L’Opéra de Lausanne assure la création du ‘Petit Prince’ de Michael Levinas d’après la nouvelle d’Antoine de Saint-Exupéry. Peut-on tirer un opéra pour enfants d’après un conte philosophique aussi célèbre ?
En 2018, l’initiative folle du Balcon : monter le plus grand cycle d’opéras de tous les temps, m’a mis le pied à l’étrier, et depuis, chaque année je grandis d’un jour de Licht dans ma vie.
Ceux qui me connaissent sont familiers de ma fascination et mon enthousiasme (parfois peu raisonnable) pour Karlheinz Stockhausen et son œuvre, mais avant 2018 je n'avais approché Licht que de très loin, les dimensions de l’œuvre m'effrayaient, il y avait déjà beaucoup à découvrir avec ses autres pièces, et il faut dire que j’ai été influencé par grand nombre de mes collègues compositeurs, qui, friands de ses révolutions musicales des années 50 (Gruppen, Kontakt, Momente) ont toujours boudé ce cycle de 7 opéras sur chacun des jours de la semaine, composé entre 1977 et 2002 qui totalise 29 heures de musique.
Ce soir, c’est mon 6ème sur 7, après avoir traversé jeudi, samedi, mardi, vendredi et dimanche, comme autant d’épreuves chamaniques, Lundi de lumière m’a, une fois de plus, rendu heureux, et, comment le dire sans heurter? Supérieur, peut-être?…
Car c’est cela le projet conscient de Licht : faire de nous des spectateurs élevés. Ne nous trompons pas, il ne s’adresse pas à une élite aguerrie, qui aurait analysé ses partitions de fond en comble, tout le monde sera tenu de sortir de ses habitudes modernes d’écoute musicale conditionnée, et les musiciens comme les amateurs seront mis sur le même pied d’égalité.
À chacun ses zones de défense…pour les non-initiés c’est la longueur, l’âpreté du langage, la complexité. Pour les plus connaisseurs, c’est les soi-disant interdits esthétiques de nos productions modernes : des sons de synthétiseurs un peu datés, une scénographie naïve, des gestes musicaux anecdotiques, un propos autocentré…même s’il ne peut rien contre celui qui s’y refuse, Stockhausen ne séduit pas, il impose, prend par la main son auditeur, et se charge de son initiation.
Comme à chaque fois, Maxime Pascal aborde ce monument de la meilleure manière qui soit, simplement et humblement, on le devine sur les écrans latéraux du plateau ouvert destinés aux interprètes qu’il dirige, mais il n’apparait pas sur scène avant les saluts. Le travail de déchiffrage des partitions de Stockhausen demande une rigueur monacale car elles sont affublées d’une notice vertigineuse décrivant les gestes, les positions, les mouvements des interprètes jusqu’à leurs costumes. La mise en scène, la scénographie et les costumes de Silvia Costa, ainsi que les magnifiques créations vidéos animées de Nieto et Claire Pedot s’affranchissent avec brio de ce contrôle post-mortem du compositeur, tout en gardant un respect absolu et un réel amour de son travail.
Montag étant le développement d’Eva, l’archétype féminin, La gigantesque statue de femme enceinte de la création en 1988 a été remplacé par une vraie femme enceinte perchée au sommet d’un phare, et observant les enfants/animaux qu’elle a mis au monde déployer un ballet de l’enfance époustouflant.
À quoi bon raconter l’argument de cet opéra? Cela ne donnerait qu’une description factuelle de scènes qui semblent impossibles à réaliser, et qui se réduisent à très peu d’actions, mais qui, sous nos yeux et nos oreilles, nous englobent réellement dans l’essence de ce monde de l’enfance.
Même si la nuit a été courte (de plaisantes rencontres à la médiathèque de Mâcon se sont prolongées malgré l’heure matinale du train, le lendemain vers Paris), je profite de la proximité de la Gare de Lyon avec la Maison Européenne de la Photographie pour y voir l’exposition de Dennis Brown, qui, dès les années 1970, fait de Bob Marley ou John Lydon des icônes argentiques – au The Cure du soir précédent, j’accole ainsi reggae et punk (même capsule temporelle, autres revendications musicales) – avant de rejoindre, en soirée, la salle Pierre Boulez (je vous reparlerai bientôt du centenaire de sa naissance) pour une esthétique à des années-lumière des précédentes – la plaisir de l’éclectisme, l’incessante porosité des frontières ; même les murs Trump-peurs échouent à contenir la diversité (créative) humaine.
Luciano le jeune, Berio le restaurateur
Luciano Berio, compositeur italien pionnier de l’électroacoustique (il fut responsable du département dédié à l’Ircam), est deux fois au programme du concert du vendredi à la Grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris : son beau Magnificat de 1949 témoigne à la fois de l’influence de son professeur au Conservatoire de Milan, Giorgio Federico Ghedini, et du choc ressenti à la fin de la seconde guerre mondiale, quand vient la libération, que saute le verrou culturel du fascisme et, avec lui, le mur derrière lequel les nouvelles musiques restaient jusqu’alors cachées. Si, pour Sinfonia, Luciano Berio donnait aux voix (amplifiées) des textes de James Joyce, Samuel Beckett ou Claude Levi-Strauss et aux interprètes un matériau musical emprunté au passé, sous forme de citations d’Alban Berg, Igor Stravinsky, Hector Berlioz, Paul Hindemith ou Karlheinz Stockhausen, amalgamées sur la deuxième symphonie de Gustav Mahler, pour Rendering, ce sont les esquisses écrites par Franz Schubert au crépuscule de sa vie (à 31 ans) et destinées à une dixième symphonie, que Berio entreprend de restaurer, partant de son propre point de vue musical pour sauvegarder, parfois et parfois pas, la couleur schubertienne, complétant les vides d’un « tissu connectif » changeant et réservé, annoncé par le célesta.
Olga Neuwirth naît en Styrie en 1968 de parents entourés d’artistes influencés par la contre-culture, baignés de cinéma, de littérature, de musique, deux sauvageonnes (avec sa sœur) dans un pays « gris, conservateur […], pétri de conventions » ; elle prend de son père, destiné à la magistrature et détourné vers le piano (de jazz), le goût qui la conduit vers la trompette (celle de Miles Davis), qu’elle doit pourtant abandonner après un grave accident de voiture – occasion, après la rencontre avec Hans Werner Henze, de s’ouvrir à la composition, en même temps qu’au lien entre musique et politique. Elle est la compositrice à l’honneur de cette édition 2025 du festival de Radio France, même si, retenue à Vienne pour des raisons familiales, elle n’assiste pas à cette consécration française qui lui offre au moins une pièce dans chaque programme. On la connaît pour ses inspirations larges, sa musique sauvage aux babines retroussées, son penchant pour la métamorphose : Locus ... doublure ... solus (au titre pris à celui du roman fantasmagorique de Raymond Roussel, avec qui elle partage l’obsession des chiffres), pour piano et orchestre (Tamara Stefanovich et le Philharmonique de Radio France), pervertit la personnalité sonore de cet instrument bourgeois par excellence en jouant sur l’interaction avec ceux qui l’entourent : altos, célesta, piano électrique (échantillonneur) fabriquent à l’instrument soliste une ombre, une doublure…
Outre-Nuit. Clara Levy (1991-) ; Giacinto Scelsi (1905-1988) ; Kaija Saariaho (1952-2023) ; Erika Vega (1987-) ; Eva Maria Houben (1955-). Clara Levy, violon. 2024 Livret en anglais. 50’44". Sub Rosa. SR570.
Le 12 juillet 2024 est une date à marquer d’une pierre blanche. Pour la toute première fois, les Percussions de Strasbourg se sont produites lors du Festival International de Colmar. En 62 ans d’existence pour l’ensemble et 45 ans pour le festival, il est étonnant que ce jour ne soit pas arrivé plus tôt.
Cette journée s’est ouverte à 12h30 avec un concert proposé par deux jeunes musiciens du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), Federico Altare à la flûte et Martin Jaspard au piano. Pour l’occasion, les deux musiciens ont construit un récital basé sur des figures importantes du CNSMDP. Très à l’aise dans leur rapport au public et proposant des explications bien senties, Federico Altare et Martin Jaspard ont débuté avec la Fantaisie en mi mineur pour flûte et piano Op.79 de Gabriel Fauré. Cette œuvre fut composée pour un examen de flûte au conservatoire en 1898. Ensuite, nous avons pu entendre un arrangement par Federico Altare de la Sonate pour violon et piano L.140 de Claude Debussy, la Sonate en sol majeur N.5 Op.58 de François Devienne et le Chant de Linos pour flûte et piano d’André Jolivet.
En bis, les deux musiciens nous ont proposé une pièce écrite pour un examen de lecture à vue en flûte par Gabriel Fauré ainsi qu’une œuvre d’inspiration Ravelienne composée par Martin Jaspard. Que de maturité pour ces deux très jeunes musiciens ! Alliant une intelligence de phrasé et une compréhension totale des œuvres avec la fraîcheur de leur jeunesse, ils ont fait forte impression auprès du public. Avec un son très puissant et des basses particulièrement profondes, Martin Jaspard a toujours parfaitement géré ses nuances pour laisser de la place à Federico Altare et ses envolées virtuoses totalement maîtrisées. Il ne serait pas étonnant de les revoir bientôt sur la scène du festival !
À 18h, la salle du Théâtre Municipal de Colmar accueillait deux invités prestigieux, le clarinettiste Pierre Génisson et le pianiste Frank Braley. De la Fantasiestücke pour clarinette et piano Op.73 de Robert Schumann à un arrangement de la Rhapsody in Blue de Gershwin, en passant par la Sonate pour clarinette et piano N.1 en fa mineur Op.120 de Brahms et la Rhapsodie pour clarinette en si bémol de Debussy, le duo nous a fait vivre un moment magique. Très complices, les deux musiciens ont démontré tout leur talent. Pierre Génisson a une nouvelle fois prouvé sa maîtrise incomparable du phrasé et des nuances de son instrument, atteignant des pianissimos si doux qu’ils en devinrent presque imperceptibles. Frank Braley, quant à lui, a survolé le concert avec facilité, n’hésitant pas à ajouter un peu d’humour dans ses interactions avec le clarinettiste afin de charmer encore plus le public. En bis, ils nous ont proposé un arrangement du Prélude N.1 pour piano de Gershwin ainsi qu’un air de musique klezmer.
Compositeur, organiste et pianiste, Olivier Messiaen est né le à Avignon et mort le à Clichy (Hauts-de-Seine).
Son œuvre trouve ses sources dans une profonde ferveur catholique, un goût prononcé pour le plain-chant médiéval, la science du chant des oiseaux, les rythmes indiens (Taal) ainsi que grecs. L'Ascension de 1933, le Quatuor pour la fin du Temps de 1940, les Vingt Regards sur l'Enfant-Jésus de 1944, la Turangalîla-Symphonie de 1946-48, l'opéra Saint François d'Assise et la Messe de la Pentecôte, entre autres œuvres majeures, ont contribué à faire d'Olivier Messiaen l'un des compositeurs les plus influents de la musique contemporaine de la seconde moitié du xxe siècle.
Son enseignement au Conservatoire national supérieur de musique de Paris a également contribué à sa notoriété internationale, notamment par le nombre des élèves qu'il forme et influence.
Olivier Eugène Prosper Charles Messiaen est le premier enfant de Pierre Messiaen (1883-1957), professeur d'anglais et intellectuel catholique, et de la poétesse Cécile Sauvage (1883-1927).
Un second enfant naît de cette union, Alain (1913-1990), qui deviendra poète, à l'instar de sa mère. Olivier Messiaen est profondément influencé par les poèmes de sa mère, notamment un recueil intitulé L'Âme en bourgeon ainsi que par les œuvres de William Shakespeare que traduit son père et dont les histoires fantastiques, merveilleuses et sombres le fascinent.
Plus tard, le compositeur affirme que, des pièces du grand dramaturge anglais, « J'aimais plus que toute autre Macbeth (pour les sorcières et le spectre de Banquo), aussi bien que Puck et Ariel. »
En 1914 son père est mobilisé et sa mère emmène les deux jeunes garçons à Grenoble pour vivre avec leur oncle. Le jeune Olivier Messiaen met en scène Shakespeare devant son petit frère, dans des décors faits maison à partir de cellophane peinte à l’aquarelle et collée sur des vitres. À cette époque, il acquiert une foi catholique qui ne le quittera plus. Il composera la plupart de sa musique dans cette région de Grenoble.
Il commence ses leçons de piano, après avoir fait l'apprentissage de l'instrument en autodidacte. Il est d’abord intéressé par les compositeurs français récents comme Claude Debussy et Maurice Ravel, dont il découvre très vite les Estampes et Gaspard de la nuit. Il demande comme cadeau de Noël des partitions d’opéras de Mozart, Gluck, Berlioz et Wagner. C'est à cette époque qu’il commence à composer.
En 1918, son père revient de la guerre, et la famille déménage pour Nantes. Le jeune Olivier, âgé de dix ans, continue néanmoins à suivre des cours de musique. Son professeur d’harmonie, Jean de Gibon, lui fournit la partition de l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, qui est pour Messiaen une révélation parmi les plus décisives.
L’année suivante, son père obtient un poste de professeur au lycée Charlemagne à Paris, et la famille déménage à nouveau. C’est ainsi qu’en 1919, Olivier Messiaen, âgé de onze ans, entre au Conservatoire national de musique et de déclamation à Paris pour étudier le piano et les percussions. Il a notamment comme professeurs Maurice Emmanuel et Marcel Dupré pour l’improvisation et l’orgue, Paul Dukas pour la composition et l’orchestration.
Il y effectue de brillantes études. En 1924, à l’âge de 15 ans, il obtient un second prix d'harmonie dans la classe de Jean Gallon ; en 1926, la même année que Jean Rivier, il obtient un premier prix de fugue et contrepoint dans la classe de Georges Caussade ; puis en 1927, celui d'accompagnement au piano.
En 1928, après avoir suivi les cours de Maurice Emmanuel, il est lauréat d'un premier prix en histoire de la musique. Maurice Emmanuel lui inculque l'intérêt pour les rythmes grecs anciens, et les modes exotiques.
Il y étudie en outre l’orgue avec Marcel Dupré, qui lui transmet l’héritage de la tradition des grands organistes français (Dupré avait étudié l'orgue au Conservatoire avec Alexandre Guilmant qui en 1896 avait succédé à Charles-Marie Widor, ce dernier ayant repris la classe d'orgue en 1890 à la mort de César Franck). Messiaen décroche un premier prix en orgue et improvisation à l’orgue en 1929. Après un an de cours de composition avec Charles-Marie Widor, il suit l'enseignement à l’automne 1927 de Paul Dukas, nouvellement chargé de la classe de composition, avec qui il apprend notamment la maîtrise de l’orchestration. Les études de Messiaen au Conservatoire trouvent leur couronnement avec son obtention, en 1930, du premier prix en composition dans la classe de Paul Dukas.
Il devient organiste à l’église de la Trinité à Paris à l’âge de 22 ans, succédant ainsi à Charles Quef. L'orgue Cavaillé-Coll sera profondément modifié par la suite, sur sa demande, avec notamment une électrification des notes et des jeux et l'ajout de plusieurs jeux de détail. Il compose de très nombreuses œuvres pour cet instrument sur lequel il improvise pour expérimenter ses idées musicales de composition.
Olivier Messiaen se passionne également pour le plain-chant, les rythmes de l'Inde, les chants des oiseaux dont il entreprend la notation et le classement méthodique, l'interaction entre valeurs chromatiques et valeurs sonores.
Dès 1928, à l'âge de 20 ans, il fait plusieurs séjours dans la maison de ses tantes paternelles, Marthe et Agnès Messiaen, à Fuligny dans le département de l'Aube. C'est là qu'il compose sept de ses premières œuvres au piano. Il écoute les chants d’oiseaux des bois de Fuligny, qu'il mémorise et transcrit dans sa musique. Passionné par les oiseaux, qui ont inspiré toute sa vie et un grand nombre de ses compositions, il deviendra aussi ornithologue.
Il se marie une première fois en 1932 avec Claire Delbos, née Louise-Justine, une violoniste, dont il a un fils, Pascal-Emmanuel Messiaen (mort le 31 janvier 2020 à Pézenas) qui devient professeur de russe. Claire Delbos terminera ses jours dans un hôpital psychiatrique.
De 1936 à 1939 il enseigne à l'École normale de musique de Paris et à la Schola Cantorum de Paris et à la même époque participe à la fondation du groupe Jeune France avec André Jolivet, Daniel-Lesur et Yves Baudrier.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Olivier Messiaen est mobilisé comme simple soldat. Yves Balmer et Christopher Brent Murray précisent cependant au début de l'article qu'ils lui consacrent que les dates fournies par le compositeur au sujet de cette période ne sont pas conformes à la réalité et établissent qu’en avril- il est « musicien au centre musical et théâtral de la 2e armée » formé par Charles Huntziger, Henri Massis et Xavier de Courville où il rencontre Étienne Pasquier et Henri Akoka.
Fait prisonnier, il est envoyé au Stalag VIII-A à Görlitz. Il compose durant sa réclusion son Quatuor pour la fin du Temps. La première est donnée dans le camp le par un groupe de musiciens prisonniers, la partie du piano étant jouée par le compositeur.
Il est libéré en d’après Balmer et Brent Murray qui ajoutent qu’en mars 1941, Olivier Messiaen sort de quarantaine et « retrouve rapidement du travail à Vichy » au sein de l’association vichyste Jeune France. C’est dans ce cadre qu’il participe à un spectacle à la gloire de Jeanne d'Arc pour lequel il écrit Chœurs pour une Jeanne d'Arc.
Les mêmes historiens ajoutent que le compositeur obtient le poste de professeur d’harmonie au Conservatoire de Paris (encore dirigé par Henri Rabaud), à la suite de l’élection du . Les lois antisémites ont écarté de son poste André Bloch, car juif, laissant ainsi une place dès 1940 à Olivier Messiaen.
Au Conservatoire, il rencontre une jeune élève, Yvonne Loriod, qui devient la première et la principale interprète de ses œuvres pour piano. Après le décès de sa première épouse en 1959, il épouse la jeune fille en 1961.
Au Conservatoire de Paris, devant l'hostilité d'un corps enseignant passéiste, Messiaen est d'abord professeur de philosophie de la musique, puis, avec l'évolution des années, sa classe d'analyse musicale de renommée mondiale devient officiellement classe de composition en 1966.
Il compte parmi ses élèves Pierre Boulez, Pierre Henry, Daniel Charles, Michel Merlet, Marius Constant, Antoine Duhamel, Jean Prodromidès, Gilbert Amy, François-Bernard Mâche, Paul Méfano, Karlheinz Stockhausen, Míkis Theodorákis, Iannis Xenakis, Michaël Levinas, Tristan Murail, Adrienne Clostre, Gérard Grisey, Philippe Fénelon, Michèle Foison, Kent Nagano, George Benjamin, Alain Louvier, Alain Abbott, Erzsébet Szőnyi, Alain Mabit, Jean-Pierre Leguay, Lalo Schifrin, Betsy Jolas, Serge Garant, Gilles Tremblay, Michel Fano, Claude Vivier, Michèle Reverdy et Qigang Chen.
Durant sa carrière, Olivier Messiaen voyage, se produit comme pianiste avec Yvonne Loriod, et enseigne dans divers pays : Argentine, Bulgarie, Canada, États-Unis, Finlande, Hongrie, Italie, Japon.
Il meurt le à l'hôpital Beaujon de Clichy. Il est enterré au cimetière de Saint-Théoffrey, à 35 km de Grenoble, village dans lequel il possédait une propriété. Sa stèle, facilement reconnaissable, a été sculptée en forme d'oiseau.
Le langage musical d'Olivier Messiaen ne peut vraiment être rattaché à une école particulière -même si Messiaen a fait partie du groupe Jeune France avec André Jolivet, Jean Yves Daniel-Lesur et Yves Baudrier. Parmi les éléments caractéristiques de sa musique, on trouve :
la couleur : Olivier Messiaen disait être, intellectuellement, et non véritablement, synesthète ;
les chants d’oiseaux qu'il enregistrait et transcrivait lui-même, en faisant des recueils complets (Catalogue d'oiseaux pour piano) mais aussi en y faisant référence dans ses autres œuvres ;
les rythmes, dont les rythmes hindous, en particulier les Deçî-Tâlas, rythmes provinciaux de l'Inde antique, auxquels il fait subir des transformations qui rappellent celles que les contrapuntistes appliquent aux hauteurs : augmentation, rétrogradation, miroir, etc. ;
les modes à transposition limitée, gammes de notes dont la composition n’est pas changée par une transposition à la tierce mineure (3 transpositions) ou à la tierce majeure (4 transpositions) ou à la quarte augmentée (6 transpositions), alors qu’une gamme habituelle possède douze transpositions possibles toutes différentes ;
l'inspiration chrétienne d'un très grand nombre de ses œuvres, selon lui sa source d'inspiration la plus essentielle ;
la métrique grecque, le plain-chant.
Les travaux d'Yves Balmer, Thomas Lacôte et Christopher B. Murray, fondé sur des études génétiques et une analyse des partitions, ont montré comment Olivier Messiaen composait à l'aide d'éléments mélodiques, harmoniques et rythmiques empruntés à d'autres traditions musicales ou à d'autres compositeurs, tels que Jules Massenet, Emmanuel Chabrier, Igor Stravinsky, Claude Debussy, Maurice Ravel et André Jolivet.
L'Orchestre Symphonique d'Helsingborg, dans le sud de la Suède, a nommé Maxime Pascal chef d'orchestre pour trois ans. Né le à Nantes, Maxime Passcal est le cofondateur de l'orchestre Le Balcon.
Né de parents musiciens, Maxime Pascal débute tôt l’apprentissage du piano puis du violon à Carcassonne. Il est admis en 2005 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris dans les classes d'écriture, d'analyse musicale et d'orchestration. Ressentant rapidement la nécessité de diriger, il s'inscrit dans la classe de direction d'orchestre de François-Xavier Roth.
Encore étudiant, il fonde en 2008 l’orchestre Le Balcon (nommé d’après la pièce de Jean Genet), conjointement avec les compositeurs Pedro Garcia-Velasquez, Juan-Pablo Carreño et Mathieu Costecalde, le pianiste Alphonse Cemin et l’ingénieur du son Florent Derex. La particularité de cet orchestre à géométrie variable, jouant tous les répertoires, est de faire appel aux techniques de sonorisation.
Maxime Pascal y développe sa vision du spectacle musical : ce doit être une expérience saisissante et radicale pour les spectateurs. Il est ainsi amené à travailler avec des personnalités comme Pierre Boulez, George Benjamin, Michaël Levinas ou Arthur Lavandier.
L'Athénée Théâtre Louis-Jouvet devient en 2013 lieu de résidence pour Maxime Pascal. Il y donne avec Le Balcon l'opéra Ariadne auf Naxos de Richard Strauss mis en scène par Benjamin Lazar, un spectacle vidéo sur le Pierrot Lunaire créé par l'artiste colombien Nieto, Le Viol de Lucrèce de Benjamin Britten ou encore tout récemment l'opéra Le Balcon de Peter Eötvös mis en scène par Damien Bigourdan.
Par ailleurs, la grande fascination qu'exercent sur lui les opéras de Stockhausen l'a conduit à travailler à Cologne avec Suzanne Stephens et Kathinka Pasvee et à jouer à Paris plusieurs scènes de ces opéras.
Maxime Pascal a également dirigé l'Orchestre National de Lille, la Camerata Salzburg, le SWR Sinfonieorchester de Baden-Baden und Freiburg, le Kammerorchester de Munich et le Gustav Mahler Jugendorchester. Il a été invité au Festival Musica de Strasbourg, à la Folle Journée de Nantes, au Festival Ars Musica de Bruxelles, au Festival de Pâques de Deauville, à la Villa Médicis de Rome, au festival Paris Quartier d'été, au Festival Messiaen de la Meije, au Festival Berlioz de la Côte Saint-André, au BIFEM de Bendigo en Australie, au Festival de Salzbourg, au Théâtre Impérial de Compiègne, à l'Opéra d'Avignon et au Festival de Saint-Denis.
Très attaché au rayonnement de la pratique symphonique amateur, il est depuis 2008 le directeur musical de l'Orchestre Impromptu, un orchestre amateur parisien.
En 2015, il fait ses débuts à l'Opéra Garnier sous la direction de Benjamin Millepied.
Maxime Pascal est soutenu depuis 2012 par la Fondation Orange. Il est également en résidence à la Fondation Singer-Polignac depuis .
L’Académie des Beaux-Arts lui décerne en à l’Institut de France le Prix de Musique de la Fondation Simone et Cino del Duca pour le début de sa carrière.
En , il fut le premier Français à remporter le Nestlé and Salzburg Festival Young Conductors Award.
Le compositeur et poète italien Giacinto Francesco Maria Scelsi est né le à La Spezia et mort le à Rome.
Issu de la noblesse italienne, Giacinto Scelsi reçoit en compagnie de sa sœur Isabella une éducation particulière, qu'il qualifia lui-même de "médiévale". Ses leçons de musique furent toutes en cours particuliers, d'abord à Rome auprès de Giacinto Sallustio, puis à Vienne avec Walter Klein, élève de Schoenberg. Il s'intéresse également aux théories de Scriabine. Il se rend fréquemment en Suisse et en France (Scelsi maîtrisait parfaitement la langue de Molière, au point d'écrire des poèmes en français), où il se lie d'amitié avec Jean Cocteau, Norman Douglas, Mimì Franchetti, Virginia Woolf…
La création en 1931 de Rotativa sous la direction de Pierre Monteux à la Salle Pleyel attire l'attention sur le jeune compositeur.
De retour à Rome en 1937, il organise avec ses propres fonds des concerts de musique contemporaine, en collaboration avec le compositeur Goffredo Petrassi, où sont jouées des œuvres de Stravinsky, Kodaly, Chostakovitch, Schoenberg etHindemith, alors quasiment inconnus en Italie.
En 1940, il se réfugie en Suisse, où il épouse Dorothy-Kate Ramsden (1903-1978).
Son activité artistique est intense, en tant que poète ou compositeur. Le pianiste Nikita Magaloff crée nombre de ses œuvres.
En 1945, il retourne à nouveau à Rome. Il traverse à la fin des années 1940 une grande crise morale où il remet en question toutes ses compositions antérieures, et supporte mal la création de son Quatuor à cordes et de son oratorio La naissance du verbe à Paris en 1949 sous la direction de Roger Désormière.
Pendant un internement en hôpital psychiatrique, il ne joue au piano qu'une seule note (un la bémol) dont il explore toutes les possibilités sonores avec les harmoniques provoquées par les vibrations par sympathie. Entre deux internements, il se rend à Paris et fait éditer par Guy Levis Mano ses recueils de poésie. Il fait la connaissance d'Henri Michaux, avec qui il se lie d'amitié.
Il fait alors plusieurs voyages en Orient, où il en découvre la spiritualité. Après de nombreux séjours en Europe, il se fixe définitivement à Rome,où il travaille de manière solitaire. Il se procure un des premiers instruments électroniques, l'ondioline, capable de faire des intervalles inférieurs au demi-ton.
Incapable physiquement et psychologiquement de transcrire ses improvisations, il les enregistre sur bande magnétique et les confie à des copistes. Cette manière de procéder fit dire à de nombreux compositeurs et musicologues que Scelsi n'était pas l'auteur de ses œuvres. Ainsi se forme autour du créateur un cercle privé fait d'assistants et d'interprètes avec lesquels il collabore étroitement. Scelsi détruisit toutes ses œuvres antérieures, considérées comme trop académiques, et ne livre sa nouvelle esthétique au public qu'en 1961, avec la création à Paris des Quattro pezzi su una nota sola sous la direction de Maurice Le Roux. Cette œuvre pour orchestre, en quatre mouvements, chacun fondé sur une seule note, est l'exacte contemporaine d'Atmosphère de György Ligeti, qui exploite la microtonalité et la micropolyphonie.
Imprégné de culture orientale, Scelsi se voulait avant tout un messager, "un facteur" s'amusait-il à dire. Le message venant de plus haut. En outre, il refusait de se faire photographier.
Son œuvre et sa pensée musicale ont eu une grande influence sur les musiciens fondateurs de l'Itinéraire : Tristan Murail, Gérard Grisey, Michaël Levinas, que Scelsi a pu rencontrer lors de leur passage à la Villa Médicis au début des années 1970. Ceux-ci furent les promoteurs de son œuvre, qui connut au début des années 1980 une vaste diffusion en étant éditée chez Salabert.
À leur suite, de nombreux compositeurs ont été influencés par sa pensée ou son écriture : Kaija Saariaho, Solange Ancona… En même temps, toute son œuvre poétique et littéraire était imprimée aux éditions "Le parole gelate", à Rome.
Dans ses dernières années, Scelsi se rendit autant que possible aux concerts où ses œuvres étaient jouées, le dernier étant à La Spezia, sa ville natale où il n'était plus revenu depuis l'enfance, le .
Il perd connaissance le , dernier signe de cet original qui signait ses partitions d'un trait surmonté d'un cercle.
Notre regretté collaborateur Harry Halbreich, qu'il rencontre à de nombreuses reprises pendant les années 1970/1980, notamment chez lui à Rome, présente son œuvre intégrale pour chœur et orchestre symphonique enregistrée et réalisée à Cracovie entre 1988 et 1990 sur un triple CD, enregistré sous la direction de Jürg Wyttenbach : Aion, Pfhat, konx-Om-Pax, Anahit, Uaxuctum, Hurqualia, Hymnos, Chukrum.
Giacinto Scelsi a écrit plus de 150 pièces musicales. Ses œuvres les plus marquantes sont postérieures à 1950. Elles se caractérisent par une focalisation sur le son, souvent monodique, ou sous forme de cluster instrumental ou vocal, jouant sur les micro-intervalles ou la granulation des articulations. C'est d'abord pour instrument seul que ses nouvelles idées prennent forme au cours des années 1950, en s'élargissant à de petites formations en musique de chambre et en délaissant petit à petit le piano, son instrument de prédilection jusqu'alors. Celui-ci était en effet peu approprié pour ses nouvelles recherches, demandant notamment la possibilité d'entretenir le son et de modifier son timbre.
Avec les Quattro pezzi su una nota sola (1959), cette nouvelle conception de la musique et du son prend sa forme la plus aboutie. Chacune de ces quatre pièces est fondée sur une unique note jouée par un orchestre de chambre, se déclinant sur des temps et des attaques variées. On décèle une inspiration orientalisante comme dans Aion, quatre épisodes de la vie de Brahma (1961) et Konx-Om-Pax1968 (trois termes voulant dire « paix » en assyrien, sanskrit et latin). Ses œuvres orchestrales de la maturité se caractérisent par l'utilisation prépondérante de cuivres et de percussion, même si les cordes, parfois, y jouent un rôle important.
L'authenticité de son œuvre -plus exactement des copies effectuées à partir de certaines de ses improvisations- a pu être mise en doute et parfois très vivement contestée après son décès. Le compositeur Vieri Tosatti a écrit à travers la presse qu'il était le véritable auteur de l'œuvre de Giacinto Scelsi, six mois après la mort du compositeur. S'il ne fait aucun doute que Tosatti a eu une collaboration étroite avec lui, on ne peut définir aujourd'hui avec précision quel était le degré de cette collaboration.
Giacinto Scelsi travaillait beaucoup avec les musiciens qui interprétaient ses œuvres. C'était une chose à laquelle il donnait une très grande importance. On peut notamment citer Michiko Hirayama (voix), Joëlle Léandre (contrebasse), Frances Marie Uitti (violoncelle), Jay Gottlieb (piano).
Pour achever la saison 2022-2023, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande conçoivent un programme qui met en parallèle une création de Yann Robin et deux grandes pages de Richard Strauss.
Shadows III est un concerto pour quatuor à cordes et orchestre qui émane d’une commande de l’Orchestre de la Suisse Romande. A côté d’une formation de jazzman au CNR de Marseille, le musicien a étudié la composition auprès de Georges Bœuf avant d’intégrer la classe de Frédéric Durieux au Conservatoire de Paris et celle de Michaël Levinas en analyse puis de suivre le Cursus Informatique de l’IRCAM. Pour cette création réunissant l’effectif complet de l’OSR, l’on sollicite la participation du Quatuor Tana qui pousse jusqu’à ses extrêmes limites les possibilités de chacun des instruments. Sur une basse de roulement de timbales, les quatre cordes livrent des figures en dents de scie avec traits à l’arraché, staccati véhéments, effets percussifs entraînant dans leur sillage l’orchestre qui élargit la progression jusqu’à un premier tutti. Comme irrité par ce premier paroxysme, le quatuor semble vouloir attaquer l’ensemble lui faisant face qui pourrait être aussi son double. Avec un sourire emprunté, Jonathan Nott arrête le tout en prétextant qu’il a sauté deux pages puis reprend au tutti. Les traits virulents tirés par les solistes butent contre de massives parois sonores, avant de laisser affleurer un pianissimo consolateur projetant enfin une ombre sur les cordes en sourdines. Mais de nouvelles déflagrations ponctuées par les cloches provoquent une course à l’abîme débouchant sur un insondable mystère… Much Ado About Nothing (Beaucoup de bruit pour rien) se dit l’auditeur exténué invoquant Shakespeare, gratifiant d’applaudissements nourris le Quatuor Tana qui a fait tout son possible pour assumer la partie soliste, adressant néanmoins des huées exaspérées à l’auteur de cette première mondiale qui peut se targuer d’être la plus faible de celles qu’a présentées l’OSR au cours de ses dernières saisons.
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Variations Diabelli, op. 120 ; Sonates pour piano n° 8 op. 13 « Pathétique » (1er mouvement), n° 30 op. 109, n° 31 op. 110 et n° 32 op. 111. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour violon et piano n° 27 KV 379 ; Concerto pour piano et orchestre n° 20 KV 466. Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto pour piano et orchestre BWV 1052 ; Fantaisie et Fugue BWV 542 et Prélude et Fugue BWV 543, transcriptions Liszt ; Choral « Ich rufe zu dir » BWV 639, transcription Busoni.Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre op. 54. Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et piano en sol majeur. Paul Dukas (1865-1935) : Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau. Claude Debussy (1862-1918) : La Boîte à joujoux. Albert Roussel (1869-1937) : Trois petites pièces op. 49. Frédéric Chopin : Mazurka op. 17 n° 4. Yvonne Lefébure, piano. Orchestre philharmonique de Berlin, direction Wilhelm Furtwängler ; Orchestre de Chambre Ferdinand Oubradous ; Orchestre national de la RTF et Orchestre radio symphonique de la RTF, direction Pierre Dervaux ; Jeanine Gautier, violon ; Pierre Bertin, récitant. 1935-1959. Notice en anglais. 316.15. Un coffret Profil Hänssler de cinq CD PH21041.