Dossiers

Un sujet musical abordé selon différents points de vus et, souvent, différents auteurs.

https://howtojailbreakiphone4s.com/

par no sex before marriage dating

Le pianiste et chef d'orchestre allemand Frank Dupree a remporté un International Classical Music Awards 2022 dans la catégorie « Assorted Programs » avec un CD de concertos et une symphonie de chambre de Nikolai Kapustin. Remy Franck, Président du Jury ICMA, s'est entretenu avec le musicien.

La musique de Kapustin combine le jazz et la musique classique. L'interprète doit être capable de reproduire ce mélange. Est-ce vraiment difficile ?

J'ai grandi comme pianiste classique et j'ai bénéficié d'une éducation pianistique vraiment classique. Grâce à mon professeur de batterie, que j'ai eu depuis tout petit, j'ai appris à connaître le jazz et aussi la musique africaine et latino-américaine. À l'adolescence, j'ai combiné les deux et j’ai joué beaucoup de jazz en plus de la musique classique, notamment Gershwin et Kapustin. Pour moi, Kapustin est le compositeur qui se situe exactement entre les deux. Bien sûr, tout est écrit dans sa musique. Mais ce n'est que si vous connaissez les éléments de base du jazz, le jeu libre, l'improvisation, que vous pouvez jouer sa musique comme il l'entendait. Le contenu est du jazz, même si la forme est classique. Kapustin est une fusion parfaite entre la musique classique et le jazz.

L'improvisation, qui était monnaie courante dans la musique classique, est aujourd’hui quelque peu passée de mode.

Oui, et c'est vraiment dommage. Bien sûr, c'est formidable de pouvoir tout jouer en suivant les notes, mais je trouve aussi agréable de jouer un morceau spontanément au piano, sans notes et sans s'être entraîné pendant des heures auparavant. Je le fais souvent pour moi-même, pour me mettre dans le bain ou entre deux pièces, pour me vider la tête. Et il m'arrive d'arranger le rappel après un concert de piano sous forme d'improvisation libre. Par exemple, je prends un morceau du Concerto pour piano de Schumann et j'improvise librement dessus. Je constate que le public réagit très fort à cela, car nous aimons tous cette spontanéité. Et je peux lui dire : Je ne l'ai jamais joué comme ça avant et je ne le jouerai plus jamais comme ça, c'était un instantané. C'est précieux dans un concert. En fait, Kapustin fait le contraire : il "compose" l'improvisation, et il le fait avec excellence. Je ne connais vraiment aucun compositeur, à part peut-être Beethoven, qui ait pu coucher l'improvisation sur papier aussi bien que lui.

Karel Ančerl en perspective 

par

Le label Supraphon édite un coffret essentiel qui propose des enregistrements du grand chef d’orchestre Karel Ančerl. Crescendo Magazine rencontre Matouš Vlčinský, producteur pour le label tchèque et cheville ouvrière de ce coffret. Une occasion de revenir sur la place de cet immense musicien dans la postérité.  

Que représente pour vous Karel Ančerl dans l’histoire de la musique tchèque et dans l’histoire de l’école de direction tchèque ?

Karel Ančerl est surtout connu aujourd’hui comme le chef d’orchestre qui a enchaîné sur le travail de Václav Talich à la Philharmonie tchèque ; par ailleurs il avait  été l’élève entre autres de Talich. Ančerl a été nommé chef de la Philharmonie tchèque en 1950 et est resté à ce poste 18 ans. Il a réussi à lui faire rejoindre les meilleurs orchestres du monde et à lui ouvrir la porte des plus grandes salles de concert mondiales. Mais il a aussi élargi considérablement le répertoire de la Philharmonie ; le centre de gravité du répertoire de Talich, c’était Dvořák, Smetana, Suk et Janáček, avec des incursions occasionnelles dans le classicisme tchèque et européen. Ančerl s’orientait de façon naturelle vers le XXe siècle, souvent vers l’œuvre de compositeurs vivants, tchèques et du monde entier. Il a fait entrer au répertoire Schönberg, Ravel, Bartók, Stravinsky, Prokofiev, Honegger, Hindemith, Britten, etc. Et pour ce qui est des compositeurs tchèques, outre la génération plus âgée (Suk, Novák), il mettait souvent et volontiers au programme les œuvres de Bohuslav Martinů, Miloslav Kabeláč, Jaroslav Ježek et d’autres contemporains.

Mais il faut mentionner déjà les années d’avant-guerre : dans les années 1930, Ančerl s’est établi dans le contexte européen comme un spécialiste de musique contemporaine. À Munich, il assistait Hermann Scherchen pour préparer la production de l’opéra en quarts de ton de La Mère de Hába. Des invitations à des festivals de musique contemporaine n’ont pas tardé à suivre : à Vienne, à Paris, Amsterdam, Strasbourg et Barcelone. Si j’essaie de résumer : Karel Ančerl a ouvert la Philharmonie tchèque à la production musicale mondiale et il a contribué à faire découvrir la musique tchèque aux meilleurs orchestres mondiaux. Avec l’ère Talich, celle d’Ančerl dans l’histoire de la Philharmonie tchèque est sans conteste la période où l’orchestre connaît l’évolution qualitative la plus franche. 

Hugh Macdonald, à propos de Bizet 

par

Le musicologue Hugh Macdonald est l’un des plus grands connaisseurs de la musique française du XIXe siècle. Ses travaux sur Berlioz et Saint-Saëns sont de grandes références. Il est le fondateur et l’animateur de la maison d’édition Fishergate qui se consacre aux opéras de Bizet qui sont à l’ombre de Carmen et des Pêcheurs de perles : Don Procopio, La Jolie Fille de Perth,  La Maison du Docteur, Le Docteur Miracle et Ivan IV.

Votre maison d'édition se consacre aux autres opéras de Bizet, c'est-à-dire tous sauf Carmen et Les pêcheurs de Perles. Vous avez également réalisé un catalogue de ses partitions. Qu'aimez-vous chez Bizet pour lui consacrer une activité éditoriale ? 

Bizet est un compositeur majeur qui n'a jamais été édité par la critique. Les opéras que j'édite ne sont tous connus que par des partitions “corrompues” publiées par Choudens après la mort du compositeur. Il est bien connu que sa musique a été largement déformée par l'impression et, par conséquent, dans l'exécution et l'enregistrement. Je voudrais remettre les pendules à l'heure. Ces opéras seront plus fréquemment joués si des partitions et des parties fiables sont mises à disposition. 

Nous connaissons évidemment les qualités musicales de Carmen et des Pêcheurs de Perles, mais quelles sont celles de ces autres opéras ? 

Bizet était un dramaturge-né, ce qui apparaît clairement dans ces opéras. En outre, il avait un don merveilleux pour la mélodie et une oreille aiguisée pour l'orchestration. 

Qu'est-ce qui rend ces autres opéras spéciaux dans leur époque ?

Les genres typiquement français du grand opéra et de l'opéra-comique sont bien représentés dans ces œuvres, ainsi que l'opéra buffa italien dans Don Procopio. Djamileh est un superbe opéra-comique en un acte, et Le Docteur Miracle est une opérette très réussie dans le style d'Offenbach. 

Y a-t-il un de ces opéras que vous préférez ? 

Je pense que La Jolie Fille de Perth pourrait rivaliser avec Les Pêcheurs de perles en termes de popularité s'il bénéficiait de quelques bonnes représentations et enregistrements. Il contient deux ou trois "tubes" et une belle musique dramatique. 

John Wilson et Ravel 

par

Le chef d’orchestre John Wilson fait paraître un album intégralement consacré à des oeuvres symphoniques de Maurice Ravel au pupitre de son Sinfonia of London (Chandos). Cet enregistrement présente, en première mondiale, les éditions révisées Ravel Edition des versions ballet de Bolero et Ma Mère l’Oye.  

Votre nouvel enregistrement est entièrement consacré à des œuvres de Maurice Ravel. Que représente pour vous Maurice Ravel en tant que compositeur de son temps ?

Ravel est peut-être mon compositeur préféré -je suis fasciné par sa musique depuis que je suis enfant et mon intérêt et mon appréciation de sa musique ne font qu’augmenter avec les années.  On parle beaucoup de sa technique orchestrale éblouissante et du modernisme de son langage harmonique -surtout dans la musique pour piano- mais cela fait parfois oublier à quel point ses idées sont inspirées.  Si le niveau d'invention brute n'était pas à la hauteur, la musique n'était pas fixée sur le papier à musique.  C'est pourquoi nous disposons d'un ensemble d'œuvres étonnamment accomplies et imaginatives, qui sont presque toutes jouées en permanence. 

Cet enregistrement comprend les versions originales (ballets) de Bolero et de Ma Mère l'oye. Quelles sont les particularités de ces versions originales par rapport à celles qui sont régulièrement jouées en concert ? 

La version Ballet de Bolero diffère de la version de concert à plusieurs égards : petits changements dans les figures d'accompagnement, changements dans la longueur des notes de la mélodie à certains endroits -mais la différence vraiment significative est que le célèbre motif de tambour latéral n'est pas joué par un seul batteur mais est partagé entre deux joueurs, en alternance à chaque énoncé du thème.  Sur la dernière répétition de la mélodie, Ravel ajoute également un triangle et des castagnettes, ce que je trouve vraiment passionnant.

L'histoire de Ma Mère l'oye est plus complexe. Le ballet de 1912 n'a pas été publié du vivant de Ravel et les documents que Durand a publiés vers 1970 sont des réimpressions de la suite originale en 5 mouvements avec des ajouts.  Ce n'est pas ce que l'on entendait en 1912 et la nouvelle édition Ravel Edition est basée sur le matériel source original du ballet.  L'auditeur remarquera une répétition inattendue dans un passage et plusieurs mesures supprimées ailleurs -ainsi que d'innombrables petits changements de divers détails.

Cet enregistrement de Bolero et de Ma Mère l'Oye est le premier à être réalisé avec les éditions révisées de l'édition Ravel. Vous avez également dirigé la première de l'édition révisée de Ma Mère l'Oye au printemps 2021. Pourquoi est-il important pour vous d'offrir au public des éditions révisées basées sur les connaissances musicales les plus récentes ?  

La musique de Ravel est richement complexe et difficile à jouer. Les anciennes éditions sont souvent truffées d'erreurs et d'imprécisions. Il est essentiel que les musiciens disposent du texte correct et que leurs parties soient bien agencées si nous voulons avoir une chance de réaliser la vision de Ravel exactement comme il l'a rêvée !

Sarah Aristidou, Aether

par

La soprano Sarah Aristidou est une des chanteuses dont le nom revient de plus en souvent. Ses collaborations avec des grands chefs d’orchestres comme Daniel Barenboim, François-Xavier Roth, Trevor Pinnock ou Simon Rattle ainsi qu’une aisance absolue dans tous les répertoires braquent les projecteurs sur cette musicienne.  Sarah Aristidou répond aux questions de Crescendo-Magazine et évoque son album Aether, fascinant voyage à travers les temps et les styles musicaux. 

Votre nouvel album pour Alpha se nomme “Aether”. Pourquoi ce titre ? 

J’ai toujours été fascinée par les éléments et notamment celui de l‘éther, qui représente l’origine de toute chose. C’est de lui que découlent les 4 autres éléments que sont le vent, feu, la terre et l‘eau. J’ai toujours été attirée par cette incapacité à percevoir ou à toucher cet élément et je voulais inclure tout ceci dans mon travail. Ainsi est né Æther. Ce disque est dédié à l‘Islande, pays qui a complètement changé ma vie et qui m‘a fait ressentir une infime partie de cet élément, et c‘est pourquoi j‘ai choisi l’orthographe islandaise pour le titre.

Le choix des œuvres est très vaste et nous emmène à travers les styles et les temps. Comment avez-vous conçu ce programme ?

J‘ai toujours eu le désir d‘assembler les différents répertoires de soprano colorature et d’abolir les limites des époques et des genres. Une pièce que je voulais faire depuis longtemps était Un grand sommeil noir de Varèse. J‘avais découvert ce compositeur en chantant Offrandes avec François-Xavier Roth et les Berliner Philharmoniker en 2019 et je voulais absolument rechanter une de ses pièces. Nous avons décidé de le faire avec Daniel Barenboim. Tout s’est assemblé très intuitivement et rapidement, au-delà de la question de styles. Poulenc est un de mes compositeurs préférés, Mélisande un rôle dont je rêve, Lakmé aussi, les extrêmes dans lesquels se meut Ariel ont une couleur très particulière, Ophélie est un personnage qui me parle beaucoup, le chant folklorique suédois avec Christian Rivet est un coup de foudre personnel et apporte une palette de couleurs que je cherchais, et puis Jörg Widmann avec qui j’aime énormément travailler connait ma voix mieux que moi ; nous devions créer quelque chose ensemble. Je voulais également assembler les morceaux afin de créer un voyage à travers les sons, les couleurs et les textures, pour former un cycle perpétuel sans début ni fin, et cela se fait notamment avec la progression harmonique du programme.

Stéphane Topakian, à propos de Furtwängler 

par

Le coffret Warner qui reprend l’intégrale des enregistrements officiels du  légendaire chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler est primé par un International Classical Music Awards dans la catégorie “Historique”. Cette récompense est l'occasion d’échanger avec Stéphane Topakian, cheville ouvrière éditoriale de ce coffret, immense connaisseur de l’art du maestro.  

Depuis de nombreuses années, on a vu apparaître de nombreux enregistrements Live de Furtwängler. Du coup, on a un peu perdu de vue l'importance de son legs officiel qui semblait un peu oublié des rééditions régulières d'Universal et Warner ? Dès lors, comment considérer ces enregistrements officiels dans leur apport à notre connaissance de son art ? De plus, on a l’impression que Furtwangler, incarnation suprême du chef d'orchestre, donnait son maximum au concert. A écouter cet ensemble discographique, cette impression n’est-elle pas erronée ?

Furtwängler considérait l’expérience vivante du concert comme irremplaçable. Les ‘live’ qui peuvent en résulter sont bien entendu des moments uniques, mais représentent-ils à eux seuls la vision de telle ou telle œuvre par Furtwängler ? Certainement pas. Je vais vous donner un exemple : on cite toujours telle captation d’une symphonie de Beethoven pendant la guerre ou soulignant le côté exacerbé voire désespéré du discours. Mais ce serait oublier que jamais Beethoven n’a prescrit de ne jouer ses œuvres qu’en cas de guerre. Dans un sens, Furtwängler va aussi loin, sinon plus loin, dans sa vision des partitions, dégagé de contraintes extérieures. Si Furtwängler se montre peu convaincant dans ses premiers pas au disque (il y a été trahi par une technique rudimentaire), il a assez vite compris que le disque représentait un moyen de faire passer son art, à la condition de s’y investir autrement. On peut avancer que pour Furtwängler le ‘comment c’est perçu’ prime sur le ‘comment c’est exécuté’. C’est sans doute pour cela -et pour donner un exemple- qu’il a tenu à refaire le début de la Marche funèbre de la Symphonie n°3 de Beethoven, un an après avoir signé son enregistrement de novembre 1947. Question de tempo. Pour en revenir à votre question initiale : oui, le legs discographique de Furtwängler est essentiel pour connaître son art. On a là la quintessence de sa pensée, et ce n’est pas parce qu’il dirige en studio qu’il serait moins convaincu et convaincant qu’en concert. Je vous citerais un autre exemple. Vous connaissez son enregistrement de la Symphonie n°9 de Bruckner de 1944 (réédité depuis cinquante ans par DG). Longtemps, il a été indiqué comme ‘live’, et tout le monde de s’extasier sur la force de cette interprétation, sur 'l’urgence’ de l’exécution, sur le caractère unique de ce concert… sauf qu’il s’agit d’un ‘Magnetofonkonzert’, autrement dit d’une prestation réalisée sur plusieurs jours, en studio et pour le seul micro… Comme quoi…

Bernard Foccroulle, perspectives 

par

Personnalité majeure de la vie musicale et intellectuelle de notre pays et de l'Europe, Bernard Foccroulle déborde de projets. Alors qu’il vient de faire paraître un album consacré à des œuvres contemporaines, il met une touche finale à une intégrale des partitions pour orgue de l’Espagnol Francisco Correa de Arauxo à paraître ce printemps et à un documentaire sur les orgues à travers l’Europe. Cet entretien est également l’occasion d’échanger sur la situation de la Culture en ces temps pandémiques et de la nécessité de faire revivre les droits culturels si malmenés en cette période. 

Vous venez de faire paraître un album centré sur des œuvres contemporaines de Pascal Dusapin, Jonathan Harvey, Toshio Hosokawa, Betsy Jolas, Thomas Lacôte et vous-même. Comment avez-vous envisagé ce parcours et ces partitions ?  

Cet album rassemble des œuvres que j’ai jouées -et parfois créées- ces trente dernières années. Très occupé par mes responsabilités dans le monde de l’opéra de 1992 à 2018, je n’ai pas pu les enregistrer plus tôt. Mon départ du Festival d’Aix m’a permis de retrouver davantage de temps pour composer et interpréter. Chacune de ces personnalités m’est très chère : j’ai rencontré Betsy Jolas dans les années 1970, et j’ai créé sa première pièce d’orgue au Festival de Royan en 1976. La rencontre avec Jonathan Harvey a eu lieu au début du Festival Ars Musica : c’était l’une des personnalités les plus chaleureuses et inspirantes que j’ai rencontrées ! Pascal Dusapin est devenu un ami proche depuis la création de son opéra  Medeamaterial  à la Monnaie en 1992, et j’ai assisté à pratiquement tous ses opéras depuis lors. J’ai également connu Toshio Hosokawa à travers le monde de l’opéra, et son œuvre porte la marque d’une rencontre fascinante entre Orient et Occident. Thomas Lacôte appartient à une plus jeune génération d’organistes-improvisateurs-compositeurs, et son monde sonore est à la fois singulier et séduisant. Ce parcours de trente ans est donc à la fois un parcours personnel, mais il offre, me semble-t-il, un beau panorama de la musique d’orgue contemporaine.

L’une de vos prochaines parutions sera consacrée au compositeur Francisco Correa de Arauxo. Pourquoi ce choix ? Quelle est la place de ce compositeur dans l’histoire de la composition pour orgue. 

Correa est l’un de mes compositeurs favoris depuis plus de quarante ans. Né en 1584 à Séville où il a vécu la majeure partie de sa vie, il occupe une place de premier rang parmi les organistes-compositeurs ibériques de l’époque baroque. Sa musique est flamboyante, émouvante, expressive, virtuose... Il nous a aussi laissé un traité, la Faculdad Organica, qui est l’un des plus riches de toute cette époque. J’ai beaucoup joué ses Tientos en concert, et j’ai réalisé deux CD il y a une trentaine d’années. Entre-temps, j’ai pu approfondir ma connaissance de la musique instrumentale de cette époque charnière entre Renaissance et Baroque, notamment aux côtés des cornettistes Jean Tubéry et Lambert Colson. Ces trois dernières années, j’ai revisité l’œuvre de Correa avec une émotion et un plaisir encore plus grands, reparcourant l’Espagne pour trouver les orgues historiques les plus proches de son temps. En fait, Correa jouait un orgue flamand à Séville, témoignage de l’excellence de la facture d’orgues de nos régions à cette époque.

Par ailleurs, s’agissant d’un coffret de 4 CD de musique d’orgue, j’ai souhaité éviter une éventuelle monotonie et j’ai associé Lambert Colson et les chanteurs et instrumentistes de l’ensemble InAlto. Cela nous a permis d’enregistrer des œuvres des compositeurs auxquels se réfère Correa dans sa préface : Josquin des Prés, Roland de Lassus, Thomas Crecquillon, Nicolas Gombert, etc. La présence de ces musiciens franco-flamands fait ressortir l’origine vocale de la musique d’orgue, et illustre parfaitement l’incroyable circulation européenne des œuvres et des styles à cette époque.

Eric Aubier, sur les traces du Paris 1900 

par

Le trompettiste Eric Aubier met a touche finale à un nouvel album intitulé "Cornet 1900" qui met à l’honneur toute une série d'œuvres et de compositeurs rares liés à la capitale française au tournant du XXe siècle (parution mars 2022). C’est également le premier volume d’une collection que le label Indesens va consacrer à la thématique Paris 1900. Crescendo Magazine rencontre l'un des plus brillants trompettiste de notre époque.   

Votre nouvel album se nomme “Cornet 1900” et il énonce la sonorité duveteuse de l'instrument. Qu’est-ce qui fait la spécificité de cet instrument ?
La sonorité « duveteuse » de l’instrument est due essentiellement à ses caractéristiques de conception. Il s’agit en effet du cornet à pistons. Par rapport à la trompette « classique » qui est essentiellement cylindrique dans sa perce, le cornet est partiellement conique ce qui lui donne cette sonorité plus douce et moins éclatante que la trompette. Le nom de cornet vient du cor, donc petit cor.

En quoi correspond-il à l'esprit et au style de Paris en 1900 ?

Le « décor » 1900 a pour but de résumer une époque historique avec tout ce qui se greffe autour à l’image de l’exposition universelle de 1889 qui a consacré la tour Eiffel, mais aussi avec tout ce qu’apporte le XIXe siècle des « lumières » ! Et bien sûr la musique et ses nouveaux répertoires. 

Notre imaginaire est rempli d’images de cette époque, de films muets que nous avons vus, d’ambiances surannées, de saveurs littéraires que nous avons découvertes par la lecture et aussi des 78 tours que nous avons entendus. Pour notre sujet 1900, c’est principalement l’âge d’or du cornet à pistons ! On peut dire que la grande époque de cet instrument inventé vers 1820 sera le XIXe siècle et la première moitié du XXe. A part Colombo et Arban, tous les compositeurs de cet enregistrement ont 1900 comme axe médian de leur vie.

Thibaut Lenaerts, à propos de César Franck

par

L’année 2022 est marquée par les célébrations des 200 ans de la naissance de César Franck. Le label Musique en Wallonie (qui fête ses 50 ans) fait paraître un album d'œuvres chorales qui comporte nombre de découvertes. Le Chœur de Chambre de Namur dirigé par  Thibaut Lenaerts est la cheville ouvrière de cet enregistrement primé d’un Millésime de Crescendo Magazine. Nous rencontrons Thibaut Lenaerts pour parler de César Franck et ouvrir au niveau rédactionnel l’année Franck 2022.  

L’album "De l’Autel au Salon" présente des œuvres chorales du compositeur César Franck. C’est un versant trop peu connu  de son legs. Quelles sont les caractéristiques de ces pièces ? 

Certains des motets ont été édités et ont connu un certain succès : on parle ici par exemple du "Domine non secundum" ou du "Dextera" sans parler du célèbre "Panus Angelicus". D’autres sont tombés dans l’oubli car non édités, recopiés à la main et chantés pour une circonstance particulière (les inédits que j’ai retrouvés entres autres à la Bibliothèque Nationale de France). Toutes ces pièces pourtant méritent une meilleure place car elles permettent de découvrir un compositeur de génie mais aussi un musicien touchant et sincère, aussi bien dans la musique religieuse que profane. Au niveau vocal, ce qui frappe c’est que cela "tombe bien" dans la voix, et ce, pour toutes les voix ; c’est très agréable, sans aucune contrainte. Il y a bien quelques tournures harmoniques plus complexes "à la Franck" mais ce dernier se souvenait toujours qu’il composait le plus souvent pour des chorales de paroisse ou des cercles d’amateurs.

Est-ce qu’il y a un style du César Franck “choral”  ? 

Au départ, je ne pensais pas qu’il y avait un style "choral" Franck mais que sa musique s’inscrivait dans cette période de la seconde partie du XIXe où l’on cherche à redynamiser la musique liturgique comme Saint-Saëns ou Fauré, tous issus de la fameuse école Niedermeyer. Au fur et à mesure de l’assemblage du programme, et naturellement lors de l’enregistrement, nous fûmes frappés par la beauté et la puissance de sa musique, aussi bien dans les grands motets que dans les pièces plus intimistes. Tout ceci était bien loin des poncifs et des idées d’un Franck lourd et ennuyeux !

Adrianne Pieczonka à propos de Clara Schumann

par

Nos amis canadiens mobilisent les plus hautes compétences musicales du pays pour un projet qui explore les univers de Robert et Clara Schumann ainsi que de Johannes Brahms autour de l’Orchestre du Centre national des Arts sous la direction d’Alexander Shelley. Ce projet confronte des oeuvres symphoniques avec des lieder et pour cette deuxième étape discographique, la soprano Adrianne Pieczonka est une invitée de prestige. Crescendo Magazine est heureux de s’entretenir avec l’une des plus grandes chanteuses de notre temps. 

​​Vous participez à une série d'enregistrements qui mettent en lumière Robert et Clara Schumann et Johannes Brahms. Si Robert Schumann et Johannes Brahms sont très connus, Clara Schumann est encore très en retrait en termes de notoriété. Est-il important pour vous de participer à ce renouveau de Clara Schumann ?

Il est très important pour moi de participer à la reconnaissance de la musique de Clara Schumann. Jusqu'à ce que je me lance dans ce projet de CD, je n'avais jamais interprété de lied de Clara Schumann, ce qui, pour être honnête, m'embarrasse un peu. Il est important que les lieder et les œuvres vocales de compositrices, vivantes ou décédées, soient plus largement interprétés et appréciés -par les hommes comme par les femmes.

Nous savons que Clara a passé une grande partie de sa vie de femme mariée à s'occuper des besoins de son mari et de ceux de ses huit enfants. Robert lui-même admet que Clara n'a pas pu consacrer suffisamment de temps à la composition en raison de ses obligations familiales. Avoir découvert les lieder de Clara a été un merveilleux cadeau, certainement une lueur d'espoir pendant la période de pandémie.

Quelles sont les qualités musicales des œuvres de Clara Schumann ?

Elles sont souvent comme des petits bijoux ou des gemmes, très douces et touchantes. L'adoration et la dévotion qu'elle vouait à Robert sont évidentes dans le cadre romantique de nombre de ses lieder. Beaucoup d'entre eux ont un aspect de rêve. Plus rare est le lied qui est plus fougueux dans le rythme et l'accompagnement (Lorelei et Am Strande par exemple).