Le Turc en Italie fait partie de ces œuvres qualifiées de « turqueries » au début du 19e siècle. À cette époque, l’empire ottoman a cessé d’être une menace pour l’Occident, et les Européens se sont pris de passion pour l’exotisme.
Il Turco in Italia a été composé en 1814. L’opéra a pourtant été mal reçu à la Scala de Milan, car un spectateur a cru reconnaître un air d’Une Italienne à Alger, et il a accusé, à tort, Rossini de plagiat. Cette œuvre sera plus ou moins boudée (sauf dans le monde anglo-saxon), jusqu’à sa redécouverte dans les années 50. Maria Callas, dans le rôle de Fiorilla, ramena alors cet opéra-bouffe dans le cœur des amateurs d’opéra européens.
L’histoire est difficile à résumer. Au 18e siècle, à Naples, le poète Prosdocimo recherche de l’inspiration pour sa nouvelle pièce. Dans ce but, il rejoint une troupe de Bohémiens dont il veut suivre les aventures. Parmi eux, une jeune fille, Zaida, ancienne esclave turque, se confie à Albazar, l’un des Bohémiens. Elle est malheureuse car elle aime toujours son maître Sélim, mais alors qu’ils devaient se marier, la rumeur a accusé la jeune fille d’infidélité et elle a été condamnée à mort. Elle a donc pris la fuite.
Arrive également Don Geronio, homme d’un âge certain, qui souhaite trouver une diseuse de bonne aventure qui pourrait remettre sur le droit chemin son épouse volage, Fiorella.
Sur ces entrefaites, Sélim accoste et rencontre Fiorella, et les deux se remarquent et commencent à se faire la cour. Don Geronio et un soupirant malheureux de Fiorella, Don Narciso, demandent conseil au poète pour résoudre leurs problèmes sentimentaux. Le poète se rend également compte que Sélim est en fait le maître et l’amoureux de Zaida. Il est aux anges ! Enfin il a son histoire.
Guillaume Tell est un opéra en quatre actes sur un livret d'Étienne de Jouy et Hippolyte Bis, aidés d'Armand Marrast et d'Adolphe Crémieux, d'après la pièce de Friedrich von Schiller, elle-même inspirée de la légende suisse. L'oeuvre fut jouée pour la première fois le 3 août 1829 dans la salle Le Peletier à l'Opéra de Paris, en langue française.
Traduit en italien sous le titre de Guglielmo Tell, la première est donnée à Lucques en 1831, les quatre actes réduits à trois. La première londonienne, en langue anglaise, a lieu au Drury Lane en 1830.
C'est le dernier opéra de Rossini. Il s'éloigne de la tradition du bel canto proprement rossinienne pour se tourner vers une grande fresque historique inspirée de Schiller plutôt que de s'inscrire, comme on aurait pu s'y attendre, dans la veine du grand opéra à la française qu'illustrent alors Meyerbeer, Halévy ou Auber. Si l'ouverture est sans nul doute la pièce la plus célèbre de cet opéra et, pour cette raison, souvent donnée seule dans le cadre de concerts, l'ensemble de l'oeuvre a connu de nombreuses représentations un peu partout dans le monde, et encore aujourd'hui, notamment dans sa version originale en français.
Diverses raisons, dont notamment la longueur de l'opéra -plus de 4 heures sans coupure- ont conduit à un inégal succès de cette oeuvre au fil des ans et des lieux. Et l'opéra a souvent subi d'importantes coupures pour être monté.
Dans certains pays, ce sont les préoccupations politiques qui ont ralenti le succès de l'opéra. Ainsi, en Italie, l'œuvre, qui valorisait une figure révolutionnaire contre l'autorité, rencontra des difficultés auprès de la censure italienne. Le Teatro San Carlo eut l'opéra à son affiche en 1833, ensuite l'opéra fut ignoré pendant 50 ans. La première série de représentations à Venise, au Teatro La Fenice, ne débute qu'en 1856.
Guillaume Tell a eu davantage de succès à l'opéra de la Cour de Vienne qui en donna jusqu'à 422 représentations entre les années 1830 et 1907.
Sous le nom de Hofer, ou le Tell du Tyrol, l'opéra fut joué pour la première fois au Drury Lane de Londres le 1er mai 1830, en langue anglaise, puis en 1839 chez Her Majesty's en italien et enfin à Covent Garden, en français, en 1845.
À New York, Guillaume Tell fut présenté pour la première fois le 19 septembre 1831. Il fut repris au Metropolitan Opera en 1923 avec Rosa Ponselle et Giovanni Martinelli, pour n'y revenir qu'en 2016. Dans les années 1930, Guillaume Tell fut également repris à Milan, Rome, Paris, Berlin et Florence.
Si le public parisien eut l'occasion d'applaudir 911 fois l'oeuvre représentée sur scène jusqu'en 1932, elle connut ensuite une longue éclipse jusqu'en 2003, où l'Opéra de Paris la donne à nouveau.
Le festival Rossini de Pesaro le donne pour la première fois en août 1995.
Eduardo e Cristina est un opéra en deux actes de Gioachino Rossini, sur un livret italien adapté par Andrea Leone Tottola et Gherardo Bevilacqua-Aldobrandini.
Cet opéra pastiche a été composé en toute hâte pour une première représentation arrangée moins d'un mois après la création d'Ermione. Rossini a emprunté "19 des 26 numéros musicaux" à ses autres œuvres, dont Adelaide di Borgogna, Ricciardo e Zoraide, Mosè in Egitto ainsi qu'Ermione.
Le livret est une adaptation à partir d'un livret écrit par Giovanni Schmidt pour Odoardo e Cristina (1810), un opéra du même nom de Stefano Pavesi.
L'opéra a été joué pour la première fois au Teatro San Benedetto de Venise le 24 avril 1819. Vingt-quatre représentations ont été données cette saison-là avant que l'œuvre soit reprise l'année suivante à La Fenice.
Ironiquement, alors qu'Ermione n'a pas été particulièrement bien reçu, "Eduardo e Christina a été un énorme succès".
Apparemment, la première représentation a été si bien reçue qu'elle a duré six heures, étant donné le grand nombre de rappels.
L'opéra a été représenté ailleurs en Europe jusqu'en 1840, mais après cela, les productions semblent avoir été très rares. Il a été donné le 25 novembre 1834 à New York. Contrairement à la plupart des opéras napolitains de Rossini, celui-ci a été "fortement modifié d'une reprise à l'autre".
Entre autres productions, l'opéra a été joué au festival Rossini in Wildbad en 2017. Il est repris en août 2023 au festival Rossini de Pesaro.
Eduardo, commandant de l'armée suédoise, apporte des nouvelles de paix et est accueilli triomphalement par le Roi Carlo à Stockholm. Le même jour, le Roi annonce que sa fille, Cristina, va se marier avec le Prince Giacomo d'Écosse. Cependant, Cristina est déjà secrètement l'épouse d'Eduardo, et ils ont eu un fils, Gustavo. Pendant les préparatifs du mariage, le petit Gustavo est découvert. Cristina se proclame sa mère, mais elle ne révèle pas le nom du père. Quand Eduardo apparaît, il déclare être le père du garçon, et le couple illégitime est emmené en prison. Cristina continue de refuser la proposition de mariage à Giacomo, même s'il a accepté de reconnaître Gustavo comme son propre fils. Finalement, Eduardo est libéré par son ami et compagnon d'armes, le capitaine Atlei, et ensemble, ils sortent victorieux d'une attaque surprise des Russes. Après la bataille, Eduardo remet son épée au Roi Carlo qui, touché, pardonne au couple et leur accorde sa bénédiction.
La Petite messe solennelle est une œuvre de musique sacrée (messe), à l'origine écrite pour quatre solistes, chœur mixte, deux pianos et un harmonium. Elle fut créée le 14 mars 1864 à Paris.
C'est à la demande du Comte Alexis Pillet-Will, pour son épouse Louise, que Gioachino Rossini compose en 1863 dans sa maison de campagne de Passy, la Petite messe solennelle. Rossini a alors 71 ans et a officiellement pris sa retraite depuis 34 ans. Il adresse au « Créateur » une dédicace en forme de boutade :
Bon Dieu. La voilà terminée cette pauvre petite messe. Est-ce bien de la musique sacrée que je viens de faire ou de la sacrée musique ? J'étais né pour l'opera buffa, tu le sais bien ! Peu de science, un peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde moi le Paradis. »
Sur la page de garde de son manuscrit, Rossini tient à préciser, avec la maîtrise du français qui était la sienne : Petite messe solennelle, a quatre parties, avec accompagnement de deux pianos et harmonium, composée pour ma villégiature de Passy. Douze chanteurs des trois sexes, hommes, femmes et castrats seront suffisants pour son exécution, savoir huit pour les chœurs, quatre pour les solos, total douze chérubins. Bon Dieu, pardonne-moi le rapprochement suivant : douze aussi sont les apôtres dans le célèbre coup de mâchoire peint à fresque par Léonard, dit la Cène, qui le croirait. Il y a parmi tes disciples de ceux qui prennent des fausses notes ! Seigneur, rassure-toi, j’affirme qu’il n’y aura pas de Judas à mon déjeuner et que les miens chanteront juste et con amore tes louanges et cette petite composition qui est hélas ! le dernier péché mortel de ma vieillesse.
Cette évocation d'un « péché de [sa] vieillesse », dont Rossini écrit que cette Petite messe solennelle serait « le dernier », renvoie à un ensemble de pièces diverses composées après son retrait de la scène et réunies sous le titre « Péchés de vieillesse ».
L'œuvre est créée le 14 mars 1864 dans la chapelle privée de l'hôtel particulier du Comte situé rue Moncey (9e arr.) avec Carlotta et Barbara Marchisio, Italo Gardoni et Luigi Agnesi en solistes et Albert Lavignac à l'harmonium, en présence, notamment, de Daniel-François-Esprit Auber, Giacomo Meyerbeer et Ambroise Thomas. La première audition publique a lieu un an plus tard, le 24 avril 1865 avec les mêmes interprètes.
La réception de l’œuvre est partagée entre louange et désapprobation. Le critique musical Filippo Filippi, dans La Perseveranza ne tarit pas d'éloge : Cette fois, Rossini s'est surpassé lui-même, car personne ne saurait dire ce qui l'emporte, de la science et de l'inspiration. La fugue est digne de Bach pour l'érudition.
En revanche, Giuseppe Verdi est beaucoup moins enthousiaste, comme il l'écrit au Comte Opprandino Arrivabene le 3 avril 1864 : Rossini ces derniers temps, a fait des progrès et a étudié ! Étudié quoi ? Pour ma part, je lui conseillerais de désapprendre la musique et d'écrire un autre Barbier.
Après sa création privée, la partition est rangée dans un placard d'où elle ne ressortira pas du vivant de son compositeur.
Dans sa version d'origine, l'exécution de la messe requiert quatre solistes (soprano, contralto, ténor et basse), un chœur mixte, deux pianoforte et un harmonium. Ce faible nombre d'exécutants contraste avec la dimension des formations utilisées à cette époque pour interpréter les grandes œuvres de musique sacrée. C'est ce qui a valu à cette messe le qualificatif de petite.
En 1867, Rossini orchestre sa messe pour un effectif instrumental beaucoup plusimportant (2 flûtes et petite flute, 2 hautbois, 2 clarinettes, 3 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 2 cornets, 3 trombones, ophicléide, timbales, 2 harpes, orgue et cordes) pour ne pas laisser à d'autres le soin de le faire. Cette seconde version est créée, de façon posthume, le 24 février 1869 au Théâtre-Italien.
Les jugements sur les deux versions divergent. Certains musicologues expliquent que la version orchestrée est de nos jours préférée à l'originale ; d'autres expliquent que le piano donne tout son « mordant » à la version originale.
Gioachino Rossini,, Gioacchino Rossini pour certains auteurs francophones et Giovacchino Antonio Rossini pour l'état civil, est un compositeur italien né le à Pesaro (alors dans les États pontificaux) et mort le à Passy.
Comptant parmi les plus grands compositeurs du xixe siècle, par l'importance et la qualité de son répertoire, son nom se rattache surtout à l'opéra : ses œuvres les plus populaires sont encore de nos jours Le Barbier de Séville, La Cenerentola (d'après Cendrillon), La Pie voleuse, L'Italienne à Alger, Le Turc en Italie, Tancredi, Semiramide et Guillaume Tell. Il a aussi laissé des œuvres de musique sacrée, notamment un Stabat Mater et une Petite messe solennelle composée dans ses dernières années.
Bon vivant et gastronome à la table réputée, il a composé des pages culinaires, leur donnant le nom de ses opéras (« bouchées de la Pie voleuse », « tarte Guillaume Tell ») et baptise ses Péchés de vieillesse selon son inspiration gourmande (Hachis romantique, Petite valse à l'huile de ricin). Le « tournedos Rossini » est une recette célèbre nommée en son honneur, dont certains auteurs lui attribuent la paternité.
Gioachino Antonio Rossini est issu d'une famille modeste de Pesaro, dans les Marches italiennes, au bord de la mer Adriatique : son père, Giuseppe Rossini, dit Vivazza, fervent partisan de la Révolution française, originaire de Lugo, exerce les fonctions de trompette de ville (tubatore), à savoir de corniste, qu'il cumule avec l'emploi d'inspecteur de boucherie ; sa mère, Anna Guidarini, née à Urbino, est chanteuse dans un certain nombre de théâtres. Lorsque Giuseppe Rossini est évincé de ses postes pour avoir trop ardemment embrassé les idées révolutionnaires, Anna s'engage comme chanteuse de théâtre à Bologne.
Le jeune Gioachino passe ses années de jeunesse auprès de sa grand-mère, ou en voyage à Ravenne, Ferrare et Bologne où son père se réfugie afin d'échapper à la capture après la restauration du gouvernement pontifical. C'est principalement à Bologne qu'il peut s'initier à la musique, particulièrement au chant (il est contralto et chantre à l’Accademia filarmonica) et à l'épinette auprès de Giuseppe Prinetti, son premier professeur, puis d'Angelo Tesei.
À quatorze ans, en 1806, il s'inscrit au Liceo musicale de Bologne (créé en 1804), étudiant intensément et avec passion les œuvres de Franz Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart (c'est à cette époque qu'il est appelé tedeschino, « le petit allemand ») et écrit son premier opéra, Demetrio e Polibio, qui ne sera représenté qu'en 1812. L'année suivante, il est admis dans la classe de contrepoint de Stanislao Mattei. Il apprend facilement à jouer du violoncelle, mais la sévérité des vues de Mattei sur le contrepoint pousse le jeune compositeur vers une forme libre de composition. Le , il publie, le Pianto d'armonia per la morte d'Orfeo.
En 1812, trois de ses opéras ont déjà été représentés et, un an plus tard, ce nombre s'élève à dix.
Le début officiel des représentations se situe vers 1810 au Teatro San Moisé de Venise avec La cambiale di matrimonio. Le long « voyage avec l'opéra » commence, ponctué de brillants succès et d'échecs retentissants.
En 1812, il connaît plusieurs succès avec Ciro in Babilonia à Ferrare, La scala di seta (L'Échelle de soie) à Venise et La pietra del paragone à Milan. Ce dernier opéra est d'ailleurs regardé par les critiques comme la pierre de touche du génie rossinien. L'année suivante, il connaît un triomphe à Venise avec la création de Tancredi, qui marque un tournant dans sa carrière : Rossini abandonne en effet les longs récitatifs traditionnellement utilisés dans l'opera seria au profit d'une déclamation lyrique (Di tanti palpiti, un des plus beaux airs de cet opéra est aussi connu sous le nom d’« aria de' rizzi » : une légende populaire veut, en effet, que Rossini l'ait composé dans une auberge pendant le temps qu'on mettait à cuire son riz).
Les années 1814-1815 sont moins heureuses et voient surtout l'échec de Il turco in Italia (Le Turc en Italie) et de Sigismondo, représenté à La Fenice de Venise pendant le carnaval de 1815.
En 1815, il vient à Naples où il rencontre Isabella Colbran, chanteuse lyrique, plus âgée que lui, qu'il épouse le et dont il se sépare en 1837. Après la mort de celle-ci en 1845, il se remariera avec Olympe Pélissier le .
À l'automne 1815, l'impresario du Teatro Argentina, à Rome, propose à Rossini le livret du Barbier de Séville, comédie française de Beaumarchais que Giovanni Paisiello avait jadis mise en musique et dont de nombreux autres compositeurs s'étaient déjà inspirés. Composé en quatorze jours seulement (Rossini reprit des passages de deux de ses œuvres précédentes, Aureliano in Palmira et Elisabetta, regina d'Inghilterra), le Barbier est créé sous le titre d'Almaviva et reçoit un accueil particulièrement négatif : la nouveauté du style musical, les incidents scéniques (guitares désaccordées, chanteur qui tombe et saigne du nez, irruption d'un chat sur la scène) et surtout la présence dans la salle de nombreux amis de Paisiello, hostiles à Rossini et venus en perturbateurs, firent que la représentation fut couverte de huées et de sifflets. Le lendemain, cependant, le public accepta d'entendre l'œuvre et celle-ci fut bientôt jugée supérieure à celle de Paisiello ; aux applaudissements du public succéda le triomphe de Rossini, reconduit chez lui à épaules d'hommes. Ce n'est que quelques mois plus tard, à l'occasion d'une reprise au Teatro comunale de Bologne, que Rossini donnera à son opéra son nom définitif de Il barbiere di Siviglia.
Quelques mois plus tard, Rossini rompt avec l’opera buffa et se tourne vers l'opera seria en faisant représenter tout d'abord Otello puis, en 1817, La Cenerentola et Armida.
La révolution de Naples, en , le contraint à endosser l'uniforme de la garde nationale mais ses chefs, ne découvrant pas en lui les qualités d'un soldat, le renvoient à son piano.
En 1822, il se rend à Vienne pour y faire représenter Zelmira ; il y rencontre Ludwig van Beethoven avec qui il ne pourra pas nouer de relations cordiales, compte tenu de la surdité et de la maladie du compositeur allemand. Après avoir essuyé un échec à Venise avec Semiramide, Rossini quitte l'Italie pour la France, où il arrive après un bref séjour en Angleterre où il crée La figlia dell'aria qui lui vaut l'estime du Roi Georges IV. Son opéra Ugo re d'Italia, dont la composition est commencée en Angleterre en 1825, ne sera jamais achevé. Arrivé à Paris, il compose Il viaggio a Reims (Le Voyage à Reims), opéra de circonstance écrit à l'occasion du sacre de Charles X et créé au Théâtre-Italien le . Cet opéra rencontre un franc succès, bien que momentané : des passages seront cependant repris dans Le Comte Ory, composé en 1828.
En août 1824, il devient directeur du Théâtre-italien et fait engager à cette occasion des musiciens italiens, dont les frères Antonio et Alessandro Gambati.
Guillaume Tell, opéra en quatre actes sur un livret d’Étienne de Jouy et d'Hippolyte Bis représenté à Paris le , sera sa dernière œuvre lyrique. Représentant une fusion des qualités propres à l'art italien, à l'art français mais aussi à l'art allemand (grâce de la cavatine et du duo italiens, harmonie profonde des chœurs allemands, clarté et précision du style français), il pose les bases du « Grand opéra à la française » avec La Muette de Portici d'Auber (1828). Il sera suivi par Robert le Diable (1831) et Les Huguenots (1836) de Giacomo Meyerbeer, et de La Juive de Jacques-Fromental Halévy (1835). Charles Gounod compte la partition de Guillaume Tell parmi ses deux « partitions de chevet », l'autre étant Don Giovanni de Mozart.
La révolution de 1830 lui fait perdre la protection de Charles X. Il s'enferme alors dans une longue retraite qui durera jusqu'à sa mort, cessant d'écrire des opéras pour se consacrer, à son propre rythme, à la composition de mélodies, musique sacrée et musique instrumentale, pour son seul plaisir et celui de son entourage : le Stabat Mater, écrit entre 1831 et 1841, les Péchés de vieillesse et la Petite messe solennelle exécutée en 1864.
Retourné à Bologne, il voit sa retraite troublée par les mouvements révolutionnaires qui secouent l'Italie en 1847 ; rendu suspect à ses compatriotes par son horreur des séditions populaires, Rossini doit faire face à l'animosité populaire et quitte Bologne pour Florence, où il s'installe à la Villa San Donato, mise à sa disposition par le Prince Demidoff.
En 1855, il quitte l'Italie pour revenir à Paris et s'installe dans un appartement de la rue de la Chaussée-d'Antin, passant l'été dans sa villa de Passy. C'est là que Rossini fait la connaissance du jeune compositeur belge, virtuose du mattauphone, Edmond Michotte, de près de trente-neuf ans son cadet. Considérant bientôt celui-ci comme son « quasi figlio », il lui lèguera une partie de sa bibliothèque privée, aujourd'hui conservée au Conservatoire royal de Bruxelles au sein du Fonds Edmond Michotte.
Considéré comme une gloire musicale française, c'est lui qui compose l'Hymne à Napoléon III et à son vaillant peuple, qui clôture l'Exposition universelle de 1867.
En , retenu à Passy par une crise de catarrhe, maladie chronique dont il souffrait depuis de longues années, il y meurt le vendredi dans une villa qui n’existe plus aujourd’hui mais dont Le Monde illustré du 21 novembre 1868 reproduit une gravure.
Son corps est inhumé dans le cimetière parisien du Père-Lachaise (division 4) et transporté en Italie seulement en 1887, neuf années après la mort d'Olympe Pélissier. Il repose dans la Basilique Santa Croce, à Florence. Rossini a laissé tous ses biens à sa ville natale, Pesaro, dans laquelle un important conservatoire à son nom forme de nouveaux talents.
Né trois mois après la mort de Mozart, le "cygne de Pesaro", ainsi qu'il fut surnommé, imprima à l'opéra un style qui fit date et dont quiconque, après lui, tint compte. Plus de trente opéras dans tous les genres, de la farce à la comédie en passant par la tragédie et l'opéra seria.
A l’Opéra de Liège, le public a été manifestement très content de sa rencontre avec les personnages d’Il Turco in Italia, grâce évidemment au savoir-faire et à l’inventivité réjouissante de Rossini, grâce aux interprètes et grâce aussi à Fabrice Murgia qui les a allégrement mis en scène.
« Peut-être le public sera-t-il aussi content que moi » : tels sont les derniers mots de l’œuvre, prononcés par le poète Prosdocimo, en quelque sorte le deus ex machina de ce qui vient de se jouer, un deus ex machina savoureusement souvent dépassé par les initiatives inattendues de ses inspirateurs-interprètes. Il Turco in Italia est bien une « comédie à l’italienne ».
A Naples, un auteur en mal d’inspiration la trouve en observant autour de lui le théâtre de la vie : Zaida, une gitane exilée qui ne se remet pas d’avoir été injustement répudiée, expulsée du sérail de ce pacha Selim qu’elle aime tant. Fiorilla, l’épouse fatiguée de Geronio, son vieux mari, fatiguée aussi de Don Narciso, son amant encombrant, et en quête d’un renouveau. Selim, lui-même, qui débarque, « Turc en Italie », et va donc se retrouver « au carrefour » des deux belles. Vous imaginez aisément les quiproquos, les imbroglios, les espoirs, les désespoirs, les retournements de situation. Mais, comédie oblige, tout est bien qui finit bien, chacun retrouve sa chacune.
Si cette « comédie à l’italienne » nous enchante, c’est évidemment d’abord grâce à Rossini. On connaît Rossini, on connaît ses procédés, on attend leur surgissement et on s’en réjouit. Il est vrai que ce paresseux travailleur (jusqu’à sa retraite anticipée à l’âge de 37 ans) avait bien compris que se répéter, voire même recycler des partitions (ce n’est pas le cas ici), n’est pas un défaut quand le résultat est là et que le public en redemande. Giuseppe Finzi, qui est un de ses familiers, a bien mis en valeur cette inventivité réitérée à la tête de l’Orchestre et des Chœurs de l’Opéra de Wallonie-Liège.
Pour célébrer le 150e anniversaire du décès de Gioachino Rossini (1792-1868), le Musée de La Scala propose, du 17 avril au 30 septembre, une exposition en son honneur sous l'égide du metteur en scène et scénographe Pier Luigi Pizzi: manuscrits, costumes de scène, peintures et pièces liées à des productions historiques, ce sont plus de 100 oeuvres en lien avec l'artiste qui y seront présentées.
Le Comte Ory est l'avant-dernier opéra composé par Gioachino Rossini sur un livret en français d'Eugène Scribe et de Delestre-Poirson.
Il fut créé à l'Opéra Le Peletier à Paris, le .
C'est une large reprise de son précédent opéra Le Voyage à Reims.
Sur un ton léger et tonique, Rossini entraîne les spectateurs sur la piste des frasques médiévales du terrible Comte, au fil des deux actes de cet opéra qui lie sans cesse la farce au lyrique. Proposé au départ en un seul acte par les deux librettistes, sur la base d'une histoire médiévale de chevaliers séducteurs de nonnes, retranscrite par Pierre-Antoine de La Place, Rossini réclame et obtient un second acte.
Gioachino Rossini (1792-1868) : Messa di Gloria pour solistes, chœurs et orchestre. Eleonora Buratto, soprano ; Teresa Iervolino, mezzo-soprano ; Lawrence Brownlee et Michael Spyres, ténors ; Carlo Lepore, basse. Orchestra e coro dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, Antonio Pappano. 2022. Livret en : allemand, anglais et français. 61’10. Warner Classics. 5054197234521.
Gioachino Rossini (1792-1868) : L’occasione fa il ladro, burletta per musica en un acte. Patrick Kabongo (Don Eusebio), Vera Talerko (Berenice), Kenneth Tarver (Comte Alberto), Lorenzo Regazzo (Don Parmenione), Giada Frasconi (Ernestina), Roberto Maietta (Martino), Gabriel Alexander Wernick et Silvia Aurea De Stefano (deux serviteurs de Don Eusebio). VIrtuosi Brunensis, direction Antonino Fogliani. 2017. Notice en anglais et en allemand, synopsis compris. Sous-titres en italien, en anglais, en allemand, en français, en japonais et en coréen. 90.00. Un DVD Naxos 2. 110706. Aussi disponible en Blu Ray.