Dima Bawab, soprano 

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Crescendo Magazine vous propose une rencontre avec Dima Bawab. Soprano d’origine palestinienne, née en Jordanie, la musicienne est aussi à l’aise dans le répertoire baroque que dans le contemporain. On la retrouve dans de nombreux projets qui fédèrent les énergies et les talents par-delà les frontières.  

J’ai lu, en préparant l’entretien, que vous avez appris le cor d’harmonie. Qu’est-ce qui vous a poussé vers cet instrument ?

J’ai commencé mes études musicales à Amman, ma ville natale. Lorsque j’ai voulu apprendre un deuxième instrument (le piano étant le premier), j’avais choisi initialement le saxophone car je développais à ce moment-là une passion pour le Jazz. J’ai été convoquée au bureau du directeur de mon conservatoire me priant d’accepter de choisir le cor comme deuxième instrument car notre orchestre était en manque de corniste. J’ai accepté et je suis rapidement tombée amoureuse de cet instrument qui m’a permis d’intégrer l’Orchestre National et le Big Band à peine deux ans plus tard. 

Vous avez ensuite préféré le chant, qu’est-ce qui ce qui vous a motivée à passer du cor au chant ?

Il était prévu que je mette le cor de côté uniquement le temps de stabiliser ma technique vocale, notamment la respiration. Mais le chant a vite pris le dessus et je me suis consacrée entièrement aux disciplines complémentaires tels le théâtre, l’analyse et les langues.

Vous avez été repérée par Mady Mesplé. Comment s’est passée cette rencontre ?

J’ai rencontré Mady Mesplé lors d’un stage qu’elle animait pour des chanteurs issus de grandes écoles. A l’époque, je n’avais que 17 ans et seulement 1 an d’expérience en chant lyrique. Elle a été très gentille de bien vouloir m’entendre, et durant les 3 semaines de stage, elle m’a prise sous son aile et m’a orientée vers le Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse où j’ai pu poursuivre mes études musicales auprès d’Anne Fondeville Bleuse. Je suis sortie diplômée du premier prix avec félicitations de tous les membres du jury. J’ai par la suite poursuivi mes études supérieures au CNSMD de Paris.


Vous venez de donner une oeuvre de Tarik Benourka et vous allez participer à la création française d’un opéra de Michael Jarrell. Qu’est-ce qui vous attire dans le répertoire contemporain ?

Je ne prétends pas être une spécialiste de la musique contemporaine mais ces deux projets se sont présentés sur mon chemin et j’en suis très heureuse. Ce que j’aime dans cette musique, c’est la nouveauté et le fait de me dire que je suis associée à la création de l’œuvre. Je pourrai lui donner ma touche personnelle sans avoir à me comparer à d’autres interprétations. J’ai aimé travailler l’œuvre de Tarik Benouarka non seulement pour la beauté de ses lignes musicales orientalistes, mais aussi parce qu’elle m’a permis de chanter en arabe, ma langue maternelle. Je suis encore en train d’apprendre Siegfried, Nocturne de Michael Jarrell mais, pour le moment, je n’en suis qu’au stade de la lecture en français du roman d’Olivier Py qui sert de base au livret. 

Vous passez du baroque au contemporain. Est-ce un refus délibéré de vous spécialiser dans un répertoire particulier ?

Il ne s’agit absolument pas d’un refus mais plutôt de tendre vers une ouverture. Je pense que le fait de se spécialiser dans une époque m'empêcherait d’en explorer d’autres. J’aime chanter du baroque car je pense avoir la voix pour ; mais j’aime aussi chanter les rôles de Mozart, les oratorios de Haydn ainsi que le répertoire romantique et du 20e français.

Vous avez participé à de nombreux projets musicaux qui fédéraient des artistes et des pays des pourtours de la Méditerranée. En quoi ce type de projets est-il important pour vous ?

La musique est un langage universel et j’ai pour habitude de rencontrer beaucoup d’artistes du monde entier grâce à mon métier. Les projets liés à la Méditerranée me touchent tout particulièrement car ils me connectent avec mes origines. Je travaille en ce moment sur une pièce sous la direction de Violaine Fournier, écrivaine, interprète et metteur en scène. La pièce s’intitule Traversée, un voyage à travers la Méditerranée qui sera jouée au Festival d’Avignon en juillet 2020.

L’artiste du XXIe siècle doit-il être engagé ?

Artiste ou homme tout simplement. Nous ne pouvons plus vivre aujourd’hui dans l’ignorance. Nous avons accès à de multiples plateformes d’informations. Que ce soit un engagement de nature écologique ou autre, tout commence par une action personnelle. 

On constate de plus en plus un repli identitaire à travers le monde et la liste des pays touchés est hélas longue. Est-ce que cela vous inquiète ?

Cela m’attriste. En tant qu’artiste, mais surtout en tant qu'être humain. Pendant que le monde traverse une crise humanitaire, les frontières se referment de plus en plus. Encourager les divisions et alimenter la haine contre les étrangers crée un écart et fait renaître le racisme. Je suis moi-même issue d’une migration. D’origine palestinienne, mes parents ont dû quitter leurs maisons pour s’installer en Jordanie, mon pays de naissance. Aujourd’hui me voilà installée en France pour poursuivre une carrière dans la musique, mais je reste très sensible à tout ce qui se passe dans le monde. Mon prochain projet pour le festival d’Avignon, Traversée, est un spectacle conçu comme un voyage autour de la Méditerranée, fait de départs vers d’autres contrées, où des enfants naîtront, à qui la richesse de la culture de leurs parents et grands parents sera transmise ou perdue, oubliée ou retrouvée. 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune musicienne ou un jeune musicien ?

“Rien de grand ne s'accomplit dans l'art sans enthousiasme. L'art n'est point là pour procurer la richesse. Soyez un noble artiste et le reste vous sera donné par surcroît.” écrit Robert Schumann dans son recueil destiné à sa fille “Conseils aux jeunes musiciens”. Auquel je me permets d’ajouter la persévérance, la passion et le courage. 

La musique populaire d’aujourd’hui est fabriquée avec une rapidité exemplaire grâce aux nouvelles technologies et attire le plus grand nombre d’auditeur. Alors que le musicien classique de nos jours défend une forme artistique d’une belle complexité qui lui demande des heures et des heures d’apprentissage et de perfection. Ce qui m’a toujours obligé à rester humble, c’est de savoir que je n’ai jamais vraiment fini d’apprendre, devant la musique classique nous sommes à jamais des élèves en quête d'apprentissage et d’approfondissement.  

Le site de Dima Bawab : www.dimabawab.com

Propos recueillis par Pierre-Jean Tribot

Crédits photographiques : Stephanie McGehee

 

 

 

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