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Germaine Tailleferre, 40 ans

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La compositrice française Germaine Tailleferre est née le 19 avril 1892 à Saint-Maur-des-Fossés et morte le 7 novembre 1983 à Paris.
Principalement connue comme membre du groupe des Six, sa vie et son œuvre restent méconnues des amateurs.

Sa mère, née Marie-Désirée Taillefesse, avait été contrainte de rompre ses fiançailles pour épouser le jeune Arthur Taillefesse que son père lui avait choisi pour la simple raison qu'ils avaient le même patronyme. Ce mariage arrangé fut des plus malheureux, la seule joie de Marie-Désirée étant ses enfants.

Dernière de cinq enfants, la jeune Germaine commence l'étude du piano avec sa mère dès ses deux ans et commence à composer de courtes œuvres dès cinq ans. Pour autant, dans la petite bourgeoisie d'où elle vient, s'il est bien vu qu'une femme ait un loisir artistique, il n'est pas envisageable d'en faire carrière. Malgré l'opposition de son père qui s'exprime en ces termes « Pour ma fille, faire le Conservatoire ou le trottoir Saint-Michel, c’est la même chose. Jamais je ne donnerai mon autorisation », et à l'insu de celui-ci, elle entre en cachette au Conservatoire de Paris et intègre les classes de piano et de solfège en 1904, le peintre Louis Payret-Dortail ayant convaincu la mère de Germaine de la laisser suivre cette orientation. Après une première médaille de solfège en 1906, son père se voit contraint de l'autoriser (par la force des choses) à continuer ses études, tout en refusant d'en assurer le financement. Germaine Tailleferre commence donc à donner des leçons. Elle rencontre au Conservatoire Darius Milhaud, Georges Auric et Arthur Honegger en 1912. Elle remporte le premier prix de contrepoint (1913), d'harmonie (1914) et d'accompagnement (1915).

Également au Conservatoire, elle devient l'amie de la harpiste Caroline Luigini-Tardieu, fille du compositeur et chef d'orchestre Alexandre Luigini, qui était alors l'assistante d'Alphonse Hasselmans, professeur de harpe, et pour laquelle elle écrivit « Le Petit Livre de harpe de Mme Tardieu » (1913-1917), un recueil de dix-huit pièces brèves.

La jeune Germaine Tailleferre commence à fréquenter les milieux artistiques de Montmartre et de Montparnasse, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin, Paul Fort, Fernand Léger et le sculpteur Emmanuel Centore, qui épousera Jeanne, sa sœur.

Son cercle d'amis s'agrandit en 1917 de Picasso et de Modigliani, et c'est dans l'atelier de l'un de ces peintres amis qu'a lieu, le 15 janvier 1918, le premier concert des « Nouveaux Jeunes » dont font partie Francis Poulenc et Louis Durey. Au programme, Jeux de plein air et sa Sonatine pour quatuor à cordes, qui allait devenir plus tard, par l'addition d'un troisième mouvement, le Quatuor à cordes. Erik Satie est enthousiasmé par ses Jeux de plein air.

C'est au critique musical Henri Collet que l'on doit l'invention du groupe des Six, en souvenir du groupe des Cinq. Deux articles publiés en 1920 dans le journal Comœdia sont les écrits fondateurs du désormais célèbre groupe des Six. Même si leurs activités de groupe sont très peu nombreuses, ils resteront amis jusqu'à la fin de leurs jours.

Années 1920

Elle écrit un Hommage à Debussy en 1920. La Première Sonate pour violon et piano est composée pour Jacques Thibaud, le violoniste dont elle est l'amie. Elle est créée à Paris en 1922 par Thibaud lui-même et Alfred Cortot. La même année, Tailleferre compose sa Ballade pour piano et orchestre.

L'année 1923 voit son ballet néo-classique Le Marchand d'oiseaux connaître le succès avec les Ballets suédois. La Princesse de Polignac lui passe commande d'un Concerto pour piano dans le même style, créé par Alfred Cortot en 1925 à Philadelphie.

C'est à cette époque que Tailleferre commence à passer beaucoup de temps à Montfort-l'Amaury avec Maurice Ravel qu'elle a rencontré à Saint-Jean-de-Luz en 1919-20. Ravel, qui s'intéresse aux jeunes compositeurs, lui donne avis et conseils tant en matière d'écriture que d'orchestration.

En 1926, Tailleferre épouse le caricaturiste américain Ralph Barton qu'elle vient de rencontrer et s'installe à Manhattan. Elle se lie avec les amis de son mari et en particulier avec Charlie Chaplin, mais Barton refuse qu'elle compose pour Chaplin. C'est pendant cette période qu'elle compose son Concertino pour harpe et orchestre (1927), œuvre dédiée à son mari. Mais la cohabitation avec Barton, jaloux du succès de son épouse, est difficile. En 1927, à la demande de Barton, le couple retourne à Paris, et Tailleferre reçoit commande de Paul Claudel d'une musique pour son ode en l'honneur du scientifique Marcellin Berthelot, intitulée Sous le rempart d'Athènes. Tailleferre complète aussi le ballet La Nouvelle Cythère, programmé pour la saison 1929 des Ballets russes mais dont la représentation fut annulée du fait de la mort soudaine de Diaghilev.

En 1928, elle compose sa Valse lente.

L'année 1929 voit la fin de son mariage avec Ralph Barton qui se suicide en mai 1931, quelques mois après son retour en Amérique. Ses Six chansons françaises composées à cette époque utilisent des textes du XVe siècle au XVIIIe siècle qui parlent de la condition féminine. Chaque œuvre est dédiée à une amie femme. Ces mélodies sont l'un des rares exemples de féminisme dans l'œuvre de Tailleferre.

Années 1930

Durant l'année 1931, le principal projet de Tailleferre est son opéra-comique Zoulaina qui n'a jamais été monté et dont il n'existe qu'un manuscrit à l'exception de la fameuse Ouverture qui est l'une de ses œuvres les plus jouées.

Le 4 juin 1931, âgée de 39 ans, elle donne naissance à son unique enfant, Françoise, née de sa liaison avec le juriste français Jean Lageat qu'elle épouse l'année suivante. Une fois encore, le mariage devient un obstacle à sa carrière de compositrice, son nouveau mari ne manifestant pas plus de soutien que le précédent à ses activités musicales. Elle se consacre à l'éducation de sa fille et s'occupe de son mari atteint de tuberculose.

Germaine Tailleferre parvient malgré tout à composer la Suite pour orchestre de chambre, le Divertissement dans le style de Louis XV, son Concerto pour violon qui avait été perdu dans sa forme originale (la Deuxième Sonate pour violon et piano est une réduction du concerto, sans la cadence) ainsi que le Concerto grosso pour deux pianos, quatuor de saxophones, huit voix solistes et orchestre (1934). Elle inaugure aussi une longue série de musiques de films.

En 1937, elle collabore avec Paul Valéry pour sa Cantate du Narcisse, pour soprano, baryton, chœur de femmes et cordes. En 1938, c'est Georges Enescu qui dirige la création de son Concerto pour violon aux États-Unis.

Années 1940

L'occupation allemande l'incite à quitter la France. Avec sa fille Françoise, elle gagne l'Espagne puis le Portugal d'où elles embarquent pour les États-Unis. Elles passent les années de guerre à Philadelphie. Elle compose peu pendant cette période, s'occupant surtout de sa fille. Elle écrit néanmoins un Ave Maria pour voix de femmes a cappella créé au Swarthmore College (perdu). Au début de 1942, Tailleferre complète ses Trois Études pour piano et orchestre dédiées à Marguerite Long.

Germaine Tailleferre revient en France en 1946 et se réinstalle à Grasse. Sa relation avec Lageat s'est détériorée mais le couple reste marié. Sa première œuvre importante à son retour en France est le ballet Paris-Magie créé à l'Opéra-Comique en 1949, suivi de Il était un petit navire, opéra-comique sur un livret d’Henri Jeanson. L'œuvre, très mal reçue par les critiques, reste peu de temps à l'affiche et ne sera pas éditée.

Années 1950

Elle écrit son Concerto no 2 pour piano (perdu), sa fameuse Sonate pour harpe, le Concertino pour flûte, piano et orchestre à cordes, la comédie musicale Parfums écrite pour Monte-Carlo en 1951 (également perdue) et le ballet Parisiana créé à Copenhague en 1953.

En 1955, Lageat et Tailleferre se séparent, tandis que la fille de Germaine, Françoise, donne naissance à sa fille, Elvire. Cette même année, Tailleferre rédige sa série de cinq petits opéras-comiques Petite Histoire lyrique de l’art français : Du style galant au style méchant pour la RTF (Radiodiffusion -télévision française et future Radio France). Sur des livrets écrits avec sa nièce Denise Centore, ces cinq opéras, d'environ vingt minutes chacun, présentent l'évolution du style lyrique : Rameau, Rossini, Gustave Charpentier, Offenbach.

En 1956, elle écrit le Concerto des vaines paroles sur un texte de Jean Tardieu, dont il ne reste que le premier mouvement, Allegro concertant.

Le 4 juillet 1956, la 1re Chambre du Tribunal civil de la Seine prononce le divorce entre Lageat et Tailleferre, « à leurs torts et griefs réciproques ». Lui a refusé de reprendre la vie commune en répondant notamment à l'huissier venu lui présenter une sommation : « il y a longtemps que j'ai renoncé à vivre avec Madame Germaine Taillefesse […] Je me refuse donc absolument à reprendre la vie commune avec elle ». Il produit également une lettre du 13 mars 1956 où Germaine lui écrit : « il est inutile de faire intervenir des amis pour que je change d'avis. Ma décision est irrévocable. Je ne veux plus entendre parler de toi […] tout est définitivement rompu entre nous. Je me sens libérée, il y a assez longtemps que j'aspirais à la liberté ».

En 1957, au cours d'une brève période d'expérimentation dodécaphonique, elle compose son opéra La Petite Sirène ainsi que sa Sonate pour clarinette solo et la Toccata pour deux pianos dédiée au duo Gold et Fitzdale. Cette période s'achève avec son opéra Le Maître d'après une pièce d'Eugène Ionesco.

Elle est toujours en proie à des soucis financiers, et continue de passer du temps à donner des leçons de piano.

Années 1960

Pendant les années 1960, elle compose de nombreuses musiques de film ainsi qu'un Concerto pour deux guitares et un Hommage à Rameau pour deux pianos et deux percussionnistes. Avec le baryton Bernard Lefort (qui allait devenir directeur de l'Opéra de Paris), elle forme un duo qui se produit en tournée dans l'Europe entière.

En 1963, elle compose L'Adieu du cavalier, sur un texte de Guillaume Apollinaire à l'occasion d'un hommage à son ami Francis Poulenc, décédé en début d'année.

Années 1970

En 1970, elle devient professeure à la Schola Cantorum mais doit renoncer en raison du manque d'élèves. Elle rencontre alors le chef de l'orchestre des gardiens de la paix Désiré Dondeyne, qui l'encourage à écrire pour orchestre d'harmonie et l'aide à concrétiser certains projets.

Entre 1975 et 1978, elle compose ses Trois sonatines pour piano.

En 1976, elle accepte, à 84 ans, de devenir « en voisine » accompagnatrice pour les enfants à l'École alsacienne, l'une des plus célèbres écoles privées de Paris. Ce poste qui lui apporte un petit complément de retraite, lui permet surtout de garder une activité extérieure et d'achever une dernière série d'œuvres parmi lesquelles la Sonate pour deux pianos, la Sérénade en la mineur pour quatre vents et piano ou clavecin, l'allegro concertant Les Vaines paroles et la Sonate champêtre pour trois vents et piano.

Années 1980

Sa dernière œuvre importante est écrite en 1981 à 89 ans, à l'occasion d'une commande du Ministère de la Culture : le Concerto de la fidélité pour voix aiguës et orchestre (orchestration de Désiré Dondeyne), reprise d'une partie d'une œuvre antérieure.

Elle meurt le 7 novembre 1983 à l'hôpital Broca.

Germaine Tailleferre a notamment reçu la Médaille de la Ville de Paris et le Prix Italia.

À propos de sa musique

Je n'ai pas grand-respect pour la tradition. Je fais de la musique parce que ça m'amuse, ce n'est pas de la grande musique je le sais. C'est de la musique gaie, légère, qui fait que, quelquefois, on me compare aux petits maîtres du XVIIIe siècle, ce dont je suis très fière.

Jean Cocteau disait que Germaine Tailleferre était une Marie Laurencin pour l'oreille, alors que son ami Darius Milhaud disait en 1923 : C'est une délicieuse musicienne, qui travaille lentement et sûrement. Sa musique a l'immense mérite d'être sans prétention, cela à cause d'une sincérité des plus attachantes. C'est vraiment de la musique de jeune fille, au sens le plus exquis de ce mot, d'une fraîcheur telle qu'on peut dire que c'est de la musique qui sent bon.

Tailleferre s'inscrit dans la lignée des impressionnistes, et en particulier de Gabriel Fauré et Maurice Ravel, avec une netteté néo-classique qui trahit l’influence de Stravinsky, comme on peut l'entendre dans son ballet Le Marchand d'oiseaux. Elle est aussi admirative de la musique de Couperin, Bach ou Mozart ; on peut entendre des couleurs baroques dans son premier Concerto pour piano et orchestre. En 1954, sa Sonate pour clarinette comporte des éléments de sérialisme ; en 1957, elle expérimente le dodécaphonisme avec entre autres son opéra La Petite Sirène, avant de revenir à un style proche de celui d’avant-guerre.

Tailleferre a douté toute sa vie de ses qualités de compositrice ; ce à quoi s'ajoute une grande modestie qui l'empêcha de défendre ses œuvres autant qu'elles le méritaient. Peut-être l'humour et l'ironie de certains de ses titres (Jeux de plein air, Pancarte pour une porte d'entrée, Suite burlesque…) et son style léger ont-ils contribué à la faire passer pour une compositrice frivole.

Cela ne l'a pas empêché de recevoir plusieurs commandes pour des œuvres orchestrales, des ballets, ou de collaborer avec de nombreux artistes et écrivains (Paul Claudel, Paul Valéry).

Beaucoup des œuvres de Tailleferre sont perdues ou peu disponibles. Certaines de ses pièces n'ont jamais été représentées, nombreux considérant pendant la première moitié du XXe siècle, comme on sait, que les femmes étaient illégitimes à composer de la musique.

Outre de petites pièces pour piano, elle composa des œuvres de musique de chambre, des mélodies, deux concertos pour piano, trois études pour piano et orchestre, un concerto pour violon, un imposant Concerto grosso pour deux pianos, huit voix solistes, quatuor de saxophones et orchestre, quatre ballets, quatre opéras, deux opérettes, sans compter de nombreuses autres œuvres pour petits ensembles ou grand orchestre, la plupart écrites entre 1945 et sa mort en 1983. Jusqu'à un passé récent toutefois, une énorme partie de son œuvre restait inédite, tel le Concerto pour deux guitares et orchestre, retrouvé et enregistré en 2004 par Chris Bilobram et Christina Altmann en Allemagne.

 

Premier volet de l’intégrale pour piano  de Germaine Tailleferre, par Nicolas Horvath

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Germaine Tailleferre (1892-1983). Her piano works, revived, vol. 1. Exercice d’harmonie (chant donné par Florent Schmitt), Impromptu, Romance, Pas trop vite, Pastorale (en ré), Fandango, Hommage à Debussy, Très vite…, Petites ouvertures d’airs anciens, Sous le rempart d’Athènes, Sicilienne, Pastorale en la bémol, Pastorale en do, Fleurs de France, Pastorale inca, Pastorale amazone, Berceuse, Suite dans le style ‘Louis XV’, Au pavillon d’Alsace (Deux danses du marin de Bolivar). Nicolas Horvath, piano. 2021. Notice en anglais et en français. 83.21. Grand Piano GP891.

Germaine Tailleferre, 130 ans

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Comme beaucoup d'autres compositrices de son époque et avant elle, Germaine Tailleferre a dû se battre pour être reconnue en tant que femme dans ce métier. Ce combat a commencé au sein de sa propre famille. Née le 19 avril 1892 à Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne, Germaine Taillefesse a changé son nom en "Tailleferre" par défi à son père qui boycottait sa formation musicale. Elle avait suivi des cours de piano avec sa mère.
En 1904, elle entra au Conservatoire de Paris, où elle rencontra Louis Durey, Francis Poulenc, Darius Milhaud, Georges Auric et Arthur Honegger, futurs membres du "Groupe des Six", dont elle obtint la reconnaissance : avec elle, ils ont fondé le célèbre groupe de compositeurs français des années 1920. Au Conservatoire, elle se distingua en remportant plusieurs prix.
A partir de 1923, elle passa beaucoup de temps chez Maurice Ravel, dans sa maison de Montfort-l'Amaury, et étudia l'instrumentation avec lui. Ravel l'encouragea à participer au concours du Prix de Rome.
En 1925, elle épousa Ralph Barton, un caricaturiste américain, et s'installa avec lui à Manhattan, New York. En 1927, ils revinrent ensemble en France et divorcèrent peu après. Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, elle est repartie aux États-Unis et est revenue en France à la fin de la guerre, où elle est restée jusqu'à la fin de sa vie. Elle est décédée le 7 novembre 1983 à Paris.
Elle a composé ses œuvres les plus importantes dans les années 1920-34, mais elle a continué à composer sans interruption jusqu'à deux semaines avant sa mort, laissant derrière elle une œuvre riche dans presque tous les domaines musicaux : plusieurs opéras, des musiques de ballet, des concertos, de la musique pour piano et de la musique de chambre ainsi que de la musique pour le cinéma et la télévision. La plupart de ses œuvres n'ont toutefois été publiées qu'après sa mort.

À Angers, une « Neuvième » entre joie et larmes

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Le dernier concert de l’Orchestre National des Pays de la Loire revêtait un caractère très particulier avec la dernière participation de l’excellent Chœur de l’ONPL sacrifié sur l’autel des économies budgétaires qui, comme souvent, visent d’abord la culture en l’estimant superfétatoire et réservée à une soi-disant élite. Créé en 2005, cet excellent chœur d’amateurs passionnés a fait ses premiers pas avec la Symphonie N° 2, « Résurrection » de Gustav Mahler. Fort de 60 membres environ, le Chœur de l’ONPL se produisait également de manière autonome dans un répertoire a capella et en abordant une grande variété de styles. Dirigé depuis ses débuts par Valérie Fayet, il était arrivé à un très haut niveau de qualité confirmé hier soir encore par sa participation fervente dans la Neuvième Symphonie de Beethoven qui concluait la saison de l’ONPL et la Saison 2 du Festival Beethoven.

Ovationnés par un public très chaleureux jusque dans les couloirs à la fin du concert, les choristes avaient souvent de la peine à retenir leurs larmes après 20 ans passés au service de la musique au plus haut niveau. Fort heureusement, cette tristesse était tempérée par une splendide interprétation de la Neuvième Symphonie sous la baguette enfiévrée de Sascha Goetzel et par l’annonce officielle d’une certaine continuité avec la création du désormais Chœur des Pays de la Loire, toujours dirigé par Valérie Fayet. Ensemble, et plus soudés que jamais, ils se donnent pour mission de perpétuer le son, la cohésion et l’exigence développés depuis des années en s’ancrant avec des chanteurs venus de Nantes, Angers, Saint-Nazaire et Cholet et en développant un partenariat pédagogique fort auprès des lycéennes et lycéens ligériens. Après quelques auditions (avis aux amateurs), il restera à trouver des partenaires, mécènes et donateurs, pour lui permettre de maintenir son haut niveau artistique.

La vision beethovénienne de Sascha Goetzel est entièrement tournée vers la tension, dans une excitation parfois fébrile répondant parfaitement à l’écriture novatrice et au message pressant du chef-d’œuvre de Beethoven. Dès les premières mesures, l’allegro ma non troppo s’élance sabre au clair, d’une manière péremptoire et rapide sans chercher à cultiver le beau son, dans un élan irrésistible qui est venu irriguer toute la conception du chef viennois. A la tête de l’ONPL en grand effectif (14 premiers violons, 10 violoncelles, 8 contrebasses et le reste à l’avenant) le chef traverse cette vaste symphonie à grands traits, brossant une fresque scrutant l’existentialité humaine semée de questions, de doutes, de joie et débouchant sur la perspective d’une paix universelle de plus en plus hypothétique. Placés juste devant le chœur et non sur le devant de la scène, les quatre solistes, Helen Kearns, Eva Zaïcik, Jinxu Xiahou et Benjamin Appl ont vaincu les terribles difficultés imposées par Beethoven dans des registres stratosphériques particulièrement périlleux.

L’Ensemble Altera revisite Noël par une intelligente compilation sous angle féminin

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Feminine Voices at Christmas. Œuvres d’Hildegard von Bingen (1098-1179), Imogen Holst (1907-1984), Gustav Holst (1874-1934), Joanna Marsch (*1970), Cecilia McDowall (*1951), Adrian Peacok (*1962), Ian Shaw (*1960), Barbara Strozzi (1619-1677), Kerensa Briggs (*1990), Elizabeth Poston (1905-1987), Germaine Tailleferre (1892-1983), Benjamin Britten (1913-1976), John Rutter (*1945) [arrgmt]. Ensemble Altera, Christopher Lowrey. Lishan Tan, harpe. James Kennerley, orgue. Novembre 2024. Livret en anglais ; paroles en langue originale non traduites. 74’21’’. Alpha 1182

L'Orchestre national de Lille fête Ravel

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Pour célébrer les 150 ans de la naissance de Ravel, l’Orchestre national de Lille a proposé une tournée de quatre concerts autour d’un programme original, mêlant raretés et hommages. À côté d’une adaptation de la suite orchestrale Antar de Rimski-Korsakov, on découvrait la Petite Suite de Germaine Tailleferre.

Sous la direction de Joshua Weilerstein, l’Orchestre national de Lille semble trouve un nouveau souffle. La sonorité s’est élargie, l’expression s’est assouplie et enrichie de nuances plus colorées. Les trois petites pièces de caractère de Tailleferre — Prélude, Sicilienne et Les Filles de La Rochelle — évoquent des images comme des pages d’un livre de contes. Elles s’enchaînent naturellement à la Pavane pour une infante défunte de Ravel, dont la délicatesse trouve ici un écho poétique. Les cordes, soyeuses, dessinent avec justesse la silhouette fragile de cette princesse éternellement endormie.

Vient ensuite le Concerto en sol, avec au piano Nikolaï Lugansky. Interpréter Ravel n’est pas si courant chez ce pianiste, et l’occasion attire à juste titre l’attention. Dès le premier mouvement, sa précision et son sens du rythme imposent l’écoute. Le final, d’une énergie maîtrisée, témoigne d’une parfaite cohésion entre le soliste et l’orchestre. Mais c’est surtout le mouvement lent qui retient l’émotion : dans la rigueur du cadre rythmique, Lugansky laisse respirer la musique avec de subtiles inflexions de tempo, sans la moindre emphase romantique. Le bis — Jardins sous la pluie de Debussy — confirme cette élégance distante, presque ascétique, mais d’une beauté souveraine. On notera aussi son attitude sur scène : lorsque le chef présente chaque pupitre, il salue avec lui les musiciens par un signe de main ; on perçoit un véritable respect et une complicité rare entre les artistes.

Ravel, merveilles jazzy et autres sortilèges orientaux…

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 Le « Sébasto » (Théâtre Sébastopol) qui fit les beaux jours et dimanches après-midi des amoureux d’opérette à Lille, bruissait, ce mardi 14 octobre 2026, d’une toute singulière fièvre légèrement impressionniste, poétique et jazzy tout à la fois avec quelques touches nostalgiques d’orientalisme façon 1900. C’est que l'Orchestre national de Lille dirigé par son chef titulaire Joshua Weilerstein y célébrait, à sa manière, les 150 ans de Maurice Ravel.

En ouverture de soirée, histoire de se replonger dans l’ambiance musicale de l’époque, la Petite suite pour orchestre de Germaine Tailleferre (amie proche de Ravel et seule femme du fameux groupe des Six) œuvre élégante et pleine de charme teintée d’impressionnisme.

Cette petite « mise en oreille » est immédiatement suivie de la Pavane pour une infante défunte dont on ne se lasse pas, portés que nous sommes par les couleurs sonores impressionnistes et bercés par les accents nostalgiques du cor solo de cette mélancolique évocation du célèbre tableau de Vélasquez « Les Ménines ».

Le temps d’installer le piano sur scène et nous voila embarqués pour la turbulente traversée outre- atlantique du Concerto pour piano et orchestre en sol majeur.

On ne présente plus Nikolaï Lugansky , pianiste majeur de l’école russe, interprète de prédilection de Rachmaninov ; sa présence sur scène toute d’élégance et de simplicité impressionne et, dans cette œuvre majeure de Ravel imprégnée de références au jazz, la virtuosité sensible du pianiste n’a d’égale que le raffinement orchestral.   La parfaite connivence entre Nikolaï Lugansky et la direction d’orchestre de Joshua Weilerstein nous embarque dans une aventure musicale à couper le souffle.  Dans la foulée de ce moment passionné et comme pour apaiser les esprits, nous aurons droit  en bis  aux jardins sous la pluie de Debussy. 

Après l’entracte, Ravel toujours, mais pour une pièce beaucoup moins connue, une musique de scène, un arrangement qu’il fit d’une partition de Rimski-Korsakov pour lequel il nourrissait une grande admiration. La  symphonie n°2 « Antar » de Rimski-Korsakov, inspirée d’un texte de l’écrivain Ossip Senkoski fait référence aux aventures légendaires vécues par le poète et guerrier arabe Antara ibn Shaddad ; une histoire d’esclavage, de puissance et de gloire ; une histoire d’amour et de mort propre à enflammer les esprits et la verve des compositeurs, russe et Français. 

Lucie de Saint-Vincent joue la carte de l’élégance pour Montgeroult et Bigot

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Des dentelles à l’échafaud. Hélène de Montgeroult (1764-1836) : Sonate en fa mineur op. 1 n° 3 ; Fantaisie en sol mineur op. 7 n° 3. Marie Bigot de Morogues (1786-1820) : Suite d’Études ; Andante varié en si bémol majeur op. 2 ; Sonate en si bémol majeur op. 1. Lucie de Saint-Vincent, piano. 2023. Notice en français et en anglais. 63’. Présence compositrices PC004.