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La Cité Bleue se dévoile à Genève

par
Direction générale et artistique : Leonardo García Alarcón

Nouvelle venue dans le panorama culturel genevois, La Cité Bleue dévoilait ce mercredi 15 mai 2024 sa première saison complète au sein de ses murs fraîchement rénovés. Salle chaleureuse, modulable et moderne (dotée notamment d’un système électro-acoustique unique en Suisse, Constellation), elle propose une signature artistique originale, éclectique et résolument transversale. Et au vu de la programmation présentée par son Directeur général et artistique, Leonardo García Alarcón, elle entend tenir ses promesses.

S’il semble impossible d’enfermer les 22 propositions artistiques dans des catégories rigides, tant la volonté de décloisonnement disciplinaire est inhérente à chacune d’elles, elles sont néanmoins unies par un fil rouge incontournable : la musique. Ou plutôt les musiques, sous toutes leurs formes, de tous les styles et horizons. En solo, orchestrale, a cappella, opératique, romantique, baroque, contemporaine, pop, électro-acoustique, traditionnelle, orientale, il y en aura pour toutes les envies.

Des créations en écho avec les questionnements sociétaux contemporains
Deux créations mondiales en coproduction notamment avec Cappella Mediterranea, ensemble en résidence à La Cité Bleue, seront à l’affiche. 

Pour Seasons, Fabrice Murgia a imaginé un « théâtre-cinéma opératique » inspiré des coexistences au sein de la Cité universitaire, sur fond d’une partition éclectique concoctée par Quito Gato, allant du tango à la pop en passant par la musique baroque. À découvrir du 25 au 29 octobre 2024. 

Tandis que le compositeur et librettiste Michel Petrossian - Grand Prix Lycéen des Compositeurs 2023 - explorera la notion de souffrance injuste, sans cesse réactivée par l’actualité, dans un opéra mis en espace par Anaïs de Courson, Job, le procès de Dieu, à découvrir du 10 au 14 juin 2025. Avec également l’ensemble genevois Contrechampsle Chœur de Chambre de Namur et Feras Charestan, Master Musician de la Fondation Aga Khan.

Du théâtre musical qui met le féminin en lumière

Pour la première fois en Europe et en français, Clara, bio-fiction portée par Annie Dutoit-Argerich dans le rôle de Clara Wieck-Schumann, s’invitera sur les planches du 23 au 28 novembre 2024 pour une rencontre intime et musicale avec cette femme au destin fascinant.

Les 17 et 18 décembre, ce sera au tour de Judith Chemla, lumineuse Violetta, héroïne tragique de Traviata, vous méritez un avenir meilleur, bouleversante fresque musico-théâtrale de Benjamin Lazar inspirée du chef-d’œuvre de Verdi.

Enfindu 10 au 12 avril 2025, c’est le Stabat Mater de Domenico Scarlatti que l’ensemble La Tempête et Simon-Pierre Bestion ont choisi de revisiter intégralement, dans une réflexion sur le mythe de la figure maternelle en huit tableaux traversant les époques, mis en scène par Maëlle Dequiedt.

Des partitions dansées et du mouvement mis en musique

La saison 24/25 s’ouvrira les 8 et 9 septembre 2024 sur un spectacle de Aurora Bauzà et Pere Jou pour La Bâtie-Festival, A beginning #16161D, voyage de l’ombre à la lumière tout en poésie en compagnie de cinq jeunes chanteurs/danseurs.

Le 11 février 2025, c’est la Compagnie Linga, associée au duo électro-traditionnel formé par le compositeur Mathias Delplanque et le percussionniste Philippe Foch qui nous proposera Semâ, la danse giratoire des derviches tourneurs, un spectacle puissant et hypnotique.

Habituée à tisser des liens intimes entre l’écriture chorégraphique et musicale, la chorégraphe genevoise Nina Vallon revient avec Quatuors, à La Cité bleue le 10 mai 2025. Cette fois, elle fait dialoguer un chef-d’œuvre de Beethoven avec une création du jeune compositeur Maxime Mantovani dans un diptyque chorégraphique lauréat de l’appel à projet danse-musique initié par La Cité Bleue et le Pavillon Noir d’Aix-en-Provence.

 Des concerts spatialisés et des opéras en version de concert

Avec un musicien à son timon et un tel écrin à sa disposition, on ne sera pas surpris de voir La Cité Bleue accueillir des concerts variés et séduisants, mettant en lumière tant des grands artistes que les promesses de demain, confirmant ainsi sa vocation annoncée de promouvoir et de favoriser la pratique musicale des jeunes générations. 

Cappella Mediterranea sera le maître de cérémonie naturel de ce riche plateau d’artistes. En plus des créations, trois concerts et un opéra seront à son actif cette saison.

Le 29 septembre 2024, Bach & Haendel, Opus Infinitum, ou la rencontre imaginée par Leonardo García Alarcón des deux géants de la musique baroque, dans une mise en miroir éclairée et éclairante, avec le Chœur de chambre de Namur.

Ensuite, deux concerts plus intimistes : Les 7 Péchés capitaux, recueil d’airs et de madrigaux de Claudio Monteverdi, maître dans l’art de transcender l’éventail des passions humaines en musique. Et Lamenti & Sospiri, mélodies tout en délicatesse du compositeur baroque Sigismondo d’India, avec le duo Mariana Flores et Gwendoline Blondeel. Respectivement les 15 janvier et 5 février 2025.

Le 7 novembre 2024, le pianiste suisse Cédric Pescia sera seul aux commandes pour une soirée à l’enseigne de la rêverie et du romantisme, avec les sublimes Nocturnes de Chopin.

Pour faire le plein de sourire et d’énergie avant les fêtes de Noël, les percussions du Quatuor Beat s’invitent le 22 décembre 2024 pour deux représentations de Click’n Drums, spectacle familial déjanté, bourré d’humour et de poésie.

Et si le « Voyage d’Hiver », chef d’œuvre schubertien du lied, parlait non pas d’un voyageur solitaire, mais d’un couple à la dérive ? C’est le pari des jeunes chanteurs Victoire Bunel et Jean-Christophe Lanièce dans cette relecture émouvante du Winterreise, à découvrir le 25 janvier 2025.

Juliette et Roméo, ou l’union inattendue des cordes et des cuivres. La rencontre entre le Quatuor Terpsycordes et le Geneva Brass sera-t-elle aussi belle et intense que celle mise en musique par Prokofiev ? Réponse en musique le 20 février 2025.

Les musiques du monde seront également richement représentées le 16 mars par le Sirba Octet d’abord, avec Tzusamen, concert de musiques traditionnelles yiddish, arméniennes et tsiganes, accompagné par la Maîtrise du Conservatoire Populaire de Musique, Danse et Théâtre de Genève.

Ensuite, La Cité Bleue nous amène le 16 avril 2025 Sur la route de la soie avec les instruments traditionnels des Aga Khan Master Musicians, virtuoses et talentueux compositeurs, dans un voyage à travers les sonorités des cultures du Moyen-Orient et du Bassin Méditerranée et de l’Asie du Sud.

Côté opéra, direction les tréfonds de Buenos Aires du 6 au 8 mars 2025, avec la création d’une version de concert spatialisé du sensuel et surréaliste María de Buenos Aires d’Astor Piazzolla, proposé par le bandonéoniste William Sabatier dans son effectif original et mis en espace par Amélie Parias.

Du Monteverdi le 7 mai 2025 avec Le Couronnement de Poppée, cette fois en version de concert. L’occasion d’apprécier à sa juste valeur cette magnifique partition et le travail d’interprétation qu’en a réalisé Leonardo García Alarcón, spécialiste monteverdien, avec Cappella Mediterranea.

Le dernier opéra de la saison sera à nouveau le fruit de la transmission, puisque cette création mondiale de l’Erismena de Francesco Cavalli en version anglaise sera le résultat d’un an de travail d’approfondissement par les étudiants du Département de Musique Ancienne de la Haute École de Musique de Genève avec Leonardo García Alarcón. À voir les 28 et 29 juin 2025.

Notons également deux rendez-vous incontournables et inédits. 

La Fête du clavier, le 22 mars 2025, où étudiants en clavecin, orgue, piano forte et piano moderne de la Haute École de Musique de Genève proposeront tout au long de l’après-midi et de la soirée des duos alliant originalité des répertoires et des genres.

Enfin, après une première expérience couronnée de succès, un nouveau marathon nocturne de 12h de musique, La Nuit bleue du jazz dè 5 au 6 juillet 2025. Ce sera l’occasion d’apprécier la convivialité de ce nouveau lieu de vie et de culture genevois.

La saison sera également ponctuée de nombreuses actions pédagogiques autour de chacun des spectacles.

Cathédrale de Séville en portrait Renaissance, par un envoûtant consort de flûtes à bec

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The Orange Tree Courtyard. Pedro de Escobar (c1465-1535), Francisco Guerrero (1528-1599), Cristobal de Morales (c.1500-1553), Juan Vasquez (c.1500-c1560), Miguel de Fuenllana (fl.1553-1578), Francisco Peraza (1564-1598), Alonso de Mudarra (c.1510-1580), Alonso Lobo (1555-1617), Francisco de Peñalosa (1470-1528) et al. The Royal Wind Music. Verena Barié, Francesca Clements, Kristy van Dijk, Hester Groenleer, Marco Magalhaes, Maria Martinez Ayerza, Juho Myllylä, Filipa Margarida Pereira, Daniel Scott, Irene Sorazabal Moreno, Anna Stegmann, flûtes à bec. Août 2022. Livret en anglais, allemand. TT 60’38. Pan Classics PC 10448

Lisa Della Casa, 105 ans

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Née d'un père italo-suisse, Francesco Della Casa, et d'une mère bavaroise, Margarete Mueller, Lisa Della Casa étudie le chant dès l'âge de 15 ans au Conservatoire de Zurich, notamment avec Margarete Haeser.

Elle fait ses débuts à l'opéra dans le rôle-titre de Madame Butterfly de Puccini au théâtre municipal de Soleure.
De 1943 à 1950, elle chante à Zurich3. On peut l'entendre, entre autres, dans Mozart, dans les rôles de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée et de Dorabella dans Così fan tutte. Plus tard, elle chantera Fiordiligi. Elle se produit dans Arabella (Zdenka) de Richard Strauss à Zurich aux côtés de Maria Cebotari en 1946. Celle-ci la présente au Festival de Salzbourg en 1947, où elle chante à nouveau Zdenka, dirigée par Karl Böhm, avec Maria Reining et Hans Hotter. Après la première représentation, Strauss lui-même a commenté : « La petite Della Casa sera un jour Arabella ! »

La même année, le , elle fait ses débuts à l'Opéra de Vienne, en chantant Nedda dans Pagliacci de Leoncavallo. Elle s'installe à Vienne et rejoint la troupe de l'Opéra national. En 1949, elle fait ses débuts à la Scala de Milan dans Der Rosenkavalier de Strauss et dans Fidelio (Marzelline) de Beethoven. Victor de Sabata, directeur musical de La Scala essaye de la persuader de venir à La Scala, mais elle choisit de rester à Vienne.

En 1951, Lisa Della Casa fait ses débuts britanniques en chantant la Comtesse Almaviva dans Les Noces de Figaro de Mozart au Festival de Glyndebourne. Elle continue à interpréter le rôle-titre dans Arabella, pour la première fois, au Bayerische Staatsoper à Munich. Cela restera son rôle de prédilection, et elle l'enregistre à plusieurs reprises : d'abord en studio en 1957, avec Hilde Gueden, Anton Dermota, George London, sous la direction de Georg Solti, l'année suivante, en  au Festival de Salzbourg, avec Anneliese Rothenberger, Dietrich Fischer-Dieskau, Otto Edelmann, Ira Malaniuk, sous la direction de Joseph Keilberth, et, en 1963, à Munich, avec le même chef, Joseph Keilberth, et quasiment la même distribution qu'à Salzbourg. Sa collègue Inge Borkh déclare : « Elle était Arabella »5. Elle apparaît une seule fois au Festival de Bayreuth en 1952, où elle incarne Eva dans Die Meistersinger von Nürnberg de Richard Wagner.

En 1953, elle chante de nouveau Arabella à Munich et à Covent Garden (Londres). On la voit pour la première fois dans le rôle d'Octavian de Der Rosenkavalier au Festival de Salzbourg. Le , elle fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York dans Les Noces de Figaro. Depuis ses débuts au Met, elle participe à 173 spectacles jusqu'à ses adieux, le .

Son répertoire au Met est le suivant :

  • Les Noces de Figaro : Comtesse Almaviva (47 représentations)
  • Don Giovanni : Donna Elvira (34 représentations)
  • Die Meistersinger von Nürnberg : Eva (23 représentations)
  • Der Rosenkavalier : La Maréchale (17 représentations) et Octavian (8 représentations)
  • Der Zigeunerbaron : Saffi (17 représentations)
  • Arabella : Arabella (16 représentations)
  • Ariadne auf Naxos : Ariadne (4 représentations)
  • Lohengrin : Elsa (4 représentations)
  • Madame Butterfly : Cio-Cio-San (2 représentations)
  • La Bohème : Mimì (1 performance)

En 1955, elle chante le rôle de la Maréchale dans Der Rosenkavalier de Richard Strauss dans une série de spectacles célébrant la réouverture de l'opéra de Vienne. Ainsi elle a donc chanté les trois rôles féminins -la Maréchale, Octavian et Sophie- et même Annina en remplacement d'un chanteuse malade à Zurich.
Le festival de Salzbourg a été l'un des lieux les plus importants dans sa carrière. Elle y chante Ariadne dans Ariadne auf Naxos et Donna Elvira dans Don Giovanni en 1954. En 1956, on la revoit en Donna Elvira, mais aussi en Chrysothémis (Elektra), la Comtesse Almaviva en 1957 et Arabella en 1958. En 1957, elle se produit en récital dont on a gardé un enregistrement.

Lisa Della Casa chante Pamina dans La Flûte enchantée en 1959. Le , pour l'inauguration du grand palais des festivals de Salzbourg (Festspielhaus), elle interprète le rôle de la Maréchale sous la direction d’Herbert von Karajan, avec Sena Jurinac en Octavian et Hilde Güden en Sophie. À l'origine, Karajan et le réalisateur Paul Czinner prévoient de filmer la représentation. Mais, sur l'intervention de Walter Legge, c'est Elisabeth Schwarzkopf qui participe au film. Choquée, Lisa Della Casa honore ses contrats pour les spectacles programmés cette année-là. Elle refusera désormais de se produire au Festival de Salzbourg.
Elle surprend son public en chantant le rôle-titre dans Salomé à l'opéra d'État de Bavière à Munich en 1961. Inge Borkh dit qu'elle était « très sexy ... inconsciemment ! » À partir de ce moment, elle apparaît dans les opéras italiens, notamment dans Otello de Verdi et Tosca de Puccini. Elle revient vite à Mozart et à Richard Strauss.

En 1964, quand Elisabeth Schwarzkopf (à ce moment à la fois collègue et rivale à l'opéra national de Vienne) fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York en Maréchale dans Der Rosenkavalier, Lisa Della Casa chante Octavian. Anneliese Rothenberger et Rolf Gerard attestent que, contrairement à Rudolf Bing, directeur du Met, et au désir de scandale du public, il n'y avait aucune rancune entre elles. Elle se produit aussi dans le rôle de Cléopâtre, dans Jules César de Haendel, la comtesse dans Capriccio de Strauss, Ilia dans Idomeneo de Mozart, et les rôles féminins dans Der Prozess de Gottfried von Einem.

Au milieu des années 1960, Lisa Della Casa se lasse de la scène lyrique et donne moins de représentations. En 1970, sa fille Vesna Debeljevic, alors âgée de 20 ans, subit un anévrisme. Elle commence à limiter ses engagements. Vesna est opérée et survit à l'opération, mais avec des séquelles. Elle consacre plus de temps à la santé de sa fille et achète même une maison en Espagne, où la famille habite, loin des regards, la majeure partie de l'année. Elle donne de moins en moins de représentations jusqu'à ses adieux au Wiener Staatsoper, en Arabella le . En 1974, elle annonce sa retraite, à l'âge de 55 ans, au grand désarroi de ses fans.

Lisa Della Casa meurt le  à Münsterlingen, en Suisse. Le Festspielhaus de Salzbourg arbore un drapeau noir à la nouvelle de sa mort.

 

Gaetano Brunetti, 225 ans

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Le violoniste et compositeur italien Gaetano Brunetti ou Cayetano Brunetti, né à Fano (Italie) en 1744 et mort à Colmenar de Oreja le œuvré toute sa vie en Espagne au service de Charles III et de Charles IV.

Bien que sa formation commence très probablement à Urbino en tant qu'élève de violon de Carlo Tessarini ou à Livorno chez Pietro Nardini, on le trouve à Madrid au moins dès le , à 15 ou 16 ans. Son nom apparaît dans le procès-verbal d'un concours pour un poste à la Chapelle Royale de Madrid. À cette date il est déjà jugé comme étant un très bon violoniste.

Cependant la vie professionnelle de Gaetano Brunetti ne semble vraiment débuter qu'en 1762, lors de son entrée à l'orchestre du Coliseo de la Cruz. Pour cet important théâtre madrilène il écrira sa première œuvre connue, la musique incidentale pour la comédie de Francisco de Rojas Zorrilla García del Castañal.
C'est sans doute cette stabilité professionnelle qui lui permet d'épouser Saturnina de Soria le 27 novembre de la même année. On connaît quatre enfants de ce mariage : Juan (c.1765-1784), Francisco (c.1765-1834), violoncelliste de prestige, Manuel Isaac (1779–1789) et Luisa (1781–1832), laquelle épousera plus tard le violoniste Francesco Vaccari.

Un nouveau changement se produit en 1767 lorsqu'il obtient un poste de violoniste à la Chapelle Royale de Charles III. Commence alors pour Brunetti une brillante carrière musicale basée sur le cumul de fonctions au sein du monde musical de la Cour : maître de violon de Charles, Prince des Asturies (1770), musicien de la Chambre du Prince (1771), directeur de la musique des festivités d'Aranjuez (au moins dès 1778), musicien de la Chambre du Roi lors du couronnement de Charles IV (1789) et enfin directeur musical de la Chambre du Roi (1796).

Son activité de compositeur et d'interprète décline pourtant autour de 1797 à cause d'une longue maladie et du décès de Saturnina de Soria le 30 mars 1798. Peu avant sa propre disparition, le 16 décembre 1798, Brunetti épouse en secondes noces Juana del Río, sans doute afin de pouvoir laisser à la veuve une pension en remerciement « aux très nombreux services qu'il a reçu de la dite Juana del Río [...], avec d'autres raisons supérieures qu'il garde pour lui »1.

Gaetano Brunetti tint sans doute une place de choix dans le monde musical madrilène de la seconde moitié du XVIIIe siècle, aussi bien grâce aux postes qu'il cumula dans l'entourage royal que par sa fréquentation des principales maisons aristocratiques de la capitale espagnole : les Ducs d'Alba et les Comtes-Ducs de Benavente-Osuna, ainsi que l'Infant Don Luis, patron de Luigi Boccherini. Sa musique eut au contraire un rayonnement européen presque nul, si l'on excepte l'édition de quelques recueils de jeunesse à Paris (1771-1776), l'exécution d'une de ses symphonies au Concert Spirituel le 13 avril 1784 et l'envoi d’une cinquantaine d’œuvres à la Reine d'Étrurie vers 1805, peu après le décès du compositeur.

Excepté l’intérêt de quelques connaisseurs français du XIXe siècle, Brunetti est resté absolument inconnu du grand public jusqu’aux années 1960, lorsque le chef d’orchestre et musicologue américain Newell Jenkins publie quelques-unes de ses symphonies.
Malgré la lenteur de cette récupération, l’enthousiasme de Jenkins n’a pas été démenti par les interprètes qui depuis ont joué la musique du compositeur.
Werner Ehrhardt, directeur musical du Concerto Köln, parle de « musique infiniment délicate, très raffinée ». Dietter Steppuhn fait mention d’un « développement absolument génial » dans la symphonie nº 36 et juge la redécouverte de Brunetti « un des événements musicaux du XXe siècle ». Giorgio Spugnesi a vu dans les quintettes avec basson op. 2 « un chef-d’œuvre de la musique de chambre de la fin du XVIIIe siècle ». Olaf Krone admire l’originalité et la vaste gamme expressive de ce « grand compositeur ». Mais il a fallu attendre jusqu’en 2005 pour voir paraître le fondamental Gaetano Brunetti (1744-1798), Catálogo crítico, temático y cronológico du musicologue espagnol Germán Labrador.

Bon connaisseur de l’œuvre de Luigi Boccherini, de Joseph Haydn et des écoles française et viennoise en général, Brunetti intègre dans sa musique les formes musicales les plus habituelles de la période classique (forme sonate, rondo, rondo-sonate). Les sections de développement sont longues et riches en modulations intéressantes, preuve du goût du compositeur pour le chromatisme. Tous les auteurs s’accordent pour louer la grâce de ses lignes mélodiques raffinées, bâties souvent sur des motifs courts qui peuvent se retrouver dans les différents mouvements d’une même pièce. Ils ont également souligné l’extrême précision de ses indications de dynamique, d’expression et d’ornementation, l’exploitation de modes de jeu inhabituels (ponticellocol legnoetc.) et un traitement généreux des instruments à vent.

Le catalogue de l’œuvre de Gaetano Brunetti établi par Germán Labrador contient 346 entrées, mais on sait qu’il y a au moins 78 œuvres perdues, ce qui donnerait un total de 424.

A Genève, un Rosenkavalier maussade 

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Pour les fêtes de fin d’année, le Grand-Théâtre de Genève affiche sept représentations du Rosenkavalier en reprenant la production que Christoph Waltz avait conçue pour l’Opéra des Flandres en 2013. Bien connu des cinéphiles pour ses rôles dans Inglourious Basterds et Django Unchained de Quentin Tarantino, cet acteur viennois de renommée mondiale se tourne sporadiquement vers l’opéra en mettant en scène Fidelio au Theater an der Wien et Falstaff à Anvers. Pour ce Rosenkavalier, il souscrit à une lecture épurée bannissant l’esthétique ‘bonbonnière rococo’ pour privilégier une direction d’acteur approfondie, ce qui lui fait dire : « Aujourd’hui, nous lisons cette histoire tout autrement ». 

Sous des éclairages tamisés conçus par Franck Evin, le décor d’Annette Murschetz consiste en un cadre de bois gris-vert qui se dédoublera pour le salon bien modeste de Herr von Faninal et pour l’auberge campagnarde, tout aussi dégarnie. Au fil de l’action, viennent s’ajouter quelques meubles comme le lit à baldaquin et le guéridon du premier acte, deux ou trois fauteuils et canapés, en reléguant en coulisse l’énorme couche qui devrait tant épouvanter la pseudo Mariandel. Les costumes de Carla Teti mêlent allègrement le XVIIIe et le XXe en donnant à Oktavian un complet-veston bleu aussi quelconque que sa tenue de groom sous un atroce ciré luisant pour une présentation de la rose que l’on minimise au plus vite. D’un déshabillé sans charme rapidement recouvert d’une étole pourpre, la Maréchale passe à une robe tulipe mauve tape-à-l’œil pour le dernier tableau. Le Baron Ochs doit se contenter d’une seule redingote brune à la Philéas Fogg, Sophie en jaune citron semble échappée des Parapluies de Cherbourg, alors que Faninal, son père, est engoncé dans un uniforme militaire.

Le Liceu ouvre sa saison avec un Eugène Onéguine immergé dans un labyrinthe de passions

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Il y a un certain paradoxe dans le fait que les deux grandes maisons d’opéra de l’Espagne méditerranéenne ouvrent leur saison 2023 avec les deux grands opéras de Tchaïkovski : Eugène Onéguine à Barcelone et La Dame de Pique à Valencia. Sachant qu’une ouverture de saison se programme au moins deux ans à l’avance, ces grands phares de la culture slave semblent aujourd’hui faire une heureuse balance à la barbarie que l’armée russe sème ces jours-ci, en produisant simultanément deux ouvrages-clés de Tchaïkovski basés sur des textes de Pouchkine, l’un des plus grands archétypes de l’humanisme russe. La création ibérique eut lieu justement au Liceu en 1955. Tout en étant une composition essentielle dans l’œuvre de Tchaïkovski, cet opéra n’est pas représenté en Occident aussi souvent que ne le mérite une musique extrêmement inspirée, d’une véhémente plasticité mélodique et prodigieusement bien orchestrée. Écrite pendant la période de sa mésaventure avec son élève Antonina Milioukova, laquelle (peut-être inspirée par Pouchkine…) proposa dans une lettre le mariage à son insensible maestro homosexuel. Tous les deux finiront par accepter consciemment cet arrangement contra natura dont le résultat pour la psyché des deux protagonistes fut plus que dévastateur. Les analogies ne s’arrêtent pas ici car Pouchkine lui-même semble avoir décrit de manière prémonitoire sa propre mort en duel avec l’officier français Georges d’Anthès, lequel courtisait assidûment sa propre femme, Natalia Gontcharova même après avoir épousé la sœur de celle-ci. 

Découverte d’un arrangement orchestral des mélodies verlainiennes de Debussy

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Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Robin Holloway (*1943) : Ten settings of Paul Verlaine for soprano and orchestra, arranged, linked scored with an Epilogue [d'après Debussy]. Vannina Santoni, soprano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction: Mikko Franck. Septembre 2022. Livret en français, anglais, allemand ; paroles en français et leur traduction en anglais. TT 52’03. Alpha 981

Alfredo Catalani, 120 ans

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Né le 19 juin 1854 à Lucques, et décédé le 7 août 1893 à Milan,  Alfredo Catalani est le compositeur italien de l'opéra populaire La Wally (1892) et de plusieurs autres œuvres qui lui ont valu une place parmi les talents créatifs les plus importants ayant émergé dans l'opéra italien au cours de la seconde moitié du XIXe siècle.
L'ouverture de Catalani aux influences internationales, en particulier celles du compositeur allemand Richard Wagner, a marqué une transition importante vers les œuvres de la fin du siècle de Giacomo Puccini.

Fils, neveu et petit-fils de musiciens professionnels, Catalani a fait ses premiers apprentissages avec son père, Eugenio, avant d'étudier avec Fortunato Magi, un oncle de Puccini, au Conservatoire de musique de Lucques, en Italie, où Eugenio avait donné des cours de solfège et de piano pendant de nombreuses années.
Catalani étudie la composition avec Franƈois Bazin au Conservatoire de Paris en 1873. La même année, il complète sa formation musicale en étudiant avec Antonio Bazzini au Conservatoire de Milan.

À Milan, le succès de La falce (1875 ; "La faux"), opéra en un acte présenté dans le petit théâtre du conservatoire, lui vaut une commande de l'éditeur Giovannina Lucca pour un nouvel opéra. Le livret de La falce est l'œuvre d'un ami de Catalani, le compositeur et librettiste Arrigo Boito. Grâce à ses liens avec Boito, Catalani a été attiré par le mouvement de la scapigliatura ("bohème"), qui cherchait à supplanter les traditions classiques et morales dans les arts par un pessimisme réaliste dérivé plus du romantisme allemand que de tout représentant de la tradition italienne. Le résultat fut la création en 1880 d'Elda (1876, rév. 1877), un traitement dramatique d'une variante de la légende allemande de la Lorelei, qui se déroule dans la région de la Baltique. En 1889, Catalani acheva une version entièrement révisée d'Elda, désormais dans un cadre rhénan, qui fut jouée en 1890 sous le titre de Loreley. Entre Elda et Loreley sont nés deux opéras, l'infructueux Dejanice (1883), sur un sujet grec ancien, et Edmea (1886), histoire tragique d'une orpheline dans un triangle amoureux. Après un succès modéré lors de sa création à Milan, Edmea est joué à l'étranger, à Nice, Moscou et Varsovie. À son retour en Italie, l'opéra fut dirigé à Turin par le jeune Arturo Toscanini. Cet engagement a conduit à une relation personnelle et professionnelle solide entre Toscanini et Catalani.

La période entourant le dernier opéra de Catalani, La Wally (1892), fut marquée par des tensions, dues principalement à la mauvaise santé croissante du compositeur, à ses soucis financiers et à la déception de voir son éditeur et partisan Lucca absorbé par une maison d'édition (Ricordi) qui défendait d'autres compositeurs. Malgré ces circonstances défavorables, La Wally est néanmoins devenue son œuvre la plus acclamée, tant en Italie qu'à l'étranger. L'opéra est basé sur l'histoire d'amour, de jalousie et de réconciliation de Wilhelmine von Hillern, qui se déroule dans les montagnes du Tyrol, en Autriche, et s'appuie sur un livret exceptionnel de Luigi Illica. Le style de l'œuvre démontre l'assimilation complète de l'influence de Wagner en évitant les pièces autonomes, en incluant des touches harmoniques audacieuses et en accordant un rôle important à l'orchestre pour assurer à la fois la continuité et la coloration atmosphérique.
Toutes ces caractéristiques ont ensuite été intégrées au langage musical de Puccini et de ses contemporains.
Bien qu'elle ne soit jamais entrée dans le répertoire permanent, La Wally a connu des résurgences occasionnelles depuis la fin du XXe siècle, tant sur scène qu'en concert. Elle a également connu une postérité vigoureuse, quoique partielle, grâce à l'énorme popularité de son air pour soprano "Ebben, ne andrò lontano" ("Ah, eh bien, je m'en irai loin"), qui, outre sa présence fréquente dans les récitals vocaux et les enregistrements, a figuré sur la bande sonore d'un certain nombre de films populaires, dont "Diva" (1981) et "Philadelphia" (1993).

Première discographique pour l’opéra Janek de Wladislaw Żeleński

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Wladyslaw Żeleński (1837-1921) : Janek, opéra en deux actes. Małgorzata Grzegorzewicz-Rodek (Bronka), Agnieszka Kuk (Marynka), Lukasz Gaj (Janek), Pawel Trojak (Stach), Darius Górski (Marek) ; Chœur de femmes de la Philharmonie Henryk Wieniawski de Lublin ; Ensemble vocal masculin I Signori ; Orchestre Philharmonique Henryk Wieniawski de Lublin, direction Wojciech Rodek. 2021. Notice en anglais. 89.25. Un album de deux CD Naxos 8. 660521-22. 

Anthologie pour vents du Moyen-Âge à la Renaissance : l’Europe à l’heure de la danse

par

Le Parfaict Danser. Domenico da Piacenza (c1390-c1470), Antonio Cornazzano (c1430-1484), Guglielmo Ebreo da Pesaro (c1420-1484), Francisco de la Torre (c1460-1504), Heinrich Isaac (c1450-1517), Gilles Binchois (c1400-1460), Claudin de Sermisy (c1490-1562), Vincenzo Ruffo (c1508-1587), Diego Ortiz (c1510-c1570), Thoinot Arbeau (1520-1595), Pierre Attaingnant (c1494-c1552), Claude Gervaise ( ?-c1588), Pierre Phalèse (c1510-1575), Jean d’Estrées ( ?-1576) et al. & anonymes. Into The Winds. Anabelle Guibeaud, chalemie, flûte à bec. Rémi Lécorché, buisine, trompette à coulisse, sacqueboute, flûte à bec. Marion Le Moal, chalemie, flûte à bec. Adrien Reboisson, chalemie, douçaine, flûte à bec. Laurent Sauron, percussions. Livret en français, anglais. Mai 2022. TT 63’26. Ricercar RIC 452