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Courants d'Airs, 8e édition au Conservatoire de Bruxelles

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Du 17 au 21 avril 2013, le Conservatoire royal de Bruxelles présente la 8e édition de COURANTS D’AIRS, son festival des courants d’arts de la scène qui investira durant 5 jours le centre ville, de la rue du Chêne à la Grand-Place en passant par le Parlement bruxellois et la Salle Gothique de l’Hôtel de Ville !
Pour cette 8e édition, ce ne sont pas moins de 120 comédiens et 210 musiciens qui se sont donné rendez-vous :
Côté théâtre, les créations de jeunes auteurs côtoieront les « grands classiques ». Le festival proposera de découvrir notamment Robin Van Dijck, Sarah Gevart et Anne-Sophie Boez, Sophia Geoffroy, Pietro Marullo, Caroline Chisogne, Guillaume Kerbusch, et d’en profiter pour redécouvrir Sarah Kane, Nancy Huston, David Harrower, Jean-Michel Ribes, Arthur Rimbaud, Henri Michaux, Matei Visnec, Laurent Van Wetter et la commedia dell’arte.
Coté musique Jongen, Fafchamps et Guidacci seront au programme du concert d’ouverture à la Salle Gothique de l’Hôtel de Ville. Le Parlement bruxellois ne sera pas en reste avec Igor Stravinsky et le Sacre du Printemps, Luciano Bério et les Folk Songs, Francis Poulenc et Aubade, et André Grétry pour les Danses Villageoises. La musique ancienne sera quant à elle programmée à la rue du Chêne, de même que les musiques de film de Danny Elfman, le jazz et le flamenco. Fabrice Alleman et le Big Band du Conservatoire feront résonner la Grand-Place aux accents du dixieland et des grands standards du jazz.
Les étudiants du Conservatoire seront cette année encore épaulés par leurs prédécesseurs, et travailleront également en collaboration avec les étudiants des écoles supérieures artistiques associées telles que les Conservatoires de Liège et de Mons, l’IAD, l’INSAS, ou encore la Kleine-Academie. COURANTS D’AIRS poursuit également sa collaboration avec le Centre des Arts Scéniques et confirme encore et toujours le désir des jeunes professionnels de créer leurs propres spectacles, choisissant pour ce faire des formes multiples susceptibles de marier le théâtre à des arts déjà existants et à des techniques jusqu’ici étrangères aux abords de la scène.
Cinq jours de Courants d’Airs et d’arts au Conservatoire de Bruxelles pour mettre en lumière les artistes de demain!
Toute la programmation sur www.conservatoire.be

Le Moyen-Âge et le fantastique au cœur d’un récital de Florian Sempey

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Ferrum splendidum. Airs d’opéras d’André-Ernest-Modeste-Grétry (1741-1813), Gaetano Donizetti (1797-1848), Carl Orff (1895-1982), Ambroise Thomas (1811-1896), Romain Dumas (°1985), Charles Gounod (1818-1893), Giacomo Meyerbeer (1791-1864) et Richard Wagner (1813-1883), et extraits orchestraux de Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1841-1893), Vincent d’Indy (1851-1931) et Richard Wagner. Florian Sempey, baryton ; Yoann Le Lan, ténor ; Chœurs de l’Opéra National de Bordeaux ; Orchestre National Bordeaux-Aquitaine, direction Victor Jacob. 2024. Notice en français, en anglais et en allemand. Textes reproduits en langue originale, avec traductions. 70’ 47’’. Alpha 1104. 

François Adrien Boïeldieu, 190 ans

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Le compositeur français François-Adrien Boieldieu est né le 16 décembre 1775 à Rouen (paroisse Saint-Pierre-du-Châtel) et mort le 8 octobre 1834 à Varennes-Jarcy.

Artiste né sous l'Ancien Régime, Boieldieu fit ses armes pendant la Terreur, acquit la célébrité durant le Consulat et l'Empire, fut honoré par les Bourbons, puis ruiné par la révolution de Juillet. Il demeure le principal compositeur français d'opéras du premier quart du XIXe siècle.

Boieldieu fut formé à la musique en tant qu'enfant puis membre du chœur de la Maîtrise Saint-Evode de la cathédrale de Rouen, dirigée par Charles Broche, maître de chapelle puis organiste de la cathédrale Notre-Dame de Rouen. Très précoce, le jeune Boieldieu touchait le clavecin dès sept ans et, à neuf ans, improvisait sur l’orgue. Puis il composa de petits morceaux, des sonates et des romances.
Un jour que son professeur, Broche, l’organiste de la cathédrale, ne s’était pas trouvé à son poste un certain jour de grande fête carillonnée, l’orgue fut pourtant touché (= joué) d’une manière ravissante. Tout le monde en fit compliment à Broche, bien étonné. Informations prises, on apprit que le jeune élève avait eu l’audace de remplacer son maître, sans en demander la permission à personne.

À quatorze ans, il partit seul, à pied, pour Paris, avec 18 deniers gagnés à accorder des clavecins.

La Révolution ne freina pas l'activité musicale du Théâtre-Français de Rouen, qui continua de présenter les œuvres de jeunes auteurs tels qu’Étienne Nicolas Méhul. Pendant la Terreur, Rouen fut même une des rares villes à conserver une activité musicale importante et, en 1793, plusieurs concerts furent organisés avec le célèbre violoniste Rode et le ténor Garat.

Revenu à Rouen en 1791, Boieldieu composa alors ses premières œuvres sur des textes écrits par son père, La Fille coupable (2 novembre 1793), l’Hymne à la déesse Raison ou Chant populaire pour la Fête de la Raison pour chœur et orchestre (30 novembre 1793) puis Rosalie et Mirza en 1795, représentées à Rouen au temple de la Raison (ancienne cathédrale), obtinrent assez de succès pour l'encourager à tenter sa chance à Paris. Son maître Broche, ravi des succès de son élève, se permit, à cette occasion, un calembour, disant qu’il trouvait le jeune musicien « très habile en fugues », pour avoir fait jouer ces deux opéras, à Rouen, après son escapade à Paris.

Durant la période révolutionnaire, Boieldieu partit pour Paris et, prudemment, s'y installa comme accordeur de pianos. Seul l'opéra-comique offrait alors des débouchés pour ces œuvres hybrides, proches de l'opéra classique, mais comportant des dialogues parlés. L'œuvre la plus typique en est Médée de Cherubini (1797). L'opéra-comique, privilège de la troupe du même nom alors installée salle Favart, commença également à être représenté par la troupe du théâtre de Monsieur créée en 1789 et hébergée dans la salle des Machines du palais des Tuileries, avant de s'installer, en 1791, au théâtre Feydeau construit pour l'occasion. Jusqu'à leur fusion en 1801, les deux troupes se concurrencèrent, Favart multipliant spectacles patriotiques et œuvres plus légères de Méhul, Feydeau proposant plutôt des drames héroïques de Cherubini ou Lesueur. En 1797, Boieldieu proposa ainsi à Feydeau La Famille suisse et L'Heureuse Nouvelle et, l'année suivante, Zoraime et Zulmare à Favart. Le succès fut si considérable qu'on put le comparer à celui du Médée de Cherubini.

Fils spirituel de Grétry, Boieldieu privilégiait les mélodies sans ornements superflus qu'il mettait en valeur avec une instrumentation légère mais soignée, et des dialogues spirituels. Berlioz attribuait à sa musique une « élégance parisienne de bon goût qui plaît ». En 1800, Le Calife de Bagdad lui valut un véritable triomphe.

En 1803, il partit pour Saint-Pétersbourg afin d'occuper le poste de compositeur de la Cour impériale jusqu'en 1810 à l'invitation personnelle de l'Empereur Alexandre Ier. Il y composa neuf opéras dont Aline, reine de Golconde (1804) et Les Voitures versées (1808)11. De retour en France, il reconquit le public parisien avec La Jeune Femme en colère (1811), Jean de Paris (1812), Le Nouveau Seigneur de village (1813), Le Béarnais ou Henri IV en voyage (1814), Angéla ou l'Atelier de Jean Cousin (1814)…

Boieldieu devint professeur de composition au Conservatoire de Paris et, en 1817, succéda à Méhul à l'Académie des beaux-arts. Il reçut la Légion d'honneur en 1820.

En 1825, il publia son chef-d'œuvre, La Dame blanche. Basé sur « Le Monastère » et « Guy Mannering » de Walter Scott, ce qui est inhabituel à cette époque, le livret est construit sur le thème de l'enfant perdu puis heureusement reconnu in extremis. Le style de cet opéra a inspiré Donizetti (Lucia di Lammermoor), Bellini (I Puritani) et Bizet (La Jolie Fille de Perth). Reconnu comme une des premières tentatives d'introduction du fantastique dans l'opéra, La Dame blanche a également été un modèle pour les opéras Robert le Diable de Meyerbeer ou Faust de Gounod. Boieldieu composa un des airs les plus célèbres de La Dame Blanche, « Ah ! quel plaisir d'être soldat », à Villeneuve-Saint-Georges, en 1823.

Son opéra suivant, Les Deux Nuits (1829) fut admiré par Wagner qui loua « la vivacité et la grâce naturelle de l’esprit français » et qui s’inspira d’un des chœurs pour la Marche des fiançailles de Lohengrin. Il n’en fut pas moins un échec, principalement en raison de la faiblesse du livret de Bouilly, que le compositeur avait accepté de bonne foi. Cette déception a peut-être favorisé la maladie pulmonaire dont Boieldieu avait ramené les germes de Russie. En vain chercha-t-il à se rétablir dans la douceur du climat du sud de la France. Les difficultés financières augmentèrent les inconforts de la santé défaillante de Boieldieu qui perdit progressivement l’usage de la parole, sans doute du fait d’un cancer du larynx. La faillite de l’opéra-comique et l’expulsion, à la révolution de 1830, de Charles X, qui lui versait une pension, le privant de ses principales sources de revenus, ajoutèrent à son malheur. Afin de lui éviter la misère, Thiers lui assura une pension de l’État de 6 000 francs.
Le 25 septembre 1834, il fit sa dernière apparition publique à l’occasion de la première du Chalet d’Adolphe Adam, à l’issue de laquelle il rendit hommage à son ancien élève en lui écrivant : « Je voudrais que cette musique fût de moi ».

Il meurt le 8 octobre 1834, dans sa maison de campagne de Varennes-Jarcy.

Son fils Adrien (1816-1883), éduqué au conservatoire sous son père, était également compositeur.
Sa petite-fille, la pianiste Louise Boieldieu, fille d’Adrien Boieldieu et de Fanny Defourneaux, épousa le compositeur Émile Durand.

Adolphe Adam, 220 ans

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Le compositeur français Adolphe-Charles Adam est né le  à Paris, et mort dans la même ville le .

Son père, Jean-Louis Adam était un pianiste et compositeur alsacien, professeur de piano au Conservatoire de musique à Paris, sa mère, Élisabeth-Charlotte-Jeanne (dite Élisa) Coste, la fille d'un médecin. Mauvais élève, Adam désertait les cours avec un cancre de la même envergure, Eugène Sue.
Après avoir commencé à étudier la musique en cachette de son père, il entra à l'École royale de musique et de déclamation en 1817, fut élève de François-Adrien Boieldieu mais n'hésita pas à user de subterfuges pour se faire connaître : il travaillait le soir à l'orchestre du Gymnase, allant jusqu'à reverser ses cachets à ceux qui acceptaient de se faire remplacer et écrivait des chansons et musiques de circonstance pour autrui. Malgré ces facéties, il acquit assez de métier pour devenir lauréat du second prix de Rome en 1825.

Adolphe Adam choisit la carrière qui conduisait alors le plus sûrement à la renommée et à la fortune : celle de compositeur lyrique. Son maître, Boieldieu, l'orienta vers l'opéra-comique, genre alors en pleine mutation. En 1834, il connut son premier succès important, avec son opéra-comique Le Chalet, considéré depuis comme le point de départ de l'opérette à la française, et qui influença Offenbach à ses débuts.
En 1836, l'opéra-comique Le Postillon de Lonjumeau obtint un succès phénoménal qui gagna l'Europe, même si l'ouvrage se joue de moins en moins aujourd'hui. Peu à peu, la renommée d'Adam s'accrut. Les critiques élogieuses du Brasseur de Preston parvinrent aux oreilles du Tsar Nicolas Ier et Adam gagna Saint-Pétersbourg en 1839, où il fut accueilli par son propre ballet La Fille du Danube. Il composa alors un nouveau ballet, L'Écumeur des mers (Morskoï Rasbonick). Considéré comme le digne successeur de Boieldieu, qui fut maître de chapelle à Saint-Pétersbourg, il se vit proposer la même fonction, mais la déclina.

Il composa une Marche funèbre pour le retour des cendres de l'Empereur Napoléon Ier et leur inhumation aux Invalides le .
1841 vit la naissance du succès le plus durable d'Adolphe Adam, son ballet Giselle, ou les Wilis, sur un livret de Théophile Gautier, inspiré d'un poème extrait de De l'Allemagne de Heinrich Heine.

En 1844, il fut nommé membre de l'Académie des Beaux-Arts en composition musicale. En 1845, il obtint à nouveau un grand succès avec son ballet Le Diable à quatre.
En 1847, à la suite d'une dispute avec la direction de l'Opéra-Comique, il fut l'instigateur de la création du Théâtre-National, installé dans la salle du Cirque-Olympique ; ce théâtre avait pour premier but, fort louable, d'accueillir les jeunes compositeurs ne parvenant pas à faire jouer leurs ouvrages ailleurs. Le premier à en bénéficier fut Louis-Aimé Maillart, dont l'opéra Gastibelza ouvrit le premier rideau de cette nouvelle scène lyrique (seul son opéra-comique Les Dragons de Villars est aujourd'hui connu). Mais la révolution ruina cette tentative : le Théâtre-National fut fermé en 1848 et, afin d'apurer les dettes, Adam dut trouver d'autres sources de revenus et se mit à écrire des articles.

L'année suivante, il succéda à son père comme professeur de piano au Conservatoire de musique et de déclamation. Les trois derniers succès notoires d'Adolphe Adam furent les opéras-comiques Le Toréador en 1849 (l'air de bravoure Ah ! Vous dirai-je, Maman ? est toujours en vogue auprès des sopranos coloratures) et Si j'étais roi en 1852 et le ballet Le Corsaire en 1856. Bien qu'Adam ne fût plus endetté à partir de 1853, il continua d'écrire ses articles jusqu'à sa mort, survenue quelques jours après la création aux Bouffes-Parisiens de son opérette, Les Pantins de Violette.

Adolphe Adam épousa en 1829 l'actrice Sara Lescot, avec laquelle il eut un fils, Adrien-Léopold Adam (1832-1851). À la mort de sa femme en 1851, il épousa Chérie-Louise Couraud, auprès de laquelle il vécut jusqu'à sa mort.

À Paris, une rue est baptisée Rue Adolphe-Adam en 1864. Elle a été ouverte lors des travaux commencés en 1854 pour l'aménagement de la place du Châtelet et de ses abords. Elle se situe dans le IVe arrondissement, juste derrière le Théâtre de la Ville (ex-théâtre Sarah-Bernhardt), commençant au 14 quai de Gesvres, finissant au 13 avenue Victoria.

À Longjumeau, le théâtre municipal est baptisé "Théâtre Adolphe Adam". De plus, un ensemble statuaire est érigé place de la Mairie : il comporte un buste du compositeur surplombant la liste de ses principaux ouvrages et une statue symbolique du fameux Postillon.

La majorité des œuvres d'Adam n'eurent qu'un succès éphémère, notamment ses nombreuses chansons, pièces pour piano, cantates scéniques et autres œuvres vocales profanes et sacrées. Il réalisa également des arrangements et orchestrations d'œuvres d'autres compositeurs (Grétry, Monsigny, Dalayrac), parfois à la demande de Louis-Philippe lui-même. Si le Cantique de Noël, sur des paroles de Placide Cappeau, demeure célèbre aujourd'hui sous le titre de « Minuit, Chrétiens », Adam, peu attaché à la religion, ne semble pas y avoir accordé une grande importance, car il n'en dit pas un mot dans ses deux volumes de souvenirs.

Adam doit avant tout sa notoriété à ses compositions lyriques, dont quarante-six opéras ou opéras-comiques, quatorze ballets et de nombreuses opérettes et vaudevilles. Pour l'Opéra de Paris, il composa Richard en PalestineLa Bouquetière et Le Fanal, qui ne remportèrent pas un grand succès. Ses opéras les plus célèbres sont Le Roi d'YvetotGiralda ou la Nouvelle PsychéSi j'étais roiLe Chalet (son œuvre la plus populaire en France et à propos de laquelle Boieldieu écrivit « Je voudrais que cette musique fût de moi ») et Le Postillon de Lonjumeau. Cette dernière œuvre conserve un indéniable engouement en Allemagne sous le titre Der Postillon von Lonjumeau, fut souvent copiée mais pas toujours avec bonheur : en Italie, Il Postiglione di Lonjumeau de Pietro Antonio Coppola fut un four et dut être retiré dès le troisième soir ; à Madrid, la zarzuela de Cristobal Oudrid, El Postillon de la Rioja, n'obtint qu'un succès d'estime.

Parmi ses quatorze ballets, (en réalité 13 + 1, puisque "Les Hamadryades", de 1840, est un opéra-ballet), La Fille du Danube (1836) eut son heure de gloire ; néanmoins, les plus connus sont Le Diable à quatreLa Jolie Fille de GandLa Filleule des féesLe Corsaire et surtout Giselle, ou les Wilis (1841), qui met en scène les amours malheureuses de la jeune paysanne Giselle et du Duc Albrecht. Musicalement, Giselle introduit le principe, encore timide mais bien réel, du leitmotiv. C'est le premier ballet à établir et maintenir une ambiance, une atmosphère, dégageant la partition de son rôle unique jusqu'alors de « fournisseuse de rythmes fonctionnels », comme l'étaient La Sylphide de Jean Schneitzhoeffer, Don Quichotte ainsi que La Bayadère de Léon Minkus, La Fille du Pharaon ou le Pas de quatre de Cesare Pugni.

Par leurs qualités, les ballets d'Adam amorcent le renouveau de la musique de ballet où brilleront plus tard Léo Delibes, Édouard Lalo, André Messager et tant d'autres. Tchaïkovski lui-même relisait toujours la partition de Giselle avant d'écrire un nouveau ballet et disait de cette œuvre : « C'est un bijou, poétique, musical et chorégraphique ». Camille Saint-Saëns, quant à lui, déclarait au sujet de Giselle : « Qu'a donc fait Adam dans Giselle ? Non seulement il a fait la musique la plus symphonique qu'il a pu, mais il a donné dans ce qu'on est convenu d'appeler la musique savante, n'ayant pas hésité à faire danser les Wilis sur une fugue ! Il a su écrire aussi dans Giselle de vrais airs de danse ». Plus loin, dans le même ouvrage : « C'est dans ses ballets, où n'ayant pas de modèles, n'étant pas préoccupé d'imiter Auber ou Rossini, qu'Adam a été créateur et a donné toute sa mesure. Il est vraiment étrange que ce mélodiste de profession n'ait complètement réussi que dans la “symphonie” ; car le ballet, c'est la symphonie qui s'amuse, mais c'est toujours la symphonie, et les ballets d'Adam sont des chefs-d'œuvre. [...] Y avait-il donc, dans cet ennemi de la musique sérieuse et de la symphonie, un symphoniste qui s'ignorait ? Le plus célèbre de ses ballets, Giselle, est un pur chef-d'œuvre. Je l'ai vu, dans ma première jeunesse, alors qu'on l'exécutait avec foi, “avec conviction”. L'effet en était surprenant ; les larmes montaient aux yeux quand Giselle, à la fin, disparaissait peu à peu dans les herbes, sous les yeux de son amant. (...) L'instrumentation en est originale, colorée, merveilleuse. »

En revanche, Richard Wagner, jeune critique alors inconnu, se borna lors de la création de Giselle à railler la frivolité des Français si amateurs de ballet …

Fabien Sevitzky, digne de son oncle Serge Koussevitzky

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Fabien Sevitzky and the Philadelphia Chamber String Simfonietta (1927-40). Œuvres de Marco Enrico Bossi (1861-1925), Edvard Grieg (1843-1907), Johann Sebastian Bach (1685-1750), Arcady Dubensky (1890-1966), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Percy Grainger (1882-1961), Ernest Bloch (1880-1959), André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813), Anton Arenski (1861-1906). Charles Linton, piano obbligato. Philadelphia Chamber String Simfonietta, direction : Fabien Sevitzky. Enregistré entre le 12 février 1927 et le 19 octobre 1940 au Church Studio No. 1, Camden, New Jersey, et à l’Academy of Music, Philadelphie. Notes en anglais de Mark Obert-Thorn. 77’17. 1 CD-R Pristine Audio PASC375.

Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 1 (1941-46). Œuvres de Mikhaïl Glinka (1804-1857), Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908), Anatoli Liadov (1855-1914), Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893).
Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 2 (1941-45). Œuvres de Alexandre Glazounov (1865-1936), Arcady Dubensky (1890-1966), Otto Cesana (1899-1980), George Gershwin (1898-1937).
Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 3 (1942/53). Œuvres de Johannes Brahms (1833-1897), Antonín Dvořák (1841-1904), Georges Enesco (1881-1955), Aram Khatchatourian (1903-1978).
Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 4 (1941/46). Œuvres de Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893), Vassili Kalinnikov (1866-1901).
Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 5 (1941-45). Œuvres de Joseph Haydn (1732-1809), Edvard Grieg (1843-1907).
Fabien Sevitzky and the Indianapolis Symphony, Volume 6 (1941-53). Œuvres de Fritz Kreisler (1875-1962), Giovanni Sgambati (1841-1914), Carl Maria von Weber (1786-1826), Johann Strauss II (1825-1899), Léo Delibes (1836-1891), Aram Khatchatourian (1903-1978). Leon Zawisza, violon solo. Indianapolis Symphony Orchestra, direction : Fabien Sevitzky. Enregistré entre le 7 janvier 1941 et le 23 janvier 1953 au Murat Theatre, Indianapolis, Indiana. Notes en anglais de Mark Obert-Thorn. 7h 27’39. 6 CD-R Pristine Audio PABX040.

Harmoniemusik à la Cour de Bonn à l’ère du jeune Beethoven

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Edition Hofkapelle 1. Harmoniemusik. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Octuor pour vents en mi bémol majeur, Op. 103 ; Sextuor pour vents en mi bémol majeur, Op. 71 ; Rondino en mi bémol majeur, WoO 25. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : Richard Cœur-de-Lion, Suite no 2 [arrgmt Franz Ehrenfried]. Joseph Reicha (1752-1795) : Sextuor pour vents en mi bémol majeur. Lorenzo Coppola, Bonner Hofkapelle (membres de l’Orchestre Beethoven de Bonn). Keita Yamamoto, Suzanne van Zoelen Lucker, hautbois. Hans-Joachim Mohrmann, Florian Gyssling, clarinette. Daniel Lohmüller, Rohan Richards, cor naturel. Yuto Suzuki, Henning Groscurth, basson. Frank Geuer, contrebasse. Livret en anglais, français, allemand. Janvier et mai 2021. TT 72’17. SACD MDG 938 2250-6

La Dame de Pique  et Adriana Lecouvreur à La Scala de Milan

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Quel théâtre en Europe peut-il afficher, durant un week-end, Adriana Lecouvreur le samedi soir et La Dame de Pique  le dimanche en matinée ? C’est donc  la gageure que relève fréquemment la Scala de Milan. Indépendamment  des productions, il faut  en évoquer une constante, la qualité irréprochable de l’orchestre et du chœur.

Depuis l’après-guerre, Adriana Lecouvreur a été représentée trois fois entre septembre 1948 et juillet 1958 en confiant le rôle-titre à Mafalda Favero, Renata Tebaldi, Clara Petrella et Magda Olivero. Puis pendant trente ans, l’ouvrage a été laissé de côté. Et il a fallu attendre le 30 mai 1989 pour le voir réapparaître dans une nouvelle production de Lamberto Puggelli qui a eu pour interprètes majeures Mirella Freni et Daniela Dessì jusqu’à la fin avril 2007. Quinze ans plus tard, Dominique Meyer, l’actuel surintendant, présente la mise en scène de David McVicar qu’il a coproduit avec le Royal Opera House Covent Garden, le Liceu de Barcelone, la Staatsoper de Vienne, l’Opéra National de Paris et le San Francisco Opera ; et ce spectacle a déjà été  immortalisé  par un DVD réalisé lors des représentations londoniennes avec Angela Gheorghiu et Jonas Kaufmann. 

Il suffit de quelques lignes pour en remarquer l’intelligente conception dans un magnifique décor de Charles Edwards nous montrant l’envers du plateau de la Comédie-Française et la fourmilière des coulisses. Sa structure amovible servira ensuite de porte d’accès au Pavillon de la Grange-Batelière puis dominera la salle des fêtes du Palais Bouillon avant de revenir à sa position initiale, près de laquelle sera dressée une paillasse de fortune permettant à l’héroïne de s’isoler du monde extérieur. Sous d’habiles jeux de lumière conçus par Adam Silverman et repris par Marco Filibeck, les somptueux costumes de Brigitte Reiffenstuel jouent sur les brocards sombres de l’aristocratie contrastant avec les tenues pastel  d’Adriana et la bigarrure des vêtements de scène. Le côté nunuche du divertissement de l’acte III fait sourire par sa chorégraphie compassée (imaginée par Andrew George) qui passe totalement inaperçue. Et la régie de David McVicar déroule avec une rare lisibilité une intrigue enchevêtrée par les quiproquos et les faux-semblants. 

La Dame de Pique au Liceu. La résurrection d'un grand classique ou la troika des obsessions...

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Gustav Mahler, qui assista à la création à Sant Petersbourg de l'ouvrage en 1890 et fut le premier à le diriger à Vienne en 1902, parlait du génie de Tchaïkovsky, le disant capable de conjuguer le lyrisme du bel canto italien avec le « pathos » et les obsessions typiques de l'âme (ou de la littérature...) slaves. L'ouvrage trace des contours diffus entre les jeux du hasard, le jeu des acteurs et la virtuosité du chant. Basé sur l'ouvrage homonyme de Pouchkine, la commande venait de l'intendant des Théâtres Impériaux, Ivan Vsévolozhskye, pour lequel Tchaïkovsky écrira aussi les ballets Casse-Noisette et La Belle au Bois Dormant. Il signera également la mise en scène lors de la création à Saint Petersbourg, alors que Modeste, le frère du compositeur, en signa le livret. L'oeuvre n'est pas éloignée de l'expressionnisme et on pourrait la rapprocher de la Salome de Richard Strauss.

À Barcelone, la production présentée en ce moment fut créée en 1992, l'année des Jeux Olympiques dans cette ville et elle a été reprise pour la troisième fois maintenant. Trente ans après, elle n'a pas pris une ride, tant par l'évocation suggestive de l'époque de Catherine la Grande et ses somptueux décors, que par le magnifique traitement du drame exacerbé de la pièce. Gilbert Deflo, faisant honneur à ses mentors Giorgio Strehler et Maurice Béjart, ne voit aucun inconvénient à ressusciter les ambiances historiques conçues par les librettistes des opéras. Il n'est pas de ces metteurs en scène qui ont un besoin impérieux d’actualiser à tout prix les histoires que l’opéra raconte, craignant que l'uchronie ou la reconstitution d'une époque passée ne soit perçue par le public comme ringarde ou désuète... Le rôle du critique n'est pas celui de mettre des rambardes ou des limites à la créativité -souvent foisonnante- des metteurs en scène, mais bien celui de revendiquer le respect du public auquel ils s'adressent. Ce qui, de nos jours, n'est pas toujours acquis et nous oblige parfois à subir des élucubrations tellement malencontreuses ou absurdes qu’elles pourraient, à terme, balayer ou réduire drastiquement le public d'opéra. Ce n'est absolument pas le cas de notre compatriote Deflo, dont la vision de ce grand spectacle, conçu comme un Grand Opéra à la française, nous mène tout droit à la « catharsis » tant appréciée des grecs anciens. La commande à Tchaïkovsky impliquait donc l'utilisation du ballet traditionnel, dont Marius  Petipa signa la création. Ici c'est Nadejda Loujine qui intègre efficacement la danse dans la scène de la « pastorale » baroque offerte à ses convives par la vieille Comtesse. William Orlandi  en signe les magnifiques costumes. D'après Deflo, l'opéra est foncièrement pessimiste : l'air final de Hermann, un pauvre bougre aux prétentions arrivistes entouré d'aristocrates, aboutit au nihilisme. Conscient ou inconscient, le rapport avec le compositeur lui-même est évident : les conventions sociales l'obligèrent à cacher dans la souffrance sa véritable condition sexuelle. Et une analogie avec l'étrange rapport qu'il entretenait avec son mécène, Mme von Meck semble aussi jaillir dans certains aspects du personnage de la Comtesse. Mais c'est le dilemme entre amour et richesse, le paradoxe de l'ambition et de l'avarice entremêlés au désir qui constituent le moteur dramatique et qui mèneront les protagonistes à la folie et la mort. Leur tragédie trouve son obscure racine dans une obsession pour la troika magique des « Trois Cartes » : celui qui en découvrira le secret, se condamnera.

Portrait de compositrice : Juliette Folville

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La femme n’est que le gracieux perroquet des imaginations, des pensées, des paroles de l’homme, et le joli petit singe de ses goûts et de ses manies.

C’est notamment ainsi que le Français Edmond Huot de Goncourt (1822-1896), fondateur de l’Académie Goncourt, considère la « femme » dans son Journal, le 25 janvier 1890.

Juliette Folville est une preuve, parmi bien d’autres, de l’inanité de cette citation.

Eugénie Emilie Juliette Folville est née à Liège le 5 janvier 1870. Son père Jacques Hubert Louis Jules Folville, connu sous le prénom de Jules, est un avocat renommé né à Liège le 13 octobre 1827. Il y a épousé en 1868 la Liégeoise Emilie Joséphine Eugénie Ansiaux, née le 19 février 1835, connue sous le prénom d’Emilie, une musicienne de talent, mais « sans profession ». Son grand-père maternel, Emile Louis Ansiaux (1804-1874), un banquier nommé Chevalier de l’Ordre de Léopold, a été juge puis président du tribunal de commerce de Liège. Lors de la naissance de leur fille unique, les parents de Juliette étaient domiciliés 7, rue Lonhienne à Liège et la famille y a vécu, au moins jusqu’au décès de Jules (27 novembre 1890). 

Famille

Juliette, enfant unique, est élevée dans une famille de mélomanes, musiciens amateurs de haut niveau. Sa mère Emilie Ansiaux (1835-1929) chante très bien, notamment des œuvres de Jean-Théodore Radoux (1835-1911), directeur du Conservatoire Royal de Musique de Liège de 1872 à 1911. Son père, l’avocat Jules Folville (1827-1890), a suivi, au Conservatoire Royal de Liège, les cours de piano de l’excellent professeur Jules Jalheau (1798-1862), né à Bruxelles de parents liégeois. Ce dernier a été professeur de solfège au Conservatoire de Paris avant d’être appelé, dès 1827, à l’Ecole Royale de Musique et de Chant de Liège nouvellement fondée et qui deviendra le 10 novembre 1831, dès l’indépendance du pays, le premier Conservatoire Royal de Musique de Belgique. Ami de Franz Liszt et adepte de méthodes nouvelles, il y a contribué à la formation de pianistes de valeur comme César Frank (1822-1890). En 1860, il est devenu Chevalier de l’Ordre de Léopold.