Camille Saint-Saëns en intégrale symphonique à Paris

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Camille Saint-Saëns (1835-1921) : intégrale des symphonies. Orchestre National de France, direction : Cristian Măcelaru. 2020 et 2021. Livret en français, allemand et anglais. 3 CD Warner Classics. 0190296533433.

L’orchestre National de France renoue avec son ADN naturel de la défense du répertoire français avec une nouvelle intégrale des symphonies de Camille Saint-Saëns. Initiative intéressante, même si on aurait aimé d’autres explorations du catalogue du compositeur français car les symphonies sont ce qu'il y a de plus connu dans son legs symphonique.

Le National de France est ici son concurrent direct puisque la précédente intégrale, gravée sous la direction de Jean Martinon (Warner également), est depuis toujours une référence incontestée dans ce répertoire. En premier lieu, on peut comparer l’évolution sonore de la phalange parisienne et à écouter en aveugle cet album on serait bien en peine d’identifier un orchestre français tant la pâte sonore est massive et épaisse. Certes le fini instrumental est plus propre mais moins typé que dans les années 1970 avec Martinon. Cependant, on reste assez peu impressionné par la prestation d’ensemble d’une formation orchestrale qui se doit d’être l’élite française. 

Au niveau interprétatif, cette somme nous laisse également songeurs et dubitatifs. Le chef défend un Saint-Saëns massif qui se voudrait une synthèse des grandes fresques symphonies de la fin du XIXe siècle avec une direction plus horizontale que verticale.

Certes, Cristian Măcelaru veut soigner la force d’une orchestration foisonnante et virtuose mais le résultat est d’une épaisseur déconcertante. On retient surtout une impression de lenteur et de lourdeur avec une symphonie n°3 très décevante, qui frôle le non sens total avec des élans cuivrés et des contrastes trop appuyés ; cela est hélas avare de linéarité et de narration. Olivier Latry est comme toujours solide, mais on le préfère avec Pascal Rophé et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (Cyprès). Si on veut entendre une leçon de style et un festival de couleurs françaises, on écoutera Daniel Roth et François-Xavier Roth avec Les Siècles que Harmonia Mundi vient de rééditer. 

Le cas des autres symphonies n’est pas meilleur et elles souffrent de ce carcan de direction qui épaissit le trait : la volubile Symphonie n°2 n’en sort pas indemne et tout devient pesant et sec. Les trois autres symphonies souffrent aussi de cette approche qui manque de panache et épaissit le trait. 

Le prise de son n’est pas non plus très flatteuse et manque de personnalité et de rondeur. On ne sait pas dans quelles conditions d’espacement se sont passées ces enregistrements réalisés en pleine pandémie, cet aspect peut naturellement jouer sur l’écoute mutuelle et le son d’ensemble d’un orchestre. 

Dans tous les cas, cette intégrale passe inaperçue dans le contexte et reste loin derrière celle de Jean Martinon dont on aime le sens du style et des couleurs. Pour une référence récente, on peut recommander Marc Soustrot (récemment réédité par Naxos) ou le toujours excellent Thierry Fischer (Hyperion).

Son : 6  Notice : 8  Répertoire : 10  Interprétation : 6

Pierre-Jean Tribot

 

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