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Un sujet musical abordé selon différents points de vus et, souvent, différents auteurs.

Pina Napolitano : Beethoven en perceptive et contrastes 

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La pianiste Pina Napolitano aime concevoir des albums qui racontent une histoire et proposent des confrontations éditoriales passionnantes. Elle publie pour le label Odradek des interprétations des sonates n°31 et n°32 de Beethoven mises en perspective avec des partitions d’Elliott Carter et de Jeffrey Mumford. La musicienne répond aux questions de Crescendo Magazine.

Comment vous est venue l'idée d'associer Beethoven, Carter et Mumford sur cet enregistrement ? 

Tout naturellement. Je m'intéressais depuis longtemps aux Night Fantasies d'Elliott Carter. Il m'a fallu quelques années pour décider d'aborder cette pièce très complexe, puis de l'apprendre et de me familiariser avec elle. Je voulais l'enregistrer, la centrer et en faire un album. À l'approche de l'année de l'anniversaire de Beethoven, j'ai commencé à reprendre les deux dernières sonates, les Op. 110 et 111, et les liens entre les deux compositeurs sont devenus aussitôt évidents. 

Entre-temps, j'avais fait la connaissance de Jeffrey Mumford sur Internet -il avait trouvé mes vidéos de Schoenberg et m'avait écrit pour me dire à quel point il les avait appréciées. Il m'a présenté sa musique et j'ai été immédiatement fascinée. J'ai ensuite appris qu'il avait été l'élève de Carter. J'ai déchiffré ses deux magnifiques hommages à Elliott Carter (Two Elliott Carter Tributes) et je les ai joués dans certains de mes récitals. Lorsque l'idée de cet album est née, ils me sont apparus comme sa conclusion parfaite. 

Le titre de l'album est "Tempo e tempi" ! Qu'est-ce que cela signifie ? 

Le titre vient d'un poème d'Eugenio Montale que Carter a mis en musique dans un cycle de compositions pour soprano et ensemble. Le poème parle des différentes couches du temps qui s'écoulent parallèlement et ne se croisent que rarement. C'est vraiment une description parfaite de la structure des flux temporels superposés dans la musique de Carter, mais aussi de la relation entre les différentes époques au sens d'époques différentes, comme celle de Beethoven et celle de Carter, distantes et apparemment séparées, mais en fait liées entre elles. 

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Alors que notre époque semble enfin accorder un intérêt aux compositrices des siècles passés, certaines nouveautés discographiques nous permettent de compléter notre connaissance de l’art des grandes musiciennes. C’est ainsi que le chef James Blachly est la cheville ouvrière d’une parution consacrée à The Prison de Dame Ethel Smyth. Mais cette compositrice est aussi une figure engagée et inspirante à laquelle il convient d'accorder toute la place qu’elle mérite.  

Vous dirigez la première au disque de The Prison de Dame Ethel Smyth. Qu'est-ce qui vous a attiré dans la musique d'Ethel Smyth, et en particulier dans cette œuvre ? 

J'ai entendu la musique d'Ethel Smyth pour la première fois en 2015, et j'ai découvert cette partition en 2016, lorsque j'ai dirigé une représentation de certaines parties de l'œuvre à New York. Dès le début, j'ai ressenti une grande attirance pour le monde musical unique que Smyth tisse dans cette pièce. Elle s'inspire de toutes ses œuvres précédentes, mais elle prend également de nouvelles directions musicales, auxquelles il faut un certain temps pour s'habituer. Et puis, plus j'étudiais et jouais la musique, plus elle chantait en moi, plus je voulais apprendre et explorer. 

Quelles sont les qualités de la musique d'Ethel Smyth en tant que compositrice ? Comment son travail s'inscrit-il dans l'air du temps ? 

Ses premières compositions ont une saveur très allemande du XIXe siècle. Harmoniquement, contrapuntiquement. L'accent est mis sur l'artisanat. Sa musique de chambre de cette époque est vraiment étonnante -son quatuor à cordes en mi mineur, sa sonate pour violoncelle, et bien d'autres choses encore. Elle a composé 6 opéras, dont trois sur des textes de Henry Bennet Brewster, dont elle fixera les paroles dans The Prison en 1930. À bien des égards, la Prison n'est pas figée dans les esthétiques de son temps.  À mon avis, elle a une voix musicale vraiment unique et si, au début, je la comparais à Brahms, Mendelssohn, peut-être Schumann, parfois Wagner, je me suis maintenant contenté de voir qu'il est préférable d'écouter et de tirer ses propres conclusions. Elle a sa propre voix, et la musique parle vraiment d'elle-même. 

Emmanuel Pahud, flûtiste dans son époque 

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On ne présente plus le flûtiste Emmanuel Pahud, star mondiale de son instrument. Que ce soit en soliste ou depuis les pupitres de l’Orchestre Philharmonique de Berlin dont il est l’un des piliers, ce musicien aime sortir des sentiers battus. Alors qu’il est le héraut d’un album consacré à des musiques de film d’Alexandre Desplat (Warner) sous la direction du maître lui-même, il répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Vous êtes au coeur d’un nouvel album de musiques de film d’Alexandre Desplat. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre part à cette aventure ?

C‘est un souhait fort et secret que j‘avais depuis longtemps, car le cinéma est pour moi indissociable de la musique. La rencontre à Los Angeles  avec Alexandre Desplat lors d‘une tournée des Berliner Philharmoniker fut décisive, lorsqu‘il me révéla qu‘il avait lui-même joué de la flûte et qu‘il rêvait d‘écrire des pièces pour cet instrument. Ce sont donc deux doux rêveurs qui se sont rencontrés, si l’on veut, et ainsi est née cette aventure qui allait se concrétiser deux ans plus tard à Paris avec l‘Orchestre National.

 Que représente la musique de film pour vous

Elle polarise le spectateur en lui faisant regarder les images autrement. Elle lui permet de repartir avec des images en fredonnant ses thèmes favoris. Elle est l’expression de ce que l‘image ne peut pas toujours représenter.

 Est-ce que vous êtes un cinéphile passionné ? 

Amateur, oui, mais pas passionné : ma passion, ma vie, c‘est la musique ! Quand j‘étais étudiant à Paris, j‘ai vu et apprécié beaucoup de films dans les salles indépendantes et spécialisées : quel élargissement de mon horizon culturel !

Est-ce qu’il y a quelque chose de plus plaisant à jouer des tubes cinéphiliques comme le thème de Grand Hotel Budapest qu’une Sequenza de Berio ?

Non. Dans mon rôle d’interprète, de medium, la croyance est essentielle : la meilleure musique du monde est celle que l‘on est en train de jouer. Je ne suis pas là pour me faire plaisir, c’est le public qui doit prendre plaisir. Pour celà, je dois croire de tout mon être dans la musique que je joue, quelle qu‘elle soit.

Fabien Gabel avec l’Orchestre Français des Jeunes 

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Le chef d’orchestre Fabien Gabel assure depuis 2017 la Direction musicale de l’Orchestre Français des Jeunes (OFJ). Alors qu’il s’apprête à diriger la session d’été qui a pu être maintenue et qui proposera un concert au Nouveau Siècle de Lille (le 3 septembre), il répond aux questions de Crescendo Magazine.

Vous allez diriger cette session d’été de l’Orchestre Français des Jeunes, session dont le programme de concerts a été diminué et qui se déroule dans un contexte très particulier. Quel est votre état d’esprit avant de monter au pupitre ? 

Je suis bien sûr très heureux que cette session puisse avoir lieu... On sait à quel point un retour sur scène reste fragile et que les décisions politico-sanitaires peuvent à tort ou à raison mettre un terme à cette reprise ! Cependant j'ai pu déjà diriger en France à Mulhouse en juin et plus récemment à Grafenegg en Autriche. Pour cette session avec l'OFJ, l'orchestre a été scindé afin que tout le monde puisse jouer. Par conséquent nous avons dû adapter notre programme et renoncer aux gros effectifs orchestraux.

Le programme de cette session comprend une création de Diana Soh, mais aussi deux grandes oeuvres du répertoire : le Concerto pour violoncelle de Schumann et la Symphonie n°3 de Brahms. Comment avez-vous choisi ce programme ? Est-ce qu'il est essentiel pour vous de proposer une création à côté d'oeuvres du répertoire ?

Les trois pièces que vous mentionnez étaient déjà programmées au répertoire de cette nouvelle saison. La pièce de Diana Soh est une commande de l'OFJ inspirée par deux oeuvres que nous ne pourrons pas jouer cet été mais fort probablement lors de la session d'hiver, la “Danse des sept voiles" de Salomé de Richard Strauss et la Tragédie de Salomé de Florent Schmitt. Nous allons cependant les travailler dès cet été. Soutenir la musique de notre temps est essentiel et fait partie de la mission de l'OFJ, mais nous avons aussi joué des reprises de créations par le passé. Les jeunes musiciens doivent approcher avec sérieux tous les répertoires et doivent impérativement défendre les compositeurs d'aujourd'hui.

Alexander Shelley, à propos de Johannes Brahms, Robert Schumann mais surtout Clara Schumann

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Le chef d’orchestre Alexander Shelley, directeur musical de l’Orchestre du Centre National des Arts du Canada, inaugure un cycle discographique pour le label canadien Analekta consacré aux symphonies de Johannes Brahms et Robert Schumann, mises en perspective avec des oeuvres de Clara Schumann. Alors qu’un revival s’amorce vis à vis des oeuvres de cette compositrice, Alexander Shelley revient sur sa place dans l’histoire de la musique 

Votre nouvel enregistrement comprend des partitions symphoniques de Brahms et Schumann ainsi que le Concerto pour piano de Clara Schumann. L'addition de ces trois noms est logique en raison de l'amitié qui les unit, mais c'est quelque chose qui n'a jamais été fait auparavant ! Comment avez-vous conçu ce projet ? 

Clara n'était pas seulement la personne qui liait les vies de Robert Schumann et de Johannes Brahms, elle était aussi l'une des figures musicales les plus inspirantes de son époque, vénérée et admirée presque universellement par ses pairs. Et bien que l'œuvre de Johannes et Robert ait été explorée en profondeur, c'est en fait en tant que triumvirat artistique -une trinité musicale romantique si vous voulez- que chacun d'eux peut être compris et admiré plus pleinement. Je veux que notre projet célèbre cette trinité et offre une perspective nouvelle aux auditeurs. 

J'ai lu dans le communiqué de presse que ce CD est le premier d'une série de quatre. Quelles seront les autres étapes de ce projet ? 

C'est le premier d'une série de quatre doubles albums qui présenteront un cycle complet des symphonies de Robert Schumann et de Johannes Brahms, tricotées ensemble par les mélodies, la musique de chambre et le concerto de Clara Schumann. En étroite collaboration avec Julie Pedneault-Deslauriers, spécialiste de Schumann, et Jan Swafford, spécialiste de Brahms, nous avons travaillé à la réalisation d'un ensemble de huit disques qui offriront un aperçu musical enrichissant de l'œuvre de ces trois génies. 

Marie Jacquot, Kapellmeisterin

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La cheffe d’orchestre Marie Jacquot occupe actuellement la fonction de Kapellmeisterin au Deutsche Oper, l’une des grandes scènes lyriques allemandes. Cette jeune musicienne française installée en Autriche revient sur son parcours et sur son rôle à l’opéra de Düsseldorf/Duisbourg. 

Vous êtes actuellement Kapellmeisterin au Deutsche Oper de Düsseldorf / Duisbourg. Pouvez-vous nous présenter ce rôle ? 

Mon rôle au Deutsche Oper am Rhein est de diriger les premières que l’on me confie, comme cette année Samson et Dalila de Saint-Saëns et Roméo et Juliette de Gounod. Mais aussi les reprises comme Falstaff, et les opéras du répertoire tels Traviata, Rigoletto, Hänsel et Gretel, l‘Enfant et les sortilèges, etc... En ce qui concerne les premières, en fonction de la longueur et de la difficulté de la pièce, nous avons les semaines de préparation scénique en conséquence, puis toutes les répétitions d’orchestre jusqu’à la première représentation. Pour les reprises, nous disposons de beaucoup moins de répétitions scéniques et d’un maximum d'une à trois répétitions avec l’orchestre. Par ailleurs, pour le répertoire, nous dirigeons les soirées sans aucune répétition d’orchestre, ce qui n’est pas ce qui me plaît le plus dans mon métier car cela ne laisse pas une grande marge de manœuvre d’interprétation au chef d’orchestre et aux chanteurs. Quand nous reprenons une production qui peut exister déjà depuis 50 ans, elle déjà gravée dans la pierre, il est difficile de sculpter un autre profil. Pour les premières, c’est absolument l’inverse. Nous avons beaucoup de temps pour travailler ensemble, faire évoluer la production ensemble, trouver des solutions ensemble, etc... Les chanteurs, les musiciens d’orchestre et le chef se connaissant mieux, cela apporte une sécurité dans l’exécution, une meilleure qualité pour le public, mais aussi une plus grande place pour la spontanéité. 

Mathieu Romano, sur les traces de Don César de Bazan de Massenet 

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Le chef de chœur et chef d’orchestre Mathieu Romano fait l’événement avec la parution du premier enregistrement mondial de l’opéra Don César de Bazan de Jules Massenet, le premier opus lyrique du compositeur. Mais Mathieu Romano, c’est également le fondateur de l’ensemble choral Aedes et un musicien qui passe avec aisance à travers les genres et les styles.   

Vous proposez en première mondiale l’intégrale de l’opéra Don César de Bazan. Comment avez-vous redécouvert cette œuvre ? 

Il s’agit d’un partenariat avec les Frivolités Parisiennes, ce sont eux qui ont redécouvert l'œuvre et qui me l'ont proposée. En la lisant, j’ai été stupéfait par la beauté et l'intérêt de la partition !

Qu’est-ce qui fait l’originalité de cette partition ? Comment s’intègre-t-elle dans l’œuvre de Jules Massenet ? 

On voit ici un jeune Massenet de 30 ans qui écrit son tout premier opéra en plusieurs actes, il a déjà ce talent pour le rythme de la dramaturgie, le génie des belles mélodies, et la fraîcheur de l'invention musicale. 

Beaucoup de styles se côtoient dans la partition et font son originalité : des airs de bravoure, des airs comiques, des duos nocturnes, des pages orchestrales variées... C'est un vrai panel de musiques, mais unifiées par son génie musical et par l'histoire.

Paul Lewis, pianiste beethovénien 

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Le pianiste britannique Paul Lewis est renommé pour ses interprétations des oeuvres de Beethoven dont il a gravé des versions de référence des Sonates et des Concertos. Dans le cadre de l’année Beethoven, il propose les Bagatelles, des oeuvres parmi les moins aimées du Grand sourd ! Crescendo rencontre ce musicien d’exception pour parler Beethoven, mais pas que… ! 

Votre nouveau CD est consacré aux Bagatelles pour piano de Ludwig van Beethoven. Ces œuvres occupent une part quelque peu mineure de l'œuvre de Beethoven. Qu'est-ce qui vous a orienté vers ce choix de programme ? 

Bien évidemment, ces Bagatelles ne sont pas considérées comme des grands chefs- d’oeuvre à l’image des dernières sonates ou des grandes symphonies, mais ce sont également des oeuvres de génie. Nous identifions souvent Beethoven comme un maître de la structure et des développements, comme dans les mouvements de sonates ou des symphonies, mais il est aussi un virtuose de la petite forme et c’est ce qu’il démontre dans ces Bagatelles ! Je dois vous avouer que j’ai toujours été attiré par ces partitions et je suis très heureux de les avoir proposées au disque. 

En quoi ces bagatelles témoignent-elles de l'inventivité de Beethoven ? Quelles sont leurs difficultés d’interprétation ? 

Beethoven utilise ici de manière un peu malicieuse la profondeur de son langage musical. Il montre un côté différent de ce que l’on connaît de lui mais qui mérite que l’on s’y attarde. Prenons les dernières grandes œuvres pour piano, à l’image de la sonate pour piano Opus 111, il faut se projeter dans une partition en tous points énorme mais, avec ces Bagatelles, il y a une sorte d’introspection et d’expérimentation sur une durée très courte. Prenez par exemple les Bagatelles opus 126, malgré leur brièveté, elles sont foncièrement géniales. Elles regorgent de petits détails et de petits éléments qu’il faut prendre parfaitement en considération pour caractériser toutes les facettes de ces Bagatelles qui ne durent que quelques minutes chacune. Ainsi, Beethoven est à la fois un maître de la grande forme et de la petite forme !   

Sophie Pacini, pianiste dans son temps

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Jeune artiste des International Classical Music Awards 2017, la pianiste Sophie Pacini s’est imposée comme l’un des grands talents de notre époque. Son nouvel album, nommé “Rimembranza”, sera l'un des événements de la rentrée. La musicienne nous emmène à travers un parcours personnel et musical sur le chemin de ses souvenirs. Crescendo Magazine est heureux de vous proposer cette rencontre avec une musicienne qui porte un regard fin et une analyse profonde sur notre époque. 

Votre nouvel album s’intitule Rimembranza. Pouvez-vous nous en expliquer la raison ?

Le titre Rimembranza est basé d'une part sur mon propre "Rimembranzen", des souvenirs drastiques des œuvres enregistrées ici, qui me saisissent, me touchent et me façonnent complètement. D'autre part, les "rimembrances" musicales internes, qui sont à la fois bien définies et clairement axées sur le travail, et qui renvoient à des citations thématiques claires. Le principe directeur qui préside à l'écriture de cet album est tiré d’une phrase du grand auteur allemand Jean Paul : La mémoire est le seul paradis dont on ne peut pas nous chasser.

Comment avez-vous choisi les œuvres de ce programme ?

Au centre de l'album se trouvent les deux sonates en la mineur de Mozart et Schubert. Ici, le lien entre Schubert et Mozart et l'affinité interne de Schubert pour les expressions sont particulièrement remarquables en ce qui concerne le langage-clé unificateur des deux sonates en la mineur.

Ces deux œuvres, comme les deux Impromptus op.90 / 2 & 3 de Schubert et la Sérénade, se combinent fortement avec l'insécurité, la colère, l'évanouissement et la douleur. 

Les variations de Mozart sont ici une "Rimembranza" de Mozart à lui-même. Dans la 11e variation, il cite clairement le thème latéral du 2e mouvement de sa sonate en la mineur. Pour moi, toutes ces œuvres ont une action de consolation dans la musique et sont une ode à l'art dans son essence d'âme et de plénitude.

Jean Rondeau, explorateur musical 

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En quelques années, Jean Rondeau s’est imposé comme l’un des clavecinistes majeurs de sa génération. Que ce soit en solo ou avec ses amis, ce jeune musicien fait toujours l’évènement. Mais Jean Rondeau a plus d’une corde à son arc, il aime pratiquer le piano jazz et compose des musiques de film. Alors que paraît son album intitulé Barricades, où il nous emmène sur les traces des trésors du baroque français avec son complice Thomas Dunford et l’ensemble Jupiter, il répond aux questions de Crescendo Magazine. 

Votre nouvel album se nomme Barricades. Pourquoi ce titre ? 

Il provient évidemment du titre de la pièce de F. Couperin Les Baricades Mistérieuses. C’est un titre qui déjà, en lui-même, laisse beaucoup de place à l’imagination poétique. Le sens n’en est pas totalement défini, il reste léger, comme en suspens. Et il en est un peu de même pour nos « Barricades ». Elles se dressent contre la négativité, l’intolérance pour nous peut-être, et d’aucun y trouverait son compte poétique. 

Cet album propose des œuvres de plusieurs compositeurs qui se sont illustrés à l’époque des rois Louis XIV et Louis XV. Comment les avez-vous sélectionnés ? Quel est leur point commun ? 

A l’exception de la dernière pièce de l’album qui est un duo extrait d’un opéra de Rameau, tel un clin d’œil de fin, toutes les pièces du disque nous viennent des compositeurs de la Cour de Versailles. Grâce à l’amour et au talent de Louis XIV pour la danse, et donc ce besoin de musique, celle-ci s’est trouvée très présente à la Cour et mise en avant par de nombreux compositeurs. Ces derniers étaient aussi des interprètes et donc des musiciens complets qui se trouvaient dans une dynamique très prolifique, musicalement parlant. Il y avait une recherche et une production très importantes, et le tout dans un style très précis, très défini et assez unique. Ce langage de la musique française à Versailles touche à un goût très sensible, très délicat, à une extrême finesse et un raffinement dans lesquels il est parfois difficile de s’immiscer. Fort heureusement, nous avons toute cette musique et l’amour que Thomas et moi portons à ce langage musical nous a permis de nous y engager pleinement d’en faire notre patrimoine culturel. Ainsi, nous avons décidé d’utiliser des pièces qui, à la base, furent écrites soit pour le luth seul soit pour le clavecin seul, et de réaliser un accompagnement improvisé (la basse-continue) afin de dialoguer autour de ces œuvres que nous chérissons.