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Giovanni Pierluigi da Palestrina, 430 ans

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Le compositeur italien de la Renaissance Giovanni Pierluigi da Palestrina est né à Palestrina (États pontificaux) près de Rome, vers 1525 et mort le  à Rome.

Ni l'année ni le jour exacts de la naissance de Pierluigi ne sont connus. L'acte en présence du notaire rédigé à la mort de la « Donna Iacobella », grand-mère paternelle de Giovanni, constitue la première mention faite du nom de l'enfant, ainsi que la première indication concernant les membres de la famille Pierluigi. Il est daté du  -sans doute Giovanni est-il né depuis peu- et dicte, en présence de sept témoins, le partage des biens de Iacobella entre ses quatre enfants Francesco, Sante, Nobilia et Lucrezia, sa bru Palma, ses sœurs Perna et Geronima, en enfin son petit-fils Giovanni. Parmi les biens légués figure le nombre important de quinze matelas, ce qui laisse supposer que Iacobella louait des chambres à des voyageurs et que les témoins n'étaient que de simples clients5. De ce partage, Giovanni reçoit dix pièces de vaisselle d'étain et un matelas ; Sante, le père de Giovanni, deux couvertures de lit ; sa bru Palma, enfin, hérite de sa cape de deuil. Francesco et Sante reçoivent également la maison de Palestrina, sous réserve de verser treize ducats à leur sœur Nobilia et vingt-sept à leur sœur Lucrezia. Les deux frères s'engagent également à tester en faveur de leurs sœurs et vice-versa. Le nom de l'époux de Iacobella, Pierluigi, fait désormais office de nom de famille et sera transmis comme tel aux fils, petit-fils et arrière-petits-fils.

En l'absence de documents, les spécialistes du musicien fixent la date de sa naissance aux environs de 1525. Le testament de Iacobella permet de déduire qu'il est l'aîné de la famille. Son enfance est imprégnée de la religion : les membres de sa famille font partie de confréries, alors nombreuses à Palestrina, et la proche capitale est tout juste sortie du Moyen Âge, où société et religion sont encore étroitement liées.

En , sa mère meurt : Giovanni a dix ou onze ans. Peut-être l'enfant se trouve-t-il encore à Pales6. Deux histoires existent quant à la façon dont on aurait découvert des capacités musicales à Giovanni : l'une prétend que le maître de chapelle de Sainte-Marie-Majeure l'aurait entendu chanter sur la route qu'il empruntait souvent pour aller de Palestrina à Rome, et aurait décidé de le former au chant, séduit par sa voix ; la seconde veut que lors d'un concert, le maître de chapelle aurait remarqué « la justesse avec laquelle l'enfant accompagn[ait] de la tête la cadence de la mélodie » et l'aurait alors fait venir à lui pour l'instruire « avec un tel profit que bientôt Giovanni devient un exemple pour tous ». Une troisième histoire, qui tient plus clairement de la légende, prétend qu'un riche Espagnol de passage à Palestrina aurait été frappé par les dons musicaux de Giovanni et aurait aussitôt alerté ses parents.

Il est possible que Giovanni ait eu l'occasion, à Palestrina, de se familiariser avec la musique, et qu'il s'y soit fait remarquer, bien que la présence de la liturgie musicale à la Cathédrale de Palestrina avait été réduite au strict minimum et que la présence d'un chœur professionnel semble exclue. Quoi qu'il en soit, un contrat établi dans la sacristie de Sainte-Marie-Majeure entre les représentants de l'église et le maître de chapelle Giacomo Coppola, daté du  (le pape Paul III règne depuis trois ans), stipule que le logement, la nourriture et l'habillement devront être assurés à six enfants chanteurs dont le second des six, inscrits sur la liste par ordre d'ancienneté, est « Ioannem de Pelestrina »7. Ni ce document ni ceux plus tardifs n'indiquent depuis quand Giovanni étudiait à l'école des petits choristes de l'église, mais il est possible qu'il y entra vers 1533, les enfants y étant généralement admis entre six et huit ans, jusqu'à l'âge de la mue qui survenait entre quatorze et seize ans. Dans les archives de Palestrina, publiées sous forme d'annales en 1795, de curieux mémoires d'un certain Pietroantonio Petrini indiquent : « En 1540 environ, un de nos concitoyens, répondant au nom de Giovanni Pierluigi, se rendit à Rome pour y étudier la musique ». Cette année-là, Giovanni devait avoir environ quinze ans et avoir déjà fini ses études à Sainte-Marie-Majeure.

La nature de l'enseignement dispensé à Sainte-Marie-Majeure est renseignée par un contrat passé entre le père d'un enfant nommé Pompeo, âgé de sept ou huit ans, et la basilique ; le père s'engage à laisser son enfant pendant six ans à la responsabilité du vicaire général et au service de la basilique, où il participera comme chaque enfant à la liturgie complète. Il y sera « bien traité », nourri, vêtu, chaussé et instruit en grammaire et en chant. L'enfant ne peut être repris sans reverser à l'église la totalité des dépenses relatives à son entretien et à son instruction. Les études musicales traitent du chant grégorien et polyphonique ainsi que des connaissances théoriques nécessaires. Giovanni est hébergé avec cinq autres enfants dans les dépendances de l'église où vit leur professeur de musique et maître de chapelle Giacomo Coppola (qui possède, pour une raison inconnue, le simple titre d'« assistant » des enfants), comme c'était habituellement le cas. Un jeune garçon qui savait chanter correctement et déchiffrer sa propre partie était directement admis dans le chœur de la chapelle, composé de basses, ténors contralti et soprani adultes, et participait également à la psalmodie grégorienne lors des fêtes solennelles, liée aux différentes parties de l'office chantées par les chanoines. Parmi les maîtres de Giovanni figurent probablement Firmin Lebel, qui dirigera plus tard la chapelle de Saint-Louis-des-Français.

À la suite de la mort du Vénitien Francesco Corner, seniore, le , le Romain Giovanni Maria Ciocchi del Monte est élu le 5 au siège de l'évêché. Grand amateur de musique et très attiré par les arts en général, il est peut-être à l'origine de la nomination officielle de Giovanni, le , au poste d'organiste de la Cathédrale Saint-Agapit et d'instructeur des chanoines, et éventuellement des enfants en remplacement d'un chanoine qui serait empêché. Avant l'arrivée de Giovanni Pierluigi, le vieux maître de chapelle Ludovico de Sonnino se contentait d'accompagner chaque jour les chanoines dans la psalmodie grégorienne de l'office divin, mais à son arrivée on pensa hausser le niveau des exécutions polyphoniques. En plus de sa charge d'enseignant, il doit faire « sonner l'orgue » les jours de fête solennelle et se charger quotidiennement de la partie chorale de la messe, des vêpres et des complies12. Son salaire est identique à celui des chanoines, qui, par ailleurs, lui jurent de leur loyauté.

En 1547, Giovanni se marie à une Prénestine nommée Lucrezia. Le contrat de mariage est signé le  par le père de Giovanni, Sante, et par les deux beaux-frères de Lucrezia, qui est orpheline. Il précise qu'elle apporte en dot cent florins, qui proviennent de l'héritage paternel. La cérémonie religieuse se fait à Saint-Agapit et l'échange des anneaux chez la mariée, où le mariage est officiellement prononcé. Le  suivant est dressée la liste de ses biens, second contrat sur lequel apparaît pour la première fois le diminutif familier de « Giannetto » inscrit par le notaire pour désigner Giovanni : ce diminutif sera présent tout au long de sa vie. Enfin, le troisième acte du contrat matrimonial, qui partage les biens entre les héritiers, est signé le . Lucrezia reçoit en héritage une petite entreprise de tannage, deux terrains exemptés d'hypothèques et d'impôts, ainsi qu'un pré et une vigne.

L'activité musicale de Giovanni Pierluigi dans la ville n'est pas connue avec exactitude. Probablement assumait-il régulièrement ses fonctions d'organiste car les livres de comptes signalent à la fin de  le remplacement d'un ou de plusieurs « souffleurs » par un nouveau préposé à qui sont assurés emploi et paiement réguliers.

Le , le Pape Paul III meurt à Rome à l'âge de quatre-vingt-un ans. L'élection du nouveau pape a lieu le  seulement : le conclave désigne, à la surprise générale, le cardinal romain Giovanni Maria del Monte, évêque de Palestrina. De nombreuses festivités sont organisées à l'annonce du nouveau pape, qui prend le nom de Jules III. En Jules III nomme Giovanni Pierluigi à la direction du chœur de la Chapelle Giulia de la Basilique Saint-Pierre, au Vatican. Ce poste est des plus importants puisqu'il vient juste après celui qui consiste à diriger le chœur pontifical, c'est-à-dire le chœur personnel du pape, qui relève de sa seule autorité contrairement à la chapelle Giulia qui est étroitement liée à la liturgie de Saint-Pierre. L'importance de cette chapelle n'a d'égales que celles de Sainte-Marie-Majeure et de Saint-Jean-de-Latran, possédant toutes trois un chœur formé d'adultes et de jeunes garçons, là où la chapelle pontificale possède néanmoins un chœur formé uniquement de chanteurs adultes parmi les meilleurs que l'Europe peut offrir.

La chapelle Giulia est devenue officiellement « chapelle musicale » sur décision du pape Jules II en 1513, après une première tentative infructueuse de Sixte IV de lancer dès 1480 une chapelle chorale composée d'une dizaine de chanteurs attachés à la basilique. L'objectif de ce statut officiel est d'échapper à l'hégémonie des chanteurs étrangers, par ailleurs trop coûteux, et de rechercher et éduquer des voix italiennes, faisant de la Chapelle Giulia un nouvel ensemble choral au service de la basilique et un réservoir de talents susceptible d'alimenter la chapelle pontificale. Depuis 1539, les professeurs prestigieux s'y succèdent : d'abord, Giacomo le Flamand, l'un des ténors du chœur, puis le célèbre Jacques Arcadelt (avant de passer rapidement à la chapelle pontificale) dont l'identité est attestée avec une quasi-certitude, le compositeur Rubino Mallapert, Johannes Baptista, le Bolonais Domenico Mario Ferrabosco, François Roussel (ou Rossello), qui estime grandement Pierluigi, puis à nouveau Rubino Mallapert, qui a été l'un de ses maîtres à Sainte-Marie-Majeure et auquel il succède directement.

Lorsque Giovanni Pierluigi arrive au Vatican, la charge de l'immense œuvre architecturale revient à Michel-Ange depuis 1547. Il semble que le pape connaisse bien ses talents car, contrairement à son prédécesseur, Giovanni Pierluigi devient directement maître de chapelle sans avoir la charge des enfants, et son nom apparaît en tête de liste des paiements, au dessus de celui du doyen des choristes. Pour assumer ses fonctions, il semble qu'il perçoive la somme de six écus par mois, et qu'il habite au gymnasium de la chapelle Giulia, une petite construction qui précède l'entrée de la basilique attribuée à la chapelle, à ses maîtres et à l'école des enfants par Paul III pour permettre les répétitions des chanteurs et les études des enfants.

La chapelle a connu des périodes de stabilité avec sept chanteurs professionnels en 1534, puis treize peu après, mais à l'arrivée de Pierluigi elle atteint rapidement entre treize et dix-neuf chanteurs. Peu de documents attestent du niveau des chanteurs qu'il a formés et dirigés. Les Français et les Espagnols et les Portugais y sont représentés. Parmi eux figurent les soprani Francisco Albucherche et Alessandro Mero, dit « La Viole », qui passe plus tard chez les ténors et y révèle une tessiture exceptionnelle de trois octaves. Ils sont tenus à l'exclusivité de la basilique dont ils dépendent, à l'exception plusieurs fois par an des manifestations musicales organisées par certaines confréries, très actives à Rome.

En dehors des activités à Saint-Pierre, la chapelle Giulia participe tout au long de l'année à de nombreuses célébrations ; le  à l'antique église de San Biagio alla Pagnotta, le  à l'église cardinalice de Santa Balbina (la plus ancienne de la chrétienté), à la basilique San Marco Evangelista al Campidoglio pour les Litanies « majeures » à l'occasion de Pâques (généralement le ), à San Biagio alla Pagnotta à l'occasion de la Fête-Dieu, le  à l'église Saint-Michel de Palazzillo, au Vatican, pour l'anniversaire de l'apparition de l'archange saint Michel dans la grotte du mont Gargano, le  à la chapelle de Saint-Jean-de-Spinelli pour le jour de la Saint-Jean-Baptiste, le  à l'église de Saint-Jacques-de-Septignano, le  de nouveau à Saint-Michel-de-Palazzillo pour fêter l'anniversaire de la construction de l'église dédiée à l'archange saint Michel, le  pour une messe à Sainte-Catherine-de-la-Roue, et enfin le  pour célébrer l'arrivée de l'hiver à l'église San Tommaso in Formis.

 

Amours transies dans l’art vocal de la Renaissance : un sombre jardin visité par Astrophil & Stella

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A Garden of Black Flowers. Cipriano de Rore (1516-1565) : Non è ch’il duol mi scemi ; Io canterei d’amor si novamente ; Anchor che col partire. Pierre Vermont (c1495-c1558) : On dit qu’Amour. Luca Marenzio (1553-1599) : Dicemi la mia stella ; Le rose fronde e fiori ; Ahime, che col fuggire. Giovanni Pierluigi da Palestrina (c1525-1594) : Pulchra es, amica mea ; Io son ferito. Vincenzo Ruffo (c1508-1587) : La Gamba in Basso e Soprano. Luzzasco Luzzaschi (c1545-1607) : Aura soave. Claudin de Sermisy (c1490-1562) : Au joli Bois. Adrian Willaert (c1490-1562) : O dolce vita mia. Manuscrit Carlo G. : Sub umbra illius. Astrophil & Stella. Johanna Bartz, flûtes traverso. Giovanna Baviera, basse de viole, voix. Anna Danilevskaia, ténor de viole. Claire Piganiol, harpe triple. Février 2024. Livret en anglais, allemand. 48’44’’. Albus ALB011

Rare et superbe butin dans la floraison du madrigal émanée des anciens Pays-Bas méridionaux

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Si Breve è’l Tempo. Œuvres de Giovanni de Macque (c1550-1614), Peter Philips (c1560-1628), Andrea Gabrieli (1533-1585), Séverin Cornet (c1530-1582), Jean de Turnhout (c1550-1614), Andreas Pevernage (c1542-1591), Cornelis Verdonck (1563-1625), Luca Marenzio (1553-1599), Jean Desquesnes (fl. 1590), René del Mel (c1554-1598), Alessandro Striggio (1540-1592), Jean de Castro (c1540-c1600), Roland de Lassus (1532-1594), Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594). La Compagnia del Madrigale. Rossana Bertini, Francesca Cassinari, Alena Dantcheva, soprano. Elena Carzaniga, Annalisa Mazzoni, alto. Giuseppe Maletto, Raffaele Giordani, ténor. Guglielmo Buonsanti, Matteo Bellotto, basse. Livret en français, néerlandais, anglais, allemand ; paroles des chants en langue originale et traduction quadrilingue. Octobre 2023. 64’38’’. Musique en Wallonie MEW 2410

Anniversaire Palestrina avec le Augsburger Domsingknaben

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PALESTRINA 500. Oeuvres de Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), Pierre de Manchicourt (1510 -1564), William Byrd (1543-1623), Orlando di Lasso (1532-1594), Tomás Luis de Victoria. (1548-1611). Augsburger Domsingknaben, I Fideli, direction :  Stefan Steinemann. 2024-2025. Notice en anglais et en allemand. 55’35’’. 1 CD ARS 38 380.  

Voyage nocturne dans la sensibilité vocale de la Renaissance

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Toutes les nuits. Œuvres de Philippe Verdelot (c1480-ap1530), Orlando di Lasso (1532-1594), Thomas Créquillon (c1505-c1557), Clément Janequin (c1485-1558), Josquin Desprez (c1450-1521), Pierre de Manchicourt (c1510-1564), Bartolomeo Tromboncino (1470-1535), Giovanni Pierluigi Palestrina (c1525-1594), Francisco Guerrero (1528-1599), Diego Pisador (c1509-ap1557), Juan Vásquez (c1510-c1560), Giovanni Paolo Paladino ( ?-av1565), John Lennon (1940-1980), Paul McCartney (*1942), Anonymes (Cancionero de Uppsala, Cancionero de Palacio…). Dulces Exuviae. Romain Bockler, baryton. Bor Zuljan, luth. Mai 2022. Livret en anglais, français ; paroles trouvables sur le website Outhere. TT 68’49. Ricercar RIC 446

Shani Diluka nous emmène en Angleterre et en Italie pour un affrontement musical aux confins de la Renaissance et du Baroque.

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Renaissance. Oeuvre de John Eccles (1668 – 1735) – William Byrd (c1540 – 1623) – John Dowland (c1563 – c1626) – Girolamo Frescobaldi (1583 – 1643) – Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525 – 1594) – Claudio Monteverdi (1567 – 1643) – Henry Purcell (1659 – 1695) – Arcangelo Corelli (1653 – 1713) – Domenico Scarlatti (1685 – 1757) – George Frideric Handel (1685 – 1759) – Johann Sebastian Bach (1685 – 1750) – Benedetto Marcello (1686 – 1739). Shani Diluka (piano et arrangements. 2024- Livret en français, anglais et allemand. 81’08’’. Warner Classics 5021732514295.

Fastueuse reconstitution d’un office de Vêpres en souvenir de la victoire de Lépante

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1612 Italian Vespers. Œuvres de Lodovico Grossi da Viadana (c1560-1627), Giovanni Gabrieli (c1554-1612), Bartolomeo Barbarino (c1568-c1617), Andrea Gabrieli (c1532-1585), Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), Claudio Monteverdi (1567-1643), Francesco Soriano (c1548-1621). I Fagiolini, Robert Hollingworth. Clare Wilkinson, mezzo-soprano. Jonathan Sells, basse. Gawain Glenton, cornet. David Miller, théorbe. David Roblou, James Johnstone, orgue. Janvier 2012, réédition 2025. Livret en anglais ; paroles en latin, traduction en anglais. 78’37’’. Coro COR16212

Felice Anerio, 410 ans

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Felice Anerio (1560 - 26 septembre ou 27, 1614) est un compositeur Italien de la fin de la Renaissance et du début de la période dite Baroque. Il appartient à l'École romaine des compositeurs. Il est le frère aîné d'un autre compositeur important et légèrement plus moderniste, de la même période, Giovanni Francesco Anerio.

Felice Anerio est né à Rome et y reste sa vie entière. Élève du maître de chapelle Nanini, il chante à la basilique Sainte-Marie-Majeure (sous sa direction à partir de 1571), comme soprano-garçon (enfant chantant la partie aiguë dans le chœur professionnel réunissant adultes et jeunes garçons), puis à la « Cappella Giulia » du Vatican, sous la direction de Giovanni Pierluigi da Palestrina, le tout de 1568 à 1577. À cette date, sa voix a mué et il commence à chanter haute-contre. Il est alors embauché à Saint-Louis des Français, autre église importante de Rome, jusqu'en 1584, d'abord sous la direction de Nanini, puis de Francesco Soriano à partir de 1581. Dans le même temps, il commence à composer, en particulier des madrigaux ; c'est l'une des quelques périodes de sa vie où il écrit de la musique profane. Il est probablement influencé par Luca Marenzio, qui est alors très connu et qui vit à Rome à l'époque où Anerio commence à composer.

En 1584, Anerio est nommé maestro di cappella (maître de musique, donc maître du chœur) au Collegio degli Inglesi (un séminaire jésuite). Il démissionne de sa charge au bout d'un an. Il semble également avoir été maître de chœur dans une autre société, regroupant les principaux musiciens de Rome, appelée Vertuosa Compagnia dei Musici di Roma (littéralement : « Vertueuse compagnie des musiciens de Rome »). Ces différentes positions lui donnent de nombreuses occasions d'exercer ses talents de compositeur, la composition étant une des obligations du maître. Témoins de cette période ses canzonette, ses madrigaux, les chœurs d'une Passion chantée en italien (et non en latin), et déjà de la musique religieuse. En 1594, il succède à Palestrina en tant que compositeur officiel du chœur papal (la Chapelle Sixtine), qui est la position la plus en vue à Rome pour un compositeur. Ensuite, à partir de 1604, il dirige la musique de la chapelle du Duc Giovanni Angelo Altemps, pour laquelle il écrit plusieurs œuvres, restées inédites.

En 1607 ou peu après, il devient prêtre (un chemin de carrière habituel pour un compositeur d'église, à Rome, aussi bien qu'ailleurs en Europe). En même temps, avec Francesco Soriano, cet autre compositeur de l'école romaine, qui a été son maître de chœur, il aide à réformer les répons du Graduel romain. Cette activité (d'abord confiée à Palestrina et Annibale Zoilo) est consécutive au Concile de Trente et à la Contre-Réforme catholique. Leur travail aboutit à l'édition dite « médicéenne » (Graduale de tempore, 1614-1615), qui affectera profondément le plain-chant, en particulier du point de vue rythmique.

Anerio est un compositeur issu de la grande tradition franco-flamande qui a dominé l'Europe musicale dès le XVe siècle. En Italie, à l'époque d'Anerio, on la nomme la « prima pratica », par opposition avec la « seconda pratica », celle qui donne naissance à la musique qu'on appelle de nos jours « baroque ». Son contemporain Claudio Monteverdi (qui crée ces deux expressions) est un maître des deux pratiques. Anerio, quant à lui, a en grande partie utilisé, comme point de départ, le modèle post-tridentin donné par son prédécesseur Giovanni Pierluigi da Palestrina, du moins après sa période de jeunesse où il écrit des œuvres profanes telles que des madrigaux et des canzonette. Par sa maîtrise du langage musical polyphonique et des techniques d'écriture linéaire, il parvient à atteindre une réelle intensité expressive personnelle. Une certaine influence des mouvements modernistes italiens du nord est évidente -bien qu'elle soit atténuée chez lui- quand on regarde l'usage qu'il fait de doubles chœurs (l'écriture polychorale était la norme à Venise). Cette influence moderniste se manifeste aussi dans des passages homophoniques déclamatoires au rythme rapide et dans les épisodes mélodiques très dynamiques de la ligne de basse (influencée par la technique, encore en pleine maturation, de la monodie accompagnée, et bientôt, de la basse continue). En outre il aime aussi varier les effectifs employés, alternant au cours d'une même œuvre le grand chœur et les petits groupes de deux ou trois voix, autre trait moderniste des écoles du nord de l'Italie (ce trait est encore plus évident, par exemple, dans la musique de Claudio Monteverdi).

Dans ses dernières productions, l'influence de Viadana est évidente (ce dernier est le principal auteur à avoir, à cette époque, développé l'usage de la basse continue). Mais Anerio est toujours resté fidèle au modèle de Palestrina, dans son écriture mélodique et harmonique. Anerio n'a écrit aucune musique purement instrumentale connue.

Beaucoup de Magnificat, d'hymnes, de motets et d'autres œuvres sont publiés par Carl Proske dans sa Musica Divina (1854).

Roland de Lassus, 420 ans

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Compositeur de l'école franco-flamande, vers la fin de la Renaissance, Roland de Lassus (ou Orlando di Lasso, Orlande de Lassus ou encore Roland Delattre) est né à Mons en 1532 et mort à Munich le 14 juin 1594.

Dès son plus jeune âge, Roland de Lassus étudie la musique. Il est inscrit comme « enfant de chœur », c'est-à-dire comme enfant chantant dans le chœur de l'église, et donc comme élève de la maîtrise de l'église Saint-Nicolas-en-Havré, à Mons, en Pays-Bas des Habsbourg. Il y étudiera le chant, et plus généralement la musique, jusqu'à l'âge de douze ans. Le niveau de ces écoles était élevé : c'était en quelque sorte les ancêtres des conservatoires. Les enfants y recevaient aussi un enseignement général.

Sa voix exceptionnelle attirait les convoitises, si bien qu'il fut à trois reprises l'objet de tentatives d'enlèvement. À l'âge de douze ans, il quitte les Pays-Bas avec Ferdinand Ier Gonzague et se rend à Mantoue, en Sicile, et plus tard Milan où il reste de 1547 à 1549. Il y fait la connaissance du madrigaliste Hoste da Reggio, qui aura une influence formatrice sur son premier style musical.

Il a ensuite travaillé en tant que chanteur et compositeur pour l'Evêque Costantino Castrioto à Naples au début des années 1550. Les premières œuvres datent de cette époque. Ensuite, Roland de Lassus s'installe à Rome où il travaille pour Cosme Ier de Médicis, Grand-Duc de Toscane. En 1553, à Rome, il devient maître de chapelle de la basilique Saint-Jean-de-Latran, un poste prestigieux pour un homme de vingt et un ans. Toutefois, il n'y reste qu'un an. Le compositeur italien Giovanni Pierluigi da Palestrina lui succédera en 1555.

On perd sa trace en 1554, mais des recherches récentes permettent de supposer qu'il a voyagé en France et en Angleterre. En 1555, il retourne aux Pays-Bas et ses premières œuvres sont publiées à Anvers en 1555 ou 1556. En 1556, il rejoint la Cour d'Albert V de Bavière à Munich, qui désire s'entourer de musiciens prestigieux à l'instar des Cours des princes italiens. En 1558, il épouse Regina Wäckinger, la fille d'une dame d'honneur de la Duchesse ; ils ont deux fils, devenus tous deux compositeurs. En 1563, Lassus est nommé maître de chapelle à Munich, succédant à Ludwig Daser à ce poste. Il demeure au service d'Albert V et son héritier, Guillaume V de Bavière, jusqu'à sa mort.

Son art fut d'emblée reconnu et Roland de Lassus était, dès le milieu du siècle, surnommé le « divin Orlande » par le poète Ronsard, ou « Prince de la musique » par ses contemporains, ou encore, plus tard, l'« Orphée belge ». Dans les années 1560, Lassus était devenu très célèbre, et des compositeurs se rendaient à Munich pour étudier avec lui, comme Andrea Gabrieli. Celui-ci s'y était rendu en 1562, et peut-être est-il resté dans la chapelle pour une année ; le neveu d'Andrea, Giovanni Gabrieli a sans doute étudié avec Lassus dans les années 1570. Sa renommée s'est propagée en dehors du milieu musical proprement dit, car en 1570, l'Empereur Maximilien II l'anoblissait, fait rare pour un compositeur. Le Pape Grégoire XIII le fit Chevalier. En 1571 et en 1573, le Roi Charles IX de France, grand amateur de musique, l'invita à la Chapelle royale. En effet, le Roi, ayant nommé un musicien ecclésiastique réputé évêque de Montpellier, avait besoin d'un autre grand musicien. Il est possible que le compositeur soit parti de Bavière. Quoi qu'il en soit, Charles IX décéda en 1574, avant que Lassus n'arrive à Paris. Certains de ces rois et aristocrates ont tenté de l'éloigner de Munich avec des offres plus attrayantes, mais Lassus semblait plus intéressé par la stabilité de sa position et les possibilités offertes par la Cour d'Albert, que par l'aspect purement financier. « Je ne veux pas quitter ma maison, mon jardin, et les autres bonnes choses à Munich », a-t-il écrit au Duc de Saxe en 1580, après avoir reçu une offre pour un poste à Dresde.

À la fin des années 1570 et 1580, Roland de Lassus effectue plusieurs voyages en Italie où il entre en contact avec les styles et tendances les plus modernes. Il écrit Ô vin en vigne, ronde de vendangeurs harmonisée en 1576. À Ferrare, centre de l'activité avant-gardiste, il a sans doute entendu les madrigaux composés pour la Cour d'Este, mais son style restera conservateur tout en devenant plus simple et plus raffiné. Dans les années 1590, sa santé commence à décliner. Après avoir subi une attaque cérébrale, il consulte un médecin du nom de Thomas Mermann pour soigner ce qu'on appelait « mélancolie hypocondriaque » mais il était encore capable de composer et même de voyager à l'occasion. Ses dernières œuvres sont d'ailleurs souvent considérées comme majeures, dont un ensemble de vingt-et-un madrigaux spirituels intitulé Les Larmes de saint Pierre, dédié au Pape Clément VIII et publié à titre posthume en 1595.

Lassus meurt à Munich le 14 juin 1594, le jour même où son employeur décide de se séparer de lui pour des raisons financières. Il n'a jamais lu la lettre lui signifiant son congé.

Roland de Lassus est l'un des compositeurs les plus prolifiques, polyvalents et universels de la Renaissance tardive. Il a écrit plus de 2 000 œuvres dans tous les genres en latin, français, italien et allemand ; 1 600 sont signées ou attribuées avec certitude. Il s'agit notamment de 530 motets, 175 madrigaux italiens et villanelle, 150 chansons françaises et 90 lieder allemands. On n'a pas de traces de musique strictement instrumentale : une absence intéressante pour un compositeur par ailleurs si ambitieux et prolifique, à une époque où la musique instrumentale était devenue, partout en Europe, une forme importante d'expression. Ses œuvres complètes ont été publiées par Breitkopf (21 volumes 1894-1926).