Cláudio Franco de Sá Santoro, né le 23 novembre 1919 à Manaus et mort le 27 mars 1989 à Brasilia, est un compositeur, chef d'orchestre, violoniste et pédagogue brésilien.
Après des premières leçons de violon enfant dans sa ville natale, Cláudio Santoro poursuit son apprentissage de l'instrument au Conservatoire de musique du Brésil, à Rio de Janeiro, entre 1935 et 1937. Puis il commence sa formation à la composition de 1939 à 1941, entre autres avec Hans-Joachim Koellreutter et rejoint le groupe Música Viva avec d'autres élèves de Koellreutter. En 1947-1948, il étudie à Paris la composition avec Nadia Boulanger et la direction d'orchestre avec Eugène Bigot. Il profite de son séjour en Europe pour participer au second Congrès international des compositeurs et des critiques musicaux qui se tient à Prague en mai 1948.
Parmi ses activités, il est violoniste à l'Orchestre Symphonique du Brésil (1941-1947, à Rio de Janeiro) et professeur de composition au département musique de l'Université de Brasilia (1962-1965). Effectuant régulièrement des séjours à l'étranger durant sa carrière, il enseigne en particulier la composition et la direction d'orchestre à l'École de Mannheim (Allemagne) entre 1970 et 1978.
De 1979 à 1981 puis de 1985 à 1989, il est le chef fondateur de l'Orchestre Symphonique du Théâtre national de Brasilia. Le 27 mars 1989, durant une répétition avec cet orchestre, il meurt d'une crise cardiaque à 69 ans. Depuis son décès, le théâtre en question est dénommé Théâtre national Cláudio Santoro (en).
Sa musique est notamment influencée par le dodécaphonisme et la technique aléatoire. Ses sympathies communistes le portent également à promouvoir le style du réalisme socialiste. Compositeur prolifique, on lui doit entre autres des pièces pour piano (dont cinq sonates), de la musique de chambre (dont cinq sonates pour violon et piano et neuf quatuors à cordes), des concertos (dont trois pour piano), quatorze symphonies et de la musique vocale (dont des mélodies pour voix et piano, trois cantates, un requiem et un opéra).
Il est également l'auteur de pièces utilisant la musique électroacoustique (dont un cycle de Mutations I à XII, entre 1968 et 1976).
Le chef d’orchestre suscite toujours beaucoup de curiosité. À quoi sert-il ? Comment travaille-t-il ? Faut-il beaucoup de répétitions pour monter un programme ? Avec ou sans baguette ? Et la question fondamentale : dans quelle langue répète-t-il avec les orchestres étrangers ?
Élémentaire mon cher Watson : si c’est possible, dans la langue du pays ; mais, la plupart du temps, c’est celle de Shakespeare qui sert de vecteur universel, soigneusement massacrée, truffée d’italianismes et pimentée de quelques mots de la langue locale, ce qu’apprécient toujours les musiciens. Néanmoins, il y a des exceptions, certains musiciens maîtrisant parfaitement plusieurs langues étrangères : Igor Markevitch en parlait couramment sept, Yehudi Menuhin autant, aujourd’hui Daniel Barenboïm n’a rien à leur envier. Sans parler du sabir dans lequel s’exprimait Rostropovitch, véritable ratatouille russo-italiano-franco-anglaise. D’autres en pratiquent souvent deux ou trois. Et les jeunes générations qui ont étudié aux quatre coins de l’univers ont généralement un bon capital linguistique. Mais là n’est pas l’essentiel car un bon chef est un chef qui parle peu. Une répétition, c’est fait pour jouer, pas pour entendre des conférences. Il me revient toujours à l’esprit cette anecdote (véridique) concernant Nadia Boulanger, invitée à diriger un orchestre scandinave. Le programme était truffé de nouveautés, dont l’une nécessitait, à son avis, quelques explications. La voici partie dans une véritable analyse dont elle avait le secret. Mais les musiciens commençaient à s’ennuyer ferme, et ça durait, et ça durait. Au bout d’un certain temps, le deuxième basson se lève et demande très respectueusement : « Madame, à la onzième mesure, je dois jouer un si bémol ou un si bécarre ? ». Sans commentaire.
Vladimir Samoïlovitch Horowitz, né à Berditchev ou (selon Horowitz) à Kiev (Empire russe), le et mort à New York le , est un pianiste d'origine russe, naturalisé américain. Il fait partie des plus grands virtuoses de l'histoire du piano.
Pianiste mythique, admiré pour la puissance de son jeu, son timbre et sa virtuosité, Vladimir Horowitz a été considéré comme le plus grand pianiste de son temps, aussi bien par le public que par ses pairs : Clara Haskil, qui le surnommait « Satan au clavier », Martha Argerich, Sviatoslav Richter, Arcadi Volodos, Arthur Rubinstein1,2, Sergueï Rachmaninoff3.
La famille Horowitz appartient à la bourgeoisiejuive cultivée de l'Empire Russe. En outre, c'est une famille de musiciens comprenant de bons pianistes et compositeurs.
La grand-mère de Vladimir était une amie d’Anton Rubinstein, quand sa mère, Sofia, et son oncle, surnommé « L'oncle qui jouait fort », connaissaient personnellement Alexandre Scriabine.
Sofia Horowitz était elle-même pianiste, et apprit à Vladimir (ou Volodia, selon le surnom que lui donnait sa femme, Wanda Toscanini -fille d'Arturo Toscanini- à jouer du piano dès l'âge de 5 ans.
Son père, Samuel Horowitz, était ingénieur en électricité et assurait la distribution en Russie de moteurs électriques allemands. C'est lui qui inscrivit la date de naissance « 1904 » dans de nombreux documents à la place de la vraie date de naissance de Vladimir : un moyen pour lui d'éviter le service militaire qui durait plusieurs années. Il est le plus jeune des quatre enfants de Samuel et Sofia.
Horowitz apprend le piano dès 5 ans, d'abord sous la férule de Sofia. En 1912, il entre au Conservatoire de Kiev où il sera élève de Sergueï Tarnovski, de Vladimir Puchalsky, et de Felix Blumenfeld. En 1914, il rencontre Alexandre Scriabine.
À l'arrivée des communistes, la famille Horowitz autrefois heureuse et prospère est brisée. Jacob, le frère aîné, enrôlé dans l'armée, meurt pendant la révolution. George devient vagabond installé pendant un temps à Leningrad. L'État saisit l'entreprise de Samuel et le contraint à un travail bureaucratique fastidieux.
Pour son récital de fin d'études en 1920, Vladimir Horowitz joue la Toccata, adagio et fugue BWV 564 de Bach-Busoni, la Gigue en sol de Mozart, une Sonate de Beethoven (Horowitz a oublié s'il s'agissait de l'Appassionata ou de l'opus 110), les Études symphoniques de Schumann, la Sonate en si bémol mineur de Rachmaninov, la Fantaisie en fa mineur de Chopin, « et quelque chose de moderne, je ne m'en souviens pas ». Il termine avec les Réminiscences de Don Juan de Liszt et selon Horowitz, ayant joué avec un tel éclat, le jury et tous les professeurs se sont levés pour exprimer leur approbation, ce qui, toujours selon ses dires, ne s'était jamais produitdans toute l'histoire du conservatoire. Pour son concerto obligatoire, il joue le troisième de Rachmaninov. Pour ses pièces de musique de chambre, il joue le quintette de Schumann et Winterreise de Schubert. Ses concerts connaissent un énorme succès. Blumenfeld ravi, écrit à Rachmaninov à New York au sujet de son talentueux élève et du succès qu'il rencontre avec la musique de Rachmaninov2. Horowitz a alors 17 ans.
Son premier concert public documenté a lieu en à Kiev. Ensuite, Horowitz rencontre un violoniste d'Odessa, Nathan Milstein, et donne des concerts dans différentes villes de Russie avec lui et sa sœur Regina, pour lesquels ils sont souvent payé avec du pain plutôt qu'avec de l'argent, en raison de la situation économique difficile du pays. Depuis 1922, Horowitz, donnant des concerts dans les villes de l'Union soviétique, accumule un répertoire gigantesque en termes de volume. Ainsi, par exemple, en trois mois ( - ), il interprète plus de 155 œuvresde la célèbre « série de Leningrad » composée de 20 concerts (voir les recherches de Yu. Zilberman). Malgré ses premiers succès en tant que pianiste, Horowitz affirme qu'il voulait être compositeur, mais choisit une carrière de pianiste pour aider une famille qui a perdu toute sa fortune, y compris les instruments de leurs enfants, pendant la Révolution de 1917. Le succès des « musiciens de la Révolution », comme les appelait un certain A. Uglov dans l'un des articles (sous ce pseudonyme se cachait le commissaire du peuple Anatoli Lounatcharski), est époustouflant. Des clubs d'admirateurs de ces jeunes musiciens voient le jour dans de nombreuses villes.
Le , Vladimir Horowitz a l'occasion de partir pour l'Allemagne (il est officiellement parti étudier). Certains documents sur Vladimir Horowitz indiquent que Mikhaïl Toukhatchevski est l'initiateur des « études à l'étranger », mais Nathan Milstein dans ses mémoires pointe directement vers Ieronim Ouborevitch (à l'époque, le Commissaire du peuple à la Défense était chargé des voyages à l'étranger), qui publie un permis de sortie. Avant de partir, Horowitz apprend et joue à Leningrad le le Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski. Dans ses interviews, Horowitz déclare que son père, après avoir entendu sa représentation du concert à Leningrad, a déclaré : "c'est ton concert. Il faut y jouer". Grâce à ce travail, il devient célèbre en Europe. Ce concerto joue un rôle « fatal » dans la vie du pianiste : à chaque fois, triomphant dans les pays d'Europe et d'Amérique, Horowitz interprète précisément ce Concerto.
En , il donne un récital à Berlin (on le surnomme l'« ouragan des steppes »), il se produit également en concert à Hambourg. «Il a fait trembler Paris » dit Arthur Rubinstein à la suite de la première saison d'Horowitz à Paris en 1926. À son arrivée à Paris, sa réputation l'a précédé et s'il est inconnu du grand public, il est attendu par les professionnels. Les critiques et le public sont immédiatement conquis par ce nouveau style de jeu.
Horowitz donne son premier concert le au Conservatoire de Paris, là où Chopin avait donné sa première de l'Andante spianato e Polonaise en 1835 ; si l’auditoire est réduit, les critiques importants sont présents et perçoivent que quelque chose de nouveau se produit. Son programme comporte la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, plusieurs pièces des Miroirs de Ravel (dont Alborada del gracioso) et Jeux d'eau ; et de Chopin, la Barcarolle, quelques études et mazurkas et la Polonaise en la.
Le sommet de sa première année est le récital à l'Opéra du ; le programme comprenait la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, six études de Chopin, trois mazurkas, et la Polonaise en la ; les deux études 2 et 6 d'après Paganini de Liszt, et la Rhapsodie espagnole de Liszt. Ses interprétation de la Romance sans paroles Op. 67 No. 4 de Mendelssohn, et de Liebesbotschaft de Schubert-Liszt sont bissées. Quant à ses Variations de Carmen, elles plongent le public dans une grande frénésie, et la police doit être appelée pour faire évacuer la salle.
Lors des dix années suivantes, il donne une trentaine de concerts à Paris, et fait sensation à chaque fois. Il est admis dans les cercles les plus prisés, en premier la maison de la Princesse de Polignac. Il y rencontre Stravinsky, les Six (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre), ou Nadia Boulanger. À Paris, Horowitz voit Arthur Rubinstein, Picasso, Braque, Vlaminck, Joyce et Hemingway ; Cocteau et Massine ; Ravel et Poulenc ; René Clair, Virgil Thomson et Diaghilev ; Dalí, Chagall ; ou encore Gertrude Stein. Chaliapin, Prokofiev, Stravinsky et Balanchine vivent à Paris ainsi que d'autres réfugiés russes. Jeune, beau, timide, brillamment talentueux, élégant dans sa tenue et son comportement, parlant couramment le français, Horowitz devient une figure de plus en plus populaire dans les salons. Il y rencontre tous les grands musiciens, littérateurs et personnalités de la société parisienne
Si Horowitz joue beaucoup en Allemagne, il fait de Paris son quartier général. Il a un petit appartement rue Kléber. C'est tout ce qu'il pouvait se permettre. Jusqu'à son départ pour l'Amérique en 1928, il joue beaucoup dans toute l'Europe mais ne gagne pas beaucoup d'argent. Horowitz se retrouve à jouer dans la plupart des pays européens, allant du Portugal à l'Angleterre en passant par la Norvège, la Suède, l'Allemagne et l'Italie.
Le , il embarque pour les États-Unis. En 1928, il donne son premier concert américain sous la direction de Thomas Beecham (premier concerto de Tchaïkovski au Carnegie Hall, avec l'Orchestre philharmonique de New York). Dans le public se trouvent Josef Lhévinne, Josef Hofmann, Benno Moiseiwitsch et Sergueï Rachmaninov. Ayant fait la connaissance de ce dernier, Horowitz devient rapidement son ami. Lui-même pianiste virtuose, déclare au sujet de son Troisième concerto qu'il n'a pas imaginé qu'on puisse le jouer aussi brillamment qu'Horowitz. Spécialement pour celui-ci, qui en fera une spécialité de son répertoire, Rachmaninov redonne sa forme originelle à sa Deuxième sonate qu'il avait simplifiée, car il n'en dominait plus lui-même les difficultés techniques. En 1928, il fait ses premiers enregistrements et un concert à Londres. Puis en 1932, Horowitz enregistre la Sonate pour piano de Liszt. L'année suivante il rencontre Arturo Toscanini et donne son premier concert avec lui avec le Cinquième concerto de Ludwig van Beethoven).
En 1933, il épouse Wanda Toscanini et en 1936, se fixe à New York jusqu'en 1939, époque à laquelle il ne donne plus de concerts. En 1946, il signe un contrat d'exclusivité avec RCA Records, et crée en 1949 la Sonate en mi bémol mineur de Samuel Barber. Le , il donne un récital à New York pour le 25e anniversaire de ses débuts américains. Puis arrive sa deuxième retraite (1953-1965), suivie d'enregistrements à domicile. Il fait sa rentrée le à Carnegie Hall, suivie d'une dizaine de récitals aux États-Unis (1965-1969). Arrive sa troisième interruption de carrière, entre 1969 et 1974.
En 1975, sa fille Sonia meurt à Genève.
On le retrouve en 1977 au Carnegie Hall, pour un récital, « pour les Européens » et le , à l'occasion du jubilé de ses cinquante ans de carrière, il interprète le Troisième Concerto de Sergueï Rachmaninov.
Dans les années 1980, il donne deux concerts à Londres, et en 1985 il passe chez Deutsche Grammophon. Il donne deux récitals à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, et est décoré Chevalier de la Légion d’honneur et de l'Ordre du Mérite de la République italienne.
L'homme généralement considéré comme le plus grand pianiste du monde, archétype du romantisme et dernier grand descendant direct de l'ancienne école russe de piano, apparaît à cette époque sur une scène russe après une absence de soixante et un ans. Le , il donne un concert à Moscou, au Conservatoire Tchaïkovski. Il le dira lui-même : « la roue est maintenant complètement bouclée ».
Mais quelques jours avant son apparition dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou, il vit une autre expérience émotionnelle puissante. Peu après son arrivée à Moscou, Horowitz déclare aux autorités qu'il veut visiter la maison de Scriabine. Lorsque Scriabine a donné un concert à Kiev, l'oncle d'Horowitz Alexandre fait en sorte que son neveu de onze ans rencontre le grand pianiste-compositeur.
Il raconte que Scriabine dit à sa mère, après qu'Horowitz eut joué : « Il fera un très bon pianiste, mais il doit apprendre d'autres formes de musiques, la peinture, la danse, le jazz, absolument tout ». Les paroles de Scriabine restent dans l'esprit d'Horowitz toute sa vie.
Il enregistre pour Deutsche Grammophon cette même année, et se voit octroyer la médaille présidentielle de la Liberté des États-Unis.
Durant l'année 1987, il retourne en Europe avec l'enregistrement du 23econcerto de Wolfgang Amadeus Mozart, avec Carlo Maria Giulini. Il donne des concerts à Vienne, Berlin, Hambourg, Amsterdam, Londres, Francfort, ainsi qu' au Japon et aux États-Unis.
En 1989 sort son dernier disque chez Deutsche Grammophon, Horowitz at Home.
Il meurt chez lui, à New York, le , d’une crise cardiaque. Il est inhumé au cimetière monumental de Milan dans le tombeau familial d'Arturo Toscanini, où son épouse Wanda Toscanini Horowitz, décédée en 1998, le rejoindra.
Vladimir Horowitz est associé au répertoire russe et notamment au Premier concerto de Tchaïkovski. Il existe une version avec Arturo Toscanini, enregistrée également avec un concerto de Johannes Brahms. Le pianiste est également connu pour ses interprétations des pièces de Robert Schumann.
Il gagne la réputation de virtuose pour ses interprétations de Liszt, Chopin, Rachmaninov, Scriabine et Tchaïkovski. Soulignons aussi l'art d'Horowitz dans l'interprétation de la musique impressionniste : Au bord d'une source de Liszt, Liebestod de Wagner arrangé par Liszt, un des derniers enregistrements d'Horowitz. Il est aussi réputé pour ses interprétations de la musique moderne, et il introduit de nombreuses sonates de Dmitri Kabalevski et de Prokofiev aux États-Unis, en particulier la sixième, la septième et la huitième. Il joue cette 7e sonate de Prokofiev au consulat soviétique de New York en , et envoye le premier exemplaire du disque à Prokofiev qui lui retourne un exemplaire signé de la partition sur lequel il écrit « au pianiste prodigieux de la part du compositeur ». Il fait aussi redécouvrir au monde musical des compositeurs tels que Muzio Clementi ou Domenico Scarlatti, en s'ingéniant à démontrer qu'ils furent des précurseurs de Beethoven et de la musique romantique.
Vladimir Horowitz présente une technique atypique : ses paumes de mains et ses doigts sont plutôt droits et disposés à plat là où les autres pianistes adoptent une posture arquée et arrondie6.
Vladimir Horowitz met beaucoup de soin à composer ses récitals, et à choisir les morceaux dignes d'être interprétés en concert ou en enregistrement. Comme conséquence, sa discographie est moins étendue qu'on aurait pu le souhaiter. Par exemple, il n'interprète pas d'autres Rhapsodies hongroises de Liszt que les deuxième, sixième, treizième, quinzième (Marche de Rakoczy) et dix-neuvième (ces deux dernières, ainsi que la seconde, avec des arrangements personnels), ainsi que, dans les années 1930, la rhapsodie espagnole et le Premier concerto. Toutes ses interprétations sont mûrement réfléchies : il ne joue pas un compositeur tant qu'il n'en a pas lu l'œuvre intégrale.
« L'ouragan des steppes » déplace des foules pour chacun de ses concerts, où les places sont chères et réservées très longtemps à l'avance. Son très étroit et complice rapport au public est constitutif de son grand charisme. Cependant, ses rares concerts sont très appréciés du fait qu'il y réalise ses meilleures interprétations, surpassant de loin tous les enregistrements programmés en studio. Horowitz arrive à des performances incroyables devant des milliers de personnes, prenant de grands risques pianistiques devant lesquels reculent la quasi-totalité des pianiste en public, et créant une « réaction protoplasmique avec le public.
Il interrompt volontairement sa carrière plusieurs fois, souffrant de profondes dépressions : 1936-1938 (avant son départ aux États-Unis), 1953-1965, 1969-1974 et 1983-1985.
Vladimir Horowitz a une préférence marquée pour les pianos Steinway & Sons. Il joue principalement sur le CD-503, un modèle D que lui fournit la marque au début des années 1940. Bien qu'il ait accès à d'autres instruments, cet exemplaire a la préférence de l'artiste qui l'installe chez lui et le fait déplacer lors de ses tournées, y compris à l'étranger.
Vladimir Horowitz a la réputation d'être particulièrement exigeant concernant les réglages des pianos sur lesquels il joue. Durant sa carrière, Steinway & Sons met à disposition un technicien en charge d'assurer la préparation des instruments. À partir du début des années 1960 et jusqu'à la mort d'Horowitz, c'est Franz Mohr, technicien en chef de l'entreprise, qui assure les réglages de l'instrument lors des concerts donnés par le pianiste11,10.
En , l'entreprise new-yorkaise lui offre un modèle D en guise de cadeau de mariage
Son goût pour l'écriture musicale se manifeste très tôt et le hante toute sa vie. « Je suis un compositeur », dit-il souvent. Ainsi, il arrange de nombreux morceaux, comme les Rhapsodies hongroises de Franz Liszt, la Danse macabre de Camille Saint-Saëns arrangée pour piano par Liszt, la Marche nuptiale de Mendelssohn transcrite par Liszt, ou encore son impressionnante transcription de la marche américaine The Stars and Stripes Forever de John Philip Sousa, où l'on peut entendre par moments trois voix, voire quatre, complètement différentes à la fois.
Il effectue plus subtilement de discrètes modifications de Scherzos ou du finale de la Polonaise héroïque de Chopin, dont l'interprétation qu'il donne en bis à Berlin dans les années 1980 est un modèle d'interprétation horowitzien, mettant très bien en exergue le « bel canto » caractéristique de son jeu. Les Variations Carmen sur un thème de l'opéra de Bizet sont également particulièrement célèbres. La version jouée au Carnegie Hall en 1968 lors de son retour en concert depuis 1953 mérite d'être notée : un connaisseur entend les fautes, mais Horowitz y met tellement de couleurs, de soi-même, d'énergie, de volonté, etc., qu'on les lui pardonne et qu'on écoute bouche bée. Cette liste est non exhaustive : on peut ajouter ses paraphrases de Tableaux d'une exposition de Moussorgski.
Horowitz est conscient de la dérive théâtrale que des pièces aussi brillantes font prendre aux récitals, se disant limiter volontairement, en « musicien sérieux », ce type de morceaux en bis, les qualifiant de mints dont on ne saurait abuser : « après ce genre de morceau, le public oublie tout le concert. Ce n'est pas juste ! »
Vladimir Horowitz : derrière ce nom mythique se cache un parcours de vie unique, d'une Russie qui est encore celle des tsars à la solitude new-yorkaise, avec ses dépressions, ses sursauts, ses retours. En somme, la personnalité complexe et ombrageuse du pianiste virtuose ukrainien.
Gabriel Fauré, né le 12 mai 1845 à Pamiers (Ariège) et mort le 4 novembre 1924 à Paris, est un pianiste, organiste et compositeur français.
Élève de Saint-Saëns et de Gustave Lefèvre à l’École Niedermeyer de Paris, il est d'abord maître de chapelle de l'église de la Madeleine à Paris. Il en assure plus tard les fonctions d'organiste, titulaire du grand orgue. Il est ensuite nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris, puis directeur de l’établissement de 1905 à 1920.
Il est l’un des plus grands compositeurs français de la fin du XIXe et du début du XXe siècles.
Gabriel Fauré est le fils de Toussaint-Honoré Fauré, instituteur à Pamiers, puis directeur de l’école normale d'instituteurs de Foix à Montgauzy, et de Marie-Antoinette-Hélène Lalène-Laprade. Il est placé chez une nourrice puis, en 1854, il quitte la maison familiale de Foix (Ariège), et part pour Paris étudier à l’École Niedermeyer, école de musique classique et religieuse qui formait alors des organistes d’église, des chefs de chœur et des maîtres de chapelle. Il y étudie onze années et y obtient un 1er grand prix de piano, un 1er grand prix de composition et un 2e grand prix d'harmonie. Plusieurs musiciens de premier plan, dont Camille Saint-Saëns qui lui présente la musique des compositeurs contemporains de l’époque (Robert Schumann, Franz Liszt) et son directeur Gustave Lefèvre, seront ses maîtres. Il est d'abord organiste de l'église Saint-Sauveur de Rennes à partir de 1865.
En 1870, Fauré s’engage dans l’armée et prend part aux combats pour lever le siège de Paris lors de la Guerre franco-prussienne. Pendant la Commune de Paris, il demeure à Rambouillet et en Suisse où il enseigne à l’École Niedermeyer qui y avait été déplacée. Il retourne à Paris en octobre 1871 et tient l'orgue de chœur à l’église Saint-Sulpice tout en participant régulièrement au salon de Saint-Saëns et de la célèbre chanteuse Pauline Garcia-Viardot. Il y rencontre les principaux musiciens parisiens de l’époque et forme avec eux la Société nationale de musique.
En 1874, Fauré arrête de travailler à Saint-Sulpice et remplace Saint-Saëns, qui est souvent absent, à l’église de la Madeleine. Quand Théodore Dubois devient titulaire du grand orgue en 1877, Fauré devient maître de chapelle (maître du chœur, qu'il dirige). À la même époque, il se fiance avec Marianne Viardot, la fille de Pauline, mais ces fiançailles sont rompues par Marianne à la fin octobre. Malheureux, il voyage à Weimar où il rencontre Liszt, et à Cologne pour y assister aux productions de L'Anneau du Nibelung de Richard Wagner. Si Fauré admire Wagner, il est néanmoins l'un des rares compositeurs de sa génération à ne pas tomber sous son influence.
Pendant sa jeunesse, Fauré était très heureux, mais la rupture de ses fiançailles, et ce qu’il perçoit comme un manque de reconnaissance musicale le mènent à la dépression, qu’il qualifie de «spleen».
En 1883, Fauré épouse Marie Frémiet (1856-1926)3, fille du sculpteur Emmanuel Frémiet, avec qui il a deux fils. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il assure les services quotidiens à l’église de la Madeleine et donne des leçons de piano et d’harmonie. C’est seulement l’été qu’il a le temps de composer. Il tire peu d’argent de ses compositions. Durant cette période, il écrit plusieurs œuvres importantes, de nombreuses pièces pour piano et des mélodies, mais les détruit pour la plupart après quelques présentations et n’en retient que quelques éléments pour en réutiliser les motifs. L'Élégie est interprétée par Jules Loeb le jour de ses 38 ans, à la Société nationale de musique de Paris.
En 1885, il est lauréat du prix Chartier de l'Académie des beaux-arts qui couronne sa production de musique de chambre.
En 1886, il fait la connaissance de la Comtesse Greffulhe par l'intermédiaire de Robert de Montesquiou. Dès lors, celle-ci lui apporte un soutien actif. Elle l'associe à la création de la Société des grandes auditions musicales, en 1890. Elle fait jouer ses œuvres et l'invite régulièrement en villégiature à Dieppe. Il l'appelle «Madame ma Fée», «mon roi de Bavière», et l'initie à la musique de Wagner. Il lui dédie sa Pavane, véritable «portrait musical» et lui en offre la partition. La chance lui sourit enfin. Dans les années 1890, il voyage à Venise où il rencontre des amis et écrit plusieurs œuvres. En 1892, il devient inspecteur des conservatoires de musique en province, ce qui signifie qu’il n’a plus à enseigner à des jeunes garçons ou à des adolescents. Cette même année, il fait la rencontre d'Emma Bardac, qui deviendra l'épouse de Claude Debussy en 1908. Gabriel Fauré et Emma Bardac entament une liaison, dont résulte la suite Dolly dédiée à Hélène Bardac, dont le surnom était Dolly, ainsi que La Bonne Chanson, d'après l'œuvre éponyme de Paul Verlaine, qu'il dédie directement à Emma Bardac.
En 1896, il est nommé organiste en chef à l’église de la Madeleine et succède à Jules Massenet comme professeur de composition au Conservatoire de Paris. Il enseigne alors à de grands compositeurs comme Georges Enesco et Maurice Ravel, ou encore à Nadia Boulanger. Sa situation financière s'améliore et sa réputation de compositeur s’affirme. En 1899, vraisemblablement dans le projet d'écrire Prométhée pour le théâtre des Arènes, sûrement à Béziers pour appréhender les conditions de représentation des œuvres, Gabriel Fauré seconde Camille Saint-Saëns pour la reprise de Déjanire (créée en 1898) et sera appelé à diriger la seconde représentation de 1899.
De 1903 à 1921, Fauré est critique au Figaro. En 1905, il succède à Théodore Dubois comme directeur du Conservatoire de Paris. Aussitôt, il procède à de nombreux changements, rétablit la discipline et apporte plus de sérieux à un enseignement qui avait beaucoup vieilli. Cette attitude intransigeante lui est d’ailleurs reprochée.
Dans le même temps, Fauré doit faire face, à partir de 1903, à une surdité presque totale. Il entend les graves mais est sourd aux aigus, handicap qui pourtant n’entrave en rien sa carrière.
Fauré est élu à l’Institut de France en 1909. La Comtesse Greffulhe a soutenu activement sa candidature et il l'en remercie avec émotion : « Merci d’avoir fait tinter mon nom dans toutes ces vénérables oreilles ! […] Et moi qui croyais vous aimer autant que je puis aimer ! Et il faut que je vous aime encore davantage ! Je vais sécher !!! » Il rompt alors avec la vieille Société nationale de musique.
Sa responsabilité au Conservatoire et sa perte d’audition amènent Fauré à réduire grandement sa production. Claire Croiza rapporte : « Fauré était un vivant métronome. C’était d’autant plus frappant à la fin de sa vie, quand il était devenu sourd. Avant, il était galant homme, il aimait les jolies femmes, il faisait quelques concessions. Mais à la fin de sa vie, quand il n’entendait plus, il allait son chemin, impeccablement, sans se douter que la chanteuse avait quelquefois deux ou trois mesures d’écart avec lui, parce qu’elle ralentissait tandis que lui restait fidèle au mouvement. »
Proche du jeune Jean Wiener, il invite le jeune homme à entrer au conservatoire. Pendant la Première Guerre mondiale, il reste en France.
En 1920, à 75 ans, il prend sa retraite du Conservatoire. Il reçoit la même année la grand-croix de la Légion d'honneur, une distinction encore rare pour un musicien. Sa santé est devenue fragile, en partie en raison d’une consommation excessive de tabac. Malgré cela, il reste à l’écoute des jeunes compositeurs, en particulier les membres du groupe des Six.
Gabriel Fauré meurt de pneumonie à Paris le 4 novembre 1924. Des funérailles nationales ont lieu à l’église de la Madeleine. Une plaque commémorative est posée sur sa maison au 32 rue des Vignes (16e arrondissement de Paris), où il vécut de 1911 jusqu'à son décès.
La compositrice, chef d'orchestre et pianiste d'origine russe Marcelle de Manziarly (1899-1989) est née à Kharkov, en Ukraine, le 13 octobre 1899. Elle est le troisième enfant d'Etinne et Irma de Manziarly, qui s'installent à Paris avec Marcelle et leurs trois autres enfants en 1905.
Elle a partagé sa carrière entre les États-Unis et la France, enseignant la composition en privé dans les deux pays et s'engageant souvent comme chef d'orchestre et interprète à New York. La musique de Manziarly repousse considérablement les limites de la tonalité, en utilisant des procédés tels que le sérialisme et la polytonalité.
Manziarly a commencé à étudier le piano, l'harmonie et le contrepoint avec Nadia Boulanger à Paris à l'âge de douze ans, et les deux sont restées des amies proches toute leur vie. Après la mort de sa mère en 1935, Boulanger lui fait part de son chagrin par lettre et Manziarly lui dédie un quatuor à cordes en 1915.
En 1924, de Manziarly se rend dans le sud-est de l'Inde après avoir rencontré l'ami de son frère Sacha, Jiddu Krishmanurti. Krishnamurti travaillait au sein de la communauté théosophique dans laquelle la mère de Manziarly était très active. À son arrivée à Adyar, la ville natale de Krishnamurti, Marcelle vit "une nouvelle période de grand travail spirituel" et rencontre des personnalités musicales et politiques de premier plan, dont Mahatma Ghandi et Rabindranath Tagore. Malheureusement, les compositions de Manziarly datant de cette période en Inde ont été perdues.
Comme beaucoup de ses collègues artistes dans la France de l'entre-deux-guerres, les compositions de Manziarly reflètent la présence de la douleur pour faire face à la perte d'êtres chers, comme la mort de son père en 1921. En 1942, Manziarly s'installe en Nouvelle-Angleterre (peut-être inspirée par la décision de Nadia Boulanger de s'installer sur la côte est après l'occupation allemande de la France) et étudie le piano auprès d'Isabelle Vengerova. Pendant son séjour, elle occupe également le poste de chef de chœur à l'École française de Middlebury, dans le Vermont, et organise diverses activités musicales au Mount Holyoke College, dans l'ouest du Massachusetts.
Pendant son séjour aux États-Unis, Manziarly se lie d'amitié avec des compositeurs américains, comme Aaron Copland et Igor Stravinsky, ce dernier lui rendant visite à Hollywood entre 1941 et 1969.
Manziarly retourne à Paris après la libération de l'Allemagne en 1944, mais continue d'y revenir fréquemment de la fin des années 1940 jusqu'à sa mort.
Son œuvre comprend un opéra de chambre, plusieurs pièces pour orchestre, diverses œuvres de chambre, des chansons et plusieurs œuvres pour piano seul.
Manziarly est décédée en mai 1989 à Ojai, en Californie, où une grande partie de sa famille s'était installée. Les archives de Manziarly (lettres et manuscrits) se trouvent à la Bibliothèque nationale de France à Paris et à la Huntington Library à San Marino, en Californie.
Je retrouve avec plaisir ce très beau lieu qu’est l’Arsenal, en pleine ville de Metz, où je n’étais plus venu depuis quatre ans (un ballet sur les musiques de John Cage et de Julius Eastman) : la ville est animée comme un vendredi soir, le bar étincèle et le goût si particulier de sa bière bio Soleil Verte me revient comme celui de la madeleine saute au visage de Marcel. Le festival Musica, une première en ce qui me concerne (après un essai avorté pour cause de virus planétaire), a sa base à Strasbourg, mais délocalise son week-end de clôture, chaque année dans une ville différente –la cité messine me le rend cette fois plus accessible.
de la Fuente et Sighicelli, sales gamins du CNSMD de Paris
L’assiette de pâtes d’avant concert chez un(e aimable) Italien(ne) de l’Esplanade me prépare pour mon premier contact sur scène avec Caravaggio, le drôle de projet des compositeurs Benjamin de la Fuente et Samuel Sighicelli, que mes oreilles captent il y a une dizaine d’années dans le flou irréel de la bande-son de l’épatant L’amour est un crime parfait, film des frères Larrieu planté dans le Rolex Learning Center de l'École polytechnique de Lausanne, une configuration de l’espace (signée par l'agence japonaise Sanaa) aux vagues futuristes et oniriques, et conduit par Mathieu Amalric, plus décalé que malsain -ou peut-être pas. Enfin, ce n’est pas tout à fait Caravaggio, puisque Benjamin Dupé participe à l’écriture / improvisation de Zemlia / La Terre, disque attribué à Sphota, une cause et une conséquence de la géométrie variable qui touche et l’esthétique et le choix des collaborations du duo.
Pour RupturR, à la graphie évocatrice de RēR -Recommended Records-, le label britannique cofondé par Chris Cutler et ancré dans la mouvance Rock in Opposition qui émerge en 1978 -un flux artistique avec qui, à entendre leurs propos après la prestation, de la Fuente et Sighicelli partagent une vision d’une musique moins bornée par les frontières et les a priori-, Caravaggio, électrique comme un quatuor rock (guitare, basse, synthétiseur et sampler, batterie et pad électronique), se fond, à force d’expérimentations et de partages, dans une entité élargie à trois instrumentistes des Percussions de Strasbourg (« on fabrique des équipes, on travaille avec des gens »), aux sets fournis en petits objets percussifs en bois, peau, métal : pendant une heure, les fluctuations rythmiques déferlent, tous les temps sont marqués, jamais morts -on pense à ces projets aux tons unis/uniques, Les Tambours du Bronx, Urban Sax, (la préfiguration d’)Arkham (les bidons, les saxophones, les claviers), forts à modifier l’état de conscience de ceux qui les écoutent-, les musiciens parlent en dehors des qualifications stylistiques mais épousent le lourd de King Crimson, le She’s So Heavy des Beatles, le Sunshine Of Your Love de Cream, prennent le carré au rock, le rond au jazz, le rêche au post-rock, le réfléchi au contemporain (la pièce est écrite) -remuante, tonitruante même, RuptuR est une digression hallucinée hors des sentiers través. « A ce stade, vous vous professionnalisez, il faut choisir », intimait, off the record, la productrice de Radio France à Benjamin de la Fuente : c’est raté, entre improvisation ou composition, entre rock et contemporain, il choisit… la liberté.
Melaine Dalibert, un goût pour le chemin de traverse
Premier de quatre concerts voués à retracer l’« histoire du piano minimaliste », celui de Melaine Dalibert pioche, pour son programme, dans un répertoire à la frange des mélodies qui nous viennent en tête quand on évoque cette esthétique, soixantenaire, américaine et répétitive : le pianiste y voit une autre caractéristique, le mouvement, comme dans le court, incitatif et dynamique Railroad (Travel Song) de la compositrice américaine, performeuse et chorégraphe, Meredith Monk, suivi de Remembering Schubert de la Canadienne Ann Southam qui, son titre le laisse entendre, revient sur le passé, dans un entremêlement élégant (la grâce des mouvements de l’instrumentiste, de profil, une main au-dessus de l’autre comme volète un papillon), virevoltant au souffle d’une exploration joliment ordonnée.
Piano, de Mark Hollis (il signe en réalité sa prestation, sur le disque de 1998, du pseudonyme de John Cope – lui qui s’est fait connaître, dans la décennie précédente, par son groupe Talk Talk, précurseur du post-rock) s’éloigne de la notion de mouvement pour apporter des notes éparses, aux résonnances étendues, emplies de silence : ce n’est ni l’univers de Morton Feldman, ni celui de Brian Eno, mais Hollis, lui aussi, altère le temps, fascine et en trouble la perception.
A plusieurs moments choisis, Melaine Dalibert s’adresse au public, pour qui il contextualise les titres au programme, par exemple la technique de composition, algorithmique, qu’il utilise dans un nouveau morceau (qui prend la place de Litanie, déprogrammé pour le plaisir de présenter ce qui a occupé ses mains les jours derniers), encore sans titre, vif, joyeux, aux brefs hiatus bienvenus : une technique sans informatique (un algorithme est une suite, finie et non ambiguë, d'instructions ou d’opérations visant à résoudre une classe de problèmes ; son informatisation n’est qu’une façon pratique de réaliser la chose), qui suit un processus calqué sur une suite mathématique, que le pianiste, ici compositeur, juge artistiquement belle -comme est intrinsèquement belle la construction fractale du flocon de neige (ou du chou romanesco, ou de la ramification des bronches) ; un jeu où les mains alternent, vivaces et virtuoses, une suite aux règles simples en apparence, mais déroulée avec la promptitude agile du prestidigitateur- qui fait tourbillonner la tête.
Les deux dernières pièces, elles aussi de la main de l’instrumentiste, sont extraites de son disque (Eden, Fall, dont je vous ai parlé il y a peu) : Jeu de vagues est une boucle de 13 notes à la main droite qui roule à donner le tournis, farandole avec soi-même, timide allégresse qui n’ose pas tout à fait exulter ; Fall, qui gagne encore à être vu, sourd d’obstination contenue, déploie des vibrations d’oiseau-creuseur -à la manière, ici moins brute, de Charlemagne Palestine-, en une lente progression martelée sur l’étendue du clavier. Généreux, Dalibert revient pour un court et satiesque rappel.
Roy Harris (12 février 1898 à Chandler - 1er octobre 1979 à Santa Monica) est un compositeur américain. Il est un des représentants du courant musical américaniste, principalement connu pour sa Symphonie no 3.
D'origine irlando-écossaise avec des ancêtres gallois, né Roy Ellsworth Harris, de parents pauvres dans une cabane de rondins en Oklahoma le jour anniversaire de la naissance d'Abraham Lincoln, il fait partie d'une fratrie de cinq enfants dont trois sont morts en bas âge. Un gain au jeu permit à son père, agriculteur de son état, d'acheter une petite propriété en Californie, où le garçon grandit dans l'isolement rural de San Gabriel Valley. Il étudia le piano avec sa mère et, plus tard, la clarinette. Bien qu'ayant suivi des cours à l'Université de Californie à Berkeley, il était pratiquement autodidacte quand il débuta les classes de composition. Au début des années 1920, il prit des leçons d'Arthur Bliss (alors à Santa Barbara) et du compositeur et ethno-musicologue Arthur Farwell.
Harris vendit ses terres et se mit à son compte comme camionneur-livreur pour une entreprise laitière. Peu à peu, il prit contact dans l'Est avec d'autres jeunes compositeurs et, en partie sur les recommandations d'Aaron Copland, il eut l'opportunité de séjourner en 1926-1929 à Paris parmi les nombreux jeunes Américains recevant les leçons musicales de Nadia Boulanger. Harris ne fut pas influencé par l'esthétique stravinskienne enseignée par N. Boulanger mais, sous sa tutelle, il étudia la musique de la Renaissance et écrivit une de ses premières œuvres importantes : le Concerto pour piano, clarinette et quatuor à cordes qui attira les éloges de Frederick Delius.
Après avoir souffert d'une grave blessure du dos, il fut obligé de revenir pour un traitement aux États-Unis où il se lia avec Howard Hanson à l'Eastman School of Music de Rochester et surtout avec Serge Koussevitsky à l'Orchestre Symphonique de Boston. Ces associations lui garantirent l'exécution publique de ses œuvres de grande envergure. En 1934, une semaine après sa création par Koussevitsky, sa Symphonie 1933 devient la première symphonie américaine enregistrée commercialement. Mais c'est sa Symphonie no 3, créée par Koussevitsky en 1939, qui le consacra comme un compositeur important.
Au cours des années 1930, Harris enseigna au Mills College (où Darius Milhaud allait enseigner plus tard), au Westminster Choir College (1934-1938) et à la Juilliard School of Music. Il passa la plus grande partie de sa carrière professionnelle à enseigner dans les collèges et universités de diverses régions des États-Unis, terminant par un long séjour en Californie, d'abord à UCLA et enfin à l'Université d'État de Californie de Los Angeles. Parmi ses élèves figurent William Schuman, H. Owen Reed, John Donald Robb, John Verrall et Peter Schickele (mieux connu comme créateur de PDQ Bach).
Il a reçu nombre de prestigieuses récompenses et, à la fin de sa vie, fut proclamé Honorary Composer Laureate of the State of California.
Virgil Thompson (né le 25 novembre 1896 à Kansas City (Missouri) et mort le 30 septembre 1989 à New York) est un critique et compositeur américain.
Virgil Thompson est très souvent associé à Aaron Copland. Pendant ses études à l’Université Harvard, il a été influencé par les travaux d’Erik Satie. Alors qu’il vit à Paris en 1921, Thompson étudie avec la compositrice française Nadia Boulanger. Lors d'un second séjour à Paris, de 1925 à 1940, il est influencé par le Groupe des Six, notamment : Darius Milhaud, Francis Poulenc, Arthur Honegger et Georges Auric.
Dans les années 1930, il compose pour le théâtre et pour le cinéma en collaboration étroite, pour les livrets, avec Gertrude Stein.
En 1949, il est lauréat du prix Pulitzer de musique grâce à sa composition pour le film « Louisiana Story ».
Thompson a reçu le prix Kennedy Center Honors en 1983. Il a également reçu le prix National Medal of Arts en 1988 du président Ronald Reagan.
À la fin de sa vie, Thompson devient une sorte de mentor et de figure paternelle pour la nouvelle génération de compositeurs tonaux parmi lesquels Ned Rorem, Paul Bowles et Leonard Bernstein, qui forment un cercle partageant les mêmes inclinations musicales.
Au-delà de son rôle professionnel, c'est une figure forte de l'histoire de la musique occidentale. C'est notamment dans le cercle fermé de son appartement à New York que se rencontrent Igor Stravinsky et Pierre Boulez en 1952.
Le compositeur français Raymond Loucheur est né le 1er janvier 1899 à Tourcoing et mort le 14 septembre 1979 à Nogent-sur-Marne, à la Maison nationale des artistes.
Très tôt, il quitte la ville de Tourcoing pour faire ses études au Havre avec Henri Woollett qui a parmi ses élèves Arthur Honegger. Puis, il entre au Conservatoire de musique et de déclamation à Paris et travaille avec Henri Dallier, Paul Fauchet, Nadia Boulanger pour l'harmonie, André Gedalge pour le contrepoint et la fugue, Max d'Ollone et Paul Vidal pour la composition, Vincent d'Indy pour la direction d'orchestre. En même temps Joseph Baggers lui enseigne la pratique des timbales.
En 1928, il remporte brillamment le 1er Grand Prix de Rome avec la cantate Héraklès à Delphes sur un livret de René Puaux et exécutée le 26 octobre 1929 par les Concerts Lamoureux pour y recevoir un excellent accueil. La même année, il épouse à Paris Lucie Madeleine Boyer, professeur de musique, fille du journaliste Jean Auguste Boyer (1857-1945) et de l'artiste peintre Marthe Boyer-Breton.
Entre 1925 et 1940, il enseigne dans les écoles de la ville de Paris. Il fait partie des musiciens "réunis sous le Patronage de la radiodiffusion nationale pour créer une large fresque" sur Jeanne d'Arc créée en 1942.
Il reçoit le Grand Prix national de musique en 1934 et, en 1935, le Prix Georges Bizet.
En 1942, il est inspecteur principal de l'éducation musicale dans les écoles de la Seine puis devient inspecteur général de l'Instruction publique (1946) et directeur du Conservatoire national supérieur de musique (1956-1962).
Michał Spisak (né le 14 septembre 1914 à Dąbrowa Górnicza et mort le 29 janvier 1965 à Paris) est un compositeur polonais.
Spisak étudia au Conservatoire de Katowice et, à partir de 1935, à Varsovie avec Kazimierz Sikorski. En 1937, il partit pour Paris où il fut l'élève de Nadia Boulanger et vécut jusqu'à sa mort comme compositeur indépendant.
Il composa un opéra, deux symphonies concertantes, un Divertissement, un concerto pour piano et un concerto pour basson, un concertino et une suite pour cordes, des œuvres de musique de chambre, une cantate et des œuvres pour chœur et orchestre.
Enfant, Michał Spisak a été atteint de la polio, qui l'a laissé infirme à vie. Il prend ses premières leçons de violon dans sa ville natale, et reçoit sa formation professionnelle à l'école de musique M. Karłowicz à Varsovie. Le voyage à Varsovie avait également une dimension supplémentaire : le père de Spisak était aux prises avec un grave problème d'alcoolisme et sa mère voulait éviter à son fils de grandir dans des circonstances difficiles.
On sait peu de choses sur l'éducation précoce du jeune Spisak. Cependant, la musique a dû le fasciner au point qu'il a décidé de l’étudier. À l'âge de seize ans, il retourne dans sa ville natale et, en 1930, commence à étudier la composition et le violon au Conservatoire de musique de Silésie à Katowice. Pendant ses études, il jouit d'une réputation de violoniste talentueux (malgré son handicap, il interprète des pièces difficiles comme les Mythes de Karol Szymanowski) et de compositeur prometteur.
Étudiant ambitieux et talentueux, il n'était pas particulièrement satisfait de ses cours de composition avec Aleksander Brachocki, il a donc pris des leçons privées avec Kazimierz Sikorski. En 1936-1937, il se rend donc régulièrement à Varsovie pour rencontrer le professeur -et c'est lui qu'il considérera plus tard comme le "bon" guide de composition pendant ses études. Après avoir obtenu un très bon diplôme avec mention au conservatoire, Spisak a reçu une bourse de la Société de musique de Silésie pour étudier la composition à Paris. Ce fait a influencé toute sa vie future -en quittant la Pologne en 1937, il n'aurait jamais imaginé que la France deviendrait sa deuxième patrie, où il resterait pour le reste de sa vie.
Après le début de la Seconde Guerre mondiale, le compositeur s'installe en 1940 à Grenoble, puis à Voiron -sud de la France. Dès avant la guerre, il s'engage dans l'Association des jeunes musiciens polonais à Paris, dont il devient le vice-président en 1939 et le président à partir de 1950.
Après la guerre et son retour à Paris, il épouse en 1955 une Française, Andrée Thibault, qui sera un soutien important dans les moments difficiles du compositeur. Pendant son exil, Spisak a participé à la popularisation de la musique polonaise en France en organisant des concerts, en participant à des discussions sur les problèmes de la culture musicale polonaise et en créant une maison ouverte pour ses compatriotes et en leur offrant de l'aide.
Il entretient des contacts constants avec son pays : en 1947, il devient membre de l'Union des compositeurs polonais et correspond régulièrement avec ses amis, dont Grażyna Bacewicz, Stefan Jarociński et Eugenia Umińska.
Il publie ses œuvres dans une maison d'édition musicale polonaise et, à partir de 1956, se produit régulièrement à l'Automne de Varsovie. Malgré la situation politique défavorable, il n'a pas perdu ses liens avec la Pologne jusqu'à sa mort. En 2011, il s'est vu décerner à titre posthume le titre de " Citoyen d'honneur de la ville de Dąbrowa Górnicza".
Au Conservatoire de Paris, il commence sa formation sous la tutelle de Nadia Boulanger. Elle a su apprécier son talent et, grâce à elle, il s'est également intéressé aux œuvres d'Igor Stravinsky avant sa période de dodécaphonisme. Ses études avec Nadia Boulanger et son séjour en France ont eu un impact significatif sur son langage musical. Il était l'un des principaux représentants de la période néo-classique dans la musique polonaise. À partir du milieu des années 1950, il est confronté à des problèmes de santé qui l'empêchent souvent de travailler de manière créative. Malgré une reconnaissance croissante en Pologne et en Europe -le compositeur a également connu des problèmes financiers. Cette situation a gravement affecté son état mental. À partir du début des années 1960, il a pratiquement cessé de composer.
En 2005, à l'occasion du 40e anniversaire de la mort de Michał Spisak, un festival a été organisé à Dąbrowa Górnicza, suivi un an plus tard par le 1er Concours national de musique portant son nom.
En 2007, le Concours est devenu le Concours international de musique Michal Spisak.
Ses compositions ont été publiées en Pologne, en France, au Royaume-Uni et en Autriche. Les œuvres de Spisak sont actuellement publiées par la maison polonaise d'édition Euterpe.
Il a remporté de nombreux prix lors de concours internationaux, dont le Premier Grand Prix du Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique à Bruxelles en 1953 pour sa Sérénade pour orchestre, écrite en 1939, et le Premier Prix en 1957, cette fois pour son Concerto gioso pour orchestre de chambre. En 1955, il est le lauréat du Concours International pour l'hymne olympique officiel : son Hymne a été choisi parmi 392 partitions et interprété à l'ouverture des VIIe Jeux olympiques d'hiver à Cortina d'Ampezzo et aux Sixième Jeux olympiques de Melbourne en 1956.
En 1964, il a reçu le prix de l'Union des compositeurs polonais pour l'ensemble de son œuvre.