Károly Goldmark (ou Karl Goldmark est un compositeur hongrois, né le à Keszthely et mort le à Vienne.
Il est issu d'une famille nombreuse juive (plus d'une vingtaine d'enfants), dont le père exerce la profession de cantor. Il apprend le violon et, dès l'âge de douze ans, fait montre d'un réel talent de compositeur en écrivant, notamment, des pièces vocales. Il fait ses études à l'école de la Société musicale de Sopron (1842-1844) où l'on remarque ses capacités de violoniste.
Il se rend ensuite à Vienne où il est l'élève de Jança puis poursuit ses études au Conservatoire de Vienne avec Preger pour l'harmonie et Böher pour le violon. Il se fait un nom comme pédagogue (Jean Sibelius compte parmi ses élèves) et comme compositeur.
En 1851, il est engagé au théâtre de Josefstadt, puis au Carlstheater, approfondissant ses connaissances musicales qu'il met à profit dans ses propres œuvres. En 1858, il organise un concert de sa propre musique mais la réaction de la presse viennoise est négative, ce qui le décide à partir pour Budapest, où il donne des leçons de piano et continue l'étude de la composition. En 1859, il donne un deuxième concert et retourne à Vienne en 1860, où il rencontre Johannes Brahms, avec qui il se lie d'amitié. Avec Joseph Joachim, Brahms et le critique musical Eduard Hanslick, il défend la musique pure contre celle de Wagner.
Son quatuor à cordes, opus 8 le rend immédiatement célèbre.
Les grandes étapes de sa carrière sont la création de son ouverture Sakuntala par l'Orchestre philharmonique de Vienne, le , et la première représentation de son opéraLa Reine de Saba à l'Opéra de Vienne, le . Ces deux œuvres remportent un immense succès. On ne saurait passer sous silence son Concerto en la mineur pour violon et orchestre, composé en 1877, soit dix ans après le premier concerto de Max Bruch.
Sa musique évoque surtout la musique traditionnelle de la Hongrie et la musique liturgique juive.
Ses opéras le placent entre Giacomo Meyerbeer et Wagner.
Károly Goldmark laisse environ 60 œuvres musicales
Eduard Hanslick est un écrivain autrichien originaire de Bohême, sans doute le critique musical le plus influent du XIXe siècle. Il est né le à Prague et mort le à Baden.
Son père Joseph Adolph Hanslick est un professeur de musique issu d'une famille autrichienne. À l'âge de 18 ans, il étudie la musique avec Václav Tomášek, un des musiciens éminent de Prague.
En 1854, Hanslick publie Du Beau dans la musique, essai de réforme de l’esthétique musicale, qui est entre autres, un pamphlet contre Wagner (principalement L’œuvre d’art de l’avenir de 1849 et Opéra et drame de 1851), où il critique « l'importance de l'émotion dans la musique » et le caractère descriptif des œuvres de certains compositeurs (Wagner, Liszt, Berlioz…), il défend la musique comme « art autonome »…
Parallèlement, il obtient un diplôme de droit à l'université, tout en écrivant sur la musique pour le Wiener Musik-Zeitung et le Neue freie Presse -un journal auquel il restera fidèle de 1864 jusqu'à sa mort ; d’ailleurs ses nombreux articles tiendront en 13 volumes.
Dès 1861, il est nommé professeur d'histoire et d'esthétique musicale à l'Université de Vienne.
Hanslick a aussi participé à de nombreux jurys dans le domaine de la musique, notamment un poste permanent pour le ministère de la culture autrichien. Il se retire après avoir écrit ses mémoires et continue d'écrire jusqu'à sa mort dans les différents journaux auxquels il participe.
Ami proche de Brahms à partir de 1862, Hanslick a une influence certaine sur le compositeur qui lui fait découvrir ses œuvres avant les premières. Brahms lui a dédié ses Valses, op. 39.
Les goûts musicaux d'Hanslick sont conservateurs ; dans ses mémoires, il décrit l'histoire de la musique comme commençant réellement avec Mozart et culminant avec Beethoven, Schumann et Brahms. Il est ainsi aujourd’hui davantage connu pour son soutien inconditionnel à Brahms contre les musiques de Wagner et Bruckner. En cela, avec Karl Goldmark, Joseph Joachim et Brahms, il s’oppose au critique Richard Pohl du Neue Zeitschrift für Musik qui défend Wagner et Liszt.
Bien que conscient du génie de Wagner, notamment dans un article sur Tannhäuser, Hanslick, qui défend la musique s'exprimant elle-même -la musique pure, trouve que la musique de Richard Wagner est trop descriptive et dramatique. En dehors de Wagner, Anton Bruckner et Hugo Wolf ont durement subi les critiques d'Hanslick.
Pourtant, l'élève de Bruckner, August Stradal, dont le père était un ami intime de Hanslick, rapporte que ce dernier était très maladroit au piano et que ses connaissances théoriques étaient déplorables. Pour Hanslick, Johann Sebastian Bach ne contenait que du formalisme et les dernières œuvres de Beethoven lui étaient totalement imperméables. Elles étaient à mettre sur le compte de sa surdité. En revanche, les connaissances de Hanslick étaient sans limite sur les moindres opéras et opéras-comiques italiens et français de la période décadente, de Spontini à Donizetti et de Boïeldieu à Ambroise Thomas.
Tel fut l'homme qui, dans la Vienne de la fin du XIXe siècle, se fit le censeur de génies universels tels que Franz Liszt, Richard Wagner, Hugo Wolf et surtout Anton Bruckner, sur lequel Hanslick s'acharna malgré les sommets atteints par Bruckner en matière de musique symphonique, sommets auxquels devaient être redevables plus tard des compositeurs comme Mahler, Stravinsky, Schönberg et Sibelius.
Antonín Dvořák avait eu l'intention de dédier à Hanslick son Concerto pour piano en solmineur (opus 33), mais finalement cette œuvre fut publiée sans dédicace.
Le compositeur autrichien Hans Rott est né le 1er août 1858 à Vienne et mort dans cette même ville le .
Il est souvent comparé à Anton Bruckner et Gustav Mahler. Il y a un regain d'intérêt pour ses œuvres et le nom de Hans Rott ressurgit peu à peu de l'oubli.
Hans Rott est issu de l'union entre Karl-Matthias Rott et la chanteuse et comédienne Maria-Rosalia Lutz. Au cours de sa scolarité, Hans Rott révèle des dispositions musicales qui le conduisent à s'inscrire au Conservatoire de Vienne de 1874 à 1877. Il y étudie l'harmonie avec Hermann Graedener, le piano avec Leopold Landskron et l'orgue avec le célèbre compositeur Anton Bruckner qui l'estime beaucoup. Pendant ses études musicales au Conservatoire de Vienne, il se lia d'amitié avec Hugo Wolf et Gustav Mahler, avec qui il partagea une chambre. Outre l'influence de Bruckner, Rott découvre l'œuvre de Richard Wagner au festival de Bayreuth de 1876.
Au conservatoire, Hans Rott compose intensément avant de composer une Symphonie en mi majeur (1878-80) qui impressionne par sa maîtrise orchestrale et ses qualités mélodiques autant que par ses citations wagnériennes à peine dissimulées. Bien qu’encouragé par Bruckner, Rott échoue à la faire jouer par Hans Richter, puis la soumet au jugement de Johannes Brahms, Eduard Hanslick et Karl Goldmark afin de pouvoir bénéficier d’une bourse d’État. Nouvel échec, car Brahms voit dans la symphonie autant de « belles choses que d’éléments banals ou dépourvus de sens ».
Dès lors la santé mentale de Rott se détériore rapidement, et le drame se produit dans un train qui mène le jeune compositeur à Mulhouse où l’attend une place de chef de chœur. Indisposé par un voyageur qui allume son cigare, Rott le menace de son revolver puis affirme que « Brahms a rempli le train de dynamite ! » Aussitôt interné à l’hôpital psychiatrique de Vienne, il décède de la tuberculose (ou d'un cancer des poumons ; son acte de décès mentionne : Lungenkrank, maladie des poumons) quatre ans plus tard, après plusieurs tentatives de suicide et sans avoir plus écrit une seule note de musique.
Pendant près de cent ans, le nom et l’œuvre de Rott tombèrent dans l’oubli, avant la (re)découverte de la symphonie en mi majeur dans les archives de la Bibliothèque nationale autrichienne à la fin des années 1980 par le musicologue Paul Banks.
À propos de Rott, Mahler aurait déclaré :
« Ce que la musique a perdu avec lui est incommensurable : son génie s'envole tellement haut, déjà dans sa première symphonie, qu'il a écrite lorsqu'il était un jeune homme de vingt ans et qui fait de lui - le mot n'est pas trop fort - le fondateur de la symphonie nouvelle, comme je la comprends. Mais ce qu'il voulait n'est pas encore atteint véritablement. C'est comme si quelqu'un lançait quelque chose de toutes ses forces mais, parce qu’il est encore maladroit, n’atteint pas vraiment son but. Mais je sais où il voulait arriver. Oui, il est si proche de ce qui m’est le plus personnel que lui et moi apparaissons comme deux fruits du même arbre, issus du même sol, nourris du même air. J’aurais pu retirer énormément de lui et peut-être aurions-nous, ensemble, d’une certaine manière exploité à fond le contenu de ces temps nouveaux qui étaient en train d’éclore pour la musique. »
— Mémoires de Natalie Bauer-Lechner.
Hans Rott s'inscrit dans la lignée des grands symphonistes germaniques tels que Bruckner, Brahms et Schumann. Mais sa principale source d'inspiration se trouve dans l'œuvre de Wagner. En effet, nous pouvons retrouver dans le langage du jeune compositeur autrichien (Notamment dans son Ouverture pour Jules César et même dans sa Symphonie) de fortes réminiscences wagnériennes. Rott fait ainsi partie d'une génération, avec Wolf et Mahler, que l'on pourrait qualifier d'avant-garde viennoise, dont les préceptes sont hérités de la Nouvelle École allemande de Liszt, Wagner et Bruckner. Cette génération jette ainsi un pont entre le romantisme et le modernisme.
Malheureusement, Hans Rott ne put avoir une influence directe sur l'évolution du langage musical. Mais ses œuvres peuvent être considérées comme le chaînon manquant entre les symphonies de Bruckner et celles de Mahler, notamment dans sa remarquable Première Symphonie, où l'on remarque que son langage évolue d'un lyrisme wagnérien à un modernisme mahlérien tout en passant par des chorals brucknériens. Mais le langage de Rott annonce par moments les œuvres de Max Reger, en atteste son Prélude pastoral. Ainsi, malgré sa courte existence, Hans Rott peut être considéré comme un compositeur d'assez grande importance dans le courant progressiste germanique à l'instar d'un Wolf ou d'un Mahler.
Rott et Mahler
Après la redécouverte des œuvres de Hans Rott, une polémique naquit au sein de nombreux cercles d'experts du fait des ressemblances troublantes avec les premières œuvres de Gustav Mahler. Ainsi, ce dernier fut accusé de plagiat notamment à cause des similitudes du Scherzo de la symphonie Titan avec celui de la Première Symphonie de Rott ou encore de l'apparition de plusieurs thèmes de son condisciple dans ses deux premières symphonies (notamment dans le Scherzo de la symphonie Résurrection).
Toutefois, d'après les pourfendeurs de cette polémique, le Klagende Lied, contemporain de la Symphonie d'Hans Rott, comporte beaucoup plus d'éléments mahlériens que cette dernière. En outre, et surtout, Mahler considérait Rott comme « le père de la Symphonie nouvelle » : il n'est donc pas exclu qu'il se soit inspiré du travail de son ancien camarade ou qu'il ait cherché à lui rendre hommage.
Walter Rabl (30 novembre 1873 à Vienne - 11 juillet 1940 à Klopein, Klopeiner See/Carinthia) était un compositeur, chef d'orchestre et professeur de musique vocale viennois. Largement oublié aujourd'hui, Rabl n'a laissé qu'un petit nombre d'œuvres, toutes précoces, datant du crépuscule de l'ère romantique.
À l'âge de 30 ans, il cessa complètement de composer et se consacra à la direction d'orchestre et à l'enseignement de la musique vocale jusqu'à la fin de sa vie.
Walter Rabl est né à Vienne et, dès l'enfance, il devient un excellent pianiste. Il fréquente l'Institut Le Rosey, un internat situé à Rolle, en Suisse. Il se rend à Salzbourg où il étudie la théorie musicale et la composition avec J. F. Hummel, directeur du Mozarteum. Il obtient son diplôme avec mention au Kaiserlich und Königlich Staatsgymnasium (école royale et impériale) de Salzbourg en 1892.
Rabl retourne à Vienne pour étudier avec Karl Navratil (1836-1914), puis s'inscrit au programme de doctorat de l'Université allemande de Prague en tant qu'étudiant du musicologue Guido Adler. À 25 ans, il termine son doctorat et accepte peu après un poste à l'Opéra Royal de Dresde en tant que répétiteur et chef de chœur.
À partir de 1903, Rabl dirige dans toute l'Allemagne et défend les œuvres de compositeurs progressistes tels que Gustav Mahler, Karl Goldmark, Franz Schreker, Erich Korngold et Richard Strauss. En 1905, Rabl a épousé la soprano Hermine von Kriesten et l'a dirigée dans des rôles wagnériens majeurs tels que Brünnhilde et Elektra.
Après son retrait de la direction d'orchestre en 1924, il a continué à utiliser ses impressionnants talents de pianiste pour accompagner et coacher de nombreux chanteurs de renom.
Le Quatuor en mi bémol majeur pour clarinette, violon, violoncelle et piano, opus 1 de Rabl a remporté le premier prix en 1896 lors d'un prestigieux concours pour jeunes compositeurs parrainé par la Tonkünstlerverein (Société des musiciens) de Vienne, dont Johannes Brahms était le président honoraire et le juge du concours. Brahms recommanda l'œuvre à son propre éditeur, Simrock, qui la publia l'année suivante avec trois autres œuvres de Rabl : les Fantasy Pieces for Piano Trio, Op. 2, et deux séries de Four Songs, Op. 3 et Op. 4. Le Quatuor opus 1 semble être la première œuvre écrite pour cette combinaison, qui fut plus tard utilisée de manière plus célèbre par Messiaen dans son Quatuor pour la fin du temps (1941). Les parties du Quatuor Op.1 ont été réimprimées par l'Edition Silvertrust en 2007.
En 1899, Simrock a publié quatre autres pièces de Rabl : Quatre chants, op. 5 ; la Sonate pour violon, op. 6 ; Trois chants, op. 7 ; et la Symphonie, op. 8.
Sa série suivante de compositions, Opp. 9-15, consistait entièrement en chansons. Elles furent publiées à Leipzig par la maison fondée par Daniel Rahter.
La plupart des œuvres de Rabl s'inscrivent dans la tradition de Brahms et de Robert Schumann. Mais son opéra Liane (1903), basé sur un conte de fées romantique, a pris un tournant différent, dans la direction de Richard Wagner.
Bien que l'accueil de l'opéra ait été très favorable, Liane fut la dernière œuvre de Rabl.
Le compositeur autrichien Hans Rott est né le 1er août 1858 à Vienne et mort dans cette même ville le .
Il est souvent comparé à Anton Bruckner et Gustav Mahler. Il y a un regain d'intérêt pour ses œuvres et le nom de Hans Rott ressurgit peu à peu de l'oubli.
Hans Rott est issu de l'union entre Karl-Matthias Rott et la chanteuse et comédienne Maria-Rosalia Lutz. Au cours de sa scolarité, Hans Rott révèle des dispositions musicales qui le conduisent à s'inscrire au Conservatoire de Vienne de 1874 à 1877. Il y étudie l'harmonie avec Hermann Graedener, le piano avec Leopold Landskron et l'orgue avec le compositeur Anton Bruckner qui l'estime beaucoup. Pendant ses études musicales au Conservatoire de Vienne, il se lia d'amitié avec Hugo Wolf et Gustav Mahler, avec qui il partagea une chambre. Outre l'influence de Bruckner, Rott découvre l'œuvre de Richard Wagner au Festival de Bayreuth de 1876.
Au conservatoire, Hans Rott compose intensément avant de composer une Symphonie en mi majeur (1878-80) qui impressionne par sa maîtrise orchestrale et ses qualités mélodiques autant que par ses citations wagnériennes à peine dissimulées. Bien qu’encouragé par Bruckner, Rott échoue à la faire jouer par Hans Richter, puis la soumet au jugement de Johannes Brahms, Eduard Hanslick et Karl Goldmark afin de pouvoir bénéficier d’une bourse d’État. Nouvel échec, car Brahms voit dans la symphonie autant de belles choses que d’éléments banals ou dépourvus de sens .
Dès lors la santé mentale de Rott se détériore rapidement, et le drame se produit dans un train qui mène le jeune compositeur à Mulhouse où l’attend une place de chef de chœur. Indisposé par un voyageur qui allume son cigare, Rott le menace de son revolver puis affirme que Brahms a rempli le train de dynamite ! Aussitôt interné à l’hôpital psychiatrique de Vienne, il décède de la tuberculose (ou d'un cancer des poumons ; son acte de décès mentionne : Lungenkrank, maladie des poumons) quatre ans plus tard, après plusieurs tentatives de suicide et sans avoir plus écrit une seule note de musique.
Pendant près de cent ans, le nom et l’œuvre de Rott tombèrent dans l’oubli, avant la (re)découverte de la Symphonie en mi majeur dans les archives de la Bibliothèque nationale autrichienne à la fin des années 1980 par le musicologue Paul Banks.
À propos de Rott, Mahler aurait déclaré :
Ce que la musique a perdu avec lui est incommensurable : son génie s'envole tellement haut, déjà dans sa première symphonie, qu'il a écrite lorsqu'il était un jeune homme de vingt ans et qui fait de lui - le mot n'est pas trop fort - le fondateur de la symphonie nouvelle, comme je la comprends. Mais ce qu'il voulait n'est pas encore atteint véritablement. C'est comme si quelqu'un lançait quelque chose de toutes ses forces mais, parce qu’il est encore maladroit, n’atteint pas vraiment son but. Mais je sais où il voulait arriver. Oui, il est si proche de ce qui m’est le plus personnel que lui et moi apparaissons comme deux fruits du même arbre, issus du même sol, nourris du même air. J’aurais pu retirer énormément de lui et peut-être aurions-nous, ensemble, d’une certaine manière exploité à fond le contenu de ces temps nouveaux qui étaient en train d’éclore pour la musique.
Hans Rott s'inscrit dans la lignée des grands symphonistes germaniques tels que Bruckner, Brahms et Schumann. Mais sa principale source d'inspiration se trouve dans l'œuvre de Wagner. En effet, nous pouvons retrouver dans le langage du jeune compositeur autrichien (Notamment dans son Ouverture pour Jules César et même dans sa Symphonie) de fortes réminiscences wagnériennes. Rott fait ainsi partie d'une génération, avec Wolf et Mahler, que l'on pourrait qualifier d'avant-garde viennoise, dont les préceptes sont hérités de la Nouvelle École allemande de Liszt, Wagner et Bruckner. Cette génération jette ainsi un pont entre le romantisme et le modernisme.
Malheureusement, Hans Rott ne put avoir une influence directe sur l'évolution du langage musical. Mais ses œuvres peuvent être considérées comme le chaînon manquant entre les symphonies de Bruckner et celles de Mahler, notamment dans sa remarquable Première Symphonie, où l'on remarque que son langage évolue d'un lyrisme wagnérien à un modernisme mahlérien tout en passant par des chorals brucknériens. Mais le langage de Rott annonce par moments les œuvres de Max Reger, en atteste son Prélude pastoral. Ainsi, malgré sa courte existence, Hans Rott peut être considéré comme un compositeur d'assez grande importance dans le courant progressiste germanique à l'instar d'un Wolf ou d'un Mahler.
Après la redécouverte des œuvres de Hans Rott, une polémique naquit au sein de nombreux cercles d'experts du fait des ressemblances troublantes avec les premières œuvres de Gustav Mahler. Ainsi, ce dernier fut accusé de plagiat notamment à cause des similitudes du Scherzo de la "Titan" avec celui de la Première Symphonie de Rott ou encore de l'apparition de plusieurs thèmes de son condisciple dans ses Symphonies n°1 et 2. Mais cette polémique est atténuée par le fait que plusieurs experts se sont souvenus du Klagende Lied, qui fut antérieur à la Symphonie de Hans Rott et qui comporte beaucoup plus d'éléments mahlériens que cette dernière. Cependant, Mahler considérait Rott comme "le père de la Symphonie nouvelle", il n'est donc pas exclu qu'il se soit inspiré du travail de son ancien camarade.
La soprano irlandaise Ava Dodd, 25 ans, a remporté le Prix Yves Paternot de l’Academie du Verbier Festival. Le prix récompense le musicien le plus accompli et le plus prometteur de la promotion 2023 destinée aux jeunes musiciens professionnels.
Pour la clôture du Festival, Ava Dodd interpréte le rôle d’Anne Trulove dans The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky accompagnée du Verbier Festival Junior Orchestra et de son directeur musical, James Gaffigan.
Ava Dodd est titulaire d'une maîtrise avec mention très bien du Royal College of Music de Londres, finaliste du Concours du Belvédère en 2022 et lauréate du Prix Wil Keune et de l'engagement Guntars Kirsis.
Lauréate de la bourse Eva Kleinitz d'Opera Europa en 2022, elle est boursière Karaviotis et étudie sous la tutelle de Janis Kelly. Tout en étudiant avec le professeur Mary Brennan et le Dr Dearbhla Collins à l'Académie royale irlandaise de musique, elle a obtenu une licence en interprétation musicale avec mention très bien. Ava Dodd a remporté de nombreux prix et a récemment reçu le RDS Collins Memorial Award and Bursary 2021.
En ce qui concerne les concours, Ava a été la lauréate du district de Boston en 2022 au Concours du Met Opera et au Concours Laffont. Elle a également remporté le 1er Prix du Grand Prix international de Roumanie "Trophaeum Artis Cantorum" et de la Royal Dublin Society Music Bursary Competition, 2020. Ava Dodd a reçu le 1er Prix du Glenarm Festival of Voice Competition de l'Opéra d'Irlande du Nord et a été nommée "Jeune voix d'opéra de 2019".
Elle a balayé les tableaux lors du Feis Ceoil 2019, remportant sept concours, dont la Gervase Elwas Cup. En 2018, elle a également reçu le prix de l'interprète la plus prometteuse dans le cadre du Concours Irene Sandford, elle a reçu la bourse Wadden et a remporté le Prix général du festival dans le cadre du Festival de musique d'Arklow.
Parmi ses récents rôles à l'opéra, citons Waldvöglein dans Siegfried et Oscar dans Un Ballo in Maschera (Stadttheater Klagenfurt). Elle a également joué le rôle de Yum-Yum dans la production 2021 du Lyric Opera Ireland de The Mikado de Gilbert & Sullivan, et elle a été Young Artist in the Wexford Factory pour la deuxième année consécutive, où elle a interprété le rôle de Perdita dans Ein Wintermärchen de Karl Goldmark, Wexford Opera Festival 2021. Elle a fait ses débuts au Blackwater Valley Opera Festival lors d'un récital solo en août 2021.
Parmi ses engagements en 2022, elle a interprété un répertoire d'opéra avec deux autres chanteurs lors d'un concert présenté par Sir Thomas Allen à l'Atheneum club de Londres. En 2021, Ava a également été soliste soprano dans la Symphonie n° 4 de Mahler avec l'Orchestre Symphonique du Royal College of Music et soliste avec le Royal Ballet, dans le cadre de la représentation "Draft Works" au Clore Studio, The Royal Opera House, à Londres.
En outre, Ava a été choisie par le directeur artistique du Théâtre Bolchoï de Moscou pour participer à l'académie du programme des jeunes artistes pendant deux semaines en février 2022 et donner un concert sur le thème de Rachmaninov. Parmi ses autres engagements récents, elle a été soprano soliste avec le National Symphony Orchestra pour "A Celebration of International Women's Day", et s'est produite comme l'une des trois lauréates de la bourse RCS dans le cadre du concert RCS Bursary Prize-Winners avec le RTE Concert Orchestra à l'Oreilly Hall, UCD, Dublin.
Ava Dodd a récemment interprété les Nuits d'été de Berlioz aux côtés de deux autres chanteurs avec l'orchestre du Royal College of Music, sous la direction de Howard Williams.
Elle a également participé à quatre événements de l'Internationale Meistersinger Akademie en juillet et août, dont "Sommerserenade", un gala d'opéra en plein air, et le concert de clôture "Cabaret".
Bonaldo Giaiotti (25 décembre 1932 - 12 juin 2018), basse d'opéra italienne, est particulièrement associée au répertoire italien.
Né à Udine, il étudie dans sa ville natale puis à Milan avec Alfredo Starno, où il fait ses débuts au Teatro Nuovo en 1957. Après avoir chanté avec succès dans diverses maisons d'opéra en Italie, il fait ses débuts américains à Cincinnati, dans le rôle de Basilio dans Il barbiere di Siviglia, en 1959.
L'année suivante, le 12 octobre 1960, il fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York, où il restera pendant 25 ans, chantant une trentaine de rôles au cours de plus de 300 représentations, le plus souvent Raimondo dans Lucia di Lammermoor, Ramfis dans Aida, Timur dans Turandot. Parmi ses autres rôles, citons Padre Guardiano dans La forza del destino, Phillip II dans Don Carlo, Ferrando dans Il trovatore, le Comte Walter dans Luisa Miller, Zaccaria dans Nabucco, Giorgio dans I puritani, Commendatore dans Don Giovanni, Alvise dans La Gioconda, le Roi Heinrich dans Lohengrin, Il a été entendu dans La Favorita de Donizetti au Met en 2015 à l'âge de 81 ans.
Giaiotti a également fait plusieurs apparitions en tant qu'invité dans d'autres grandes maisons d'opéra, le Lyric Opera de Chicago, le Palais Garnier de Paris, l'Opéra d'État de Vienne, le Teatro Real de Madrid, l'Opéra de Zurich, le Royal Opera House de Londres, le Teatro Colón de Buenos Aires, etc. De 1963 à 1995, il est régulièrement invité au festival de l'Arena di Verona, notamment dans le rôle d'Attila de Verdi en 1985. Étonnamment, il n'a fait sa première apparition à la Scala qu'en 1986, dans le rôle du Comte Rodolfo dans La sonnambula.
Bien qu'il soit surtout connu pour son interprétation du répertoire italien, Giaiotti a chanté un certain nombre de rôles non italiens, notamment le Grand Prêtre dans Die Königin von Saba de Karl Goldmark (en 1991 au Teatro Regio (Turin)), Cléomer dans Esclarmonde de Massenet (en janvier 1993 au Teatro Massimo), le Cardinal Brogni dans La Juive de Halevy, et l'Anabaptiste dans Le Prophète de Meyerbeer, et, comme ci-dessus, le Roi Heinrich dans Lohengrin de Richard Wagner (en 1976 et 1980, au Metropolitan Opera).
Sa voix homogène, belle et sonore a fait de lui l'un des principaux bassi cantanti de sa génération.
Il est décédé le 12 juin 2018 à l'âge de 85 ans.
Le compositeur Jean Sibelius (Johan Sibelius en finnois), né le à Tavastehus, dans le Grand-Duché de Finlande, est mort le à Järvenpää, près d'Helsinki. Il est, avec Johan Ludvig Runeberg, l'un des Finlandais qui symbolisent le mieux la naissance de l'identité nationale finlandaise.
Jean Sibelius est le fils du médecin Christian Gustaf Sibelius et de Maria Charlotta Sibelius née Borg. Le nom de famille provient de la succession Sibbe en Uusimaa qui était détenue par son arrière grand-père paternel. Le père de Sibelius est mort du typhus en , laissant des dettes importantes. En conséquence, la mère de Jean qui était de nouveau enceinte, a dû vendre leurs biens et aller avec sa famille dans la maison de Katarina Borg, sa mère veuve, qui vivait également à Hämeenlinna.
Sibelius a été par conséquent élevé dans un environnement féminin, la seule influence masculine venant de son oncle, Pehr Ferdinand Sibelius, qui était intéressé par la musique, surtout le violon. C'est cet oncle qui a donné au garçon un violon quand il était âgé de dix ans, et qui plus tard, l'a encouragé à maintenir son intérêt pour la composition. Pour Sibelius, l'oncle Pehr non seulement a pris la place d'un père, mais d'un conseiller musical. En 1870, le tout jeune Jean reçoit ses premières leçons de piano d'une tante, Julia Sibelius. C'est au contact de son oncle Pehr, violoniste amateur, qu'il découvre l'instrument pour lequel il écrira un célèbre concerto et de nombreuses pièces avec orchestre, le violon. À dix ans il écrit au piano sa première œuvre Gouttes d'eau. En 1876, dans un contexte politico-social qui promeut la culture finnoise, ses parents l'inscrivent dans une école où les cours sont en finnois. Il poursuit ensuite sa scolarité au lycée normal de Hämeenlinna jusqu'en 1885.
C'est pendant cette période, vers 1880, qu'il entreprend d'étudier sérieusement la musique. Il prend ses premiers cours de violon avec le chef de la musique militaire Gustav Leander ; ayant acquis une certaine technique, il se met à jouer de la musique de chambre avec son frère et sa sœur et dès 1883 s'essaie à la composition avec un trio.
Il fait une rencontre importante avec le virtuose du piano Ferruccio Busoni qui impressionne tant Sibelius qu'il renonce définitivement à l'idée de devenir un jour soliste virtuose du violon. Étudiant en droit peu studieux à l'Université impériale Alexandre d'Helsingfors, il s'inscrit à l'institut de musique de Martin Wegelius (qui sera rebaptisé Académie Sibelius en 1939) en classe de violon où il suit les cours de Mitrofan Vassiliev. Sibelius dès lors se tourne définitivement vers sa passion, la musique. Il compose sa première œuvre d'importance, un quatuor en la mineur qui récolte un succès certain lors d'un concert public.
Il travaille aussi l'harmonie avec Wegelius, mais faute de classe d'orchestration, Sibelius reste encore cantonné dans un environnement de musique de chambre. Il se rend à Berlin pour étudier avec Albert Becker de 1889 à 1890 ; il a l'occasion d'écouter les concerts du grand chef d'orchestre allemand Hans von Bülow qui joue Richard Strauss et Antonín Dvořák ; dans cette ville, qu'il trouve trop bruyante, il compose un quintette pour piano et cordes. De retour en Finlande, il écrit son quatuor à cordes en si bémol majeur. L'année suivante, il part pour Vienne pour travailler avec Karl Goldmark de 1890 à 1891.
Il sollicite une entrevue avec Brahms qui ne répond pas. C'est la révélation de la musique d'Anton Bruckner, avec sa 3e symphonie, qui sera le fait marquant de ce voyage. L'année 1890 marque un tournant dans sa vie de compositeur. Il compose ses premières œuvres pour orchestre : une simple ouverture, certes imparfaite, mais avec « beaucoup de bonnes choses » selon l'avis de son professeur et une scène de ballet. Il s'intéresse de plus en plus aux mythes et légendes finlandaises comme le Kalevala écrit par Elias Lönnrot et s'oriente dès lors de plus en plus vers un art authentiquement finlandais dans ses racines et ses références nationales, « tout ce qui est finlandais m'est donc sacré, le monde primitif finlandais a pénétré ma chair et mon cœur » écrit-il à Aino.
Il travaille à sa première composition symphonique Kullervo. Il échoue à devenir violoniste dans l'Orchestre Philharmonique de Vienne. De retour à Helsingfors en 1892, il épouse Aino Järnefelt et compose ses premiers Lieder. L'année suivante, il écrit son premier poème symphonique En saga teinté de couleurs d'Islande, quelques pièces pour piano dont la Sonate en fa majeur op. 12 et des impromptus.
C'est à cette époque que se manifeste un penchant pour la boisson. En 1893, il s'attelle à un projet d'opéra La Construction du bateau dont le livret s'inspire du Kalevala. « Trop lyrique, pas assez dramatique » jugeront certains, le projet sera abandonné. Il écrit une musique de scène Karelia en hommage à la Carélie, province peu industrialisée et sauvage, berceau de nombreux chants populaires. En 1894, il se rend à Bayreuth pour écouter la musique de Richard Wagner : le choc artistique est fort. Subjugué par Parsifal et Tristan et Isolde, il est dans un premier temps conquis par le génie wagnérien puis s'en détache pour finalement se rapprocher de l'univers musical de Franz Liszt tel qu'il se traduit dans la Faust-Symphonie. En 1895, de retour en Finlande, après un détour par l'Italie, il compose une œuvre orchestrale d’envergure, la suite Lemminkäinen op. 22 dont l'une des parties, « Le Cygne de Tuonela », devait connaître un succès immense.
En 1896, il compose le seul opéra de sa carrière, en un acte, La Jeune Fille dans la tour qui ne sera joué que trois fois à Helsingfors. Bien que plébiscité, il échoue à obtenir le poste de professeur de musique à l'Université d'Helsingfors à la suite de l'intervention du chef d'orchestre finlandais Robert Kajanus auprès de l'administrateur russe à Saint-Pétersbourg. Le commentaire du jury ne laisse aucun doute à ce sujet : « en la personne de Sibelius est donné à notre pays un musicien dont le riche talent dépasse tout ce que notre musique a pu produire jusqu'ici »11. En 1897, il compose la musique de scène pour la pièce le Roi Christian II.
De retour à Berlin au printemps 1898, il signe un contrat avec le célèbre éditeur allemand Breitkopf & Härtel. En août, le tsar Nicolas II publie le Manifeste de février qui prive le grand-duché de Finlande de tout droit à l'autonomie. En réaction, Sibelius compose le Chant des Athéniens dans lequel la Russie est comparée aux Perses primitifs de l'Antiquité.
En 1899, il fait jouer sa 1e symphonie op. 39 qui reçoit un accueil triomphal. Sa musique opère pour la première fois une synthèse réussie entre son style « primitif » et les exigences de la symphonie postromantique. La police tsariste accentuant sa répression en instaurant la censure et en supprimant des journaux, la riposte s'organise autour d'une Célébration pour la presse, spectacle chorégraphique pour lequel Sibelius écrit une musique de scène en 7 tableaux. Afin de présenter une musique emblématique de la Finlande à l'exposition universelle de 1900, Sibelius en reprend des extraits pour composer Finlandia. Début 1901, il s'installe avec sa famille en Italie où il travaille sa 2e symphonie op. 43. Il fait la rencontre d'Antonín Dvořák et de Richard Strauss au festival de Heidelberg. La rencontre est des plus amicales, Sibelius note « il s'est montré très aimable et m'a parlé de ses œuvres avec la plus grande franchise ».
L'année suivante, en 1902, l'exécution de la deuxième symphonie obtient un vrai triomphe public. Puis il s’attelle à l'une de ses œuvres emblématiques, son Concerto pour violon et orchestreop. 47, enchaîne avec une musique de scène Kuolema (la mort), qui contient la célèbre « Valse triste ». En 1903 pour échapper à l'atmosphère pesante de la capitale, il se fait construire une villa au nord d'Helsinki qu'il baptise du nom de sa femme Ainola et où il s'installe définitivement avec sa famille quelques mois plus tard. Ses problèmes avec l'alcool ne s'estompent pas. Il confie à son frère Christian « tu vois, mon penchant pour la boisson a des racines très profondes et très dangereuses ». En , il dirige son concerto pour violon qui reçoit initialement un accueil public plutôt chaleureux mais devant le peu de succès rencontré lors des représentations suivantes, Sibelius décide de le réviser. Le Grand-duché de Finlande, qui appartient à l'Empire russe depuis 1809, est, à partir de 1898, sous la coupe autoritaire du gouverneur général du duché, le général russe Nikolaï Bobrikov dont les pouvoirs en 1903 ont pris une forme absolutiste. En juin, ce dernier est assassiné par un jeune patriote finlandais Eugen Schauman pour lequel Sibelius écrira en 1909 une marche funèbre In memoriam.
Sa deuxième symphonie suscite à Berlin l'année suivante des réactions plutôt contrastées tandis que sa nouvelle composition Pelléas et Mélisande d'après Maurice Maeterlinck rencontre un franc succès. C'est l'heure de la découverte des œuvres de ses contemporains. Il s'émerveille devant la musique de Claude Debussy, se passionne pour Arnold Schönberg, s'enthousiasme pour le grand orchestre de Richard Strauss. En octobre, son concerto pour violon dans sa version définitive est donné à Berlin avec Richard Strauss à la direction. Si la critique est favorable, l'accueil du public est en revanche plutôt réservé. Il enchaîne avec une nouvelle œuvre inspirée du Kalevala, La Fille de Pohjola op. 49 suivie en 1907 de la 3e symphonie qui ne suscite pas d'enthousiasme populaire.
Sa rencontre amicale avec Gustav Mahler, qui apprécie sa musique, met en lumière deux visions de la musique radicalement différentes. Pour Gustav Mahler, la musique doit embrasser tout l'univers, pour Sibelius en revanche, cela doit être le dépouillement, l'ascèse, l'expression rigoureuse de l'essentiel, l'art du non-dit et de l'aphorisme. En 1908, Sibelius, qui se remet difficilement d'une opération pour un cancer à la gorge, entame l'écriture d'un nouveau poème symphonique Chevauchée nocturne et lever de soleil puis termine l'année suivante son quatuor à cordes en ré mineur Voces intimae, œuvre d'un caractère sombre et douloureux.
L'année 1910 verra naître une œuvre maîtresse de la musique moderne, fascinante et intemporelle, la quatrième symphonie op. 63, achevée en 1911. Partout où elle est jouée, c'est la réserve, l'incompréhension et même l'hostilité. En septembre, il achève une suite d'orchestre Scènes historiques où il reprend des thèmes d'une musique composée en 1899 en l'honneur de la presse finnoise. Il se rend à Berlin puis à Paris où sa musique reste encore peu jouée.
De retour chez lui en Finlande, il traverse une période de dépression; mais le printemps suivant, il se remet promptement à la tâche en terminant L'Amant, chanson pour cordes et timbales, et en travaillant sur la suite Scènes historiques II. Accablé depuis longtemps par les soucis financiers, il reçoit avec intérêt de l'Académie de musique de Vienne l'offre pour un poste de professeur de composition. Finalement, il y renonce préférant se consacrer entièrement à l'écriture musicale.
Il n'a pas moins de deux symphonies en chantier, la cinquième et la sixième symphonie. Le , sont données en première audition les Scènes historiques, c'est un grand succès. Trois sonatines pour piano verront le jour peu après puis il part pour l'Angleterre où, en octobre, il dirige sa quatrième symphonie qui reçoit un accueil des plus enthousiastes.
À Helsingfors, en 1913, est joué son nouveau poème symphonique le Barde qui récolte les éloges tandis que sa quatrième symphonie, boudée par les Viennois et l'Amérique, est en revanche acclamée par le public finlandais. Durant l'été, il compose un ouvrage ambitieux de longue durée, une symphonie lyrique Luonnotar (fille de la nature) pour soprano et orchestre ; de la même année date Scaramouche écrit pour le Théâtre royal du Danemark.
Au printemps 1914, il se rend aux États-Unis à l'invitation de Horatio Parker qui lui commande une nouvelle œuvre pour le festival de musique de Norfolk les Océanides, c'est enfin le succès sans réserves et la reconnaissance outre-atlantique du « génie sibélien ». Consécration suprême, il est fait docteur honoris causa de l'Université Yale. Un projet de grande tournée américaine est envisagé mais l'attentat à Sarajevo sonne le glas de la paix en Europe. C'est la Première Guerre mondiale et pour Jean Sibelius, quatre années d'isolement et de solitude.
Un voyage à Göteborg en 1915 sera l'une des rares occasions pour Sibelius de renouer le contact avec le monde extérieur et son public. Il travaille ardemment sur sa cinquième symphonie et c'est en apercevant des cygnes voguer sur un étang qu'il trouve, tout exalté par sa découverte, le thème du finale. Le , sa fille aînée Eva donne naissance à une petite fille, et l'auteur de En saga devient grand-père. Le , il note dans son journal : « je suis si pauvre, si pauvre que je suis obligé d'écrire de petites pièces. »
Le , la représentation de la cinquième symphonie à la Bourse d'Helsingfors donne lieu à une soirée des plus officielles où Sibelius est unanimement reconnu comme le porte-flambeau de la musique finlandaise. À la suite de la défection américaine, les soucis d'argent s'aggravent et des amis parmi lesquels la chanteuse Ida Ekman organisent dans l'urgence une grande collecte nationale à son profit. Durant l'été 1916, il retravaille la cinquième symphonie et à sa première audition à Helsinki les critiques sont si vives qu'il décide de la réécrire ; entretemps il compose une musique pour la pièce de théâtre Everyman. Son penchant pour la boisson crée de telles tensions avec son épouse Aino qu'il envisage le divorce, mais en 1917, les bruits de la Révolution russe et les espoirs de liberté qu'elle fait naître pour les Finlandais occupent dès lors tous les esprits. À l'actif du compositeur s'ajoutent Humoresques et un cycle de mélodies op. 88.
La situation politique finlandaise se dramatise : les Gardes rouges pro-soviétiques sont prêts à en découdre avec les Gardes blancs nationalistes. Pour Sibelius, en composant une musique sur un texte de Heikki Nurmio, Jääkärien marssi (la Marche des chasseurs), la cause est entendue : la Finlande. Les événements se précipitent. Le , le gouvernement de Kerenski à Moscou est renversé par un coup d'État communiste, les Soviets prennent le pouvoir et deviennent les nouveaux maîtres de l'Empire russe. Alors que le la Finlande annonce au nouveau pouvoir des Soviets sa volonté d'indépendance, le Parlement finlandais déclare être seul dépositaire du pouvoir suprême sur le pays. Le , la Finlande est officiellement indépendante.
Le , Sibelius écrit : « je suis malade et incapable de travailler, mais dans ma tête, j'ai la cinquième et sixième symphonie ». Déprimé, il pense un temps au suicide mais se ravise en pensant à Aino et aux enfants. En , les Gardes rouges s'emparent du pouvoir ; la censure est installée ; des troupes nationalistes ont attaqué des garnisons rouges, c'est la guerre civile, Sibelius est placé en résidence surveillée puis se réfugie chez son frère. C'est le temps du rationnement et Sibelius perd beaucoup de poids.
En , les Gardes rouges sont vaincus, après les réjouissances de la liberté retrouvée, en ce printemps Sibelius s'active toujours sur la cinquième symphonie qui ne cesse d'être remaniée. Fin avril, après d'incessantes retouches et révisions, la symphonie est enfin achevée. En , il part avec Aino au Danemark et au retour, sa cantate Sang Jordens est donnée à la nouvelle Académie d'Åbo. En novembre, est jouée la cinquième symphonie, c'est le triomphe. Il s'empresse dès lors d'écrire la sixième symphonie. En 1920, il compose la Valse lyrique et durant l'été, dirige ses œuvres à la première foire industrielle de Finlande.
Reconnu dans la sphère anglo-saxonne comme l'un des compositeurs majeurs de ce début de siècle, les offres affluent. La Eastman School of Music aux États-Unis lui propose un poste de professeur et Londres le sollicite pour être chef d'orchestre invité. Il accepte cette dernière offre. Sur le plan matériel, pour ses cinquante-cinq ans, quelques patrons finlandais lui font un don de 19 000 marks. L'année suivante, il se rend à Berlin pour régler quelques menus détails de contrat avec son éditeur Breitkopf & Hartel puis fait une tournée réussie en Grande-Bretagne en y dirigeant ses grandes compositions. Il s'offre quelques moments de détente avec des amis en Norvège ; les concerts qu'il y donne sont chaudement salués, puis il rentre en Finlande.
Il compose, il dirige, participe à quelques soirées bien arrosées. Pour Sibelius, c'est un cycle perpétuel. Il termine la Valse chevaleresque au printemps 1920, il apprend que son frère Christian est atteint d'un mal incurable qui finalement l'emporte le .
En 1922, il devient franc-maçon et compose de la musique rituelle pour ses « frères » de loge. Il est un des membres fondateurs de la loge maçonnique« Suomi no 1 », il devient grand-organiste de la Grande Loge de Finlande. Il compose neuf pièces vocales et instrumentales assemblées sous le titre de Masonic Ritual Music op.133.
En décembre, on lui commande une Cantate de Noël, il décide en relisant des brouillons d'écrire un quatuor à cordes qu'il intitule Andante Festivo. En 1938, il en tire un arrangement pour cordes et timbales. Début 1923, la sixième symphonie est enfin achevée et jouée devant un parterre d'auditeurs et de critiques conquis, il se rend à Stockholm où il est ovationné puis se rend à Rome où, amoindri et fatigué, il reçoit un accueil plutôt mitigé. En revanche, à Göteborg, il est acclamé par le public suédois.
Sibelius travaille à sa 7e symphonie. Pour calmer ses mains tremblantes, il boit, suivant en cela les avis des médecins. Il achève la partition de sa symphonie au printemps 1924, qu'il dirige à Stockholm avec succès. Il apprend avec douleur la nouvelle de la mort de Ferrucio Busoni, puis après une tournée au Danemark, le tremblement de ses mains le force à envisager de mettre un terme à la direction d'orchestre.
À l'automne, il compose la Fantaisie symphonique. En 1925, l'éditeur Hansen et le Théâtre Royal danois sollicitent Sibelius pour une musique d'accompagnement de la pièce la Tempête de William Shakespeare. Il y travaille activement et la première audition est présentée au printemps 1926. À l'occasion de ses soixante ans, est organisée une collecte nationale qui rapporte 275 000 marks à Sibelius, ajoutée à cela une pension d'État de 100 000 marks ; Sibelius est désormais à l'abri du besoin.
Au début de l'année 1926, l'Orchestre Philharmonique de New York lui passe commande d'un poème symphonique d'une vingtaine de minutes. Ayant accepté, il part pour Rome afin de s'y consacrer. À l'automne, la commande est bouclée et elle s'appellera Tapiola. On la joue à New York où elle reçoit un accueil mitigé de la part des critiques. Début 1927, il écrit sa Massonic Ritual Music op. 113 (musique maçonnique) Pendant l'été, il met la touche finale à sa musique de scène pour La Tempête.
Au début de 1928, il part pour Berlin dans le but résolu d'écrire une nouvelle symphonie, mais c'est d'abord une petite pièce chorale le Gardien du pont qui voit le jour, puis se met au travail à une huitième symphonie. En 1929, il écrit cinq esquissesop. 114, une sonate pour violon et pianoop. 115. Il met en chantier un op. 117, mais aucun éditeur ne s'étant proposé de publier la partition, Sibelius la délaisse. Sibelius ne devait plus jamais proposer à l'édition d'œuvres nouvelles achevées.
Il ne cesse pas de composer et en 1930, il produit une œuvre pour chœur d'hommes et piano, Fate Carélie. En 1931, il écrit une pièce pour deux pianos et une pièce pour orgue, Surusoitto. Son travail sur la symphonie progresse mais il est victime d'une grave attaque de pleurésie pulmonaire. On essaie une nouvelle thérapie qui manque de lui coûter la vie. Il récupère, mais n'a plus envie de composer quoi que ce soit. Il écrit au futur créateur de la symphonie, Serge Koussevitzky, que celle-ci est toujours à l’ouvrage et qu'elle sera achevée en 1932. Mais en , nouveau message dans lequel il annonce laconiquement au chef d'orchestre : « Pas de symphonie cette année. »
En 1933, la symphonie se fait toujours attendre. Pourtant, il confie à un ami qu'elle est sur le point d'être terminée. Il remet un feuillet de 23 pages à son copiste pour la transcription, puis plus rien. Il se consacre désormais à la révision de ses anciennes compositions et les fait éditer. En 1939, il écrit une nouvelle version de la Suite Lemminkäinen. En , il retrouve la baguette de chef d'orchestre pour diriger l'orchestre symphonique de la radio de Finlande.
En 1940, Martti Paavola, invité chez Sibelius, aperçoit dans un coffre laissé ouvert des partitions. Le conflit mondial est l’occasion pour l'Allemagne nazie de renforcer ses liens culturels avec la Finlande au point que sur une requête du ministre des Affaires étrangères finlandais, Goebbels, ministre de la propagande, décide de créer la « Société Sibelius » en Allemagne. Dans un message de remerciement radiodiffusé, Sibelius évoque l'Allemagne comme « la terre glorieuse de musique ». Il condamne un an plus tard dans son journal intime la politique raciale menée par le régime hitlérien. En 1942, il écrit des arrangements sur des chants de Noël. Sibelius ne renonce pas à terminer la huitième symphonie. En , il avoue à de nombreuses reprises avoir achevé la huitième symphonie, mais qu'à chaque fois, insatisfait, il a tout jeté au feu.
Il compose en 1946 deux pièces de musique rituelle maçonnique Veljesvirsi et Ylistyshymni pour chant et harmonium, qui sont ses toutes dernières compositions originales. En 1948, il réorchestre Skidspårt ensamt ett (une piste de ski solitaire) pour récitant, harpe et cordes. Ses contacts avec le monde extérieur peu à peu se raréfient sauf à l'occasion d'un festival de musique les semaines Sibelius à Helsinki au cours duquel il reçoit à Ainola quelques invités de marque comme les violonistes Yehudi Menuhin, Isaac Stern, les chefs d'orchestre Eugene Ormandy ou bien Thomas Beecham. À l'occasion de ses 85 ans, en , le Président finlandais Juho Kusti Paasikivi lui fait l'honneur de se rendre en visite officielle chez lui à Ainola. En 1951 il écrit un arrangement de son op. 91b Marssi partiolaisten pour deux voix de femme et piano et en 1954, à l'âge de 89 ans, il réarrange un cantique de Noël Julvisa pour chœur d'enfants et pendant l'été 1957, il dicte à Jussi Jalas la musique d'un arrangement sur Valitus kullervon pour baryton et orchestre. Le , Jean Sibelius se retire définitivement dans le silence après une vie entière consacrée à composer de la musique.
Le Wexford Festival Opera (WFO) reprend le programme de l'année dernière (annulé en raison de la crise sanitaire) et le propose au mois d'octobre. Shakespeare in the Heart est le titre d'une série de propositions lyriques dont la plupart ont pour centre l'immortel dramaturge anglais.
Le festival irlandais, dont la scène principale est l'Opéra National de Wexford, a choisi pour sa 70e édition des titres peu connus mais assurément intéressants : Edmea, l'avant-dernier opéra d'Alfredo Catalani dans une nouvelle production de Julia Burbach, l'opéra-comique d'Ambroise Thomas Le Songe d'une nuit d'été en version semi-scénique dans une mise en scène de Walter Le Moli, Ein Wintermärchen de Karl Goldmark basé sur le Conte d'hiver de Shakespeare et, bien sûr, I Capuleti e i Montecchi de Bellini, mis en scène ici par Conor Hanratty dans une version de chambre (piano et quatuor à cordes). Il se clôturera avec la première de l'opéra de chambre The 47th Saturday du compositeur irlandais Andrew Sinnott, en résidence du festival.
On vient d'apprendre le décès de Bonaldo Giaiotti, une des plus grandes basses de son temps, particulièrement associée au répertoire italien.
Né à Udine, il a étudié dans sa ville natale et plus tard à Milan avec Alfredo Starno, où il a fait ses débuts au Teatro Nuovo en 1957. Après avoir chanté dans plusieurs maisons d'opéra italiennes, il a fait ses débuts américains à Cincinnati en Basilio d'Il Barbiere di Siviglia en 1959.
Le 24 octobre 1960, il faisait ses débuts au Metropolitan Opera et il y restera pendant 25 ans avec une trentaine de rôles pour plus de 300 représentations : Raimondo dans Lucia di Lammermoor, Ramfis dans Aida, Timur dans Turandot,Padre Guardiano dans La Forza del Destino, Phillip II dans Don Carlo, Ferrando dans Il Trovatore, le comte Walter dans Luisa Miller, Zaccaria dans Nabucco, Giorgio dans I Puritani, Alvise dans La Gioconda, Heinrich dans Lohengrin, ...
On le retrouve aussi dans d'autres grandes maisons d'opéra : le Lyric Opera de Chicago, le Palais Garnier (Paris), le Vienna State Opera, le Teatro Real (Madrid), l'Opéra de Zurich, le Royal Opera House (Londres), le Teatro Colón (Buenos Aires)... De 1963 à 1995, il est chaque année auFestival des Arènes de Vérone. Il ne fait pourtant ses débuts à la Scala (Milan) qu'en 1986, en Rodolfo de La Sonnambula.
Parmi ses rôles "non italiens", il a fait le Grand Prêtre dans Die Königin von Saba de Karl Goldmark (1991 au Teatro Regio deTurin), Cléomer dans Esclarmonde de Massenet (janvier 1993 au Teatro Massimo), le Cardinal de Brogni dans La Juive d'Halevy et l'Anabaptiste dans Le Prophète de Meyerbeer et le Roi Heinrich dans Lohengrin de Richard Wagner (1976 et 1980 au Metropolitan Opera).
Ses partenaires sur scène comme en studio ont pour nom, entre autres, Birgit Nilsson, Franco Corelli, Renata Scotto, Grace Bumbry, Mario Sereni, Leontyne Price, Plácido Domingo, Fiorenza Cossotto, Sherrill Milnes, Montserrat Caballé, Luciano Pavarotti, Anna Reynolds, Gabriel Bacquier, Maria Luisa Nave, Patricia Payne, José Carreras, Matteo Manuguerra, Jesus Lopez-Cobos, Juan Pons,...