Éditorial

Des billets sur l’actualité musicale

Le festival musical de Namur 2021 

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Le début d’été en Belgique est marqué par le Festival de Namur et sa floraison de concerts autour du Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne entre le 2 et le 9 juillet. Cette édition 2021 marque également une transition attendue avec l’inauguration prochaine du Grand Manège, la nouvelle salle de concert dédiée à la musique classique dont l’inauguration en septembre prochain en avant-première sera l’un des grands évènements de l’année.

Pour Jean-Marie Marchal, directeur artistique du Festival de Namur :  cette édition 2021, longtemps incertaine, nous a permis de nous réinventer, mais sans perdre nos fondamentaux. Des artistes de référence, bien entendu, mais aussi de magnifiques jeunes talents que nos festivaliers aiment découvrir et soutenir. De la musique ancienne d’abord, bien sûr, mais aussi de savantes et amusantes incursions dans d’autres répertoires. Une ouverture au principe du concert en plein air, dans le magnifique écrin du Théâtre de Verdure, mais aussi le maintien des rendez-vous dans l’église de St-Loup, joyau baroque, ou au Delta pour le spectacle destiné aux familles. Et enfin, une sorte de lueur d’espoir et de pari sur l’avenir avec l’ouverture de la salle du Grand Manège, le 3 septembre, en compagnie des forces musicales namuroises au sommet de leur forme (Chœur de Chambre de Namur, Millenium Orchestra, Leonardo García-Alarcón). Ouvrir un nouveau sanctuaire destiné à la musique classique à la sortie de la crise du Covid c’est une joie extrême et une symbolique particulièrement forte. Cela valait la peine de déplacer notre dernier concert exceptionnellement à la rentrée, histoire que la fête soit totale.

15 concerts sont au programme du festival 2021 qui se déroulera en partie en plein air au Théâtre de Verdure et à l’église Saint-Loup avec une belle mise en avant des talents belges.

La passe Dudamel ou l’impasse Dudamel ? 

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La nouvelle tant attendue est enfin tombée : Gustavo Dudamel est désigné au poste de directeur musical de l’Opéra de Paris ! Dans un contexte morose et déprimant, les spéculations sur cette arrivée qui ont tant occupé le landerneau musical et les commentateurs de réseaux sociaux en étaient presque divertissantes et croquignolesques.

A ce titre, il fallait se régaler des commentaires lu ça et là sur les spéculations les plus improbables et les désignations éventuelles qui apparaissent au détour d’une conversation, d’avis sur les réseaux sociaux ou même d’articles de confrères. Certains chefs et cheffes dont les noms étaient avancés devaient même être assez pantois ou bien très flattés d’être virtuellement successeurs de Philippe Jordan ! Cela étant, le nom du chef vénézuélien avait été communiqué à des personnels de l’Opéra de Paris dès l’automne dernier. Comment expliquer un tel délai de communication au public ? Stratégie délibérée pour espérer annoncer la nouvelle alors que le public aurait pu revenir dans les salles ? Négociations de dernières minutes pour la finalisation du contrat (on peut compter sur le redoutable et hautement expérimenté Mark Newbanks, l’agent du chef, pour négocier avec toute la dureté attendue) ? Nécessaire validation des termes du contrat par la tentaculaire et tatillonne Administration étatique française...? Il n’empêche, la fumée est blanche et le champagne coule !   

Commenter une désignation est au final un sport de comptoir de bar tant des tas de facteurs entrent en compte, y compris les plus subjectifs, ce qui conduit trop souvent à ne se fier qu’à l’émotion.

Bien évidemment, une nomination vaut ce qu’elle vaut et il est tout à fait présomptueux d’envisager le futur de ce mandat... Mais une telle désignation donne une orientation symbolique, surtout pour une institution comme l’Opéra de Paris et dans un contexte général qui appelle à réinventer le classique et à faire table rase des habitudes du passé pour répondre aux enjeux du monde post-covid.  

Pierre Boulez, pourquoi il nous manque tant 

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Cela fait déjà cinq ans que Pierre Boulez nous a quittés et, plus que jamais, il nous manque terriblement. Tant pour la justesse de sa vision, la précision de ses arguments, que pour le modèle créatif qu’il défendait : celui de la défense et de la vulgarisation d’une modernité universelle au service de l’esprit des temps contemporains. Comprendre les piliers de la modernité et en tirer la sève pour continuer à avancer. Bien sûr, Boulez pouvait se montrer parfois unilatéral ou irritant, mais une telle probité au service de l’universalisme musical semble désormais inatteignable. 

Si la médiation se veut l’alpha et l’oméga des institutions culturelles, Boulez en faisait l’axe central de son métier de musicien. Rappelons-nous le temps qu’il passait à parler aux publics, et souvent aux plus jeunes, pour leur présenter, sans démagogie, les grands chefs d'œuvre. L’auteur de ces lignes se souvient d’une soirée réservée aux moins de 30 ans où le Maestro expliquait le Sacre du Printemps au pupitre du London Symphony Orchestra devant un parterre bruxellois conquis et fasciné. Rappelons aussi son imagination quand il imposa au public de New York ses Rug Concerts : des évènements où le public bigarré et cosmopolite de New York, assis par terre (les fauteuils étaient enlevés), découvrait les grandes œuvres de Stravinsky ou de Webern et les pièces contemporaines de Crumb ou Carter mises en perspectives avec Bach, Haydn, Purcell, Mozart ou Schumann. Ces concerts drainant un public novice loin de l'académisme des soirées d’abonnements restent, plus de 60 ans plus tard, des modèles absolus ! 

Certains polémistes en mal de notoriété s’en prennent à la musique classique et lui reprochent le manque de diversités en tous genres. Boulez est encore une source d'inspiration. N'a-t-il pas associé ses propres compositions à de la musique traditionnelle d’Asie ? L’auteur de ces lignes se souvient aussi d’un concert autour des rituels qui associait, pour l’inauguration de la Cité de la Musique à Paris, un orchestre traditionnel coréen, les solistes de l'EIC et certains des meilleurs éléments du Conservatoire de Paris autour de son Rituel à la mémoire de Bruno Maderna. Et sa collaboration avec Frank Zappa n’est-elle pas un modèle et une source d’inspiration pour dépasser les frontières entre les genres et les styles ? Mais Zappa était remis en contexte et programmé aux côtés des exigeants Ives, Ruggles et Carter. 

2021 : l’essentiel et la reconstruction ? 

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Si l’an neuf est traditionnellement un moment d’espoir, le passage à 2021 laisse un sentiment mitigé ! Si tout le monde se satisfait d’avoir laissé 2020 derrière soi et espère une amorce crédible de sortie de la crise Covid au mieux vers la fin de l'été, la situation reste sombre. Les salles de spectacles, à de rares exceptions locales près (Monaco, Madrid), restent tristement fermées et personne ne prend le risque d’avancer une hypothétique date pour une réouverture même partielle ! 

Dans tous les cas, les séquelles risquent d’être importantes pour la culture. Considérée comme non essentielle, sa mise à l'arrêt marque indéniablement une cassure civilisationnelle. Rappelons que l’art et la culture sont l’ADN de l’Occident. On ne se lancera pas ici dans une démonstration didactique et pour ne pas donner dans le corporatisme, on choisira l’exemple du théâtre qui prend source dans l’Antiquité comme composante structurante de la vie sacrée des cités. Rappelons aussi que même pendant les deux Guerres mondiales, la culture ne s’était pas arrêtée à travers le monde ! Nous vivons une situation inédite ! 

Certes, il ne s’agit pas de dire que tel secteur vaut mieux qu’un autre et que tel ou tel mérite ou pas de rester ouvert. Mais éteindre la Culture est hélas un signal, la considérer comme “non essentielle” est une insulte aux artistes, aux publics mais aussi à notre Histoire ! Elle n’est plus un axe de la Civilisation et on lui préfère des temples de la consommation gavés, pour la plupart, d’objets fabriqués à l’autre bout de la planète et importés par cargos ou avions bien polluants ! Comme symbole du monde d’après, en phase avec les enjeux du futur, on peut espérer mieux ! 

L'antienne de la réinvention, cri de ralliement de tous les commentateurs en mal d’idées et mythe fantasmé de la Modernité, aura fait long feu. Le tsunami de concerts en ligne qui nous a submergés n’est qu’un miroir aux alouettes car l’essence de la culture, c’est d’être vivante et, en dépit de la grande qualité de certaines offres tant sur la forme que sur le fond, le concert en ligne n’est en rien une solution à terme car il est la négation même de l’Art. Sans public, il ne peut y avoir de culture ! Comme le dit justement Daniel Barenboim : Nous ne devons pas oublier que la musique est créée dans un espace, c’est-à-dire en direct, sur scène, avec un public (…) Rien ne peut remplacer cette expérience partagée. Le streaming est une bonne chose, c’est important, mais il ne remplace pas les concerts et les représentations d’opéra en direct.

L’Audito 2.0 de l’Orchestre National de Lille 

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Le confinement a vu le développement exponentiel de l’offre des concerts en ligne. Que ce soit en streaming ou en différé, c’est presque l’entièreté du monde musical qui vient, majoritairement gratuitement, jusque sur les terminaux numériques des mélomanes. Dans ce contexte, certaines offres se distinguent tant par la qualité artistique que par le concept éditorial. C’est ainsi que Crescendo Magazine va vous entretenir de l’Audito 2.0, la salle de concert virtuelle de l’Orchestre National de Lille. 

Depuis 2015, à l’initiative de son Directeur général François Bou, l’Orchestre National de Lille s’est doté d’un studio numérique, complété par un système de caméras automatiques. Cet équipement a déjà permis à l’orchestre de mettre en boîte près de trente enregistrements audio (souvent récompensés par la presse et régulièrement chroniqués sur Crescendo Magazine) et différentes captations vidéos. Mais les deux confinements ont contribué à faire évoluer le projet vers la mise en ligne des concerts donnés sans public du fait des normes sanitaires en vigueur en France qui permettaient aux musiciens de jouer, mais sans audience. 

Les Millésimes 2020 de Crescendo Magazine 

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Crescendo Magazine est heureux de vous présenter la première édition de ses Millésimes. Cette nouvelle récompense de notre média prime le meilleur du meilleur des parutions de l'année écoulée, des titres déjà récompensés au fil des mois par des “Jokers” dans l'une de leurs trois variantes  : “Absolu”, “Découverte” ou “Patrimoine” mais qui, par l'addition de leurs hautes qualités musicales et éditoriales, resteront des références au gré des années.

Depuis  novembre 2019, Crescendo Magazine a mis en ligne plus de 600 articles dans sa rubrique Audio&Vidéo. Ces articles sont déjà une première sélection sur base des centaines de parutions qui continuent de nous arriver. Ces 12 Millésimes représentent donc  la crème de la crème.  

Pour cette première édition, la rédaction a souhaité mettre à l'honneur la diversité  des répertoires rares revisités, des découvertes musicales contemporaines et des artistes qui s'affirment sur la scène mondiale. A une époque où l’on s’extasie un peu trop vite devant telle ou telle mode d’une révolution permanente de l’art de l'interprétation, cette sélection souhaite honorer des parutions historiques qui nous rappellent que la musique classique reste un art de la transmission d’un héritage culturel. Ces  parutions sont des témoins de la richesse de la scène musicale qui, même dans une période difficile, continue de faire vivre la musique avec les plus hauts critères ; nous tenons à les féliciter vivement et à leur rendre un hommage appuyé pour leur vaillance et leur panache. 

Jeunes artistes en temps de Covid 

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La situation liée à la pandémie ne cesse d’impacter tristement le monde de la culture. Si la nouvelle de l’annulation de la saison entière du Metropolitan Opera de New-York a fait l’effet d’une bombe aux déflagrations atomiques, il serait long et démoralisant de faire une liste exhaustive des conséquences... Crescendo Magazine réaffirme sa totale solidarité avec l’ensemble d’une filière trop meurtrie, trop souvent abandonnée par les pouvoirs publics et victime de décisions trop régulièrement contradictoires si pas incohérentes. Mais parmi les catégories impactées, les jeunes musiciens risquent hélas de souffrir plus longtemps et plus durement que les autres,  c’est à eux que ce texte est consacré. 

Entrer dans la carrière n’a jamais été évident, mais face aux baisses de recettes et aux déficits, il est de plus en plus probable que les programmateurs ne prennent plus de risques et privilégient les artistes bankables, capables de remplir la salle sur leur nom... De plus, toute la filière est impactée. Les agences artistiques, essentiels maillons dans l’affirmation d’une carrière, payent cher le prix de la crise... Certaines d’entre elles ont déjà disparu, et non des moindres : avec l’arrêt des concerts et surtout des tournées, les grosses agences, souvent anglo-saxonnes, se sont révélées des colosses aux pieds d’argiles... Mais d’autres entreprises, certes moins exposées, écrèment leur catalogue en se concentrant sur des artistes senior déjà bien établis. Des artistes moins affirmés se retrouvent sans représentations artistiques. Sans oublier qu’intégrer une agence risque d’être encore plus difficile pour les nouveaux venus. D’un autre côté, face à un marché de l’enregistrement dont les ventes physiques, pourtant rémunératrices, s’écroulent alors que le streaming rétribue des clopinettes, il sera délicat pour ces jeunes musiciens de pouvoir proposer des enregistrements, pourtant éternelle manière de toucher les professionnels. Dans le contexte d’une économie zombie, où les artistes devaient déjà très souvent payer la totalité des coûts liés à la production d’un enregistrement, le ticket d’entrée risque d’être encore plus cher…. 

Symphonie pour un cerveau, un documentaire avec Michel Cymès et Alain Altinoglu 

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Les nouveaux documentaires sur des artistes musicaux de notre temps sont rares et les documentaires musicaux avec des thématiques transversales à partir de la musique classique sont encore plus rares. C’est dans ce contexte qu’il faut saluer Symphonie pour un cerveau, un documentaire de Michel Cymes, François Dru et Jean-Pierre Devillers, réalisé par Jean-Pierre Devillers, réalisateur multi-primé pour ses nombreux documentaires culturels. 

Pour ce film, le célèbre Docteur Michel Cymes et le chef d’orchestre Alain Altinoglu dissèquent le cerveau de cette profession souvent fantasmée mais si méconnue, et la totalité des compétences qu’elle requiert. L’opération musicale explore : neurologie, ORL, physiologie, imageries médicales, leadership,... pour répondre à cette question : que se passe-t-il dans le cerveau d’un chef quand il dirige ?  

Le monde d’après II - La gratuité sera-t-elle le second clou du cercueil de la culture ? 

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Nous poursuivons la scénarisation possible du monde tel qu’il pourrait être à la sortie de la crise du Covid-19. L’épidémie va sans aucun doute déboucher sur des transformations majeures et le domaine de la musique classique ne devrait pas être épargné par des métamorphoses. Nous attirons votre attention sur le fait qu’il ne s’agit que de scénarios, cela ne veut pas dire que ce qui est écrit peut se produire, ni même que nous souhaitons cette évolution. Après un premier texte sur la démondialisation de la musique classique, nous évoquons ici des conséquences de la gratuité telle qu’elle s’est imposée dans cette période de confinement. 

L’Organisation Mondiale de la propriété intellectuelle, institution spécialisée des Nations Unies dont le siège est à Genève, vient de lancer, via son Président Francis Gurry, une alarme quant aux conséquences de la multiplication de l’accès gratuit des contenus culturels : livres, concerts et autres. La gratuité qui s’est multipliée en cette période de confinement pose des problèmes liés aux respects de la propriété intellectuelle et des droits des différents acteurs professionnels. Cette prise de position survient au moment de l’entrée en vigueur du Traité de Pékin signé en 2012 et qui prévoit une meilleure protection des artistes de l’audiovisuel. Etrange coïncidence !

Les 10 ans des International Classical Music Awards

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La 10e cérémonie de remise des prix et le concert de gala des International Classical Music Awards devaient avoir lieu aujourd'hui à Séville. Un virus microscopique l'a empêché. Cela ne doit pas nous faire oublier que nous avons des  lauréats en 2020, une brillante liste d'artistes et d'enregistrements absolument exceptionnels.

 De plus, ce 10e anniversaire est l'occasion d’évoquer  tous les gagnants que nous avons comptés depuis 2011. Dix ans, près de 300 prix décernés à un large éventail de musiciens, des artistes les plus connus aux jeunes qui sont au tout début de leur carrière.

 Les International Classical Music Awards ont été créés en 2010. En fait, ce jury est le successeur de ce qu'on appelait les MIDEM Classical Awards et avant les Cannes Classical Awards. Lorsque l'organisation du MIDEM a mis fin à sa collaboration avec le jury, nous avons décidé de poursuivre notre collaboration sous un nouveau nom. Depuis lors, le jury a été complètement indépendant et il est devenu, avec de nouveaux membres, plus grand et plus international encore. Sa force est aujourd'hui tout à fait exceptionnelle. Il n'existe aucune organisation similaire dans le monde de la musique.

Les artistes nous disent que l'indépendance de notre jury est le maître-atout des Prix. Ils nous disent que nous les aidons considérablement dans leur cheminement artistique. Ils nous disent que nous les avons encouragés à aller plus loin dans leur approche de l'art, et surtout les plus jeunes disent qu'ils ont le sentiment que nous leur donnons une "visibilité" dans le monde musical.

Nos dix concerts de gala ont tous été des événements exceptionnels et nous en gardons de grands souvenirs. Après le premier Gala à Tampere, en Finlande, nous sommes allés à Nantes, en France, avec l'Orchestre National des Pays de la Loire et c'était le premier concert dirigé par John Axelrod. Nous avons ensuite rejoint LaVerdi à Milan, toujours avec notre ami John Axelrod. Ensuite, nous nous sommes rendus à Varsovie où nous avons été invités par Elzbieta Penderecka au Festival Beethoven. En 2015, le Gala a été organisé par l'Orchestre Symphonique Bilkent à Ankara, en 2016 nous étions à Saint-Sébastien avec l'Orchestre Euskadi, en 2017 à Leipzig au Gewandhaus, en 2018 à Katowice avec l'Orchestre de la Radio Nationale polonaise et en 2019 à Lucerne au KKL avec l'Orchestre symphonique de Lucerne.

A l’occasion des 10 ans du jury, certains récipiendaires nous ont écrit. Leurs textes sont en ligne sur le site des International Classical Music Awards : www.icma-info.com/3000-2/