Samuel Barber (1910-1981) : Excursions Op. 20 ; Sonate pour piano Op. 26 ; Souvenirs Op. 28 (version pour piano à quatre mains) ; Nocturne Op. 33 ; Ballade Op. 46. Yeseul Moon et Hardy Rittner, pianos. 2020. Notice en français, anglais et allemand. 66'40". oli.
Adorations. Joseph Haydn (1732-1809) :Quatuor à cordes op. 20 n° 2. Samuel Barber (1910-1981) :Adagio pour quatuor à cordes op. 11. Felix Mendelssohn (1809-1847) :Quatuor à cordes op. 44 n° 3. Florence Price (1887-1953) :Adoration (transcription pour quatuor à cordes de Samuel Araya). 2026. Isidore String Quartet : Phoenix Avalon et Adrian Steele, violons ; Devin Moore, alto ; Joshua McClendon, violoncelle. Notice en anglais. 64' 02''. Delos DE 3622.
Une petite semaine sur le front des parutions avec 4 albums qui ont attiré notre attention.
Samuel Barber (1910-1981) : Vanessa, op. 32, opéra en trois actes sur un livret de Gian Carlo Menotti. Nicole Heaston (Vanessa), J'Nai Bridges (Erika), Matthew Polenzani (Anatol), Susan Graham (la vieille Baronne), Thomas Hampson (le vieux Docteur), Jonathan Bryan, Samuel J. Weiser ; University of Maryland Concert Choir ; National Symphony Orchestra ; Gianandrea Noseda, direction. Enregistrement public, Kennedy Center, 2025. National Symphony Orchestra NSO0023.
Voilà une rareté que l'on n'espérait plus voir au disque. Premier opéra de Samuel Barber, couronné du prix Pulitzer après sa création au Met en 1958, Vanessa demeure étrangement absente des programmations, alors que sa partition — somptueux mélodrame où se croisent Verdi, Puccini, Strauss et une pointe de glamour hollywoodien — n'a rien perdu de son pouvoir d'envoûtement. Gianandrea Noseda, directeur musical du National Symphony Orchestra, en ravive la flamme dans le cadre de sa série Opera in Concert, captée sur le vif au Kennedy Center. La distribution est de tout premier plan : Nicole Heaston campe une Vanessa de chair et de feu, entourée de la mordante Erika de J'Nai Bridges, de l'Anatol racé de Matthew Polenzani et des présences souveraines de Susan Graham et Thomas Hampson. L'orchestre, restitué avec un relief saisissant, déploie toutes les couleurs de cette écriture orchestrale fastueuse. Face à la légendaire version Mitropoulos de 1958, ce nouveau venu n'a pas à rougir : il s'impose d'emblée comme une référence moderne.
2. Grande Dame — le portrait de Felicity Lott
Felicity Lott (née en 1947), soprano. Grande Dame. Mélodies, lieder, airs d'opéra et d'opérette de Purcell, Charpentier, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Brahms, Ravel, Delage, Offenbach, Lehár, Vaughan Williams… Avec Graham Johnson et Dalton Baldwin (piano) ; Marc Minkowski, John Eliot Gardiner, Bernard Haitink, Michel Plasson, Franz Welser-Möst, Armin Jordan (direction) et divers orchestres et partenaires. Warner Classics.
Warner Classics rend hommage à l'une des plus attachantes voix de la fin du XXᵉ siècle. Conçue comme un portrait, cette anthologie déroule près de cinq heures de musique pour célébrer Dame Felicity Lott, soprano que les mélomanes francophones chérissent autant pour ses Comtesses mozartiennes que pour son irrésistible Grande-Duchesse de Gérolstein aux côtés de Minkowski. On y embrasse toute l'étendue d'un art : la clarté du verbe chez Purcell et Charpentier, l'élégance souveraine de la mélodie française — Ravel, les Poèmes hindous de Delage —, la complicité du Lied avec Graham Johnson au piano, et le panache de l'opérette, dont une Veuve joyeuse captée à Londres en 1993 qui reste un sommet de charme. Entourée de partenaires d'exception — Gardiner, Haitink, Welser-Möst —, la cantatrice y déploie cette diction, cet esprit et cette tendresse qui furent sa signature. Une playlist qui se savoure comme une déclaration d'amour à une artiste hors du commun.
Cabinet of Curiosities. Œuvres de Nicholas Roubanis (1880-1968), Erik Satie (1866-1925), Gabriella Smith (*1991), Jean-Féry Rebel (1666-1747), Florence Price (1887-1953), Philip Glass (*1937), Franz Schubert (1797-1828), Bernard Herrmann (1911-1975), Samuel Barber (1910-1981), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Jisoo Lee (*2000), Arvo Pärt (*1935). Delirium Musicum, Étienne Gara. Livret en français, anglais, allemand. Mai 2024 et janvier 2025. 65’46’’. Warner 5021732844637
Inscape. Pavel Haas (1899-1944) : Quintette à vent op. 10. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur op. 110, arrangement pour quintette à vent par Mark A. Popkin. Pēteris Vasks (°1946) : Quintette à vent n° 2. Jan Novák (1921-1984) : Concertino pour quintette à vent. Quintette Alinde. 2025. Notice en anglais, en allemand et en tchèque. 58’ 52’’. Supraphon SU 4373-2
Feminine Voices at Christmas. Œuvres d’Hildegard von Bingen (1098-1179), Imogen Holst (1907-1984), Gustav Holst (1874-1934), Joanna Marsch (*1970), Cecilia McDowall (*1951), Adrian Peacok (*1962), Ian Shaw (*1960), Barbara Strozzi (1619-1677), Kerensa Briggs (*1990), Elizabeth Poston (1905-1987), Germaine Tailleferre (1892-1983), Benjamin Britten (1913-1976), John Rutter (*1945) [arrgmt]. Ensemble Altera, Christopher Lowrey. Lishan Tan, harpe. James Kennerley, orgue. Novembre 2024. Livret en anglais ; paroles en langue originale non traduites. 74’21’’. Alpha 1182
Le chef d'orchestre Lio Kuokman est de retour avec l'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo. En 2023 avec Hélène Grimaud dans leConcerto n°1 de Brahms, l'année passée dans un programme russe avec Daniel Lozakovich. Cette année, il revient dans un programme lié aux Etats-Unis et il convainc tout autant l’orchestre et le public.
Le programme commence par les 3 danses de la comédie musicale On the Town de Leonard Bernstein. C'est un plaisir de voir Lio Kuokman diriger, il déborde d'énergie et danse vraiment la musique. La joie et la légèreté sautent aux yeux, l'orchestre répond magnifiquement. Les motifs rythmiques complexes sont traités avec facilité. Tout est fluide, vif et précis.
Le pianiste d'origine cubaine Jorge Luis Prats revient à Monaco avec le Concerto en fa de Gershwin. Ce concerto de forme classique est génial par sa vitalité mélodique et ses enchaînements spontanés. Prats a connu la gloire, c'est vraiment dommage qu'il n'ait plus toute la visibilité qu'il mérite. Il n'a rien perdu de sa virtuosité. Prats fait "swinguer" le concerto avec ardeur. C'est une performance ingénieuse et inspirante. Son jeu magistral, passionné, expressif et flamboyant enflamme le public. Il offre deux bis de compositeurs cubains, que personne ne joue aussi bien que lui tout d'abord Siempre en mi corazon d'Ernesto Lecuona, une mélodie qui touche les cordes sensibles puis Trois danses cubaines d'Ignacio Cervantes. L'interprétation de Prats est truffée de sensualité, d'humour, de délicatesse, de mélancolie, de saveur et de passion.
Eugene Ormandy est un chef d'orchestre et violoniste américain d'origine hongroise, né le et décédé le .
Né à Budapest et d'origine juive, son véritable nom est Jenő Blau (en hongrois : Blau-Ormándy Jenő)1. Son père, dentiste, est violoniste amateur et a prénommé son fils Jenő en hommage au célèbre violoniste hongrois Jenő Hubay, formé lui-même par Joseph Joachim et Henri Vieuxtemps. Enfant prodige, il commence à jouer du violon à l’âge de trois ans1 et étudie le violon avec son père. Il entre à l’Académie royale de musique de Budapest à l’âge de cinq ans, et commence à étudier à neuf ans avec Jenő Hubay. Parmi ses autres professeurs, on compte Béla Bartók, Zoltán Kodály et Leo Weiner. Il reçoit un diplôme de violon en 1914 et un certificat d’enseignant de l’Académie royale en 1917. En 1917, il fait une tournée en Hongrie et en Allemagne en tant que soliste avec le Blüthner Orchestra de Berlin puis retourne à Budapest.
En 1920 et 1921, il entreprend une tournée en tant que violoniste en Autriche et en France, au cours de laquelle il semble utiliser pour la première fois le surnom « Ormandy ». Ormandy sera toujours réticent à expliquer l’origine de ce surnom, qui est demeurée obscure. Pour certains, il s’agirait d’un deuxième nom de la famille paternelle ou maternelle. Selon le site de la bibliothèque de l’Université de Pennsylvanie consacrée à Ormandy, ce surnom pourrait être lié à l’existence d’une ville située à l’ouest de la Hongrie, ville appelée « Ormánd » et d’où serait originaire une partie de la famille d’Ormandy. En hongrois, l’ajout de la lettre « y » à la fin du nom de la ville signifie « originaire d’Ormánd ». Quant au prénom « Eugene » (qu’il adoptera une fois installé aux États-Unis), il est l’équivalent anglais du prénom Jenő.
En 1921, il accepte une proposition l’invitant à se rendre aux États-Unis (il adoptera la nationalité américaine en 1926, exactement 5 ans et 90 jours après son arrivée, soit le minimum légal pour devenir citoyen américain). Il est à peine arrivé que son rêve de grande carrière s’évanouit, la tournée de concerts pour laquelle on l’avait invité n’ayant probablement jamais existé. Il est alors engagé par le chef Erno Rapee, un ancien ami de Budapest et camarade de promotion à l’Académie de musique, comme violoniste dans l'orchestre du Capitol Theater à New York1, un ensemble de 77 musiciens qui accompagne les films muets. Il en devient le violon solo cinq jours après avoir été recruté et y restera deux ans et demi. Il fait ses débuts de chef à la tête de cet orchestre en et, en 1926, il est nommé directeur musical associé. Entre 1923 et 1929, Ormandy réalise en tant que violoniste seize enregistrements, la moitié d'entre eux utilisant le procédé acoustique.
En 1929, il dirige l’Orchestre philharmonique de New York au Lewisohn Stadium. En 1930, il est invité à diriger le Robin Hood Dell Orchestra, à Philadelphie. Le , il remplace Arturo Toscanini tombé malade pour diriger un concert à la tête de l’Orchestre de Philadelphie, grâce à l’appui d’Arthur Judson, l’un des plus puissants impresarii de la scène musicale classique américaine au cours des années 19301. La même année, il est nommé directeur musical et chef permanent de l’Orchestre symphonique de Minneapolis1.
1931-1936 : L’Orchestre symphonique de Minneapolis
Ormandy est le chef d'orchestre de l'Orchestre symphonique de Minneapolis, maintenant Orchestre du Minnesota, jusqu’en 1936. Pendant les jours sombres de la Grande Dépression, RCA Victor prend sous contrat Ormandy et l'Orchestre symphonique de Minneapolis pour de nombreux enregistrements discographiques. Une clause dans le contrat des musiciens leur impose de jouer un minimum d'heures chaque semaine (que ce soit en répétition, lors de concerts, d’émissions radiophoniques ou d'enregistrements). N'ayant pas à payer les musiciens, RCA peut se permettre d'envoyer ses meilleurs techniciens et équipements pour les enregistrements qui ont lieu à Minneapolis du au . Parmi ceux-ci, on compte quelques premières discographiques mondiales : les Adventures in a Perambulator de John Alden Carpenter, la suite Háry János de Zoltán Kodály, La Nuit transfigurée d'Arnold Schönberg et un enregistrement spécialement commandé de l’American Overture de Roy Harris sur le thème populaire « When Johnny Comes Marching Home ». L'excellence de ces enregistrements contribue à doter Ormandy d'une exceptionnelle réputation de musicien et ses lectures de la Symphonie no 7 de Bruckner et la no 2 de Mahler deviennent vite très célèbres.
C’est au cours de cette période qu’Ormandy rencontre pour la première fois le pianiste et compositeur Serge Rachmaninov, à l’occasion d’un concert où ce dernier joue en soliste avec l’Orchestre symphonique de Minneapolis. Durant le concert, Rachmaninov a un trou de mémoire qu’Ormandy parvient à si bien masquer que le public ne s’en aperçoit pas. Reconnaissant, Rachmaninov ne tarit pas d’éloges sur le chef et contribue à établir sa réputation aux États-Unis.
1936-1980 : L’Orchestre de Philadelphie
Mais ce sont ses quarante quatre années passées à l'Orchestre de Philadelphie qui font toute la renommée d'Ormandy. Nommé chef associé de cet orchestre à partir de 1936 (avec Leopold Stokowski), il en devient, le , l'unique directeur et chef principal jusqu'à son départ en 1980 (Stokowski continue à diriger ponctuellement l’Orchestre de Philadelphie jusqu’en 1941, notamment pour enregistrer la bande originale du film Fantasia de Walt Disney, puis reviendra en tant que chef invité à partir de 1960).
Ormandy dirige entre cent et cent quatre-vingts concerts chaque année à Philadelphie et entraîne l’orchestre dans des tournées américaines en 1937, 1946, 1948, 1957, 1962, 1964, 1971, 1974 et 1977. En 1949, il fait une longue tournée en Angleterre ; au printemps 1955, dans dix pays européens (notamment en Finlande où Ormandy et des membres de l’orchestre rendent visite au compositeur Jean Sibelius, alors âgé de 89 ans ; au cours de l’été 1958, une autre tournée européenne (notamment en Union soviétique) ; ainsi qu’en Australie (été 1944) ; en Amérique du Sud (été 1946) ; en Amérique latine (1966) ; en Extrême-Orient (1967, 1978) et au Japon (1972). En 1973, il effectue avec l’Orchestre de Philadelphie une tournée en Chine où il donne des concerts dans plusieurs villes : c’est la première fois qu’un orchestre symphonique américain se produit en République populaire de Chine.
1980-1985 : Les dernières années
Après 42 saisons comme directeur musical de l’Orchestre de Philadelphie, il se retire à la fin de la saison 1979-1980 et est nommé chef d’orchestre lauréat. Il continue ponctuellement à diriger d’autres orchestres et à effectuer quelques enregistrements. Il donne son dernier concert le au Carnegie Hall de New York, à la tête de l’Orchestre de Philadelphie.
Ormandy meurt à Philadelphie le des suites d'une pneumonie. Ses papiers, y compris ses partitions annotées et des arrangements musicaux, remplissent 501 boîtes dans les archives de la Bibliothèque de l'Université de Pennsylvanie. Son épouse Margaret est décédée en 1998.
Style de direction et répertoire
Déchiffrant très rapidement les partitions, Ormandy dirigeait par cœur et, le plus souvent, sans baguette. Sous sa direction, l'Orchestre de Philadelphie a préservé la plénitude sonore et la grande richesse de couleurs créées par Stokowski et labellisées comme étant caractéristique du « Philadelphia Sound ». Selon A. Pâris, « Ormandy fera de cet orchestre l'un des meilleurs du monde, capable de nuances d'une étonnante subtilité, d'un phrasé d'une remarquable finesse et doté d'une palette sonore convenant à tous les répertoires. La qualité des cordes tient naturellement à la formation de violoniste d'Ormandy, dont les coups d’archets sont restés dans la légende ». Ormandy est également connu pour avoir été un accompagnateur fidèle et sensible. Son héritage discographique inclut d'ailleurs beaucoup d'excellentes collaborations avec notamment Robert Casadesus, Philippe Entremont, Emil Gilels, Arthur Rubinstein, Rudolf Serkin, Van Cliburn, David Oistrakh, Itzhak Perlman, Isaac Stern, Emanuel Feuermann, Leonard Rose, …
Selon N. Slonimsky5, « l’interprète Ormandy était un romantique ». Il s’est imposé dans les œuvres de la fin du romantisme et de la première moitié du siècle. Les symphonies de Tchaïkovsky, de Sibelius ou de Brahms, les poèmes symphoniques de Richard Strauss ou les compositions de Ravel et Debussy permirent à Ormandy d’atteindre l’idéal de sa conception de l’interprétation. Il a également perpétué la tradition créée par Stokowski (et popularisée dans le film Fantasia de Walt Disney) d’adaptation pour orchestre symphonique d’œuvres de Jean-Sébastien Bach. Par contre, ses interprétations de Haydn, Mozart ou Beethoven furent parfois critiquées, la musique de ces compositeurs n’offrant pas le terrain le plus adapté à l’opulence du Philadelphia Sound.
Ormandy a été l’ardent défenseur de la musique de Serge Rachmaninov, dirigeant la première mondiale de ses Danses symphoniques (œuvre dont il est le dédicataire, avec l’Orchestre de Philadelphie) et enregistrant avec le compositeur trois de ses concertos pour piano entre 1939 et 1941. Il a également dirigé les premières américaines de plusieurs symphonies de Dmitri Chostakovitch, ainsi que le premier enregistrement mondial de l’édition établie par Deryck Cooke de la dixième Symphonie de Mahler. En 1964, il enregistre le Requiem de Berlioz, avec le ténor Cesare Valletti, vision apaisée de l'œuvre qui fera date. Il a joué également beaucoup de musique américaine et donné de nombreuses créations d'œuvres de Samuel Barber, Paul Creston, David Diamond, Howard Hanson, Walter Piston, Ned Rorem, William Schuman, Roger Sessions, Virgil Thomson et Richard Yardumian.
Ormandy a eu à cœur de populariser la musique classique. Les ventes de trois de ses enregistrements avec l’Orchestre de Philadelphie dépassèrent le million de dollars. Il dirigea le le premier concert symphonique retransmis en direct par la télévision américaine (il devança de peu Toscanini, dont l’interprétation fut diffusée par une autre chaîne de télévision une heure et demie plus tard).
Enregistrements
.Si l’Orchestre de Philadelphie a réalisé son premier enregistrement phonographique dès 1917 sous la direction de Leopold Stokowski, ce n’est pas avant les années 1940, et avec Ormandy à sa tête, que les revenus tirés des enregistrements constitueront une part substantielle de l’ensemble des revenus de l’orchestre. Entre 1944 et 1968, Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie sont l’un des piliers du catalogue orchestral de la Columbia Records (CBS), réalisant plus de 300 enregistrements différents qui ont permis d’établir durablement la réputation internationale de l’orchestre. Ormandy adore enregistrer et comme le note H. Kupferberg, « sa polyvalence et son adaptabilité, ainsi que son aptitude à travailler très rapidement sans que la musicalité n’en soit compromise, ont permis de produire des enregistrements inégalés par tout autre chef d’orchestre dans leur diversité ».
À partir de 1968, Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie enregistrent pour le label RCA à un rythme toujours aussi soutenu. Ce changement de compagnie discographique offre l’opportunité d’enregistrer avec des solistes sous contrat exclusif avec RCA tels qu'Arthur Rubinstein ou Van Cliburn. Le premier enregistrement effectué par Ormandy en 1968 pour RCA est la sixième symphonie de Tchaïkovski : Ormandy a choisi cette composition car ce fut la première œuvre qu’il enregistra avec l’Orchestre de Philadelphie en 1936.
À la fin des années 1970, Ormandy et l’Orchestre de Philadelphie changent à nouveau de label discographique et passent chez EMI. C’est à cette époque qu’ils enregistrent les Quatre Légendes du Kalevala de Jean Sibelius, dernier disque dirigé par Ormandy à recevoir, en 1979, un Grammy Award.
Vladimir Samoïlovitch Horowitz, né à Berditchev ou (selon Horowitz) à Kiev (Empire russe), le et mort à New York le , est un pianiste d'origine russe, naturalisé américain. Il fait partie des plus grands virtuoses de l'histoire du piano.
Pianiste mythique, admiré pour la puissance de son jeu, son timbre et sa virtuosité, Vladimir Horowitz a été considéré comme le plus grand pianiste de son temps, aussi bien par le public que par ses pairs : Clara Haskil, qui le surnommait « Satan au clavier », Martha Argerich, Sviatoslav Richter, Arcadi Volodos, Arthur Rubinstein1,2, Sergueï Rachmaninoff3.
La famille Horowitz appartient à la bourgeoisiejuive cultivée de l'Empire Russe. En outre, c'est une famille de musiciens comprenant de bons pianistes et compositeurs.
La grand-mère de Vladimir était une amie d’Anton Rubinstein, quand sa mère, Sofia, et son oncle, surnommé « L'oncle qui jouait fort », connaissaient personnellement Alexandre Scriabine.
Sofia Horowitz était elle-même pianiste, et apprit à Vladimir (ou Volodia, selon le surnom que lui donnait sa femme, Wanda Toscanini -fille d'Arturo Toscanini- à jouer du piano dès l'âge de 5 ans.
Son père, Samuel Horowitz, était ingénieur en électricité et assurait la distribution en Russie de moteurs électriques allemands. C'est lui qui inscrivit la date de naissance « 1904 » dans de nombreux documents à la place de la vraie date de naissance de Vladimir : un moyen pour lui d'éviter le service militaire qui durait plusieurs années. Il est le plus jeune des quatre enfants de Samuel et Sofia.
Horowitz apprend le piano dès 5 ans, d'abord sous la férule de Sofia. En 1912, il entre au Conservatoire de Kiev où il sera élève de Sergueï Tarnovski, de Vladimir Puchalsky, et de Felix Blumenfeld. En 1914, il rencontre Alexandre Scriabine.
À l'arrivée des communistes, la famille Horowitz autrefois heureuse et prospère est brisée. Jacob, le frère aîné, enrôlé dans l'armée, meurt pendant la révolution. George devient vagabond installé pendant un temps à Leningrad. L'État saisit l'entreprise de Samuel et le contraint à un travail bureaucratique fastidieux.
Pour son récital de fin d'études en 1920, Vladimir Horowitz joue la Toccata, adagio et fugue BWV 564 de Bach-Busoni, la Gigue en sol de Mozart, une Sonate de Beethoven (Horowitz a oublié s'il s'agissait de l'Appassionata ou de l'opus 110), les Études symphoniques de Schumann, la Sonate en si bémol mineur de Rachmaninov, la Fantaisie en fa mineur de Chopin, « et quelque chose de moderne, je ne m'en souviens pas ». Il termine avec les Réminiscences de Don Juan de Liszt et selon Horowitz, ayant joué avec un tel éclat, le jury et tous les professeurs se sont levés pour exprimer leur approbation, ce qui, toujours selon ses dires, ne s'était jamais produitdans toute l'histoire du conservatoire. Pour son concerto obligatoire, il joue le troisième de Rachmaninov. Pour ses pièces de musique de chambre, il joue le quintette de Schumann et Winterreise de Schubert. Ses concerts connaissent un énorme succès. Blumenfeld ravi, écrit à Rachmaninov à New York au sujet de son talentueux élève et du succès qu'il rencontre avec la musique de Rachmaninov2. Horowitz a alors 17 ans.
Son premier concert public documenté a lieu en à Kiev. Ensuite, Horowitz rencontre un violoniste d'Odessa, Nathan Milstein, et donne des concerts dans différentes villes de Russie avec lui et sa sœur Regina, pour lesquels ils sont souvent payé avec du pain plutôt qu'avec de l'argent, en raison de la situation économique difficile du pays. Depuis 1922, Horowitz, donnant des concerts dans les villes de l'Union soviétique, accumule un répertoire gigantesque en termes de volume. Ainsi, par exemple, en trois mois ( - ), il interprète plus de 155 œuvresde la célèbre « série de Leningrad » composée de 20 concerts (voir les recherches de Yu. Zilberman). Malgré ses premiers succès en tant que pianiste, Horowitz affirme qu'il voulait être compositeur, mais choisit une carrière de pianiste pour aider une famille qui a perdu toute sa fortune, y compris les instruments de leurs enfants, pendant la Révolution de 1917. Le succès des « musiciens de la Révolution », comme les appelait un certain A. Uglov dans l'un des articles (sous ce pseudonyme se cachait le commissaire du peuple Anatoli Lounatcharski), est époustouflant. Des clubs d'admirateurs de ces jeunes musiciens voient le jour dans de nombreuses villes.
Le , Vladimir Horowitz a l'occasion de partir pour l'Allemagne (il est officiellement parti étudier). Certains documents sur Vladimir Horowitz indiquent que Mikhaïl Toukhatchevski est l'initiateur des « études à l'étranger », mais Nathan Milstein dans ses mémoires pointe directement vers Ieronim Ouborevitch (à l'époque, le Commissaire du peuple à la Défense était chargé des voyages à l'étranger), qui publie un permis de sortie. Avant de partir, Horowitz apprend et joue à Leningrad le le Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski. Dans ses interviews, Horowitz déclare que son père, après avoir entendu sa représentation du concert à Leningrad, a déclaré : "c'est ton concert. Il faut y jouer". Grâce à ce travail, il devient célèbre en Europe. Ce concerto joue un rôle « fatal » dans la vie du pianiste : à chaque fois, triomphant dans les pays d'Europe et d'Amérique, Horowitz interprète précisément ce Concerto.
En , il donne un récital à Berlin (on le surnomme l'« ouragan des steppes »), il se produit également en concert à Hambourg. «Il a fait trembler Paris » dit Arthur Rubinstein à la suite de la première saison d'Horowitz à Paris en 1926. À son arrivée à Paris, sa réputation l'a précédé et s'il est inconnu du grand public, il est attendu par les professionnels. Les critiques et le public sont immédiatement conquis par ce nouveau style de jeu.
Horowitz donne son premier concert le au Conservatoire de Paris, là où Chopin avait donné sa première de l'Andante spianato e Polonaise en 1835 ; si l’auditoire est réduit, les critiques importants sont présents et perçoivent que quelque chose de nouveau se produit. Son programme comporte la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, plusieurs pièces des Miroirs de Ravel (dont Alborada del gracioso) et Jeux d'eau ; et de Chopin, la Barcarolle, quelques études et mazurkas et la Polonaise en la.
Le sommet de sa première année est le récital à l'Opéra du ; le programme comprenait la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, six études de Chopin, trois mazurkas, et la Polonaise en la ; les deux études 2 et 6 d'après Paganini de Liszt, et la Rhapsodie espagnole de Liszt. Ses interprétation de la Romance sans paroles Op. 67 No. 4 de Mendelssohn, et de Liebesbotschaft de Schubert-Liszt sont bissées. Quant à ses Variations de Carmen, elles plongent le public dans une grande frénésie, et la police doit être appelée pour faire évacuer la salle.
Lors des dix années suivantes, il donne une trentaine de concerts à Paris, et fait sensation à chaque fois. Il est admis dans les cercles les plus prisés, en premier la maison de la Princesse de Polignac. Il y rencontre Stravinsky, les Six (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre), ou Nadia Boulanger. À Paris, Horowitz voit Arthur Rubinstein, Picasso, Braque, Vlaminck, Joyce et Hemingway ; Cocteau et Massine ; Ravel et Poulenc ; René Clair, Virgil Thomson et Diaghilev ; Dalí, Chagall ; ou encore Gertrude Stein. Chaliapin, Prokofiev, Stravinsky et Balanchine vivent à Paris ainsi que d'autres réfugiés russes. Jeune, beau, timide, brillamment talentueux, élégant dans sa tenue et son comportement, parlant couramment le français, Horowitz devient une figure de plus en plus populaire dans les salons. Il y rencontre tous les grands musiciens, littérateurs et personnalités de la société parisienne
Si Horowitz joue beaucoup en Allemagne, il fait de Paris son quartier général. Il a un petit appartement rue Kléber. C'est tout ce qu'il pouvait se permettre. Jusqu'à son départ pour l'Amérique en 1928, il joue beaucoup dans toute l'Europe mais ne gagne pas beaucoup d'argent. Horowitz se retrouve à jouer dans la plupart des pays européens, allant du Portugal à l'Angleterre en passant par la Norvège, la Suède, l'Allemagne et l'Italie.
Le , il embarque pour les États-Unis. En 1928, il donne son premier concert américain sous la direction de Thomas Beecham (premier concerto de Tchaïkovski au Carnegie Hall, avec l'Orchestre philharmonique de New York). Dans le public se trouvent Josef Lhévinne, Josef Hofmann, Benno Moiseiwitsch et Sergueï Rachmaninov. Ayant fait la connaissance de ce dernier, Horowitz devient rapidement son ami. Lui-même pianiste virtuose, déclare au sujet de son Troisième concerto qu'il n'a pas imaginé qu'on puisse le jouer aussi brillamment qu'Horowitz. Spécialement pour celui-ci, qui en fera une spécialité de son répertoire, Rachmaninov redonne sa forme originelle à sa Deuxième sonate qu'il avait simplifiée, car il n'en dominait plus lui-même les difficultés techniques. En 1928, il fait ses premiers enregistrements et un concert à Londres. Puis en 1932, Horowitz enregistre la Sonate pour piano de Liszt. L'année suivante il rencontre Arturo Toscanini et donne son premier concert avec lui avec le Cinquième concerto de Ludwig van Beethoven).
En 1933, il épouse Wanda Toscanini et en 1936, se fixe à New York jusqu'en 1939, époque à laquelle il ne donne plus de concerts. En 1946, il signe un contrat d'exclusivité avec RCA Records, et crée en 1949 la Sonate en mi bémol mineur de Samuel Barber. Le , il donne un récital à New York pour le 25e anniversaire de ses débuts américains. Puis arrive sa deuxième retraite (1953-1965), suivie d'enregistrements à domicile. Il fait sa rentrée le à Carnegie Hall, suivie d'une dizaine de récitals aux États-Unis (1965-1969). Arrive sa troisième interruption de carrière, entre 1969 et 1974.
En 1975, sa fille Sonia meurt à Genève.
On le retrouve en 1977 au Carnegie Hall, pour un récital, « pour les Européens » et le , à l'occasion du jubilé de ses cinquante ans de carrière, il interprète le Troisième Concerto de Sergueï Rachmaninov.
Dans les années 1980, il donne deux concerts à Londres, et en 1985 il passe chez Deutsche Grammophon. Il donne deux récitals à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, et est décoré Chevalier de la Légion d’honneur et de l'Ordre du Mérite de la République italienne.
L'homme généralement considéré comme le plus grand pianiste du monde, archétype du romantisme et dernier grand descendant direct de l'ancienne école russe de piano, apparaît à cette époque sur une scène russe après une absence de soixante et un ans. Le , il donne un concert à Moscou, au Conservatoire Tchaïkovski. Il le dira lui-même : « la roue est maintenant complètement bouclée ».
Mais quelques jours avant son apparition dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou, il vit une autre expérience émotionnelle puissante. Peu après son arrivée à Moscou, Horowitz déclare aux autorités qu'il veut visiter la maison de Scriabine. Lorsque Scriabine a donné un concert à Kiev, l'oncle d'Horowitz Alexandre fait en sorte que son neveu de onze ans rencontre le grand pianiste-compositeur.
Il raconte que Scriabine dit à sa mère, après qu'Horowitz eut joué : « Il fera un très bon pianiste, mais il doit apprendre d'autres formes de musiques, la peinture, la danse, le jazz, absolument tout ». Les paroles de Scriabine restent dans l'esprit d'Horowitz toute sa vie.
Il enregistre pour Deutsche Grammophon cette même année, et se voit octroyer la médaille présidentielle de la Liberté des États-Unis.
Durant l'année 1987, il retourne en Europe avec l'enregistrement du 23econcerto de Wolfgang Amadeus Mozart, avec Carlo Maria Giulini. Il donne des concerts à Vienne, Berlin, Hambourg, Amsterdam, Londres, Francfort, ainsi qu' au Japon et aux États-Unis.
En 1989 sort son dernier disque chez Deutsche Grammophon, Horowitz at Home.
Il meurt chez lui, à New York, le , d’une crise cardiaque. Il est inhumé au cimetière monumental de Milan dans le tombeau familial d'Arturo Toscanini, où son épouse Wanda Toscanini Horowitz, décédée en 1998, le rejoindra.
Vladimir Horowitz est associé au répertoire russe et notamment au Premier concerto de Tchaïkovski. Il existe une version avec Arturo Toscanini, enregistrée également avec un concerto de Johannes Brahms. Le pianiste est également connu pour ses interprétations des pièces de Robert Schumann.
Il gagne la réputation de virtuose pour ses interprétations de Liszt, Chopin, Rachmaninov, Scriabine et Tchaïkovski. Soulignons aussi l'art d'Horowitz dans l'interprétation de la musique impressionniste : Au bord d'une source de Liszt, Liebestod de Wagner arrangé par Liszt, un des derniers enregistrements d'Horowitz. Il est aussi réputé pour ses interprétations de la musique moderne, et il introduit de nombreuses sonates de Dmitri Kabalevski et de Prokofiev aux États-Unis, en particulier la sixième, la septième et la huitième. Il joue cette 7e sonate de Prokofiev au consulat soviétique de New York en , et envoye le premier exemplaire du disque à Prokofiev qui lui retourne un exemplaire signé de la partition sur lequel il écrit « au pianiste prodigieux de la part du compositeur ». Il fait aussi redécouvrir au monde musical des compositeurs tels que Muzio Clementi ou Domenico Scarlatti, en s'ingéniant à démontrer qu'ils furent des précurseurs de Beethoven et de la musique romantique.
Vladimir Horowitz présente une technique atypique : ses paumes de mains et ses doigts sont plutôt droits et disposés à plat là où les autres pianistes adoptent une posture arquée et arrondie6.
Vladimir Horowitz met beaucoup de soin à composer ses récitals, et à choisir les morceaux dignes d'être interprétés en concert ou en enregistrement. Comme conséquence, sa discographie est moins étendue qu'on aurait pu le souhaiter. Par exemple, il n'interprète pas d'autres Rhapsodies hongroises de Liszt que les deuxième, sixième, treizième, quinzième (Marche de Rakoczy) et dix-neuvième (ces deux dernières, ainsi que la seconde, avec des arrangements personnels), ainsi que, dans les années 1930, la rhapsodie espagnole et le Premier concerto. Toutes ses interprétations sont mûrement réfléchies : il ne joue pas un compositeur tant qu'il n'en a pas lu l'œuvre intégrale.
« L'ouragan des steppes » déplace des foules pour chacun de ses concerts, où les places sont chères et réservées très longtemps à l'avance. Son très étroit et complice rapport au public est constitutif de son grand charisme. Cependant, ses rares concerts sont très appréciés du fait qu'il y réalise ses meilleures interprétations, surpassant de loin tous les enregistrements programmés en studio. Horowitz arrive à des performances incroyables devant des milliers de personnes, prenant de grands risques pianistiques devant lesquels reculent la quasi-totalité des pianiste en public, et créant une « réaction protoplasmique avec le public.
Il interrompt volontairement sa carrière plusieurs fois, souffrant de profondes dépressions : 1936-1938 (avant son départ aux États-Unis), 1953-1965, 1969-1974 et 1983-1985.
Vladimir Horowitz a une préférence marquée pour les pianos Steinway & Sons. Il joue principalement sur le CD-503, un modèle D que lui fournit la marque au début des années 1940. Bien qu'il ait accès à d'autres instruments, cet exemplaire a la préférence de l'artiste qui l'installe chez lui et le fait déplacer lors de ses tournées, y compris à l'étranger.
Vladimir Horowitz a la réputation d'être particulièrement exigeant concernant les réglages des pianos sur lesquels il joue. Durant sa carrière, Steinway & Sons met à disposition un technicien en charge d'assurer la préparation des instruments. À partir du début des années 1960 et jusqu'à la mort d'Horowitz, c'est Franz Mohr, technicien en chef de l'entreprise, qui assure les réglages de l'instrument lors des concerts donnés par le pianiste11,10.
En , l'entreprise new-yorkaise lui offre un modèle D en guise de cadeau de mariage
Son goût pour l'écriture musicale se manifeste très tôt et le hante toute sa vie. « Je suis un compositeur », dit-il souvent. Ainsi, il arrange de nombreux morceaux, comme les Rhapsodies hongroises de Franz Liszt, la Danse macabre de Camille Saint-Saëns arrangée pour piano par Liszt, la Marche nuptiale de Mendelssohn transcrite par Liszt, ou encore son impressionnante transcription de la marche américaine The Stars and Stripes Forever de John Philip Sousa, où l'on peut entendre par moments trois voix, voire quatre, complètement différentes à la fois.
Il effectue plus subtilement de discrètes modifications de Scherzos ou du finale de la Polonaise héroïque de Chopin, dont l'interprétation qu'il donne en bis à Berlin dans les années 1980 est un modèle d'interprétation horowitzien, mettant très bien en exergue le « bel canto » caractéristique de son jeu. Les Variations Carmen sur un thème de l'opéra de Bizet sont également particulièrement célèbres. La version jouée au Carnegie Hall en 1968 lors de son retour en concert depuis 1953 mérite d'être notée : un connaisseur entend les fautes, mais Horowitz y met tellement de couleurs, de soi-même, d'énergie, de volonté, etc., qu'on les lui pardonne et qu'on écoute bouche bée. Cette liste est non exhaustive : on peut ajouter ses paraphrases de Tableaux d'une exposition de Moussorgski.
Horowitz est conscient de la dérive théâtrale que des pièces aussi brillantes font prendre aux récitals, se disant limiter volontairement, en « musicien sérieux », ce type de morceaux en bis, les qualifiant de mints dont on ne saurait abuser : « après ce genre de morceau, le public oublie tout le concert. Ce n'est pas juste ! »
Vladimir Horowitz : derrière ce nom mythique se cache un parcours de vie unique, d'une Russie qui est encore celle des tsars à la solitude new-yorkaise, avec ses dépressions, ses sursauts, ses retours. En somme, la personnalité complexe et ombrageuse du pianiste virtuose ukrainien.
Pour un concert intitulé Made in America, l’Orchestre de la Suisse Romande braque les feux sur cinq compositeurs nés aux Etats-Unis. Pour des motifs personnels, Marin Alsop a renoncé à diriger le programme qu’elle avait minutieusement concocté pour cette soirée du 6 mars. Et elle est remplacée par Roderick Cox, natif de Géorgie, qui a remporté le Prix Sir Georg Solti décerné par la Fondation américaine Solti en 2018, alors qu’il était chef assistant du Minnesota Symphony Orchestra. Actuellement fixé à Berlin, il est le fondateur d’un programme qui offre des bourses et des opportunités de travail aux jeunes musiciens.
A peine arrivé sur le podium, il prend la peine de s’adresser au public en anglais afin de donner quelques indications à propos de la première pièce figurant à l’affiche, Fearful Symmetries, écrite par John Adams en 1988 en s’inspirant des dessins animés et de la musique pour les films muets. Prônant la culture pop à l’encontre du dodécaphonisme et du sérialisme, il joue la carte de la veine parodique en recourant à un big band élargi incluant un quatuor de saxophones, un synthétiseur et un keyboard sampler (clavier échantillonneur). Par un geste d’une extrême précision, Roderick Cox déroule lentement un ostinato mélodique qui s’amplifie démesurément avant de se confiner en de suspensives accalmies qu’anéantira la virulence des oppositions de coloris.