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Palazzetto Bru Zane — Saison 2026-2027 : Clémence de Grandval et Paris à l'heure de Beethoven

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Le Centre de musique romantique française dévoile sa saison 2026-2027, articulée autour de deux grands cycles thématiques qui interrogent, chacun à leur manière, les mécanismes d'invisibilisation du répertoire français du XIXe siècle. À ces deux axes s'ajoute une riche programmation lyrique en coproduction, ainsi que la poursuite de cycles précédents (Massenet, Hahn, Gounod, Joncières).

Cycle Clémence de Grandval, une vicomtesse à l'avant-garde

Premier grand temps fort de la saison, ce cycle entend rendre justice à Clémence de Grandval (1828-1907), compositrice doublement entravée — par son genre et par son rang d'aristocrate qui la cantonnait au statut d'« amateur ». Élève et amie de Saint-Saëns, autrice d'une œuvre considérable embrassant la musique de chambre, la mélodie, le symphonique et l'opéra, elle écrivit à son maître : « Mon nom est un crime. »

Le festival vénitien déploie sept concerts du 3 au 29 octobre 2026 au Palazzetto et à la Scuola Grande San Giovanni Evangelista : musique de chambre (Trio Pantoum, Anches Doubles avec Ilyes Boufadden, French Flute autour de Grandval, Holmès, Chrétien et Bonis), mélodies (Coline Dutilleul, Clémence Tilquin), un ensemble lyrique mixte (Hélène Carpentier, Julien Dran, Jérôme Boutillier) et un programme « Au salon de Grandval » avec Raphaëlle Moreau et David Kadouch.

Côté œuvre lyrique, le cycle culmine avec une recréation moderne des Fiancés de Rosa (1863) en version concert au Konzerthaus de Berlin (4 mai 2027) par la Berliner Operngruppe — partition reconstituée par les Éditions musicales Palazzetto Bru Zane à partir du matériel d'orchestre conservé à la Bibliothèque-Musée de l'Opéra.

En France, deux rendez-vous notables : le Concerto pour hautbois par Ilyes Boufadden et l'Orchestre de Caen sous Nicolas Simon (8 décembre 2026) et un programme « La Légende des Amazones » au Musée du Louvre (2 juin 2027) avec l'Ensemble Aedes dirigé par Mathieu Romano, en lien avec l'exposition « Les Amazones ». De nombreux concerts essaiment au Canada (Domaine Forget, Salle Bourgie, Orchestre Métropolitain avec Keri-Lynn Wilson, Orchestre symphonique de Montréal).

Côté discographique : un disque « Choral and Symphonic Music » par le Hungarian National Philharmonic et György Vashegyi (mai 2027), un disque de musique de chambre porté par Héloïse Luzzati, David Kadouch et Edgar Moreau (collection La Boîte à Pépites), et le livre-disque Mazeppa sous la direction de Mihhail Gerts avec Tassis Christoyannis et Nicole Car (collection « Opéra français »).

Cycle Paris à l'heure de Beethoven

À l'occasion du bicentenaire de la mort de Beethoven, le Palazzetto inverse la perspective : non pas célébrer le maître de Bonn, mais éclairer la génération française que son ombre a recouverte — Reicha, Jadin, Boëly, Onslow, Devienne, Steibelt, Hérold, Méhul.

Le festival vénitien se tient du 3 avril au 13 mai 2027 (sept concerts), avec notamment le Geister Duo dans des sonates pour piano à quatre mains de Beethoven, Ladurner et Onslow ; le Trio Helden (Emmanuel Coppey, Paul Zientara, Stéphanie Huang) dans des trios à cordes de Jadin, Beethoven et Boëly ; le Quatuor Cambini-Paris autour de Devienne, Mozart, Baillot et Reicha avec David Douçot au basson ; le Quatuor Dutilleux dans les quintettes à deux altos d'Onslow ; Roberto Prosseda dans un programme « Éveil romantique » (Candeille, Steibelt, Jadin, Adam, Beethoven, Hérold) ; et Shuichi Okada / Clément Lefebvre en hommage au virtuose (Hérold, Steibelt, Beethoven).

Au Théâtre des Champs-Élysées, deux rendez-vous capitaux :

  • Beethoven 1808 (21 mai 2027) : la Symphonie n°1 de Méhul, l'air Ah! perfido! et la Pastorale avec l'Orchestre de chambre de Paris dirigé par Thomas Hengelbrock, Eva Zaïcik en soliste.
  • Roméo et Juliette de Daniel Steibelt (1793) en version concert le 9 juin 2027, par Les Talens Lyriques, le Vlaams Radiokoor et Christophe Rousset, avec Mélissa Petit et Cyrille Dubois — captation pour la collection « Opéra français ».

À noter également, en coproduction avec la Salle Bourgie et Arion Orchestre Baroque (Mathieu Lussier, Élisabeth Pion au piano-forte), la redécouverte de Cendrillon de Nicolò Isouard (1810), source méconnue de la Cenerentola de Rossini, mise en espace les 17-18 octobre 2026 à Montréal.

À paraître chez Bru Zane Label : un livre-disque de la Médée de Cherubini dans sa version originale en tragédie lyrique (Le Concert de la Loge, Julien Chauvin, Marina Rebeka — sortie mars 2027).

Productions lyriques en coproduction

Outre les œuvres déjà citées, la saison déploie un éventail particulièrement riche :

  • Roma de Massenet (version concert) : Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Chœur de Radio France, Diego Ceretta, avec Rachel Willis-Sørensen, Jean-François Borras et Tassis Christoyannis (Monte-Carlo, 26 septembre 2026 / TCE, 28 septembre) — captation pour Bru Zane Label.
  • Mireille de Gounod : Opéra de Lausanne, Jean-Marie Zeitouni, mise en scène Bruno Ravella, avec Vannina Santoni et Thomas Bettinger (4-11 octobre 2026).
  • La Belle au bois dormant de Charles Silver (1902) : Hungarian National Philharmonic, György Vashegyi, à Pécs et Budapest (27-29 octobre 2026), avec Guylaine Girard, Andrew Haji, Thomas Dolié.
  • Fausto de Louise Bertin (1831) : Netherlands Radio Philharmonic, Giulio Cilona, au Concertgebouw d'Amsterdam (21 novembre 2026), avec Raffaella Lupinacci dans le rôle-titre.
  • La Fille de Madame Angot de Lecocq : Opéra de Lyon, mise en scène Richard Brunel, avec Hélène Guilmette (décembre 2026 - janvier 2027).
  • La Vie parisienne d'Offenbach (version originale 1866) : Christian Lacroix / Gianluca Capuano, Les Musiciens du Prince - Monaco, avec Marc Mauillon, Karina Gauvin et Jean-François Lapointe (Opéra de Monte-Carlo, fin décembre 2026).
  • Lancelot de Victorin Joncières (1900) : Münchner Rundfunkorchester, Leo Hussain, au Prinzregententheater de Munich (17 janvier 2027), avec Julien Dran et Michèle Losier — captation Bru Zane Label.
  • Roland à Roncevaux d'Auguste Mermet (1864) : Opéra de Saint-Étienne, Hervé Niquet, mise en scène Jean-Romain Vesperini, avec Thomas Bettinger et Antoinette Dennefeld (5-7 mars 2027).
  • La Carmélite de Reynaldo Hahn (1902) : Hungarian National Philharmonic, György Vashegyi, au Müpa de Budapest (30 avril 2027), avec Hélène Guilmette en Louise de La Vallière — captation Bru Zane Label, partition reconstituée à partir des sources de la Bibliothèque-Musée de l'Opéra.
  • Lucie de Lammermoor (version française de 1839) : coproduction avec l'Opéra national du Rhin et l'Opéra-Comique, Karen Kamensek, mise en scène Evgeny Titov, avec Lauranne Oliva et Julien Dran (Strasbourg / Mulhouse, juin 2027).

Concerts hors-cycles en France

Plusieurs rendez-vous à signaler en France hors des deux thématiques principales : un programme Saint-Saëns / Chaminade / Canal / Dubois à l'Académie-Festival des Arcs (30 juillet 2026), le récital d'Élisabeth Pion « La Touche des compositrices » à Piano aux Jacobins (18 septembre 2026), un programme « Le classique se fait jazz » avec Judith van Wanroij au Châtelet (27 février 2027), un gala Ambroise Thomas au Corum de Montpellier sous Jean-Marie Zeitouni (2 avril 2027), et le récital de valses chantées « Oh là là ! » par Cyrille Dubois et Tristan Raës à Tourcoing (10 avril 2027).

Recherche, éditions, formation

La saison s'accompagne d'un important volet scientifique : élargissement de l'espace consacré à Grandval sur Bru Zane Mediabase (premier catalogue de ses œuvres, exposition virtuelle trilingue) ; mise en ligne progressive du fonds Enoch (plus de 4 000 titres édités, manuscrits de Franck, Chabrier, Chaminade, Holmès, Messager, Ravel) ; numérisation des fonds Max d'Ollone, Charlotte Wyns et Jacques de La Presle (correspondance de plus de 10 000 pages d'un soldat-compositeur de la Grande Guerre). 5 000 images extraites des journaux illustrés du XIXe siècle (de La Caricature à L'Assiette au beurre) sont déjà indexées sur Mediabase.

Côté formation, le partenariat se poursuit avec l'Académie du Domaine Forget, l'Accademia Teatro alla Scala (concert à Milan le 24 février 2027 et reprise vénitienne pour Art Night), et le Concours International de Musique de Chambre de Lyon.

À Venise, les jeudis après-midi restent ouverts au public pour la découverte des fresques de Sebastiano Ricci, et la programmation s'enrichit de ciné-concerts (Lumière, le cinéma ! en novembre, Napoléon en février 2027 dans le cadre du Carnaval), de conférences et d'ateliers pédagogiques.

Mikhail Ivanovitch Glinka, 220 ans

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Le compositeur russe Mikhaïl Ivanovitch Glinka est né le 1er juin 1804 à Novospasskoïe dans l'actuel oblast de Smolensk en Russie occidentale et mort le 15 février 1857 à Berlin. Il est le fondateur de l'école musicale russe moderne.

Mikhaïl Glinka naît dans le domaine de son père, le capitaine à la retraite Ivan Nikolaïevitch Glinka. Son arrière arrière-grand-père, Wiktoryn Władysław Glinka, était un noble polonais du clan Trzaska. Après la perte de Smolensk par la Pologne-Lituanie en 1654, il se convertit à l’orthodoxie et est intégré à la noblesse russe. Mikhaïl Glinka est élevé jusqu'à l'âge de sept ans par sa grand-mère paternelle, Thècle (Fiokla) Alexandrovna, qui détourne sa mère de l'éducation de son fils. Celui-ci est nerveux et de santé fragile. Mais la jeune paysanne Advotia est chargée de chanter ou de lui raconter des histoires quand il a l'air triste, donc il s'imprègne très tôt de culture populaire. À la mort de sa grand-mère, il est élevé chez ses parents et son père possède une petite troupe de musiciens parmi ses serfs. Il commence le piano et le violon à l'âge de dix ans, d'abord avec une gouvernante allemande, Barbara Klammer. Il est envoyé en 1817 dans la toute nouvelle pension de la noblesse ouverte à Saint-Pétersbourg, où il est instruit par Wilhelm Küchelbecker comme précepteur. Il prend des leçons à Saint-Pétersbourg auprès de Karl Traugott Zeuner (1775-1841) et de John Field (1782-1837). Il fait connaissance à la pension d'Alexandre Pouchkine qui venait rendre visite à l'été 1828 à son jeune frère, Lev Pouchkine, camarade de classe de Glinka. Leur amitié durera jusqu'à la mort du poète.

1822-1835

Ses études finies, Mikhaïl Glinka voyage au Caucase où il s'intéresse aux mélopées orientales qu'il reprendra dans Rouslan et Ludmilla et qu'il lèguera au Groupe des cinq. Travailleur acharné, il compose de la musique de chambre. Il poursuit des études musicales auprès de nombreux professeurs d'Europe centrale et notamment à Berlin avec Siegfried Dehn, ancien élève de Beethoven. Il subit l'influence de l'Allemagne, de la France et de l'Italie où il séjourne en 1830 et 1833 mais, de retour en Russie, il forme le projet de construire une harmonie nouvelle fondée sur les particularités des chants populaires russes. Il apparaît comme le fondateur de l'école russe. Des Allemands, il a appris sa science de l'harmonie (mais il va se forger une harmonie personnelle) et de l'orchestration. En Italie, sa voix de ténor éraillée devient tout à coup très belle, à la suite d'une maladie.

Il est fonctionnaire aux Ponts et Chaussées à Saint-Pétersbourg mais pendant quatre ans seulement.

1836-1844

Ivan Soussasine est créé le 27 novembre 1836 : succès public, mais l'aristocratie russe, au goût italianisant, est choquée par cette « musique de cochers ». Rouslan et Ludmilla est créé le 27 novembre 1842. Cette œuvre qui porte les germes de tout l'opéra russe à venir : triomphe public et critique très sévère.

1845-1857

Il passe deux ans en Espagne jusqu'en 1847. Même s'il repasse en Russie, il séjourne surtout à l'étranger. La vie à Saint-Pétersbourg l'agace, il est éclipsé par les Italiens et sa musique est mal interprétée, mutilée. Il meurt à Berlin le 3 février 1857 d'une maladie de foie.

Son œuvre a une dimension dramatique annonçant Moussorgski et Rimski-Korsakov.

Il est également le contemporain et l'ami d'Alexandre Pouchkine et de Nicolas Gogol. Il encourage la vocation musicale du jeune Balakirev et est le modèle et l'inspirateur direct du Groupe des Cinq.

Glinka est aussi l'auteur de la Chanson patriotique utilisée comme hymne national de la fédération de Russie de 1991 à 2000.

La créativité de Glinka marque le début d'une nouvelle direction dans le développement de la musique en Russie. La culture musicale est arrivée en Russie depuis l'Europe, et pour la première fois une musique spécifiquement russe commence à apparaître, s'appuyant sur la culture musicale européenne, dans les opéras de Mikhaïl Glinka. Différents événements historiques sont souvent évoqués dans la musique, mais pour la première fois ils sont présentés d'une manière réaliste.

 

«L’odyssée Frank Martin», un prophète en sa patrie

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Son projet est ambitieux, il invite mélomanes et curieux à une longue navigation dans le riche répertoire de l’artiste disparu aux Pays-Bas en 1974. «L’odyssée Frank Martin» débutera officiellement en avril et se prolongera en touchant les rivages connus et d’autres absolument inexplorés de son œuvre. 

Libre depuis mai 2023 de ses engagements auprès de l’Orchestre Symphonique d’Utah où il a évolué quatorze ans durant, mais toujours à la tête de l’Orchestre Symphonique d’État de São Paulo et de l’Orchestre Symphonique de Castilla y León, le chef, qui assure la direction artistique de cette odyssée, a vu grand. À commencer par l’Orchestre Frank Martin, qui incarnera une partie substantielle du programme. Créé de toutes pièces, il sera constitué à 25% d’étudiants de la Haute École de musique de Genève (HEM), partenaire central du projet. Les autres pupitres seront issus de l’OSR, de l’Orchestre de chambre de Genève et de celui de Lausanne, ainsi que de l’ensemble Contrechamps. Une portion congrue sera constituée par des musiciens free-lance.

Parmi les dix rendez-vous fixés en 2024, trois attirent particulièrement l’attention. Le premier, ce 21 avril, connaîtra un prologue dans la salle des machines du Bâtiment des Forces Motrices, où on pourra écouter l'Ode à la musique (1961). Suivra, dans la grande salle, la toute première œuvre de Frank Martin, Tête de linotte, composée à l’âge de 9 ans. 

A ne pas manquer, la création mondiale d’un ballet inédit, Die Blaue Blume, dont on a retrouvé récemment dans la maison du compositeur le livret et les partitions pour piano. Nicolas Bolens, compositeur suisse et professeur à la HEM, a assuré l’orchestration d’un ouvrage qui sera créé en octobre.

Le 21 novembre, enfin, jour de la disparition de Frank Martin, les voûtes de la cathédrale Saint-Pierre feront résonner son Requiem, chanté par l’Ensemble vocal de Lausanne. 

L'Odyssée se poursuivra longuement au long des mois suivants.

Modest Petrovitch Moussorgsky, 185 ans

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Le compositeur russe Modeste Petrovitch Moussorgski est né le 21 mars 1839 (2 avril dans le calendrier grégorien) à Karevo, près de Toropets dans le gouvernement de Pskov, et mort le 16 mars 1881 (28 mars dans le calendrier grégorien) à Saint-Pétersbourg.
Il est d'abord célèbre par l'opéra Boris Godounov, par le poème symphonique Une nuit sur le mont Chauve et par la suite pour piano Tableaux d'une exposition (1874) -orchestrée par Maurice Ravel en 1922.

La famille de Moussorgski descend du premier monarque russe d'origine scandinave, Riourik, via les princes souverains de Smolensk (dynastie des Rurikides). Modeste est préparé par ses parents à une carrière militaire et est élève de la célèbre École de cavalerie Nicolas ; mais sous l'influence de Mili Balakirev, il quitte le prestigieux régiment Préobrajensky de la Garde impériale -dans lequel il est entré par la suite- et rejoint le Groupe des Cinq, un ensemble de compositeurs et ardents défenseurs d'un art national basé sur la musique populaire russe.

À partir de 1863, à la suite de l'abolition du servage qui ruine sa famille, Moussorgski doit travailler en tant qu'employé administratif pour subvenir à ses besoins. Il a alors trente ans et, confronté à l'insuccès que connaissent ses œuvres, trop éloignées des canons académiques, et à une situation matérielle difficile, il croit trouver une consolation dans l'alcool qu'il avait déjà connu lors de son passage de trois ans à l'armée.
En 1879, Daria Leonova entreprend une tournée de concerts à travers la Russie pour lesquels il est pianiste accompagnateur. Il a plusieurs épisodes de delirium tremens chez la cantatrice avant de rentrer à l’hôpital militaire Nicolas de Saint-Pétersbourg. Il y meurt à 41 ans. Sa dépouille repose au cimetière Tikhvine du monastère Saint-Alexandre-Nevski (Saint-Pétersbourg).

Rétif à toutes conventions ou stylisations, ardent défenseur de la musique de son pays, le compositeur russe a entremêlé les genres et forgé un langage où la parole, le geste et le sentiment humain deviennent mélodies. Il a ouvert de nouvelles voies que les musiciens du XXe siècle ont explorées à l'envi.

 

César Cui, 105 ans

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Le compositeur russe César Antonovitch Cui est né le 6 janvier 1835 à Wilna (aujourd'hui Vilnius) et décédé le  à Pétrograd (aujourd'hui Saint-Pétersbourg). Il est notamment connu pour avoir appartenu au Groupe des Cinq, ce groupe de musiciens dont l’objectif était de produire de la musique typiquement russe.
Il fut également un critique musical très influent.

Cesarius-Benjaminus (tel que son nom est écrit sur le registre de baptême catholique) est le cadet de cinq enfants. Son père, un Français ayant servi dans l’armée napoléonienne lors de la campagne de Russie, dont le nom était sûrement « Queuille » modifié pour la prononciation locale, s’est installé à Wilna par la suite, et y avait épousé Julia Gucewicz, qui lui donne cinq enfants, dont César.

César Cui grandit au carrefour de plusieurs cultures, et il apprend le français, le russe, le polonais et le lituanien. En même temps, il pratique le piano avec sa sœur, et compose déjà de petites pièces à l’âge de quatorze ans. Quelques mois plus tard, il suit des cours de théorie musicale avec le compositeur polonais Stanisław Moniuszko qui réside alors à Wilna. Avant même de finir le lycée, il est envoyé à Saint-Pétersbourg pour préparer l’entrée de l’École supérieure du Génie civil, et y parvient en 1851 à l’âge de 16 ans. Il est diplômé de l’Académie en 1855, et, après des études avancées à l’académie du génie Nicolas, il commence sa carrière militaire en tant qu’instructeur, et enseigne l’art des fortifications. Il compte au nombre de ses élèves des membres de la famille impériale, dont le futur Empereur de Russie Nicolas II. Dans le même temps, une rencontre importante sur le plan musical avec le compositeur Mili Balakirev en 1856 l’influence profondément.

Dès lors, il compose beaucoup, et fait représenter ses œuvres pour la première fois en 1859 sous la direction du compositeur Anton Rubinstein qui dirige le Scherzo op. 1 de Cui. Cette œuvre reflète la vie privée de Cui : en effet, en 1858, il épouse une élève du compositeur russe Alexandre Dargomyjski, nommée Malvina Rafaïlovna Bamberg, et lui compose ce scherzo, qui utilise en guise de thème certaines des lettres de « Bamberg ».
Dix ans plus tard, Cui fait représenter pour la première fois l’un de ses opéras. Il s’agit de William Ratcliff, fondé sur la tragédie de Heinrich Heine, mais c’est un échec. De même que plusieurs de ses opéras, comme le Flibustier (1894), le seul de ses opéras à utiliser un texte français, de Jean Richepin. En revanche, l’opéra-comique Le Fils du mandarin, en un acte, a plus de succès.

Il entretient une relation d’estime réciproque pendant toutes ces années avec Franz Liszt qui pense le plus grand bien des œuvres du compositeur russe. La Tarentelle pour orchestre, op. 12 constituera d’ailleurs la base de la dernière transcription pour piano de Liszt (1885).

En 1883, César Cui poursuit son activité de musicien en prenant des responsabilités dans le comité de sélection des opéras du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, mais il décide de quitter le comité en même temps que Rimsky-Korsakov, les deux compositeurs protestant contre le refus des directeurs de faire représenter La Khovanchtchina de Moussorgsky. Il conserve néanmoins le poste de directeur de la section de Saint-Pétersbourg de la Société russe de musique de 1896 à 1904.
Cui obtient le soutien de Maria Kerzina et de son mari qui ont fondé en 1896 le Cercle des amis de la musique, et qui octroient dès 1898 une place importante aux œuvres de Cui dans les concerts qu’ils organisent. Il ne s’agit pas là du premier soutien puisque quelques années auparavant, Cui a aussi bénéficié du soutien en Belgique de la Comtesse de Mercy-Argenteau, qui favorise la représentation des œuvres du compositeur dans son pays.

Une reconnaissance musicale officielle suit petit à petit ces initiatives privées : après la représentation du Flibustier à Paris, Cui se voit remettre la Grand Croix de la Légion d'honneur. Il devient membre de l’Académie Royale de Belgique d’Art et Littérature en 1896. En 1909 et 1910, on célèbre par des fêtes le cinquantième anniversaire des premières compositions de Cui.

Quelques années plus tard, en 1916, le compositeur devient aveugle, victime d’une maladie, mais continue à composer des pièces en les dictant. Il meurt d’une apoplexie cérébrale, le , et est enterré aux côtés de sa femme dans le cimetière Smolensk pour les non-orthodoxes à Saint-Pétersbourg.
En 1939, son corps est déplacé pour être enterré au cimetière Tikhvine de Saint-Pétersbourg, aux côtés des autres membres du Groupe des Cinq.

Photographie de Cui.

César Cui a composé de nombreuses pièces, dans pratiquement tous les genres de musiques, à l’exception notable de la symphonie. Cui a notamment écrit nombre de chants en russe, français, polonais, et allemand, dont des duos. De nombreuses pièces pour piano et de musique de chambre, dont trois quatuors à cordes, figurent au catalogue du compositeur. Les opéras y occupent également une place importante, puisqu’il en a composés quinze. Le premier opéra du compositeur est Le Prisonnier du Caucase, sur un livret inspiré par Pouchkine. Mais le plus connu reste William Ratcliff, inspiré par la pièce de Heine, qui est représenté pour la première fois le  au Théâtre Mariinsky sous la direction d’Eduard Napravnik. Cet opéra est bien accueilli par le Groupe des Cinq, mais peine à atteindre une vraie reconnaissance publique, même s’il s’agit là du premier opéra du Groupe des Cinq à être représenté.

On note également que les conflits mondiaux ont beaucoup influencé Cui : les périodes de la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et de la Première Guerre mondiale ont vu naître nombre de chants et de marches militaires. Le compositeur a également écrit de la musique religieuse : trois Psaumes, quelques Ave Maria, et une version du Magnificat.
Plus tard dans sa vie, Cui s’est intéressé à la musique pour enfants, et a écrit des opéras entièrement dédiés aux enfants qui y incarnent les rôles. Le compositeur a également écrit plusieurs chansons pour les plus jeunes.

Sa deuxième carrière : critique musical
Comme critique musical, Cui a été aussi très prolifique, puisqu’il a écrit presque huit cents articles entre 1864 et 1918 dans divers journaux en Russie, et en Europe. Il couvre les concerts, les récitals, les nouvelles compositions, et la vie musicale en général. De nombreux articles traitent d’opéras. Dans les premières années de son activité de critique musical, il signe par trois étoiles à la fin des articles car, étant militaire, il ne peut pas se permettre de signer de son vrai nom. Cependant, dans le milieu musical de Saint-Pétersbourg, on comprend vite de qui il s’agit.

Il émet des avis parfois très tranchés dans ses papiers, dénigrant tout ce qui s’est fait avant Beethoven, et valorisant énormément les œuvres russes, notamment celles du groupe des Cinq qui, pourtant, ne sont pas exempts des critiques de Cui lorsque ce dernier, comme pour la première de Boris Godounov, n’apprécie pas l’œuvre. En dehors du groupe des Cinq, peu de compositeurs russes trouvent grâce à ses yeux, notamment Tchaïkovski ou Anton Rubinstein, qu'il éreinte régulièrement dans ses critiques... En ce qui concerne les compositeurs occidentaux, Cui considère les œuvres de Berlioz et de Liszt comme progressistes. Il admire les aspirations de Wagner concernant le drame musical, mais n’est pas d’accord avec les moyens d’y arriver (critiquant notamment le principe du leitmotiv).

Si beau et donc si poignant :  Eugène Onéguine de Tchaïkovski à La Monnaie

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A La Monnaie ces jours-ci, avec l’Eugène Onéguine de Tchaïkovski mis en scène par Laurent Pelly, l’on peut encore vérifier le merveilleux paradoxe des grandes œuvres tragiques bien traitées : le malheur des uns -les personnages- fait le bonheur des autres -les spectateurs. 

Oui, elle est douloureuse la destinée de ces personnages-là : la jeune et naïve Tatyana tombe éperdument amoureuse du fascinant Onéguine. Il éconduit la « petite provinciale romantique ». Plus tard, il tue en duel Lenski, celui qui était son meilleur ami, et dont la femme Olga est la sœur de Tatyana. Plus tard encore, il retrouve Tatyana, devenue princesse Grémine. Il lui déclare son amour, mais elle, toujours éprise de lui cependant -« je vous aime »-, choisit la fidélité conjugale : « Adieu pour toujours ! » Il reste seul et désespéré.

Si cette œuvre éminemment romantique dans ses personnages et ses développements nous touche tant, c’est incontestablement grâce à la mise en scène de Laurent Pelly. Si elle est aussi poignante, c’est parce qu’elle est si belle dans ses déploiements scéniques.

Aucune couleur locale, aucune intention réaliste, rien de « russe », dans cette mise en scène. Non, une immense plateforme surélevée, « l’espace vide » si cher à Peter Brook, où rien ne vient nous distraire de ce qui se joue (un décor réalisé par Massimo Troncanetti). Tout va se réaliser dans la géométrie des mises en place, des déplacements et de l’intensité du jeu des personnages, chaque fois mis dans les meilleures conditions pour se faire entendre, pour se faire comprendre. Ainsi lorsque les deux couples (Olga-Lenski, Tatyana-Onéguine) s’expriment tour à tour, ils sont à l’opposé l’un de l’autre, mais la rotation du plateau les amène successivement au premier plan, face à nous. Lors de la célèbre scène de la lettre que Tatyana écrit pour Onéguine, l’arrière du plateau se relève et se referme peu à peu autour d’elle, comme un livre, ces livres qu’elle affectionne tant et qui racontent de si émouvantes histoires d’amour. Quand Lenski monologue avant le duel (son air fameux : « Où donc avez-vous fui, jours radieux de ma jeunesse ? »), le plateau cette fois s’est relevé en une sorte de pointe au bord de laquelle, dans l’obscurité, il est saisi par le faisceau d’un projecteur. Multiples encore sont ces moments où ce que l’on voit annonce ce qui va advenir (les surgissements d’Onéguine, l’apparition somptueuse de la Princesse Grémine-Tatyana à l’acte III). Subtils aussi sont les mouvements des chœurs, si explicites des réactions du « commun des mortels » face à l’inexorable.

Au festival de Menton 2022

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Le Festival de Menton a retrouvé, après deux années de pandémie, sa programmation complète sur une période de quinze jours : 9 concerts de prestige sur le Parvis, 5 concerts à 18h au Palais de l'Europe, une nuit du piano avec trois récitals, 3 concerts gratuits à l'Esplanade des Sablettes, des classes de maître de piano, 3 concerts avec le dispositif SilentSystemet et quelques concerts "off".

Les temps ont changé et il faut s'adapter. En effet, le public de fidèles mélomanes de Menton, de Paris et de l'étranger qui venaient assister chaque année à tous les concerts du festival a pratiquement disparu. Le festival compose désormais avec un public de vacanciers qui ne fréquentent pas automatiquement les salles de concerts et veulent profiter d'un beau moment musical.

La programmation est hétéroclite et chacun doit pouvoir trouver son bonheur. Le concert d'ouverture commence avec "Natalie Dessay chante Broadway". Un programme fédérateur qui remplit sans problème le Parvis.  Le programme reprend des grands tubes que tout le monde peut fredonner  : les mélodies de West Side Story de Léonard Bernstein à Michel Legrand (Yentl - Between Yesterday and tomorrow) en passant par les airs fameux chantés par Judy Garland et sa fille Liza Minnelli.  La soprano excelle désormais dans le répertoire de la comédie musicale qu’elle chante ici en famille avec la complicité de sa fille Neïma Naouri et avec un invité surprise, le papa Laurent Naouri qui a rejoint "la famille"pour chanter à trois. Un pool de musiciens accompagne ce trio : Yvan Cassar au piano, Benoît Dunoyer de Ségonzac à la contrebasse, Sylvain Gontard à la trompette et Nicolas Montazaud aux percussions. Le public est comblé et récompense ces musiciens par de longues ovations debout. 

La Vestale enflamme les Champs-Élysées

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Napoléon Bonaparte a cinq ans lorsque Gaspare Spontini voit le jour près d’Ancône en 1774. Au moment où les troupes françaises mènent la Première campagne d’Italie, le musicien part étudier à Naples et, sous la houlette de Piccini, compose plusieurs opéras bien accueillis sur les scènes ultramontaines.  

Tandis qu’à Paris le Premier Consul réordonne les institutions, fait jouer Polyeute et ériger la colonne Trajane, Spontini s’installe comme professeur de chant, adopte la nationalité française et cherche à faire représenter ses opéras comiques avec plus ou moins de réussite jusqu’à ce que la protection de Joséphine devenue Impératrice permette la création triomphale de sa Tragédie lyrique, La Vestale, en 1807.  

En dépit de son titre au parfum de version latine et d’une intrigue linéaire -une vierge amoureuse condamnée à mort pour avoir laissé s’éteindre le feu sacré de la déesse Vesta est sauvée in extremis par la foudre qui rallume le foyer-  la partition prend l’auditeur à contrepied.  

Dossier Haydn : les messes et les oratorios

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Fin de notre dossier Haydn avec un gros plan sur les messes et les oratorios. Un article rédigé par Jean-Marie Marchal.

Du petit maître de chapelle au prophète universel

En comparaison avec la contribution marquante qu’il a apportée au quatuor, à la symphonie ou à l’opéra, entre autres, Joseph Haydn n’a pas laissé une empreinte aussi puissante dans le domaine de la musique sacrée. Son apport y apparaît moins conséquent. Il se résume en effet pour l’essentiel à quatorze messes, quatre œuvres apparentées au genre de l’oratorio et un Stabat Mater. Autre particularité: si l’œuvre sacré de Haydn a été composé sur une large période qui s’étend sur toute sa carrière ou presque, le compositeur ne s’y est en fait véritablement consacré qu’à certains moments, de manière irrégulière. Ainsi par exemple, les quatorze messes se présentent en deux groupes très différents : le premier a été conçu dans un laps de temps important (de 1750 environ à 1782) et présente une grande diversité de formes et de styles, tandis que le second a vu le jour en quelques années (entre 1796 et 1802) en une sorte de grand geste créateur d’une remarquable homogénéité formelle et esthétique. De même, son oratorio italien Il Ritorno di Tobia (1775) apparaît bien isolé dans sa production, très éloigné des trois autres opus que Haydn écrit à la fin du siècle en langue allemande: la version vocale des Sept Paroles du Christ en Croix, La Création et Les Saisons

La carrière de musicien d’église semble toute tracée pour le jeune Haydn au sortir de sa formation musicale, dans une ville de Vienne qui possède alors une très riche tradition de musique sacrée catholique de type concertant. Pourtant, contre toute attente, c’est dans le domaine de la musique instrumentale qu’il s’impose rapidement comme un compositeur inspiré et innovant. Une fois au service des Princes Esterházy, il ne développe pas davantage une carrière de compositeur de musique d’église, même lorsqu’il s’en voit officiellement chargé au sein de la Cour (soit à partir de 1766). C’est que le Prince Nicolaus est bien plus intéressé par la musique instrumentale et par l’opéra. Haydn s’adapte donc volontiers aux goûts de son employeur. Avant 1766, il s’est toutefois déjà essayé deux fois à la composition d’une messe. Les deux opus datent des années 1748/49 et sont donc clairement des œuvres de jeunesse. La première, retrouvée seulement en 1957 par le musicologue Robbins Landon, porte le nom de Missa Rorate coeli desuper en sol majeur (Hob. XXII. 3). De dimension étonnamment modeste (à peine huit minutes en tout !), elle constitue essentiellement une promesse d’avenir, en même temps qu’un témoignage éloquent de la technique utilisée à l’époque dans les Missae brevis pour raccourcir la durée du Gloria et du Credo : on n’hésite pas pour l’occasion à superposer le texte aux différentes voix afin de le condenser au maximum… La Missa brevis a due soprani en fa majeur (Hob. XXII. 1), composée selon certains témoignages de l’époque alors qu’il était encore enfant de chœur à Saint-Etienne, est un peu plus longue. Malgré quelques maladresses d’écriture, elle se révèle assez séduisante notamment du fait d’une disposition vocale intéressante qui voit fréquemment dialoguer et se répondre le chœur et deux voix de soprano solo mises en perspective comme des voix célestes légères et chaleureuses. 

Redécouverte d’un chef-d’œuvre 

par

Antonio Salieri (1750-1825) : Tarare, opéra en un prologue et cinq actes. Cyrille Dubois, Karine Deshayes, Jean-Sébastien Bou, Judith van Wanroij, Enguerrand de Hys, Tassis Christoyannis, Jérôme Boutillier, Philippe-Nicolas Martin – Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (dir. Olivier Schneebeli) – Les Talens lyriqyes, Christophe Rousset, direction. 2019-DDD-3 CD (2h45)-Textes de présentation en français, anglais et allemand-Apparté-AP208.