Dossiers

Un sujet musical abordé selon différents points de vus et, souvent, différents auteurs.

Berlioz, le coffret Warner événement

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Tout comme cela fut fait pour Debussy, Warner publie un gros coffret avec les oeuvres d’Hector Berlioz, magnifique entrée en matière pour les célébrations des 150 ans de la mort du génial compositeur. A cette occasion, Crescendo Magazine vous propose une rencontre avec Philippe Pauly, la cheville ouvrière de ce coffret et l’un des plus grands connaisseurs de la discographie de la musique classique.  

Dans le cadre de cette intégrale, vous avez dû planifier des enregistrements pour compléter le coffret par des œuvres inédites. N’est-il pas surprenant, en 2018, d’avoir encore des inédits de Berlioz comme cette Nonne Sanglante ?

Je dirais oui et non : plusieurs raisons peuvent expliquer de tels phénomènes. Parfois, une partition que l’on croyait perdue est miraculeusement retrouvée : ce fut le cas de la Messe solennelle de Berlioz. D’autres fois, le manuscrit est connu mais appartient à des collections privées et reste longtemps inaccessible : c’est encore le cas de certaines pages de Debussy. La résurrection de fragments plus ou moins achevés nécessite souvent un long travail d’édition et de reconstruction afin de rendre ces œuvres exécutables. Concernant Berlioz, son œuvre ne fit l’objet de recherches approfondies que relativement récemment : dois-je rappeler qu’il fallut attendre 1969 pour que la partition complète des Troyens soit enfin éditée ?

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Dans le prolongement du concert du 30 janvier 2019 au Senghor ayant pour thème "Les Voies de la Voix Acousmatique", dont nous nous sommes fait l'écho par ailleurs, nous avons pu nous entretenir brièvement avec la compositrice Annette Vande Gorne, qui porte haut l'étendard de la musique acousmatique en Belgique.

Considérés comme des courants d'avant-garde au XXème siècle, les musiques concrète, électroacoustique et acousmatique ont-elles aujourd'hui dépassé le stade de l'expérimentation? Quelle est leur place dans le paysage musical actuel? Ne s'agit-il pas aujourd'hui de combats d'arrière-garde, alors que de nombreux compositeurs prônent un retour aux formations "classiques" ou à une nouvelle simplicité?

La question est posée de façon négative, qui oblige à justifier l’existence même de la musique acousmatique, concrète et électroacoustique aujourd’hui… Son existence est au contraire pleinement active et, il est vrai, différente des « retours à » d’arrière-garde à la mode actuellement (tentative de récupération de public à bon compte?). Rien de plus ouvert et accessible que le concert et la musique acousmatiques !

Julien Libeer, un pianiste dans son temps

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Le jeune pianiste belge Julien Libeer est un talent qu’on s’arrache. Repéré dès 2010 par l’Union de la Presse musicale belge, ce musicien complet passe avec aisance du récital au concerto en passant par la musique de chambre. Crescendo Magazine vous propose de rencontrer un artiste engagé sans son époque, alors que sort un album assez disruptif consacré à Mozart et Lipatti.

Vous proposez sur cet album le concerto de Dinu Lipatti ? Une oeuvre fort rare, comment l’avez-vous découverte ?

J’ai eu un grand coup de foudre pour Lipatti pianiste quand j’étais étudiant au conservatoire. Du coup, avec l’enthousiasme propre aux jeunes amoureux, je me suis plongé dans sa discographie, sa biographie, j’ai donc inévitablement découvert qu’il avait également été compositeur. Quand j’ai fait mon premier disque, j’avais déjà décidé de le ‘remercier’, pour le dire ainsi, en y incluant quelques pièces solo, aux côtés de Ravel -autre compositeur à la pensée limpide.

Jodie Devos, colorature, Offenbach

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En marge de la sortie du CD Colorature, nous avons pu nous entretenir avec Jodie Devos, la soprano belge qui met le monde de la musique à ses pieds. 

Jodie Devos, avant de parler de votre actualité et du CD consacré à Offenbach, quels sont les trois événements marquants pour l’année 2018 ?

Cette année a été particulièrement riche mais je citerais tout d’abord l’enregistrement du CD Colorature qui est un grand souvenir. Cette session d’enregistrement fut intense et passionnante.

Ensuite je pense tout particulièrement au rôle de Susanna dans les Noces de Figaro mis en scène à Liège par Émilio Sagi et sous la direction de Christophe Rousset que j’apprécie tout particulièrement. Le rôle de Susanna ne présente pas les caractéristiques d’une voix colorature mais ce rôle me convient bien et je crois que j’aimerai le chanter tout au long de ma carrière. Enfin, je citerais mon rôle d’Arthur dans La Nonne Sanglante de Charles Gounod que j’ai eu l’occasion de chanter à l’Opéra Comique à Paris. C’était une résurrection pour cette œuvre qui n’avait plus été mise en scène en France depuis près d’un siècle. C’était très émouvant !

JoAnn Falletta, cheffe d’orchestre à la curiosité sans frontières

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La Maestra JoAnn Falletta est une exploratrice musicale, aimant découvrir et enregistrer des partitions tombées dans l’oubli. Avec ses fidèles musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Buffallo, elle a gravé pour la firme Naxos l’un des plus épatants panoramas de la musique orchestrale. L’ensemble compose l’un des legs les plus indispensables de notre époque et se doit d’être un modèle d’intelligence et d’inspiration pour les jeunes générations de musiciens. Alors qu’elle dirige au Concertgebouw d’Amsterdam un exigeant programme qui associe littérature et musique contemporaine, elle répond aux questions de Crescendo Magazine.  

Quand on regarde votre discographie, on est impressionné devant son amplitude. Vous avez enregistré un incroyable panorama de la musique orchestrale avec des oeuvres de Respighi, Novák, Glière, Schmitt, Holst, Schreker .... Comment avez-vous découvert ces partitions, car certaines sont des raretés absolues?

Le répertoire "moins connu" m'a toujours intéressée. J’ai cet attrait depuis ma jeunesse mais cette attirance s’est renforcée au moment où suis devenue directrice musicale du Womens Philharmonic. Notre mission au Womens Philharmonic était de jouer des musiques inconnues composées par des femmes (que ce soient des oeuvres du passé ou des oeuvres de notre temps). J'ai dû faire beaucoup de recherches sur le répertoire -de Hildegard von Bingen aux premières mondiales des femmes contemporaines. J'aimais découvrir de nouvelles partitions ou des trésors injustement tombés dans l’oubli. Cet appétit de trouver des œuvres inhabituelles a été ravivé lorsque Klaus Hermann, le fondateur du label Naxos, a invité l’Orchestre Philharmonique de Buffalo à devenir l'un de ses orchestres réguliers pour des d'enregistrements. Bien sûr, Klaus ne voulait pas ré-enregistrer les piliers du répertoire. Il m'a mise au défi de trouver des partitions qui seraient des joyaux à découvrir. J'ai décidé de me concentrer sur la musique européenne post-romantique tardive. Je me suis mise à regarder partout, je lisais d'innombrables livres et articles et j’écoutais tout ce que je pouvais trouver ! La recherche des musiques injustement négligées est devenue pour moi une force directrice dans ma vie musicale. L'orchestre et moi-même nous sommes sentis très privilégiés de pouvoir enregistrer ces raretés et de les présenter aux mélomanes du monde entier.

Michel Fourgon, compositeur sur les traces de Goethe

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Dans le cadre de son prochain festival Storytelling, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège et son chef, Christian Arming, ont notamment mis à l’affiche la création du dernier opus en date du compositeur belge Michel Fourgon, Goethes Fragmente. L’occasion est belle de faire plus ample connaissance avec un compositeur qui bénéficie d’une excellente réputation mais qui n’est sans doute pas (encore) assez connu du grand public.

Lorsqu’on parcourt le catalogue de vos œuvres, un élément apparaît avec force, c’est la présence répétée de la voix, et cela sous toutes ses formes, de la mélodie à l’opéra. Est-ce bien le reflet d’une volonté, d’un goût particulier de votre part ?

Il est incontestable que la voix résonne en moi de manière très particulière. Le recours à la vocalité m’apparaît très souvent comme une évidence, comme un moyen privilégié de transmettre quelque chose de fort, de profond. C’est sans doute d’abord une conséquence de mon éducation. J’ai eu la chance de grandir au sein d’une famille de musiciens pour qui la pratique vocale, et notamment des chants populaires, était quotidienne. J’ai adoré chanter moi-même, déjà enfant puis en tant que membre de divers ensembles vocaux.

Han Bin Yoon, directeur artistique du Brussels Cello Festival

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Le violoncelliste américano-coréen Han Bin Yoon est le directeur artistique du Brussels Cello Festival, dont la première édition a eu lieu en octobre 2018. Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP, s’est entretenu avec lui au sujet de son festival et ses prochaines éditions.

La première édition du Brussels Cello Festival s’est clôturée il y a 2 mois. Quelles conclusions tirez-vous de cette expérience -à quel point fut-ce un succès ?

Le succès de cette première édition du Brussels Cello Festival a dépassé toutes nos attentes ! Chaque soir, les salles étaient pleines d’un public enthousiaste. Après la ferveur suscitée par la 1ère édition consacrée au violoncelle du Concours Musical International Reine Elisabeth (CMIREB), il était clair que le public belge ne devrait pas attendre 4 longues années avant de revivre une telle « communion » musicale autour de cet instrument merveilleux. Nombreux sont ceux qui considèrent d’ailleurs déjà la création de notre festival comme un événement marquant dans l’histoire musicale belge. Les liens d’amitié qui se sont noués entre tous les violoncellistes au cours du festival m’ont confirmé son caractère unique et c’est un organisme qui doit grandir au cours des prochaines années. Nous sommes déjà en train d’organiser l’édition 2020 et nous nous en réjouissons !

Toon Fret, flûtiste sans frontières

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Professeur au Conservatoire Royal de Liège et membre fondateur des ensembles Het Collectief et Oxalys, Toon Fret est un musicien qui aime sortir des sentiers battus. À l’occasion de la parution de son nouveau disque “Origins” chez Fuga Libera, son troisième avec la pianiste Veronika Iltchenko, il répond aux questions de Crescendo-Magazine  

Votre nouveau disque se nomme “Origins”. Pouvez-vous nous en expliquer le concept ?

Il s’agissait de retrouver un ADN plus “naturel”, une sorte de goût du terroir en musique  après deux précédents albums centrés sur la musique de la “Belle époque” avec des partitions plus orientées vers le salon que vers la nature. Dans cet album nous mêlons différents types de musiques plutôt purement folkloriques comme avec Bartók ou Amirov à des oeuvres plus “savantes” comme la Sonate pour flûte et piano d’Erwin Schulhoff. Cette dernière reprend des techniques de collage des années folles à Berlin mais elle est inspirée de différentes chansons populaires que le compositeur avait entendues pendant son enfance à Prague. C’est une partition que je voulais absolument faire découvrir.

Manu Poiré : un héros discret s’en est allé…

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Emmanuel Poiré (Manu pour les intimes !) était en quelque sorte l’antithèse du personnage médiatique, qui soigne la forme au gré des modes quitte à transiger sur le fond. Etre visible, occuper le devant de la scène, ne figurait pas au premier rang de ses préoccupations. Il s’agissait au contraire de bâtir du solide, de garder les pieds sur terre même avec la tête dans les étoiles, de créer des énergies et de les canaliser avec un but précis et au service d’une cause commune.

Le fait d’avoir développé sa carrière tout d’abord dans le monde du chant choral, lieu privilégié d’une expression artistique collective, a sans doute pesé dans ce destin de guide et de compagnon de route, profondément humain et pourtant d’une rare exigence.