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Ralph van Raat de John Adams à Tan Dun 

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Le pianiste Ralph van Raat était à Bruxelles pour enregistrer les concertos pour piano de John Adams avec le Belgian National Orchestra. Dans le même temps, il fait paraître un album qui présente des œuvres pour piano solo du compositeur Tan Dun.  Crescendo-Magazine rencontre à nouveau ce formidable musicien. 

Vous venez d'enregistrer les concertos pour piano de John Adams avec l'Orchestre National de Belgique dans le cadre d'un projet consacré à la musique pour piano du compositeur américain. Qu'est-ce qui vous a attiré vers la musique de John Adams ?

John Adams a toujours été l'un de mes premiers héros compositeurs, depuis la fin de mon adolescence. J'ai toujours aimé son approche rythmique et minimaliste initiale, mais l'ajout de nombreuses couches nouvelles et complexes à cette base rend sa musique beaucoup plus intéressante et crée une expérience incroyablement riche à l'écoute. Par exemple, Phrygian Gates ; il y utilise une sorte de pianisme très virtuose et tout à fait nouveau (encore une fois, basé sur des techniques minimalistes mais en les transférant à un tout autre niveau), dans lequel des couches complexes de sons et de vitesses émergent par la vitesse pure, différentes variétés d'attaque et même de pédalage (comme des indications telles que 1/2 pédale, 1/4 pédale, pleine pédale etc). De plus, j'ai toujours été attiré par le sentiment de liberté stylistique de sa musique qui, surtout dans les deux dernières décennies de sa composition, embrasse les lignes dramatiques et mélodiques dans la tradition de Bruckner, mais aussi du jazz, de la musique pop et d'autres styles, ce qui donne des textures tonales et atonales inattendues, transcendant tout style ou langage tonal, un peu comme Ligeti par exemple. 

Vous aviez déjà consacré un album aux œuvres pour piano de John Adams. En quoi cet album sera-t-il différent ?

Cet album sera l'un des deux nouveaux CD consacrés aux œuvres de John Adams, contenant toute sa musique impliquant un rôle majeur pour le piano. Depuis mon précédent enregistrement d'Adams (mon tout premier pour Naxos !), Adams a non seulement écrit une autre pièce solo, mais aussi d'autres pièces pour deux pianos et des œuvres de musique de chambre telles que Road Movies pour violon et piano. Un CD sera donc consacré à ces œuvres de chambre pour piano, que je n'ai jamais enregistrées auparavant, et l'autre CD contiendra les trois concertos pour piano qu'il a écrits jusqu'à présent. L'autre CD contiendra les trois concertos pour piano qu'il a écrits jusqu'à présent. Les trois CD comprendront l'ensemble des œuvres pour et avec le piano. 

A Genève, la venue de Tan Dun, compositeur-chef d’orchestre

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Dans le cadre de sa saison symphonique, le Service Culturel Migros reçoit pour la première fois le compositeur cantonais Tan Dun en tant que chef d’orchestre. L’on a beaucoup parlé de lui en décembre 2006, au moment où le Met de New York assumait la création de son ouvrage en deux actes, The First Emperor, avec Placido Domingo dans le rôle de l’Empereur Qin. Et pour trois concerts à Genève, Lucerne et Zürich, il dirige la formation de son pays natal, l’Orchestre Symphonique de Guangzhou qui, par ailleurs, s’était déjà produit en Suisse en janvier 2015.

Le programme commence par l’une des premières pages orchestrales de Stravinsky, Feux d’artifice op.4, datant de 1908. Par une vrille brillante, le discours est emporté vers un sommet percutant proclamé par les cuivres, d’où se répand un flux beaucoup plus lyrique que poivrera la reprise du début, aboutissant à une effervescence paroxystique.

Tan Dun à l'UNESCO

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Dun_BokovaLe compositeur chinois Tan Dun a été nommé "Ambassadeur de bonne volonté" à Paris le 22 mars dernier. Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco attribue ce prix en "reconnaissance de ses efforts pour le dialogue interculturel à travers la musique, sa conscience de la rareté des ressources naturelles, comme l'eau, la diversité de ses langages et son dévouement au idéaux et à la réputation de l'organisation".  D'autres musiciens ont précédemment reçu cette distinction : Juan Diego Flores, Montserrat Caballe, Placido Domingo, Miguel Angel Estrella et Ivry Gitlis.

Lea Desandre, Thomas Dunford et le Jupiter : un souffle partagé pour saluer Dowland et Purcell

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Songs of Passion. John Dowland (c.1563-1626) : Extraits des First & Second Book of Songs or Ayres ; extraits des Lachrimae ; A Dream ; The Frog Galliard. Henry Purcell (1659-1695) : Extraits de The Fairy Queen et de Didon et Énée ; Strike the viol ; O solitude, my sweetest choice. Lea Desandre, soprano ; Ensemble vocal Jupiter ; Huw Montague Rendall, baryton ; Ensemble instrumental Jupiter ; Thomas Dunford, théorbe et direction. 2024. Notice en anglais, en français et en allemand. Textes chantés reproduits, avec traductions en allemand et en français.94’ 08’’. Un album de deux CD Erato 50211732828453. 

"Les Diables de Loudun" de Krzysztof Penderecki, 55 ans

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Les Diables de Loudun (Die Teufel von Loudun) est un opéra en trois actes et trente scènes sur un livret en allemand du compositeur d'après un drame de John Whiting, créé en 1969 à Hambourg. L'histoire est inspirée de l'affaire des démons de Loudun.

Pour son premier opéra, Krzysztof Penderecki s'inspire de l'adaptation théâtrale que John Whiting a tirée en 1960 du roman d'Aldous Huxley « The Devils of Loudun » de 1952. Les Diables de Loudun est une commande de Rolf Liebermann alors à la tête du Staatsoper de Hambourg. La partition est composée durant l'année les années 1967 et 1968.

L'ouvrage est créé le 20 juin 1969 au Staatsoper de Hambourg. La direction est assurée par Henrik Czyz, la mise en scène est de Konrad Swinarski, les décors de Lidia et Jerzy Skarzynski, Rolf Liebermann et Krzysztof Penderecki assurent eux la supervision artistique. La soprano américaine Tatiana Troyanos y chante le rôle de Jeanne.

L'ouvrage a été révisé en 1972 puis en 1975, où le compositeur a ajouté deux nouvelles scènes au deuxième acte, cette dernière version étant la plus couramment jouée. La création française a eu lieu le 4 février 1972 à l'Opéra de Marseille, dans une adaptation en français d'Antoine Goléa, avec Hélia T'Hézan, Andrée Esposito, Julien Haas, Gérard Serkoyan, Louis Rialland, Marcel Huylbrock, Jacques Doucet et Jean-Pierre Hurteau sous la direction de Reynald Giovaninetti, mise en scène de Margarita Wallmann et décors de Bernard Daydé.

Egidio Romoaldo Duni, 315 ans

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Le comositeur italien Egidio (Romualdo) Duni (ou Duny) est né à Matera le 9 février 1709 et décédé à Paris le 11 juin 1775.

Bien que Duni ne soit pas inclus parmi les meilleurs compositeurs d'opéras-comiques, il a son importance en tant que précurseur : il est le premier à obtenir un succès durable avec une musique nouvelle et originale sur des livrets français.

Egidio Duni est l'un des fils d'une famille nombreuse dont le père, Francesco, est maître de chapelle de Matera. Son frère aîné, Antonio, est lui aussi musicien et fera carrière un peu partout en Europe, en Allemagne et en Russie. On ne sait rien de précis sur la formation d'Egidio, qui aurait fait ses études dès ses neuf ans, au Conservatoire de Santa Maria di Loreto de Naples, auprès de Francesco Durante.

Son premier opéra, Nerone, est présenté à Rome au Teatro Tordinona, le 21 mai 1735 et remporte un grand succès public. Après un passage à Milan, en 1737, via Paris il se rend à Londres, où il fait exécuter Demofoonte au King's Theatre. L'année suivante, il part une année à Leyde aux Pays-Bas pour étudier, puis retourne à Florence, puis Naples, en 1739.

Il est nommé maître de chapelle d'une église de province à San Nicolo di Bari en 1743. Vers 1748, il occupe un poste similaire à la Cour du Duc de Parme, où la Duchesse (fille de Louis XV) l'incite à composer dans le goût français.
Instructeur de la jeune Princesse Isabelle, il est accoutumé à la culture française dès cette époque, il met en musique La Chercheuse d'esprit (1741) de Charles-Simon Favart (d'après Daphnis et Chloé) et Le Caprice amoureux, ou Ninette à la cour, dans des versions italiennes (Ninette est une parodie par Favart d'un intermède italien Bertoldo in corte de Ciampi présenté à Paris en 1753). Ces opéras lui valurent « un franc succès ».
Dans ces pièces, la déclamation parlée remplaçait les récitatifs chantés « jugés trop pesant pour une intrigue légère », mêlés d'ariettes et respectait ainsi également le privilège de l'opéra.

En 1756, il se rend à Paris où il rencontre le directeur de l'Opéra-Comique, Jean Monnet pour lequel il crée, le 26 juillet 1757, son premier opéra en français, respectueux de la prosodie, Le Peintre amoureux de son modèle sur un livret de Louis Anseaume. Le succès l'invite à se fixer dans la capitale française. Il contribue à perfectionner le genre de l'opéra-comique en mêlant au spectacle des éléments italiens et français.
Les encyclopédistes et Diderot lui-même, qui réfute la thèse de Rousseau sur la non-musicalité de la langue française (dans les récits plus précisément), l'encouragent et il confère « une dignité artistique sans précédent » au genre comique, notamment en enrichissant d'une note sentimentale l'intrigue théâtrale, caractéristique développée ensuite par Monsigny, Grétry et Dalayrac dans le drame sentimental.

Entre 1761 et 1768, grâce à l'appui de Charles-Simon Favart, il est le directeur musical de la Comédie Italienne pour qui il compose -en faisant appel aux librettistes les plus modernes de son temps, notamment Favart- vingt-deux opéras-comiques entre 1756 et 1770, qui presque tous ont eu du succès et dont la plupart sont gravés, intégralement, ou sous forme d'extraits ou d'arrangements.
En 1763 est créé Le Milicien sur un livret d'Anseaume, où se retrouve pour la première fois un des personnages favoris de l'opéra-comique, le vieux soldat à la fois comique, bourru et au grand cœur.

Egidio Duni est l'auteur de près d'une quarantaine d'opéras bouffes ou comiques : une douzaine d'opéras italiens et de vingt-deux opéras-comiques français à partir de 1756, dont les principaux sont : Le Peintre amoureux de son modèle (1757), La Fée Urgèle (1765) et Les Moissonneurs (1768)1.
Il a aussi composé de la musique religieuse, messes, litanies, psaumes… et un peu de musique de chambre.

 

John Dunstable, 570 ans

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Le compositeur anglais John Dunstable est décédé à Londres le 24 décembre 1453.

On ne connaît pour ainsi dire aucun détail de sa vie. Sur la base des œuvres les plus anciennes qui nous sont parvenues depuis 1410, on suppose qu'il est né entre 1380 et 1390. Il est toutefois certain qu'il est mort le soir de Noël 1453. En dehors de cela, les indications sont rares.
À partir de 1427, Dunstable était probablement au service du Duc de Bedford, le frère du Roi Henri V. Après la mort d'Henri V, le Duc fut régent de France de 1422 à 1435. Dans son sillage, Dunstable a probablement séjourné plus souvent en France, ce qui a sans doute renforcé la notoriété de ses œuvres et sa grande influence sur les compositeurs de ce pays.
Entre 1427 et 1436, il était probablement aussi au service de la Reine Jeanne de Navarre et enfin au service du Duc Humphrey de Gloucester. On peut supposer que Dunstable connaissait les centres culturels de l'époque et qu'il était parfaitement au courant des courants musicaux.
De ses origines anglaises, Dunstable a apporté sur le continent le faburdensatz, une sorte de musique d'improvisation en chaînes d'accords de tierce-sexte. Il développa dans ses compositions un traitement de la dissonance totalement nouveau, dans lequel les dissonances qui apparaissaient jouaient le rôle d'une attente préparée.

De cette manière, ses œuvres étaient plus vivantes et plus simples que la manière de composer de plus en plus rigide et construite de l'Ars nova française tardive.
Ce principe de réserve devait déterminer la manière de composer des générations suivantes de compositeurs et rester en vigueur pendant plus de 200 ans.

Dunstable a en outre développé le type de "messe au ténor", dans laquelle les différentes parties de l'ordinaire de la messe sont reliées de manière cyclique par un cantus firmus au ténor pour former un tout. Le cantus firmus est certes également d'origine liturgique, mais il est extrait d'un autre contexte. Dunstable a été perçu comme un précurseur dans la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance par les compositeurs importants de cette époque, tels que Guillaume Dufay, Gilles Binchois, Johannes Ockeghem ou Antoine Busnois, et il a exercé sur eux une influence stylistique déterminante.

Le poète français Martin le Franc (env. 1410 - 1461) témoigne de l'importance de Dunstable dans son épopée en vers "Champion des dames" (vers 1440) et parle à son propos de la "contenance angloise" et de la "concordance frisque" comme étant la particularité du nouveau style de composition anglais.
Aux côtés de John Dowland, William Byrd et Henry Purcell, John Dunstable compte parmi les compositeurs les plus importants d'Angleterre et de "l'âge d'or" de la musique anglaise primitive.
On a conservé près de 60 œuvres de Dunstable -presque exclusivement liturgiques- dont la moitié sont des motets à trois ou quatre voix.

Dans le cadre de la Réforme anglaise et suite à la dissolution des monastères entre 1536 et 1540, une grande partie des manuscrits avait également été détruite. La plupart de ses œuvres conservées nous sont parvenues pour ainsi dire de seconde main grâce à des sources continentales provenant principalement du nord de l'Italie.

 

Lennie Tristano, 45 ans

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Lennie Tristano est un pianiste et compositeur de jazz américain né le 19 mars 1919 à Chicago et mort le 18 novembre 1978 à New York.

Né à Chicago, en pleine épidémie de grippe espagnole, Leonard Joseph Tristano a la vue gravement affectée et, à 10 ans, est pratiquement aveugle. Il est placé dans un établissement spécialisé. Il y apprend le piano, le saxophone, la clarinette et le violoncelle. À 19 ans, il continue ses études à lAmerican Conservatory de Chicago où il obtient un bachelor of music.
De formation classique, il est fasciné par la musique de Jean-Sébastien Bach. Il s'intéresse au jazz. Ses modèles sont à l'époque Louis Armstrong, Earl Hines, Art Tatum et Lester Young.
En 1942, il fait ses débuts professionnels comme pianiste dans un orchestre de danse. En 1943, il commence à enseigner à la Christensen School of Music. Parmi ses élèves, se trouve Lee Konitz qui n'a alors que 16 ans. Konitz est son premier « disciple » mais sera aussi, sans doute, le plus indépendant. Tristano forme, cette même année, son premier groupe, une formation de dixieland.

En 1945, Tristano pousse pour la première fois la porte des studios d'enregistrement comme pianiste du sextet dEarl Swope. En 1946, il enregistre quatre titres en solo. Ce sont des compositions basées sur les grilles de standards de jazz sur lesquels Tristano fait la première, et encore un peu timide, démonstration de ses théories.
Il quitte Chicago pour New York. Il se produit et enregistre en trio avec le guitariste Billy Bauer et les contrebassistes Chubby Jackson puis Léonard Garskin. À propos dun des titres enregistrés, Out on a Limb, le critique Barry Ulanov parle de « nouvelle ère lumineuse dans le jazz » et écrit « c'étaient de longues lignes cheminant côte à côte, une continuité étudiée, un contrepoint improvisé avec certains passages frôlant l'atonalité, le tout soudé par le swing. Une fraîche et vraie démonstration que le jazz peut suivre un développement parallèle à celui de la musique classique sans vraiment lui être inféodé. »

En 1947, une émission radiophonique oppose des représentants du « vieux jazz » (Jimmy Archey, Danny Barker, Wild Bill Davidson, Pops Foster) à des représentants du « nouveau jazz » (Tristano, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, John LaPorta, Billy Bauer, Ray Brown et Max Roach). Les seconds s'en sortent grands vainqueurs.
Cette même année, Tristano enregistre assez abondamment sous son nom (en solo, en trio ou en combo avec le clarinettiste John LaPorta), mais aussi comme sideman du tromboniste Bill Harris. Il se produit à plusieurs reprises avec Parker et Gillespie et d'autres beboppers. Il est élu « musicien de lannée » par les lecteurs de la revue Metronome. Le pianiste écrit d'ailleurs pour cette revue deux articles théoriques : « Whats Right With the Beboppers » et « Whats Wrong With the Beboppers ».
n 1948, se consacrant surtout à l'enseignement, il est totalement absent des studios.

1949 est une année phare dans la vie de Tristano. Il est alors un musicien totalement reconnu par ses pairs et va enregistrer des plages qui sont des incontournables de lhistoire du jazz (séances Prestige Records et Capitol Records).

Le 3 janvier 1949, il enregistre deux titres au sein d'un orchestre occasionnel réunissant des musiciens élus par les lecteurs de la revue. Ce Metronome All Stars réunit la plupart des musiciens considérés comme les figures représentatives du nouveau jazz : Tristano, Parker, Gillespie, Fats Navarro, Miles Davis, Jay Jay Johnson, Kai Winding, Buddy DeFranco, Eddie Shafranski, Shelly Manne, Pete Rugolo et plus curieusement Charlie Ventura et Ernie Caceres. Un des deux titres, Victoria Ball, est une composition du pianiste.

C'est aussi en janvier 1949 que le trompettiste Tony Fruscella se désiste pour une séance organisée par la marque Prestige et conseille aux directeurs du label d'enregistrer Tristano. Cest donc un combo réunissant Tristano, Lee Konitz, Billy Bauer, Arnold Fishkin et Shelly Manne qui se retrouve en studio. Si la majorité des titres viennent de la plume de Konitz (Subconscious LeeTautology), la musique est surtout représentative de l'esthétique de Tristano et l'enregistrement est une réussite totale.

Toujours en 1949, entre mars et mai, d'autres enregistrements capitaux sont réalisés, cette fois-ci pour le label Capitol Records. Ces plages, la plupart en sextet (Konitz et Warne Marsh étant aux saxophones et Bauer à la guitare) sont une parfaite démonstration du côté novateur mais aussi de la richesse de la musique de Tristano. Lors d'une de ces séances, le 16 mai, les musiciens enregistrent les pièces Intuition et Digression, qui sont les deux premières tentatives d'improvisation totalement libres (atonales et sans matériel thématique initial) de lhistoire du jazz. Parlant de ses titres, Lenny Popkin, saxophoniste et élève de Tristano, a écrit « Cest de l'harmonie free, mais cest de 'lharmonie. Cest là où je fais la distinction entre le free de Tristano et ce quon a appelé plus tard free jazz, la rencontre de musiciens qui, le plus souvent, soufflaient chacun de son côté. Chez Lennie, l'harmonie, la mélodie et le rythme ont une égale importance, de même la communion d'esprit entre les musiciens. Ils jouent les mêmes éléments que les gens qui jouent des standards. »

En 1950, Tristano est encore plébiscité par les lecteurs de Metronome. Une séance d'un nouveau Metronome All Star est organisée mais le résultat est plutôt décevant. 1950 marque le début dune période de retrait pour Tristano durant laquelle il abandonne le devant de la scène musicale, ne donnant plus que quelques rares concerts, pour se consacrer à son enseignement.
De 1950 à 1955, les traces discographiques de Tristano sont donc rarissimes. Pourtant en 1951, le pianiste a ouvert son propre petit studio à Manhattan. En 1953, c'est dans ce studio que Tristano va enregistrer en piano solo le magistral Descent Into the Maelstrom, un véritable déferlement de clusters et de longues lignes atonales, véritable par rapport au jazz de lépoque. Ce titre ne sera dailleurs publié qu'en 1978 (sur l'album éponyme du label Atlantic).

En 1955, c'est encore dans son studio qu'il enregistre quatre titres particulièrement intéressants, qui constituent une partie du 33 tours publié par le label Atlantic appelé « Tristano ». Line up et East Thirty Second sont deux titres où Tristano improvise sur des accompagnements préalablement enregistrés par un contrebassiste et un batteur. La bande magnétique est ralentie pour l'enregistrement de la partie de piano, puis accélérée pour le pressage final ce qui donne au lignes mélodiques improvisées par le pianiste une densité stupéfiante. Turkish Mambo est une curieuse pièce polyrythmique enregistrée en re-recording où Tristano fait sentrecroiser des mesures en 7/8, 7/4, 5/8, 5/4 et 3/4. Enfin, Requiem est une pièce en hommage à Charlie Parker constitué d'un prélude « à la Robert Schumann » suivi dun blues épuré particulièrement poignant de quoi faire taire les critiques sur la « froideur » de la musique de Tristano. L'album Atlantic est complété par des pièces enregistrées en quartet, avec Konitz au saxophone alto le 11 juin 1955. En 1955-1956, Tristano enregistre aussi dans son studio de Manhattan des pièces en trio ; neuf d'entre elles seront publiées en 1983 sous le titre New York Improvisations par le label Elektra-Musician.

Une nouvelle fois Tristano se met en retrait de lavant scène musicale, ne se produisant que sporadiquement. Il faut attendre 1962 pour entendre l'album The New Tristano (Atlantic) qui réunit des pièces enregistrées par le pianiste, dans son propre studio, en solo entre 1958 et 1962. S'y trouvent les passionnants C Minor ComplexG Minor Complex et Scene and Variation. Ce remarquable album, véritable concentré des théories de Tristano, est son dernier disque majeur.

Le pianiste va, à partir de cette date, déserter les studios d'enregistrement, se consacrant surtout à lenseignement, mais continuant à se produire en public. Tristano explique lucidement, lors dune interview, son absence des studios : Un disque de moi, aujourdhui, serait un gros fiasco étant donné que je n'ai pas l'intention de me prostituer.
Assez critique vis-à-vis de l'évolution du jazz dans les années 1960, il redit que sa propre modernité vient de la connaissance et de l'approfondissement de la « tradition du jazz »La musique d'autrefois et celle que je joue aujourd'hui ne sont rien d'autre que le résultat d'une expérience acquise par l'étude et la connaissance de la musique des jazzmen qui mont précédé. C'était et c'est ma manière de sentir les choses.
À partir du milieu des années 1960, Tristano semble de plus en plus amer. Sil ne cache pas son intérêt pour le rock ou la pop (il fait dailleurs, en 1969, léloge de la chanteuse Diana Ross dans un numéro de la revue Down Beat), ses remarques sont souvent très acerbes quand il parle de ses confrères jazzmen qui à l'époque font l'actualité (à propos de John Coltrane, Sonny Rollins et Miles Davis : que de l'émotion, aucun feeling ; à propos d'un concert d'Ornette Coleman : complètement idiot). Cest un homme passablement aigri qui, en 1974, disparaît définitivement de la scène du jazz pour s'enfermer dans la solitude d'une espèce de tour d'ivoire. Il meurt le 18 novembre 1978.

Tristano s'imprègne assez vite du bebop et en particulier de la musique de Charlie Parker. C'est en conjuguant sa connaissance de la musique classique, du jazz traditionnel et du bebop que Tristano élabore les bases de ce qui va être son esthétique. La musique de Tristano repose sur un grand sens de la structure, hérité en particulier de Bach, un travail sur l'harmonie (substitutions harmoniques, voicings) et le phrasé (de longues phrases sinueuses jouées avec un minimum d'accentuation), l'utilisation de la polyrythmie et parfois de la polytonalité. Cette esthétique assez proche de celle du cool jazz mais s'en démarquant par bien des aspects est, pour l'époque, particulièrement innovante. Certains critiques reprochent cependant à la musique de Tristano une certaine froideur et une tendance à l'intellectualisme. Par contre de nombreux musiciens adhèrent aux théories du pianiste et deviennent ses élèves. Le nombre de ses disciples grandira au fil des années.

Tristano est une figure particulière dans l'histoire du jazz, à la fois très importante et marginale. Ses théories ont inspiré une multitude de musiciens, pas seulement ses élèves. Même s'il na pas eu vraiment d« héritiers directs » (à part peut-être une de ses fidèles élèves, la pianiste Connie Crothers), il a influencé de nombreux jazzmen. Pour exemple, Bill Evans, à l'esthétique pourtant pour le moins éloignée de celle de Tristano, a toujours revendiqué ce dernier comme une de ses influences. Preuve sil en est que son influence est toujours vivante, deux pianistes français, Stéphan Oliva et François Raulin, ont enregistré deux remarquables albums en hommage à la musique de Tristano.

C'est surtout parmi ses élèves qu'on trouve la trace la plus concrète de l'originalité de ce qu'on a parfois appelé l'« école Tristano ». Parmi les musiciens ayant étudié avec le pianiste on peut citer, outre les plus fidèles Lee Konitz, Warne Marsh et Billy Bauer, les jazzmen Herbie Mann, Bill Russo, John LaPorta, Cy Touff, Sal Mosca, Don Ferrara, Ted Brown, Lenny Popkin, Ronnie Ball, Sheila Jordan, Jeff Morton, plus ponctuellement Harold Danko, Dave Liebman, Phil Woods, Al Levitt, Eddie Gomez et même le vétéran Bud Freeman. Pour l'anecdote le guitariste de rock Joe Satriani a brièvement étudié avec Tristano. Charlie Mingus, même s'il s'en est toujours défendu, semble avoir lui aussi suivi l'enseignement du pianiste.

 

Le Festival Duni, hommage à Molière

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Le voyage du Festival de Duni (Italie) à travers les lieux, les œuvres et les styles de la musique baroque se poursuit avec une journée entière consacrée à l'auteur qui, le premier, a porté à la scène, avec légèreté et ironie, les névroses, les excès, les extrêmes et les manies de l'être humain : Jean-Baptiste Poqueline, dit Molière (Paris 1622-1673).

Ce dimanche 5 novembre à Matera, trois rendez-vous successifs seront consacrés à l'art et à l'œuvre du grand dramaturge français.
Le matin, le Cineteatro Guerrieri présentera une mise en scène contemporaine de la comédie-ballet Le Bourgeois gentilhomme sur une musique originale de Lully datant de 1670.
Elle se poursuivra l'après-midi avec la projection du film de 1978 -présenté par Giovanni Coppola- "Molière" d'Ariane Mnouchkine, pour se terminer le soir avec le concert de l'Orchestre Symphonique de Matera intitulé "Le Bourgeois Gentilhomme" sur une musique de Richard Strauss et avec le narrateur Flavio Insinna.

Une idée conçue par Saverio Vizziello et immédiatement reprise par le directeur artistique Dinko Fabris, qui souligne que "l'idée d'un marathon thématique est très répandue dans les grands festivals de musique ancienne du nord de l'Europe : je pense au Festival d'Utrecht ou à d'autres festivals en France ou dans les pays germanophones, où le public est accompagné d'un événement à l'autre pendant un ou plusieurs jours pour découvrir les lieux et les beautés d'une ville d'art avec des musiques rares et surprenantes.
En Italie, en revanche, cette pratique est quasiment inexistante, préférant un rapport plus institutionnel entre le public passif et la salle de concert traditionnelle. Après Molière, nous souhaitons, dans les années à venir, renouveler l'expérience pour d'autres protagonistes de l'histoire de la musique et de l'interprétation baroques, à commencer par le musicien qui a donné son nom à notre Festival : un "marathon Duni" serait très symbolique dans sa ville".

C'est également une occasion précieuse de reprendre la collaboration fructueuse du Festival de Duni avec la splendide nouvelle réalité musicale de Matera, l'Orchestre Symphonique de Matera, un an après sa fondation, collaboration qui sera réaffirmée dans quelques jours avec le projet "Vivaldi" à Pomarico.