Dossiers

Un sujet musical abordé selon différents points de vus et, souvent, différents auteurs.

Carlo Rizzi, à propos de Zingari de Leoncavallo 

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Le chef d’orchestre Carlo Rizzi, directeur artistique de l’excellent label Opera Rara, est au pupitre du Royal Philharmonic Orchestra de Londres pour une intégrale du rare opéra Zingari de Leoncavallo. Cette parution, l’un des évènements de la rentrée pour les lyricophiles, est une occasion d’échanger avec le maestro. 

 Comment avez-vous découvert cet opéra Zingari de Leoncavallo ? 

Je connaissais déjà le Zingari de Leoncavallo, bien sûr, et avec Opera Rara, nous l'avions déjà envisagé comme une œuvre intéressante à enregistrer, mais ce qui nous a vraiment fait franchir le pas, c'est lorsque j'ai découvert que la version que nous connaissions était en fait la seconde, créée ultérieurement par Leoncavallo, et non la version originale de 1912 à laquelle nous n'avions pas accès puisque nous ne disposions pas de la partition originale. Mais grâce au musicologue Ditlev Rindom, avec qui Opera Rara travaille, nous avons pu retrouver la partition manuscrite originale de Leoncavallo, ce qui nous a permis d'en produire le premier enregistrement. 

 Quelles sont les qualités musicales de cet opéra qui reste très rare dans les programmations ?

Les qualités musicales de Zingari sont nombreuses : il y a l'inventivité mélodique de Leoncavallo, que l'on retrouve dans les belles mélodies des arias et des duos tout au long de l'œuvre. Il y a aussi les chœurs qui sont très intéressants et puissants. Le chœur du début de l'acte I, par exemple, est l'une des meilleures choses écrites par Leoncavallo à mon avis, dépassant en qualité le chœur d'ouverture de Pagliacci. Il y a aussi un excellent et court intermezzo entre les deux parties de l'opéra. 

Lors de la première, les journalistes italiens ont été sévères à l'égard de cette œuvre qu'ils ont qualifiée de "duplicata inutile de Pagliacci". Cette œuvre est-elle une extension musicale de Pagliacci ?

Zingari n'est pas une extension musicale de Pagliacci. Bien que les deux opéras aient une structure similaire, les personnages de Zingari sont complètement différents : Fleana dans Zingari est un rôle et un personnage complètement différent de Nedda dans Pagliacci. Fleana est en fait un personnage central très intéressant qui fait penser à la Carmen de Bizet. La façon dont Leoncavallo la dépeint musicalement est beaucoup plus variée que celle dont il dépeint Nedda. Par exemple, elle a deux grands duos d'amour avec ses deux amants, un dans la première partie avec Radu et un dans la deuxième partie avec Tamar. Les deux sont complètement nouveaux et différents et ne peuvent pas être trouvés dans Pagliacci.   

Clare Hammond : à propos d’Hélène de Montgeroult

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La pianiste Clara Hammond construit une discographie exigeante et passionnante. Après un album consacré au thème des Variations à travers le regard d'une sélection de compositeurs du XXe siècle, elle nous propose un album intégralement dévolu à des partitions de la compositrice Hélène de Montgeroult.

Votre nouvel album est consacré à 29 Études de la compositrice Hélène de Montgeroult. Qu’est-ce qui vous a orienté vers les œuvres de cette musicienne ? 

En 2019, alors que je me produisais en France, j’ai été présentée au musicologue Jérôme Dorival. Il a consacré sa vie à faire revivre la musique d’Hélène de Montgeroult et il m’a montré certaines de ses partitions. J’ai été immédiatement frappée par la grande qualité de cette musique et par la vision de cette compositrice. Son style a des décennies d’avance sur son temps ; elle semble beaucoup plus proche, dans l’esprit, de la musique de Mendelssohn et de Schumann que de ses contemporains. Jérôme l’a décrite comme le « chaînon manquant entre Mozart et Chopin » - je suis entièrement d’accord ! Sa musique jette une toute nouvelle perspective sur la transition du classique au romantique en musique.

Qu’est-ce qui fait les particularités stylistiques et musicales à ces 29 Études tirées du Cours complet pour l’enseignement du forte-piano ?  

Montgeroult répond à une multitude d’influences dans ses études, ne serait-ce que Haendel et Jean-Sébastien Bach. Son langage harmonique et les textures qu’elle utilise sont étonnamment avancés pour l’époque. En particulier, elle souligne l’importance de créer une ligne cantabile au clavier, à une époque où ce n’était pas une préoccupation centrale pour d’autres compositeurs.

De nombreuses études semblent présager des Romances sans paroles de Mendelssohn, des œuvres de Schubert, Schumann et de Brahms, ainsi que des Études et des Nocturnes de Chopin. Nous n’avons aucune preuve concrète que ces compositeurs connaissaient son œuvre. Pourtant, ces pièces forment un lien si naturel entre leur style et celui des générations précédentes qu’il est difficile de croire qu’ils l’ignoraient complètement.

Est-ce que ces œuvres ont eu une influence sur l’écriture pour le clavier ? Dans le texte du booklet, que vous signez, vous énoncez que ces œuvres de Hélène de Montgeroult ouvrent sur Mendelssohn, Brahms et Reger. 

Nous voyons de fortes similitudes stylistiques dans les études de Montgeroult avec la musique de ces compositeurs, mais il n’y a pas de lien historique direct. Fanny et Félix Mendelssohn ont étudié avec une disciple de Montgeroult à Paris, la pianiste Marie Bigot, et l’on sait que Félix a rencontré Montgeroult en personne en 1825. Pourtant, comme il ne mentionne pas son œuvre dans sa correspondance, on ne peut pas être sûr qu’il connaissait sa musique. Il y a des indices selon lesquels Friedrich Wieck, le père de Clara Schumann, aurait utilisé ses études dans son enseignement. Il est donc possible que les Schumann aient connu sa musique ; mais, encore une fois, nous n’avons aucune preuve.

Olivier Vernet se confie sur son récent enregistrement des « douze pièces » pour orgue de César Franck

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À l’occasion de l’anniversaire César Franck paraissent une série d’enregistrements consacrés à son œuvre d’orgue et dont nos colonnes se feront très prochainement l’écho : parallèlement à un album chez Musique en Wallonie (Joris Verdin, Cindy Castillo, Bart Verheyen), la discographie vient d’être abondée par Michel Bouvard (La Dolce Volta),  Jean-Luc Thellin (BY Classique), et Olivier Vernet (Ligia) sur le prestigieux Cavaillé-Coll de Caen. Après plus de trente ans à pratiquer et approfondir ces douze pièces emblématiques, le titulaire du Grand Orgue de la Cathédrale de Monaco a bien voulu répondre à nos questions.

Après le Cavaillé-Coll de Saint-François-de-Sales pour sa première intégrale des « Douze Pièces » chez Erato, Marie-Claire Alain retint pour sa seconde celui de l’Abbaye aux Hommes de Caen, quelques années avant la rénovation achevée en 1999. En 2002, Susan Landale sélectionna également ce site pour y enregistrer une partie de son intégrale chez Calliope (Grande Pièce Symphonique, Final, Trois Chorals). Le choix d’un orgue est affaire de compromis, selon son esthétique sonore, ses possibilités à la console, son état de conservation… Pour aborder Franck, quels sont les atouts et les contraintes de ce prestigieux Cavaillé-Coll normand ? Y-a-t-il des jeux ou combinaisons qui vous séduisent à cette tribune ? Au-delà de la cohérence, un seul instrument peut-il dominer tous les enjeux fixés par ces pièces ? Laquelle sonne le mieux à Caen ?

Lorsque l’on évoque l’œuvre d’orgue de César Franck, on pense bien sûr à l’orgue Cavaillé-Coll de Sainte-Clotilde à Paris. Un instrument qu’il aimait beaucoup et qui a incontestablement été le vecteur idéal de sa pensée musicale. Ses caractéristiques techniques le rendaient unique avec la composition des claviers de grand-orgue et de positif similaire, complétés d’un récit lointain, mystérieux et intensément expressif. Les témoignages d’époque que nous en avons sont unanimes à dire que c’était un chef-d’œuvre d’équilibre et de poésie. Cet orgue a été profondément remanié au XXe siècle sous l’influence de Charles Tournemire et de Jean Langlais puis par leurs successeurs. Si son esthétique sonore d’aujourd’hui est très modifiée, il n’en reste pas moins l’un des plus beaux instruments de la capitale. Il nous est donc impossible d’affirmer que l’orgue actuel de Sainte-Clotilde est l’orgue idoine pour Franck. Puisqu’il m’a fallu chercher une solution ailleurs, mon choix s’est porté sur le grand Cavaillé-Coll de l’Abbaye aux Hommes de Caen. Je connaissais l’instrument pour y avoir enregistré il y a quelques temps un disque Widor. Marcel Dupré, qui l’a souvent joué, le qualifiait "d’orgue à la Guillaume le Conquérant". L’intérieur de l’Abbatiale est un prodige de l’architecture romane normande et son chœur gothique abrite le tombeau de Guillaume depuis 1087. L’orgue construit en 1885 possède 50 jeux sur trois claviers et un pédalier. La palette sonore est d’une richesse inouïe ;  la profondeur, le raffinement et la poésie des différents registres font de cet orgue un chef-d’œuvre absolu. Tout y est renversant, du petit bourdon solo au tutti éclatant, en passant par les flûtes harmoniques, le grand fond d’orgue, les anches solistes… J’ai joué beaucoup de grands Cavaillé-Coll. Tous sont d’une grande beauté ; je pense en particulier à Saint-Sernin à Toulouse, mais aussi Rouen, Lyon, ou encore les Cavaillé-Coll du pays basque espagnol. Loin de moi l’idée d’un faire un classement, mais je vous assure que les sensations aux claviers de Caen sont inégalables et vous marquent à vie !

Alors, certes, nous sommes loin des particularités de l’orgue de Sainte-Clotilde. C’est un orgue « viril », puissant, avec un récit très présent et dont le maniement de la boite expressive est difficile. Mais la musique de Franck y sonne admirablement bien pour peu qu’on prenne soin de la registrer avec art. Les Trois Chorals sonnent incontestablement d’une manière noble et majestueuse dans toute leur dimension.

On connait la boutade « mieux vaut avoir l’âge de ses artères que l’âge de César Franck ». Les Chorals datent de l’année de sa mort, mais il n’avait pas quarante ans lorsqu’il écrivit la Fantaisie ou la Prière. À supposer que ces opus drainent la réputation d’une musique austère, dogmatique, sempiternelle, quels conseils d’écoute donneriez-vous aux mélomanes qui veulent la découvrir sans préjugé ? Un cheminement privilégié dans ces deux heures et demie, une disposition ou une préparation d’écoute particulières ? Comment sensibiliser l'auditeur à un tel parcours ?

La musique d’orgue de Franck n’a pas grand-chose à voir avec celle de ses contemporains. Mis à part certains aspects du Final qui affiche quelques accents du dédicataire de la pièce, Lefébure-Wély, vous ne trouverez pas d’expression de joie éclatante, d’effets faciles, ou d’expression de virtuosité pure. Autant dans les œuvres de la première période que dans les pièces tardives, Franck s’attache nourrir son langage d’harmonies riches, puissantes ; son discours musical est toujours d’une extrême fluidité, teinté de retenue. Pas de déferlement de notes ou de tutti intempestifs. Techniquement parlant, nous sommes loin des difficultés que l’on trouve dans ses œuvres de piano ou de musique de chambre. Si les mécaniques de Cavaillé-Coll permettent un jeu souple et virtuose que Vierne et Widor requerront dans leurs Symphonies par exemple, Franck ne lance pas de défis techniques aux organistes. Il n’en reste pas moins que bon nombre de ses œuvres demandent concentration, inspiration et endurance, comme la Grande Pièce Symphonique, la Prière ou les Trois Chorals.

Je ne pense pas qu’il faille se lancer dans l’écoute intégrale et d’affilée des 12 pièces pour orgue. Il faut plutôt se promener dans le corpus à son rythme et à sa convenance. Les Trois pièces du Trocadéro sont puissantes et faciles d’accès. Puis les Six pièces en commençant par Prélude, fugue et variation. Les Trois Chorals sont peut-être à écouter en dernier, comme la lecture d’un testament.

Quelle est la place de la maturité interprétative pour jouer cet ensemble ? Vous incluez ces pièces en concert depuis une trentaine d’années. Hormis la célébration du bicentenaire du compositeur, y-a-t-il d’autres facteurs qui vous ont décidé à lui faire enfin rejoindre votre discographie par la grande porte ?

Cette musique m’a demandé beaucoup de temps pour l’assimiler, musicalement parlant. Plus que pour certains répertoires, il faut aller bien au-delà des notes pour restituer la « substantifique moelle » de cette œuvre qui ne se livre pas facilement au premier abord. Je pense en particulier à la Prière que j’ai redoutée très longtemps. La conduite de la pensée musicale dans les Chorals est souvent mise à l’épreuve, et il faut avoir une grande hauteur de vue pour ne pas se perdre dans des détails qui pourraient briser le rythme et l’unité de l’œuvre.

L’âge aidant, je joue effectivement cette musique depuis très longtemps en concert. Bien entendu les Trois Chorals, les Trois pièces du Trocadéro, et plus épisodiquement les Six pièces. Je souhaitais depuis longtemps enregistrer tout ce répertoire que j’aime tant, mais je ne m’étais pas fixé d’échéance. Je me heurtais surtout au choix de l’instrument idéal et n’arrivais pas à me décider : Toulouse, Rouen, Bécon, Epernay, ou les Cavaillé-Coll du pays basque espagnol ?

Julien Chauvin, Mozart évidemment 

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L'infatigable et dynamique Julien Chauvin est l’un des artistes qui dynamite l’univers de la musique classique. Avec son Concert de loge, il fait paraître chez Alpha un album consacré à Mozart pour lequel il est rejoint par rien moins que le légendaire Andreas Staier. Julien Chauvin répond aux questions de Crescendo Magazine 

Vous faites paraître le volume n°2 d’un projet nommé “Simply Mozart”. Pourquoi ce titre à la fois évident et énigmatique ? 

La musique de Mozart, sur le papier et à l’écoute, semble simple, facile d’accès et intuitive, alors que parfois, il a eu de grandes difficultés à écrire certaines œuvres. Cette apparente simplicité est liée au fait qu’après une longue série de disques consacrés à Joseph Haydn, nous souhaitions aborder « simplement » la musique de Mozart sous les micros...

Ce programme comporte une ouverture, un concerto et une symphonie. Pourquoi le choix de ces trois œuvres ? 

Dans la continuité de cette apparente simplicité, l’envie était de donner un programme complet, et qui abordait 3 genres que Mozart a abordés sans relâche toute sa vie : l’opéra, la symphonie et le concerto. Ainsi, on perçoit mieux comment Mozart organise le discours, à quel instrument il confie les différents « affects », et comment il sculpte les sonorités particulières des instruments à cordes et à vents.

Vous dirigez la Symphonie n°40 de Mozart, tube des tubes du compositeur, mais également l’une des œuvres dont l’interprétation est marquée par tant de légendaires versions. Comment se prépare-t-on à un enregistrement ? 

En oubliant les légendes justement. Je n'écoute jamais les versions existantes des oeuvres que j’enregistre, et je serais bien incapable de dire quelles sont celles qui sont légendaires pour cette oeuvre… La préparation, c’est une balance entre ce qu’on souhaite transmettre quand on lit le matériau musical, à la table, et ce qui ressort du cœur des musiciens au moment des répétitions. Je pense qu’il est très important de laisser une part d’improvisation et de flou quant à certains choix musicaux. Car finalement, tout va s’imbriquer au moment des répétitions, et de multiples paramètres peuvent jouer : la texture instrumentale, les nuances, le tempo, le rubato de certains musiciens, et bien sûr le timbre très particulier des instruments anciens...

Max Volbers, virtuose de la flûte à bec 

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Le jeune flûtiste Max Volbers est le récipiendaire du  prestigieux Deutscher Musikwettbewerb 2021. Dans le cadre de l’accompagnement exemplaire que cette institution met en place pour les jeunes artistes, il fait paraître un disque “feu d’artifice” qui explore toutes les potentialités de cet instrument. Il répond aux questions de Crescendo-Magazine. 

Vous êtes le lauréat du Deutscher Musikwettbewerb 2021. Que représente ce prix pour vous ? 

 En fait, beaucoup de choses : nous parlons depuis Frans Brüggen -c'est-à-dire depuis longtemps- du fait que la flûte à bec est "arrivée" dans la vie des concerts, qu'elle est prise au sérieux, qu'elle est bien plus qu'un instrument pour les enfants. Le fait que nous devons toujours répéter cela comme un moulin à prières, même après d'innombrables concerts, enregistrements de CD, apparitions à la télévision de nombreux joueurs exceptionnels de différentes générations, montre que nous avons encore un bon bout de chemin à parcourir. À cet égard, c'est un peu comme si la flûte à bec avait également remporté ce concours. En effet, la particularité du concours est qu'à partir de la 3e épreuve, tous les jurys spécialisés se réunissent pour former un grand jury. Vous jouez donc la finale devant 30 jurés qui viennent tous de directions musicales et d'instruments très différents. J'ai donc pu convaincre des musiciens très différents avec mon instrument et son répertoire, dont la plupart ne connaissaient pas la flûte à bec. Et c'est vraiment un sentiment très agréable. 

Ce qui est génial avec ce prix, c'est qu'il est lié à un si bon suivi, on est supervisé et soutenu intensivement pendant plusieurs années et, enfin, l'enregistrement du CD fait également partie du prix.

 Il s'agit de votre premier enregistrement. Comment avez-vous conçu le programme et choisi les œuvres ? 

 Au début, on s'assoit vraiment devant une feuille blanche et on commence à rassembler des idées. J'ai su assez rapidement que je voulais me concentrer sur les différents processus d'arrangement et explorer de nouvelles œuvres sur mon premier CD. Une fois que cela a été clair, j'ai tout de suite su quelle pièce je voulais absolument enregistrer, à savoir le Concerto Pasticcio de Bach que j'avais joué pour la première fois lors de mon récital de fin d’études. J'ai réfléchi aux différents chemins vers le nouveau répertoire que je voulais emprunter, qui étaient les suivants : Pasticcio (comme je l'ai dit, je le savais déjà), la paraphrase, la variation, la diminution (une technique d'ornementation particulière qui a connu son essor au 17e siècle), le remaniement pour un autre instrument, la commande d'une nouvelle pièce. J'ai dressé une longue liste de morceaux qui, selon moi, pourraient convenir, et qui sont finalement devenus les neuf morceaux que nous avons enregistrés ensemble. J'ai estimé qu'il était important de donner également un exemple de transcription réelle du XVIIIe siècle, à savoir la Suite de Charles Dieupart. Il a écrit à l'origine les Six suites pour clavecin, mais elles ont également été publiées à la même époque (probablement pour des raisons commerciales et peut-être à l'insu et sans le consentement de Dieupart) pour flûte à bec et/ou violon et basse continue. La musique de Dieupart, soit dit en passant, a grandement influencé Jean-Sébastien Bach ; nous savons qu'il a copié les suites et en a incorporé une partie dans ses Suites anglaises. Au final, j'avais une grande liste de pièces qui aurait pu être enregistrée sur quatre ou cinq CD - beaucoup trop de musique. Il a été assez difficile d'en faire une sélection finale. Il était important pour moi que, malgré toutes les différences stylistiques entre les pièces, le résultat soit un programme qui semble logique. Presque comme une histoire qui serait cohérente en elle-même. 

Jean-Louis Beaumadier et la flûte piccolo 

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Éminent représentant de la flûte, Jean-Louis Beaumadier est un virtuose du piccolo. Avec cet instrument, il a parcouru le monde, jouant sous la direction des plus grands chefs tout en contribuant salutairement à faire connaître le répertoire pour son instrument. Alors qu’il fait paraître chez Calliope un album intitulé “Viva Piccolo”, il répond à nos questions   

Vous êtes connu pour votre action pour faire connaître la flûte piccolo. Qu’est-ce qui vous a attiré vers cet instrument ? 

Lorsque j'étais jeune, mes grands-parents ont acheté pour moi  une flûte en argent d'occasion à la veuve d'un flûtiste, et en prime cette dame a ajouté un vieux piccolo  ! C’était un instrument en ébène de la marque française  Bonneville. Cet instrument en bois, avait un son merveilleux et j'avais grand plaisir à y jouer les classiques de la flûte, Bach, Telemann ,Mozart, notamment grâce au magnifique registre grave qu'il avait !

Je suis entré à l'Orchestre National de France avec cet instrument, mais j'ai dû rapidement en changer à cause de la justesse de l'orchestre auquel il n'était pas adapté. J'ai pris alors un instrument de la marque américaine Haynes. Ces productions sont directement inspirées par l'ancienne facture française, et j'ai tenté de retrouver le son d'origine de mon premier piccolo, en quelque sorte un son bio ...

 S’il existe une école française de la flûte mondialement réputée, qu’est est-il d’une école française de la flûte piccolo ?  Quelles en seraient les caractéristiques ? 

De nos jours, avec les échanges internationaux, les concours, les Master-classes, les  styles de jeu ont tendance à se standardiser. Cependant, la caractéristique de l'école française demeure la clarté de l'articulation ! Et d'après moi, il en est de même pour le piccolo.

 Votre nouvel album se nomme “Viva Piccolo”. Il semble être une vitrine musicale de toutes les potentialités de la flûte piccolo. Comment l’avez-vous conçu ? Comment avez-vous choisi les œuvres proposées ? 

Cette question nous ramène directement au duo que je forme avec Véronique Poltz. En effet, les choix sont collectifs puisque Véronique a arrangé personnellement plusieurs pièces de l’album. Ces choix sont éminemment musicaux : ce récital dans  sa version concert commence par les classiques, se poursuit par la musique française et se termine par des pièces plus romantiques. Mais nous avons dû nous adapter pour le disque  en commençant  par les romantiques. Nous avons souhaité enregistrer un album qui nous ressemble : à la portée du plus grand nombre, mais riche de puissantes pièces musicales souvent très  émouvantes. Dans la période troublée du monde contemporain, nous souhaitons  offrir un  baume musical divertissant et doux. 

Astrig Siranossian : Duo Solo

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La violoncelliste Astrig Siranossian fait paraître un album intitulé “Duo Solo”. La jeune musicienne fait dialoguer des œuvres mythiques pour violoncelle de Bach,  Kodály et Ligeti avec des mélodies traditionnelles arméniennes. Astrig Siranossian est évidemment la soliste au violoncelle mais elle interprète également les mélodies traditionnelles. Crescendo Magazine a souhaité en savoir plus et s’entretient avec la musicienne.  

Votre nouvel album se nomme “Duo Solo” et propose des grands classiques de la littérature pour violoncelle solo avec des chansons traditionnelles arméniennes. Comment avez-vous conçu ce projet ? 

J'ai conçu cet album "Duo Solo" à travers un programme de concert en violoncelle solo que je voulais le plus fidèle à la musique que je joue et la musique qui, finalement, me représente le plus, à savoir la mélodie populaire arménienne, qui fait tout autant partie de mon ADN musical que les suites pour violoncelles de Bach. Le violoncelle et la voix ont toujours été un moyen d'expression et, au fil des années, à force de partager sur scène ce programme, j'ai enfin voulu le graver sur disque, poussée notamment par tous les temps de confinement qui m'ont amenée à passer plus de temps seule avec mon violoncelle, et à explorer ainsi tout son répertoire. 

Est-ce que ces chansons arméniennes, dont vous nous expliquez la transmission par votre famille, ont une portée personnelle encore plus importante dans le contexte international actuel ? 

Ce qui est très émouvant pour moi, c'est que les mélodies populaires sont vraiment une extension de la langue arménienne. En effet, c'est une culture qui est très attachée à la musique : dans la très grande majorité des foyers, les enfants jouent du piano, du violon, du violoncelle et chantent.  La musique populaire est ainsi très présente. La transmission de la musique est donc un moyen de préserver ce patrimoine. Je ne l'avais jamais vraiment vu en danger jusqu'à la guerre des 44 jours qui a eu lieu en 2020 en Arménie, et évidemment récemment en 2022. L'urgence de préserver culturellement l'histoire et toute la civilisation liée à l'Arménie est devenue très importante. Mais je tiens à préciser bien entendu que ce projet n'est pas un geste politique, et que la seule raison pour laquelle je le fais est simplement parce que cette musique est une musique qui me permet d'être entière face au public. 

Harnoncourt et l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam

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L’Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam fait paraître un coffret composé de captations de concerts sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. Ce box documente la longue et étroite collaboration entre la phalange amstellodamoise et le chef autrichien. A cette occasion Crescendo Magazine retrouve Lodewijk Collette, responsable éditorial et Daniël Esser, ancien violoncelliste de l’orchestre et conseiller sur ce coffret pour remettre en perspective cette parution.   

Au début des années 1970, Harnoncourt faisait ses débuts de chef d'orchestre et avait dirigé le Residentie Orkest de La Haye. Comment s'est déroulée la rencontre avec l'Orchestre Royal du Concertgebouw ? 

Les réactions et critiques positives aux concerts avec le Residentie Orkest et les "rumeurs" sur les grandes qualités de Harnoncourt en matière de pratique d'interprétation authentique ont suffi à la direction artistique du RCO (dont Marius Flothuis était le responsable) pour l'inviter en 1975 à diriger la Passion selon Saint Jean de Bach à Amsterdam avec le RCO. Les musiciens furent en général immédiatement convaincus, tout comme le public et la presse. 

Comment l'orchestre a-t-il réagi à la collaboration avec N. Harnoncourt ? Quelles ont été les conséquences pour le RCO et sa sonorité d’ensemble des venues régulières de N. Harnoncourt ? 

Les musiciens de l'orchestre ont pris conscience qu'ils pouvaient apprendre beaucoup de cet "apôtre authentique", par exemple un son plus léger sans trop de vibrato, des tempos plus rapides, des accents et des contrastes plus prononcés. En bref, une extension de la conscience sonore déjà existante de l'orchestre.  

C'est avec le RCO que Harnoncourt a élargi son répertoire en se confrontant aux grandes œuvres du répertoire symphonique du XIXe. Comment le choix des œuvres a-t-il été déterminé ? 

Le choix du répertoire est venu de Harnoncourt lui-même, bien sûr en concertation avec la direction artistique de l’orchestre et de Teldec, le label du chef d’orchestre pour lequel nous avons gravé de nombreux disques. Ce fut un développement logique et naturel du point de vue de l'histoire de la musique.  

Jean-Luc Thellin, à propos de l’intégrale des oeuvres pour orgue de César Franck 

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L’organiste Jean-Luc Thellin fait l’évènement avec une intégrale des oeuvres pour orgue de César Franck enregistrée entre Liège et Bécon-Courbevoie près de Paris. Cette somme propose également des versions pour orgue de la Symphonie en ré mineur et des Variations symphoniques. A l’occasion de la sortie du coffret discographique chez BY Classique et en prélude à une série de concerts, Crescendo s’entretient avec Jean-Luc Thellin,

Que représente pour vous l'œuvre pour orgue de César Franck ? Quelles sont ses spécificités dans l’histoire de la littérature pour orgue du XIXe siècle ?   

L’œuvre de César Franck est unique dans l’histoire des répertoires d’orgue. De tout temps, on a pu observer des chocs évolutifs dans les Arts en général et dans la musique en particulier. Il faut reconnaître qu’avant les années 1840, le paysage compositionnel français de l’orgue est relativement pauvre. César Franck va, sans réellement sans rendre compte, révolutionner la pratique de l’orgue, de l’improvisation mais également de la composition. Un langage riche, harmoniquement technique et travaillé qui n’existait pas jusque là va prendre place grâce à lui.

Franck va également donner une place « orchestrale » à l’orgue de par le traitement de la densité du discours mais également par la volonté d’associer les plans sonores et les couleurs aux différents plans d’un grand orchestre, ce qui est nouveau dans le répertoire du 19e.

Est-ce qu’il y a des exigences techniques et musicales spécifiques pour rendre toutes les facettes des partitions pour orgue de César Franck ?  

La particularité des œuvres pour Grand orgue de Franck est que techniquement nous nous trouvons dans un contexte « d’anti-virtuosité ». Franck a radicalement contrasté son approche entre ses œuvres pour piano qui restent très virtuoses et son œuvre pour orgue qui va à l’opposé de cette virtuosité pour tirer vers une intériorité quasi omniprésente. Les exigences techniques seront à mon sens basées ici autour de la technique du legato, de la recherche du souffle dans la phrase et surtout de la technique de gestion et maîtrise de la boîte expressive qui joue un rôle primordial chez César Franck.

Catarina Amon, à propos de Classeek

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La plateforme en ligne Classeek ne cesse de se développer. 5 ans après son lancement, elle annonce toute une série de développements dont une série de concerts de jeunes talents diffusés en ligne. A cette occasion Crescendo Magazine s’entretient avec Catarina Amon, fondatrice et PDG de Classeek. 

Classeek a été fondée en 2017. Quel bilan tirez-vous 5 ans plus tard ? 

Le bilan le plus évident est que Classeek est une belle aventure. Car c’est comme une belle histoire d’amour, toujours animée par la même passion du premier jour. On ne regrette rien et on recommencerait. Notre engagement pour servir sa mission <Découvrir, suivre et soutenir les talents à travers le monde> ne se tarit pas. La fraîcheur, l’esprit créatif et innovateur y sont essentiels. Classeek est naturellement aussi un chemin d’apprentissage. On essaye, on trie ce qui fonctionne de ce qui ne fonctionne pas, et c’est ainsi qu’on avance dans le temps. Aujourd’hui je suis fière de ce que Classeek soitt devenue et de ce qu’on a pu construire.

Nous développons une vraie communauté, avec déjà 9 ambassadeurs exceptionnels au service des jeunes, qui nous ont recommandé 37 artistes qui se sont présentés sur notre scène et en livestream et qui ont participé à notre Programme. Cette année pour la première fois nous avons ouvert une place à des candidatures et nous avons reçu 98 candidatures de jeunes artistes entre 20 et 30 ans de grande qualité pour notre Programme 2022-2023. Et nous avons 2000 utilisateurs sur la plateforme sur ClasseekLink avec de belles histoires à raconter !

Cette rentrée est marquée par de nouveaux développements de la plateforme. Pouvez-vous nous les présenter ? 

ClasseekLink est une plateforme qui a l’ambition d’être la référence de l’industrie pour les jeunes artistes afin de se présenter, se rencontrer et de rester en contact entre eux et avec les professionnels. On crée une vraie communauté. Depuis sa naissance en octobre 2020, elle est en constante progression tel le chemin de vie d’un jeune musicien. Cette saison, nous allons la rénover de manière différente : par l’expérience utilisateur, le design pour la rendre plus parlante pour les jeunes générations, agréable d’utilisation afin qu’il se sentent comme “à la maison”. Nous commençons par l’amélioration de notre produit phare : le press kit digital qui est un outil créé en 2018 et qui sera intégré au profil des artistes. En un seul geste, un artiste où qu’il soit dans le monde pourra créer son profil avec presskit intégré et se présenter gratuitement. Facile à créer, mettre à jour et partager avec les organisateurs qui peuvent télécharger les matériels nécessaires directement en un clic, il permettra d’économiser des échanges de mails successifs. Un nouvel outil sera aussi intégré à la plateforme cette saison, une Newsroom qui donnera accès en temps réel à toutes les nouvelles de l’industrie agrégées apparues sur des médias généralistes, spécialisées de musique classique,  et sur les réseaux sociaux. Cette Newsroom permet aussi de filtrer le tout par dates, des nouvelles sur des catégories plus spécifiques, comme par exemple la discographie, les revues, les prix obtenus dans les compétitions, des interviews, des nouvelles sur des festivals, des premières et, à chaque recherche, on peut trouver les noms les plus cités dans les sources trouvées. Si on cherche dans la catégorie compétitions aujourd’hui, on voit que le nom le plus cité est celui du pianiste ukrainien Dmytro Choni qui a reçu la médaille de bronze cet été à la compétition Internationale de Van Cliburn. D’autres fonctionnalités verront le jour, destinées à développer un vrai esprit communautaire.