temps ?
La musique de Florence Price est très belle, facile à écouter, d’inspiration romantique, avec une forte influence des traditions européennes, mais aussi une identité propre, marquée par des éléments issus du jazz et du blues, reflet de ses racines afro-américaines.
Le premier concerto, écrit en 1939, de forme classique, rappelle sans hésitation le Concerto pour vionon de Tchaïkovski, tandis que le second, composé en 1952, un an avant la mort de Price, est d’un seul souffle et adopte un caractère plus rhapsodique et personnel. Dans les deux œuvres, l’écriture violonistique est toujours très expressive et virtuose, en dialogue permanent avec l’orchestre et mise en valeur par un tissu instrumental riche et coloré.
La pianiste roumaine Alexandra Dariescu a tiré la sonnette d'alarme sur ses réseaux sociaux à propos de l'annulation de la première du Concerto pour piano de Florence Price dans son pays, le 25 mai à l'Atheneum de Bucarest.
La raison ? Le concerto de Florence Price est cinq fois plus cher que l'autre œuvre pour piano qu'elle devait interpréter lors du même événement : la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Faute de pouvoir assumer ce coût, l'œuvre de la compositrice américaine, créée la même année que celle du Russe, en 1934, a été annulée. Mme Dariescu et d'autres interprètes ont souligné qu'il s'agit d'une question de sensibilisation des directeurs et programmateurs aux compositions écrites par des femmes. Comme elles sont beaucoup moins jouées, il est généralement toujours plus coûteux d'obtenir le matériel nécessaire pour les jouer. Pourquoi le duo Price/Rachaninov ?Parce que les deux concertos ont été écrits la même année, en 1934, que l'un est connu dans le monde entier et que l'autre n'a été joué qu'une douzaine de fois. Je veux montrer les deux côtés de l'histoire et rendre la musique plus accessible.
Alexandra Daurescu ajoute qu'il est déjà difficile de convaincre les promoteurs et les chefs d'orchestre de prendre un risque et de programmer des œuvres inconnues de compositrices, mais lorsqu'un tel prix est demandé pour le matériel, il sera tout simplement impossible de jouer ce répertoire et il semble que nous fassions un pas de géant en arrière.
Florence Beatrice Price (1887-1953) : Symphonie n° 3 en do mineur ; The Mississippi River ; Ethiopia’s Shadows in America. Orchestre Symphonique de la radio de Vienne ORF, direction John Jeter. 2020/21. Notice en anglais. 66.48. Naxos 8.559897.
Adorations. Joseph Haydn (1732-1809) :Quatuor à cordes op. 20 n° 2. Samuel Barber (1910-1981) :Adagio pour quatuor à cordes op. 11. Felix Mendelssohn (1809-1847) :Quatuor à cordes op. 44 n° 3. Florence Price (1887-1953) :Adoration (transcription pour quatuor à cordes de Samuel Araya). 2026. Isidore String Quartet : Phoenix Avalon et Adrian Steele, violons ; Devin Moore, alto ; Joshua McClendon, violoncelle. Notice en anglais. 64' 02''. Delos DE 3622.
Frederick Stock et le Chicago Symphony Orchestra, vol. 1-6 (1916-1941). Œuvres de Johann Sebastian Bach (1685-1750), Arthur Benjamin (1893-1960), Georges Bizet (1838-1875), Johannes Brahms (1833-1897), Henry Carey (1687-1743), Ernest Chausson (1855-1899), Ernő Dohnányi (1877-1960), Antonín Dvořák (1841-1904), Edward Elgar (1857-1934), Georges Enesco (1881-1955), Alexandre Glazounov (1865-1936), Reinhold Glière (1874-1956), Mikhaïl Glinka (1804-1857), Károly Goldmark (1830-1915), Edvard Grieg (1843-1907), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Mikhaïl Ippolitov-Ivanov (1859-1935), Armas Järnefelt (1869-1958), Anatoli Liadov (1855-1914), Edward MacDowell (1860-1908), Frank Meacham (1856-1909), Felix Mendelssohn (1809-1847), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Niccolò Paganini (1782-1840), Amilcare Ponchielli (1834-1886), Emil von Řezníček (1860-1945), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Camille Saint-Saëns (1835-1921), François Schubert (1808-1878), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Jean Sibelius (1865-1957), Achille Simonetti (1857-1928), Bedřich Smetana (1824-1884), John Stafford Smith (1750-1836), Frederick Stock (1872-1942), Johann Strauss II (1825-1899), Richard Strauss (1864-1949), Josef Suk (1874-1935), Franz von Suppé (1819-1895), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Ambroise Thomas (1811-1896), Ernst Toch (1887-1964), Robert Volkmann (1815-1883), Richard Wagner (1813-1883), William Walton (1902-1983), Carl Maria von Weber (1786-1826), Ermanno Wolf-Ferrari (1876-1948). Ernest Liegl, flûte ; Robert M. Mayer, cor anglais ; Walter P. Zimmermann, orgue ; John Weicher, violon. Chicago Symphony Orchestra, direction : Frederick Stock. Enregistré entre mai 1916 et décembre 1941. Notes exhaustives de Mark Obert-Thorn. 12 h 26 m 52 s. 10 CD-R en 6 volumes Pristine Audio PABX050.
Il y a deux manières d'envisager l'arrivée massive de l'intelligence artificielle dans nos vies culturelles. La première — la plus visible, la plus anxieuse — consiste à voir partout des menaces : la créativité humaine remplacée, les voix singulières dissoutes dans une moyenne algorithmique, les œuvres patrimoniales noyées dans un océan de contenu généré sans discernement. Cette inquiétude n'est pas illégitime. Quand les grandes plateformes de streaming proposent à un auditeur une playlist de « musique classique pour étudier » qui mélange Brahms, Einaudi et de la nappe d'ambiance électronique vendue comme "nouveau classique", elles ne servent ni la musique, ni l'auditeur, ni les compositeurs.
Mais il existe une seconde voie, moins commentée, plus exigeante. Elle consiste à se demander ce que l'on peut construire avec ces outils quand on les met au service d'une mission éditoriale claire — quand on refuse de leur abandonner le pilotage et qu'on en fait, à l'inverse, des amplificateurs de l'intention humaine. C'est cette seconde voie que Crescendo Magazine a choisi d'explorer avec Pauline.
Pauline est une application web gratuite, libre d'accès, sans publicité ni tracking. Elle propose à chaque visiteur de lui confier un, deux, trois noms qu'il aime déjà — Mozart, Sibelius, Cécile Chaminade — et lui suggère des compositeurs proches par l'époque et l'esthétique, en privilégiant systématiquement les voix féminines et les artistes méconnu·es. Plus de 600 compositrices et compositeurs habitent aujourd'hui sa base, couvrant neuf siècles de création et plus de quatre-vingt-dix nationalités. Une frise chronologique permet de remonter le temps, une carte de naviguer par géographies. Un dialogue avec Pauline, mené par une intelligence artificielle, répond aux questions sur le répertoire. Un programme de concert personnalisé peut être généré à partir de vos affinités. À partir de chaque compositeur découvert, il est possible d'écouter la musique en se rendant sur YouTube, de se documenter grâce aux articles de Crescendo et de rechercher des concerts programmant les œuvres que l'on vient de découvrir. Le nom de l'application rend hommage à Pauline Viardot (1821–1910), cantatrice et compositrice franco-espagnole oubliée des manuels et pourtant figure essentielle de la vie musicale européenne du XIXᵉ siècle.
Cabinet of Curiosities. Œuvres de Nicholas Roubanis (1880-1968), Erik Satie (1866-1925), Gabriella Smith (*1991), Jean-Féry Rebel (1666-1747), Florence Price (1887-1953), Philip Glass (*1937), Franz Schubert (1797-1828), Bernard Herrmann (1911-1975), Samuel Barber (1910-1981), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Jisoo Lee (*2000), Arvo Pärt (*1935). Delirium Musicum, Étienne Gara. Livret en français, anglais, allemand. Mai 2024 et janvier 2025. 65’46’’. Warner 5021732844637
Après un an d’attente, nos espérances étaient grandes à l’idée de voir Yannick Nézet-Séguin diriger ce Neujahrskonzert 2026. Le moins que l’on puisse dire est que le chef québécois a porté l’événement à un degré d’excellence inédit, conduisant même le Philharmonique de Vienne sans pupitre, dans la somptueuse Grande Salle dorée du Musikverein, pour un programme straussien audacieux et renouvelé.
Direction magistrale et innovations gestuelles.
Rompant avec cent quatre-vingt-deux ans de tradition, Nézet-Séguin a opté pour une direction de mémoire, libérée de tout support visuel. Cette liberté lui a permis des gestes amples et intuitifs, captivant tout à la fois l’orchestre et le public. Ses indications, d’une précision millimétrique dans les attaques des cuivres des galops — tels Malapou-Galop de Lanner ou Københavns Jernbane-Damp-Galop de Lumbye — s’alliaient à une souplesse aérienne dans les valses, révélant des phrasés oubliés : un legato diaphane dans Rosen aus dem Süden, un swing irrésistible dans la Olive BranchWaltz de Josef Strauss. Cette audace a insufflé un vent nouveau, transformant le concert en un dialogue vivant plutôt qu’en rituel touristique.
Un programme d’équilibre et d’ouverture sur le monde.
Le programme intégrait deux premières mondiales pour ce concert : Sirenen Lieder de Josephine Weinlich, où harpe et vents tissaient une séduction mythologique envoûtante, et la Rainbow Waltz de Florence Price, dont les harmonies post-romantiques apportaient une tendresse émouvante — un véritable arc-en-ciel multiculturel au cœur du bal viennois. Encadrés par des classiques tels l’ouverture Indigo und die vierzig Räuber de Johann Strauss II ou Donausagen de Ziehrer, ces choix osaient l’inclusivité sans renoncer à l’élégance, portés par les cordes du Philharmonique, d’un velours somptueux dans les transitions les plus délicates.
Le chef germano-indonésien Adrian Prabava est l’invité de l'Orchestre national de Metz Grand Est pour ce concert. Il commence par l’ouverture « Les Hébrides » (La Grotte de Fingal) de Mendelssohn, ce qui permet d’exposer, outre la solidité des cordes, les qualités les vents de la phalange. Ils sont ici très fluides, clairs et agiles pour rendre le motif des vagues. Le chef montre ici une baguette sûre et forte mais pas rigide, ce qui sera sa marque durant tout le concert. Il sait de même faire monter les tutti jusqu’au bord du vacarme, ce qui est toujours un danger dans la salle de concert de l’Arsenal.
Le concert continue avec le Concerto pour piano en un mouvement de Florence Price, avec la pianiste anglaise Jeneba Kanneh-Mason. Si ce concerto est annoncé dans son titre en un mouvement, l’auditeur lui en reconnaît toute de même trois : un premier d’une virtuosité très enthousiaste, un second plus réservé quasi-intimiste, et un dernier digne de broadway. Ici l’orchestre reprend le romantisme de Mendelssohn, à côté du piano jazz de Gershwin. La pianiste fait preuve d’un jeu fin et sans arrogance, qui, durant le premier mouvement surtout, peinait quelques fois à se faire entendre.