Portrait de compositrice : Imogen Holst

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La fille d’un compositeur honoré dans son pays peut-elle se créer une personnalité musicale reconnue ? C’est ce que nous allons découvrir en rencontrant Imogen Holst.

La Britannique Imogen Clare von Holst, connue sous le nom d’Imogen Holst, est une musicologue, compositrice, arrangeuse, cheffe d’orchestre et de chœur, enseignante, et auteure/éditrice qui a également été directrice artistique de festivals. Née le 12 avril 1907 à Richmond, dans le Surrey, elle est décédée le 9 mars 1984 à Aldeburgh, dans le Suffolk. Comme enseignante, elle a joué un rôle important dans l'éducation musicale britannique. 

Famille

Imogen est la fille unique de Gustavus Theodore von Holst, (Cheltenham, 21/09/1874 - Londres 25/05/1934) et d’Emily Isobel Harrisson (Londres 26/03/1876 - 16/04/1969). Les jeunes gens, connus comme Gustav Holst et Isobel Harrisson, se rencontrent lors d’un concert londonien organisé par l’Hammersmith Socialist Society. Gustav y dirige le Socialist Choir qu’a rejoint la jeune soprano Isobel. Le mariage a lieu à Londres au Fulham Register Office le 22 juin 1901, dès que la situation financière de Gustav le permet. Isobel se met à la couture pour qu’ils arrivent à assurer les fins de mois. 

Isobel Harrisson rejoint les « Independent-spirited women » et travaille, comme chauffeur volontaire, dans le Women’s Reserve Ambulance Corps venant en aide aux personnes dans le besoin pendant la guerre 14-18. En 1923, elle passe 2 mois en Amérique avec son mari et sa fille. Passionnée de décoration, elle préfère la vie à la campagne aux voyages lointains et rejoint plusieurs sociétés : l’English Folk Dance Society, l’Essex Society for Archaeology & History, l’Essex Agricultural Society, et supporte le British Women’s Institute et l’Eglise de Thaxed. Après son décès, le Times du 19 avril 1969 précise dans sa nécrologie qu’elle a été aimable et généreuse et qu’elle apporté, dans la vie de Gustav, grâce, aisance et confort

Gustavus Theodore von Holst (1874-1934), le père d’Imogen, est connu comme Gustav von Holst puis Gustav Holst parce que, en septembre 1918, il supprime officiellement le « von » trop germanique pour pouvoir participer à l’effort de guerre. Il est nommé organisateur musical pour la YMCA (Young Men's Christian Association) au Proche-Orient, basée à Thessalonique. 

C’est un enfant asthmatique dont la myopie est laissée longtemps sans correction. Il débute ses études à la Pate’s Grammar School où son père enseigne la musique. De 1886 à 1891, il intègre la Cheltenham Grammar School où sa santé fragile lui attire les quolibets de ses condisciples. Il trouve du réconfort dans la musique si présente dans sa famille et à laquelle son père souhaite qu’il se consacre. Il étudie très jeune le piano, joue Chopin, Liszt, Grieg… puis se met au violon, à l’orgue, au trombone et commence à composer. Son père le voit déjà pianiste de concert, souhait qui s’éteint quand la neuropathie périphérique du bras droit, dont il souffre depuis l’enfance, empire et l’éloigne des instruments à clavier. Il se concentre sur le trombone et enseigne la musique dans différents établissements dont la James Allen’s Girls’ School de Dulwich, la St Paul’s Girls’ School à Hammersmith et le Morley College (1907). Il n'a jamais cherché à imposer ses propres idées aux compositions de ses élèves. Formé par lui, le compositeur Edmond Rubbra (1901-1986) se rappelle qu'il devinait les difficultés de ses étudiants et les guidait avec douceur pour qu'ils trouvent une solution par eux-mêmes. 

Horatius est sa première œuvre composée, en cachette, à l’âge de 13 ans et basée sur un travail scolaire. J’ai écrit ceci avant de connaître l’harmonie et le contrepoint… J’ai essayé de le jouer au piano en l’absence de la famille. Le résultat sur mes nerfs a été tel que je n’y ai ajouté aucune note. Il pense tout arrêter, mais d’autres compositions ont du succès. Des prix reçus de 1890 à 1892 le confortent dans sa vocation et l’amènent à se perfectionner en harmonie et contrepoint. 

Le 24 décembre 1892, le Gloucester Chronicle publie : We are glad to welcome Mr. Gustav von Holst as a clever and original composer, from whom we may reasonably expect some sterling compositions in the future.

Ayant reçu un prêt, Gustav entre comme compositeur au Royal College of Music de Londres (1893) où il enseignera par la suite. Financièrement parlant, les temps sont durs pour lui. Il est tromboniste dans plusieurs orchestres qui lui proposent un maigre salaire. Il peut enfin profiter des cours de composition de Charles Villiers Stanford et d’histoire de la musique de Charles Hubert Parry et il est introduit dans plusieurs milieux artistiques. Parry considérait qu'en redécouvrant la musique populaire anglaise, les compositeurs découvriraient l’âme authentique de la nation. Ayant, comme lui, un idéal démocratique et égalitaire, Gustav devient ami du compositeur Ralf Vaughan Williams (1872-1958) et ils se soutiendront toute leur vie dans leur développement professionnel. Ils veilleront à sauvegarder la musique folklorique anglaise. R. Vaughan Williams collecte environ 800 chants folkloriques et publie en 1906 « The English Hymnal » qui réunit un grand nombre d’arrangements de ces chansons. Des mélodies populaires apparaissent dans des compositions de Gustav qui a aussi fait des arrangements de chansons populaires collectées par d'autres, par exemple dans la Somerset Rhapsody. Cette tendance se retrouve dans d’autres pays avec Claude Debussy (1862-1918) en France, Béla Bartók (1881-1945) en Hongrie, Edvard Grieg (1843-1907) en Norvège…

Les inspirations de Gustav sont nombreuses. Il les trouve tout d’abord dans la musique familiale, puis dans la littérature, la mythologie et la mystique religieuse. Suite à de nombreux voyages, il découvre l’astrologie (grâce à l’astrologue Clifford Bax), l’hindouisme, le sanscrit (qu’il est capable de lire) et la musique de compositeurs contemporains tels que Claude Debussy (1862-1918), Arnold Schönberg (1874-1951), Maurice Ravel (1875-1937), Igor Stravinsky (1882-1971), Richard Wagner (1813-1883)… Ses œuvres, tant orchestrales que vocales, sont très nombreuses et fort variées. On en compte environ 400. Il est fasciné par any musical sound or music from any race et mêle plusieurs traditions dans ses compositions plus tardives, comme Sāvitri, un opéra destiné à un ensemble de chambre dont il a écrit le livret basé sur une épopée sanscrite, le Mahâbhârata. On retient surtout de lui son œuvre symphonique, Les Planètes (1914-1917), dont l’exécution publique eut lieu en 1920 au Queen’s Hall de Londres sous la baguette d’Albert Coates. Chacune des sept planètes du système solaire y donne naissance à un mouvement. Il leur attribue un rôle astrologique en rapport avec la vie de l’être humain. Le troisième mouvement est consacré à Mercure, le messager ailé, perçu comme le médiateur entre le monde terrestre et les mondes lointains et invisibles. En 2012, l’Union Astronomique Internationale nomme « Holst », un cratère de Mercure pour lui rendre hommage. 

Sa vie de travail intense est accompagnée de nombreux déplacements dont des séjours aux USA et au Canada. En automne 1924, Holst reçoit le « Henry Elias Howland Memorial Prize » comme compositeur de l’école anglaise moderne (modern English School). Ce prix, fondé à la Yale University en 1915, consiste en une médaille et une bourse de $1350. Il est attribué aux citoyens de n’importe que pays, en reconnaissance d’une réalisation remarquable dans plusieurs domaines dont les beaux-arts. Il enseigne un temps à la Havard University, Division of Music, Cambridge, Massachusetts (1932).

Comme chef d’orchestre, Holst n’est ni un sensationnaliste ni un showman. Pour lui, les membres de l’orchestre sont faits de chair et de sang, pas seulement d’instruments mécaniques… Il a aussi de l’humour, écrit R.D.Darrell dans Phonograph Monthly Review.

Gustav décède d’une crise cardiaque le 25 mai 1934 à Beaufort House. Isobel est à ses côtés. Le 22 juin 1934 lui est rendu un hommage radiophonique « Gustav Holst : a Memorial Concert ». Le B.B.C. Orchestra et les Wireless Singers y présentent des œuvres variées du compositeur, dirigées par Adrian Boult. Ce concert est précédé d’un éloge prononcé par R. Vaughan Williams. … Holst était un visionnaire, mais en même temps, un homme très pratique allant à l’essentiel… En plus d’être un compositeur, il était un enseignant remarquable, un merveilleux ami, il aidait et conseillait tous ceux qui en avaient besoin… Holst était un rêveur…mais il n’a jamais permis à ses rêves de devenir incohérents ou erratiques... Il a quelque chose à nous dire que lui seul peut exprimer et il a trouvé l’unique chemin pour le faire.

Le 24 juin, ses cendres sont enterrées dans le transept nord de la Cathédrale de Chichester, sous le mur commémoratif de Thomas Weelkes (1576-1623), son compositeur ancien favori. Vaughan Williams recueille des fonds pour installer une « Gustav Holst Music Room» bien équipée dans une nouvelle aile du Morley College.

Ascendance des Holst

Gustav Holst descend d’une famille comptant des artistes sur plusieurs générations. 

Matthias Holst (~ Riga 1769 - Hampstead 1854), l’arrière-grand-père de Gustav qui a des ancêtres suédois et allemands, est né à Riga, alors en Russie, actuellement en Lettonie, et ville suédoise de 1621 à 1710. Il est connu comme pianiste, harpiste, enseignant, éditeur et vendeur de musique. Musicien professionnel, il devient vraisemblablement professeur de clavier et de harpe à la Cour Impériale Russe, à Saint-Pétersbourg. Il épouse la Russe Katharina Beate Roggen (1771-1838) avec laquelle il a cinq enfants dont Gustavus Valentine Johann (1799-1870). Au début du XIXe siècle, la famille s’exile en Angleterre. Londres est ouverte aux musiciens étrangers. Matthias attire l’attention du public en 1805 quand il compose pour une production théâtrale allemande. 

Gustavus Valentine Johann von Holst (Riga 1799 - Cheltenham1870), grand-père de Gustav, est aussi compositeur et professeur de musique. Au début des années 1800 circulait un mythe taxant l’Angleterre de médiocrité du point de vue musical si bien que, pour attirer des étudiants et améliorer sa réputation, il semble utile à Gustavus d’incorporer un « von » à son nom de famille, les étrangers étant supposés être de meilleurs musiciens. Dès lors, on parle de la famille « von Holst ». 

Gustavus Valentine von Holst épouse une Anglaise, Honoria Goodrich (1811-1873), avec laquelle il a six enfants, dont Gustavus Matthias (1833-1874), Adolphus Gustav (Londres 1846-Cheltenham 1901), Benigna Honoria Catharina, dite Nina (1849-1920).

En 1849, la famille s’installe à Cheltenham, un centre culturel majeur qui se développe dès 1830 et devient réputé pour son architecture, ses parcs et jardins, son spa et ses collèges renommés. La musique y tient une place importante. 

Gustavus Valentine von Holst s’intègre rapidement dans l’élite culturelle locale. 

Parmi ses enfants, on relève des musiciens : Gustavus Matthias, un compositeur et organiste qui a beaucoup de succès en Ecosse, et Adolphus Gustav, grand-père d’Imogen.

Adolphus Gustav von Holst, simplifié en Adolph von Holst (Londres 1846 - Cheltenham1901) est, à l’époque, le plus connu et respecté des musiciens professionnels de Cheltenham. Brillant pianiste, fréquemment en concert, il devient organisateur de concerts et pianiste à la « Cheltenham Quartet Society » et aux « Popular Classical Concerts », spécialisés en musique de chambre. En 1878, il dirige quarante musiciens dans un « Grand Orchestral Concert », ce qui l’amène à diriger l’orchestre de chambre à la prestigieuse Montpellier Rotunda.

En 1871, Adolph épouse Clara Cox Lediard (Cirencester 1841 - Cheltenham 1882), fille d’un brillant avocat de Cirencester, ville proche de Cheltenham. Elle est une de ses étudiantes au Cheltenham Ladie’s College où il donne des cours de piano. Musicienne douée, elle participe à des récitals et enseigne le piano à la Cranham parish church. Ils ont deux enfants, Gustavus Theodore, dit Gustav, né en 1874 (qui sera le père d’Imogen), et Emil Gottfried, né en 1876, qui, sous le surnom d’Ernest Cossart, sera très actif au théâtre, dans des comédies musicales, au cinéma, notamment à Broadway et décédera à New York en 1951. 

Clara gère la maisonnée. Suite à une fausse couche, elle décède en 1882. 

Adolph fait appel à sa sœur Nina pour l’aider à élever ses deux garçons. En remerciement, Gustav lui dédicacera sa première March en do majeur pour orgue, à l’âge de 17 ans.

Par la suite, il se remarie en 1885 avec Mary Thorley Stone (1860), fille du révérend Edward Stone, Recteur de l’église anglicane de Queenhill à Upton-upon-Severn. Ils ont deux fils, Matthias Ralph Bromley, dit Max (1886-1956) qui deviendra professeur de violoncelle, et Evelyn Thorley (1889-1969) qui sera juriste. Mary, que l’on dit théosophiste, éprouve une véritable passion pour les matières philosophiques et religieuses faisant notamment référence à des doctrines ésotériques. Les enfants, élevés à la dure, baignent dans les conversations théosophiques considérées comme plus importantes que leur bien-être. En 1901, Mary et ses deux enfants déménagent aux Etats-Unis où elle les inscrit dans des écoles théosophiques. 

Imogen Holst

La carrière d’Imogen Holst comprend plusieurs étapes.

Education

Imogen Holst, fille unique de Gustav et d’Isobel, a hérité des dons musicaux de sa famille. Très jeune, elle manifeste d’indéniables talents comme interprète et compositrice. 

En 1912, elle entre à l’Institut Froebel où elle reste 5 ans, puis, en 1917, rejoint l’internat d’une école privée pour filles, l’Eothen School à Catherham où la musicienne et compositrice Jane Marian Joseph (1894-1929), ancienne élève et assistante de Gustav Holst, enseigne la musique. Elle y reçoit des cours de piano, de violon et de théorie musicale. Sur les conseils de Jane Joseph, Imogen produit ses premières compositions, deux pièces instrumentales et quatre chants de Noël. A la session d’été 1920, elle compose et conçoit la chorégraphie d’une Danse of the Nymphs and Shepherds (danse des nymphes et des bergers) dont elle dirige la représentation à l’école le 9 juillet. Elle a alors 13 ans.

Comme Imogen aime aussi la danse, elle souhaite suivre les cours de Ruby Mary Adeline Ginner (1886-1978) à la Ginner-Mawer School of Dance and Drama de Londres. Cela lui est refusé pour des raisons de santé. Elle développe, dans son bras gauche, une phlébite difficile à guérir et son bras droit est atteint d’une neuropathie périphérique. En 1921, elle prend toutefois part, comme danseuse, à la production paternelle du Masque de Dioclétien, un semi-opéra tragi-comique de Purcell, tout d’abord à la Paul’s School, puis à Hyde Park. Après quelques mois d’étude sous la direction d’une gouvernante, elle intègre, en 1922, la St Paul’s Girls’ School à Hammersmith où elle est interne. Etant une pianiste douée, elle joue un Prélude et Fugue de Bach qui impressionne Jane Joseph : Je pense que tout le monde a apprécié le Bach du début à la fin, car tous ont fait une impressionnante ovation quand ce fut fini. Ses années d’études dans cette école sont heureuses. En juillet 1923, elle gagne le prix de piano Alice Lupton pour jeunes. Par la suite, sa phlébite empirant, ses chances de gagner d’autres prix s’amenuisent. 

Le dédain dans lequel beaucoup de critiques tiennent la musique traditionnelle et folklorique reflète une idéologie de domination dans la société. La « musique sérieuse » est pour les classes sociales élevées et les intellectuels ; les classes populaires peuvent se contenter de « musique simple » qui les transforme en consommateurs dociles. C’est contre cette séparation des classes que s’étaient battus son père, Charles Hubert Parry et Ralf Vaughan Williams. Imogen leur emboîte le pas.

Comme sa mère, Imogen rejoint l’English Folk Dance Society. Lors de sa dernière année dans l’école, elle y fonde une société de danse folklorique (1924-1925). Pour le concert de fin d’études, elle interprète l’Etude de Chopin en mi majeur et, pour la première fois, la Toccata de son père.

Avant d’entrer au Royal College of Music de Londres (South Kensington) en 1926, Imogen se perfectionne en piano et en composition, puis se lance dans le cor d’harmonie (French horn) lors de cours d’été organisés par l’English Folk Dance Society. Elle arrange de la musique et dirige une reconstitution historique pour cette société. 

Au Royal College of Music, à côté du piano avec Kathleen Long et de la composition avec Gordon Jacob and George Dyson, elle se perfectionne en harmonie et contrepoint avec Ralph Vaughan Williams et en direction d’orchestre avec William Henry Reed (1876-1942). Ses dons pour la direction sont évidents. Plusieurs prestations mènent le The Daily Telegraph à estimer qu’Imogen Holst pourrait devenir la première femme à obtenir un mandat assuré de cheffe d’orchestre. Le compositeur Colin Matthews remarque que n’importe qui pourrait remarquer d’un seul coup d’œil qu’elle a été danseuse et l’est toujours… les mêmes mouvements et rythmes de danses. 

En composition, Imogen se concentre d’abord sur la musique de chambre (sonate pour violon, quintet pour hautbois, suite pour instruments à vent…). A l’âge de 19 ans, elle remporte, pour son quatuor à cordes Phantasy Quartet, le « Prix Cobbett » pour étudiants offert par Walter Willson Cobbett, homme d’affaires, violoniste, grand amateur de musique de chambre. Et peu après lui est décernée la bourse Morley, la couronnant comme « best all-round student » c’est-à-dire la meilleure étudiante à tous points de vue. 

Alors qu’il est en Italie, Gustav reçoit, en 1929, une invitation au 25e anniversaire de l’Academy of Arts of New York, le trajet lui étant offert. Il ne pourra pas être au Royal College of Music pour entendre Imogen présenter un examen. Il lui écrit donc de Pérouse : Comme j’aimerais être avec toi aujourd’hui !... Tu devrais réaliser une performance de premier ordre lors de cette compétition. Pourquoi, oh pourquoi n’ai-je pas pu être cet examinateur extérieur ? La seule chose qui me reste à faire est d’attendre avec impatience… un Imogen Festival durant une semaine où j’entendrais au moins une de tes œuvres chaque jour…. Entretemps, Isobel a donné à sa fille la tâche d’organiser les croisières transatlantiques de son père, ce qui n’est pas si facile en 1929. Une lettre d’Imogen à son père commence par ces mots : Cher Gussie, puis Merci beaucoup pour ta lettre de Pérouse…Je dois être une super alouette : j’ai découvert des bateaux pour toi….

Après un voyage au Canada et aux Etats-Unis avec l’English Folk Dance Society, Imogen se consacre à sa composition de fin d’études, The Unfortunate Traveller (Le Voyageur Malheureux), une suite pour Brass Band qui est jouée au concert de fin d’année, en juillet 1930. 

Voyages à l’étranger

Liée à l’English Folk Dance Society, Imogen se rend en Belgique en 1928, puis en Allemagne, avec le groupe « The Travelling Morrice » de Cambridge qui veut favoriser la compréhension internationale par la musique et la danse.

En juin 1930, Imogen s’est vu décerner une Octavia Travelling Scholarship, bourse de £100 lui offrant la possibilité d’étudier la composition à l’étranger. Débutant à Liège pour un congrès de l’International Society of Contemporary Music, son périple de trois mois la mène en Scandinavie, Allemagne, Autriche, Hongrie, puis elle retourne au pays en passant par des salles de spectacle prestigieuses où elle assiste à des concerts remarquables, à Prague, Dresde, Leipzig, Berlin (Bach), Amsterdam (Mahler), Vienne (Mozart), Salzburg (Mozart). S’en suit un voyage à la découverte de la musique italienne. Heureuse de renouer avec la musique anglaise, elle conclut cette expérience par : « Si vous aimez la musique, rien ne vaut Londres ».

En 1936, elle se rend à Hollywood où elle est hébergée par l’acteur Ernest Cossart, son oncle, et par sa fille Valérie, actrice elle aussi, qui a opté pour « Cossart » (le nom de scène de son père) comme nom de famille.

Intermittente de spectacle et enseignante entre 1931 et 1938

Au début, Imogen se lance dans l’enseignement pour avoir de quoi vivre. En 1931, elle assure le cours de musique au Centre d’arts et d’éducation Citizen House à Bath. En parallèle, elle sert d’accompagnatrice et dirige des orchestres comme cheffe indépendante, puis rejoint l’English Folk Dance Society qui devient l’English Folk Dance and Song Society (EFDSS). Elle réalise de nombreux arrangements vocaux et instrumentaux, spécialement de mélodies folkloriques traditionnelles. Elle enseigne aussi, à temps partiel, à l’Eothen School et à la Roedean School de Brighton, une école pour filles de 11 à 18 ans.

Le 25 mai 1934, son père Gustav Holst décède. Imogène décide de protéger et de perpétuer sa musique. En mars 1935, lors d’un concert en mémoire de son père, elle dirige son propre arrangement pour Brass Band d’une des Suites paternelles. En 1938, elle publie une biographie de Gustav Holst, à la fois intime et objective. 

En 1938, Imogen se concentre sur son propre développement personnel et compose en tant que professionnelle. Ceci l’amène à abandonner l’enseignement et les charges à l’EFDSS, tout en restant engagée dans l’administration de cette société de danses folkloriques.

En juin 1939, elle doit écourter son voyage en Suisse et au Lucerne Festival de musique classique, car la guerre menace d’éclater.

Investissement humain pendant la guerre de 40-45

Imogen met tout en œuvre pour venir en aide à des musiciens désemparés. Elle travaille pour le Comité des réfugiés de Bloomsbury House qui soutient des musiciens allemands et autrichiens résidant en Angleterre et internés suite à des règlements d’urgence sécuritaires. 

En janvier 1940, elle accepte de faire partie des six music travellers destinés à remonter le moral des communautés rurales en encourageant les activités musicales, sur proposition du Pilgrim Trust. Son activité doit couvrir l’ouest de l’Angleterre depuis l’Oxfordshire jusqu’aux Cornouailles. Quand le gouvernement met en place le Council for the encouragements of Music and the Arts (CEMA), cette activité est gérée par cet organisme. Les talents d’organisatrice d’Imogen se révèlent brillants aux dires de son amie Ursula Vaughan Williams. Elle dirige des Bands, des chorales de femmes dont les « Women’s Institute choirs » comprenant, remarque-t-elle avec un brin d’humour, « quatorze dames très âgées rassemblées dans un petit local sordide ». Elle organise des sessions de chants pour les enfants évacués et réunit professionnels comme amateurs dans des festivals qu’elle appelle drop-in-and-sing. Elle parle de journées idylliques où, autour d’une tasse de thé, se déploient des discussions au sujet des espoirs et des rêves d’éventuels créateurs de musique.

Malgré la pression du travail et le manque de temps, Imogen produit deux trios pour flûtes à bec (Offley suite et Deddington suite) et poursuit ses arrangements de chants traditionnels, et d’autres, pour voix de femmes. 

Engagement à la Dartington Hall School

Alors qu’Imogen voyage pour le CEMA, elle est invitée par le Chevalier Leonard Elmhirst (1893-1974) et son épouse Dorothy (1887-1968), un couple d’Américano-Britanniques millionnaires qui ont fondé dans le Devon, en 1925, une école progressiste liée à une communauté d’artisanat et d’art, la Dartington Hall School. Le lieu choisi, à Dartington, est un bâtiment d’origine médiévale. Leonard est un agronome et philanthrope qui a travaillé en Inde et souhaite, pour l’Angleterre, une « reconstruction rurale ». Dorithy est une activiste sociale d’origine américaine soutenant les droits des femmes. En 1942, Christopher Martin, l’administrateur du centre, veut engager Imogen comme professeur de musique, le genre de choses que votre père a fait, dans le temps, au Morley College. Elle quitte son rôle au CEMA et, désignée pour entraîner de jeunes dames à organiser des orchestres d’amateurs et des évènements musicaux dans les communautés rurales, elle s’engage pour un an à Dartington en 1943. Sa méthode, basée sur « apprendre en créant », sans examens formels, déconcerte tant les élèves que les inspecteurs. Vu le succès de cette approche qui donne naissance à un orchestre d’amateurs de qualité, elle gagne le respect. Elle savait exactement comment et quand pousser ses « victimes » au plus profond, et elle savait aussi, alors qu’elles pataugeaient au début, qu’il ne faudrait pas longtemps pour qu’elles nagent facilement, écrivait Rosamond Strode (1927-2010), une élève qui deviendra sa collaboratrice.

Du temps libre permet à Imogen de se reconnecter avec la composition. Lors de son séjour à la Dartington Hall School, on lui doit notamment une Serenade pour flûte, violon et basson, une Suite for String Orchestra, Three Psalms pour chœur et orchestre à cordes. Ces œuvres sont interprétées en juin 1943 lors d’un Wigmore Hall concert pour honorer sa musique. Elle composera encore Theme and Variations pour violon solo, First String Trio pour violon, violon alto et violoncelle dédicacé au Dartington Hall String Trio, une anthologie de chants du 16e siècle, un Concerto pour hautbois, un String Quartet et bien d’autres œuvres. Elle a également composé des chants basés sur Tottel’s Miscellany, une anthologie de poésie anglaise du 16e siècle, publiée à Londres en 1557 par Richard Tottel. 

En octobre 1943, le compositeur Benjamin Britten (1913-1976) et le ténor Peter Pears (1910-1986) ont débuté une série de récitals à Dartington. La rencontre avec Benjamin Britten réoriente les activités d’Imogen. Tous deux apprécient les musiques de la Renaissance et de l’époque baroque. De plus, Imogen voit en Britten celui qui va continuer et compléter le travail de son père : redéfinir le caractère de la musique anglaise.

A partir de 1945, Imogen élargit ses activités musicales. La Dartington Hall School accueille le New Opera Group de Britten pour lequel elle édite et prépare des partitions. Encourageant le violoniste réfugié juif autrichien Norbert Brainin (1923-2005), elle l’aide en 1947 à former l’Amadeus Quartet dont la réputation deviendra internationale. Suite à la hausse des standards de réussite à Dartington, elle organise avec les élèves des événements demandant un travail long et rigoureux, comme la Messe en si mineur de Bach qui est interprétée, avec succès, en l’honneur du 200e anniversaire du décès du compositeur.

Au milieu des années 50, Imogen modifie son orientation professionnelle. Ayant assisté en 1948 et 1949 aux deux premiers Aldeburgh Festivals, elle propose en 1951 une prestation chorale, Welcome Joy and Welcome Sorrow (Bienvenue à la joie et bienvenue au chagrin), un cycle de chansons pour voix de femmes et harpe. Elle consacre une partie de cette année à étudier la musique indienne à l’Université Visva-Bharati fondée par Rabindranath Tagore, au Bengale occidental, et à enregistrer Ten Indian Folk Tunes

Le 21 juillet 1951, elle clôture son travail à Dartington par la représentation de son opéra en un acte Benedick and Beatrice basé sur des personnages de Shakespeare, à ne pas confondre avec Béatrice et Bénédicte, l’opéra en deux actes d’Hector Berlioz (1862).

Elle voyage ensuite en Europe pour rassembler des éléments musicaux qu’elle pourrait utiliser. Ayant travaillé sur plusieurs projets de Benjamin Britten, elle finit par être engagée par lui en 1952, et elle s’installe à Aldeburgh.

Assistante de Benjamin Britten à Aldeburgh

Ignorant le fait qu’Imogen a fait don à sa mère de ses droits sur la succession de son père, Britten lui offre un salaire à peine suffisant. Elle vit frugalement, son engagement pour Britten étant sa priorité. Elle a une foi inconditionnelle en la réussite de Britten et une dévotion absolue à son travail, peut-on déduire de son journal intime. S’en suivent douze années où elle a, comme objectifs, d’assister Britten et de développer l’Aldeburgh Festival. Parallèlement, elle produit beaucoup d’arrangements choraux et vocaux, fait la promotion des œuvres de son père et rédige des livres comme The Story of Music (1958), des articles et des programmes.

Son premier gros travail est stressant car le temps est compté et la prestation exceptionnelle. Il s’agit d’un opéra commandé par Covent Garden pour les célébrations du couronnement d'Elizabeth II, couronnement qui aura lieu le 2 juin 1953 à l’Abbaye de Westminster, à Londres. Cet opéra en trois actes, Gloriana, est créé le 8 juin 1953 au Royal Opera House en présence de la Reine, de la famille royale et d’hôtes étrangers. Il est basé sur Elizabeth and Essex: a tragic history, un essai de Lytton Strachey (1928). Le livret est de William Plomer. Le travail principal d’Imogen consiste à lisser les ébauches manuscrites de Britten et à préparer, pour le piano et les chanteurs, les partitions indispensables pour les répétitions de février. Elle l’aide aussi à écrire la partition complète pour orchestre. Elle fait de même pour l’opéra The Turn of the Screw (1954), The Prince of the Pagodas (1956) et celui pour enfants, Noye’s Fludde (1957) dont elle invente les bruitages. 

Imogen aide Britten dans toutes ses compositions principales. Tout en lui restant dévouée, elle résilie son poste en 1964 pour avoir du temps pour sécuriser l’héritage musical de son père et vivre une vie plus indépendante, propice à sa propre carrière de compositrice.

Déjà fort impliquée dans l’Aldeburgh Festival, Imogen en devient une directrice artistique en collaboration avec Britten et Pears, dès 1956. Elle le restera jusqu’en 1984. Ses responsabilités portent sur les programmes et le recrutement des interprètes. Cette année-là est joué Sāvitri, un opéra de son père, à côté de Venus and Adonis, opéra de John Blows (17e siècle) dont elle a produit les arrangements. En 1957, elle crée les Concerts Nocturnes. Elle propose de la Musique Flamande (1962)… Cette année-là, sa qualité de vie s’améliore et elle profite, à vie et sans frais, d’un bungalow construit pour elle au 9, Church Walk, à Aldeburgh. 

Beaucoup de musiques religieuses sont jouées dans l’église paroissiale. 

La chorale des Purcell Singers qu’elle a fondée en 1952 est engagée régulièrement à l’Aldeburgh Festival pour interpréter de la musique allant de l’époque médiévale au XXe siècle. Elle la dirige jusqu’en 1967.

Entre 1966 et 1970, Imogen enregistre des œuvres de son père avec les Purcell Singers et l’English Chamber Orchestra sous les labels Argo et Lyrita. Pour Lyrita, elle dirige notamment le Double Concerto for Violin and Orchestra avec l’English Chamber Orchestra et Emanuel Hurwitz et Kenneth Sillito en solistes. 

Lors du concert inaugural à Snape Maltings, une ancienne malterie aménagée notamment pour les Aldeburgh Festival’s, Imogen partage le podium avec Britten. 

Elle s’implique dans le développement de l’enseignement musical à la Britten-Pears School for Advanced Musical Studies située dans ce même ensemble de bâtiments. Elle débute en organisant des classes de chant le week-end.

Suite au décès de Benjamin Britten le 4 décembre 1976, Imogen se retire de la direction de l’Aldeburgh Festival. Après sa dernière prestation, en 1977, elle devient Artistic Director Emeritus. Elle a alors 70 ans.

Jusqu’à son décès d’une crise cardiaque à son domicile, le 9 mars 1984, Imogen a continué à travailler. Elle est enterrée dans le cimetière de l’église St Peter and St Paul d’Aldeburgh, à quelques mètres de Benjamin Britten et de Peter Pears.

Son amie Ursula Vaughan Williams a écrit : Imogen avait quelque chose d’une érudite médiévale…elle se contentait de peu de confort s’il y avait assez de musique, assez de travail, assez de livres pour emplir ses journées. En effet, elle a toujours rempli ses journées, faisant en 24 heures ce que la plupart d’entre nous feraient en deux fois plus de temps.

Compositions d’Imogen Holst

Les compositions d’Imogène sont très nombreuses et variées.

Un Catalogue of Imogen Holst’s works dû à Christopher Tinker et Rosamund Strode reprend toutes ses œuvres par ordre chronologique. Il est divisé en trois sections :

  1. Les compositions, arrangements et éditions,
  2. Les éditions de la musique de Gustav Holst
  3. Les partitions vocales et pianistiques de la musique de Benjamin Britten.

Chaque œuvre y est détaillée.

La liste simplifiée ci-dessous regroupe les compositions d’Imogen en deux chapitres :

  1. Les compositions originales 
  2. Ses arrangements et adaptations de chants folkloriques et de travaux d’autres compositeurs.
  3. Les compositions originales datent de 1918 (elle avait 11 ans) à 1984, l’année de son décès. On relève : 

- des musiques de chambre (11)

- des musiques instrumentales (35)

- des musiques pour chorales (29)

- des chants accompagnés ou non, musique vocale (15)

- de la musique orchestrale (9)

- trois concertos, pour violon et orchestre à cordes (1935), pour hautbois (1944), Joyce’s Divertimento (1976), 

- de la musique pour Brass Band : Suite : The Unfortunate Traveller (1929), Theme et sept variations: The Glory of the West (1969)

- deux opéras Young Beichan (libretto de Beryl de Zoete) (1945), Benedick and Beatrice (1951)

- un ballet Meddling in Magic (1930)

  1. Les arrangements et adaptations s’étendent de 1932 à 1983 :

- des musiques instrumentales (23)

- des musiques pour chorales (37)

- des chants accompagnés ou non, musique vocale (18)

- de la musique orchestrale (5)

- deux opéras : Venus and Adonis (1956), l’original étant de John Blow, The Faerie Queen de Purcell: (version courte) (1967)

- de la musique pour Brass Band : Coronation Country Dances, aidée par Gordon Jacob (1937).

Les nombreuses partitions vocales et pianistiques réalisées comme assistante de Britten doivent y être ajoutées.

Une grande partie de la musique chorale d’Imogen a été écrite pour des amateurs. Ses œuvres pour les chœurs professionnels, en particulier celles pour voix de femmes, sont d’une très grande qualité. 

Imogen Holst écrivaine

A côté des publications relatives à son père, Imogen a écrit des ouvrages didactiques dont un Oxford ABC of Music et un manuel pour dirigeants de chorales d’amateurs, Conducting a Choir : a Guide for Amateurs. Elle a aussi publié des biographies de musiciens, dont celle du compositeur anglais de la Renaissance William Byrd (1543-1623) et une série The great Composers consacrée à Bach, Holst, Britten, que la couverture présente sans leurs prénoms. 

La Fondation et les Archives Holst 

Imogen Holst fonde, en 1981, une association caritative, la Fondation Holst dont les fonds ont été, pendant plus de 30 ans, destinés principalement à l'interprétation et à l'enregistrement de musique par des compositeurs vivants. Cette Fondation continue d'administrer les successions de Gustav et d’Imogen Holst.

La Fondation Holst a possédé, jusqu’en 2007, les Archives Holst constituées de tous les documents laissés par Imogen. Il s’agit des papiers personnels, des partitions manuscrites et des courriers qu’elle a soigneusement assemblés tout au long de sa vie, notamment d’importants manuscrits musicaux et autres de Gustav. On y trouve aussi des lettres et manuscrits musicaux d’artistes comme la compositrice Elizabeth Maconchy (1907-1994), une de ses anciennes condisciples, et de certains de ses professeurs comme Ralph Vaughan Williams. 

Ecrit sur cette riche base de documents, on trouve : A Comprehensive Biography of Composer Gustav Holst, with Correspondence and Diary Excerpts : Including His American Years by Jon C. Mitchell, The Edwin Mellen Press, Ltd, 2001.

Dès son adolescence, Imogen a collé, dans des albums, des cartes postales, photos, coupures de journaux, programmes… ce qui aide à comprendre sa vie et son travail. On en découvre de nombreux aspects en tant que compositrice, arrangeuse, cheffe d’orchestre, éditrice, écrivaine, promotrice de la musique de son père, organisatrice d’évènements et gardienne de la musique folklorique anglaise. 

En 2007, au centenaire d’Imogen Holst, ces archives sont léguées au Britten Pears Arts, une organisation caritative basée à Aldeburgh qui les gère et les préserve. 

Cette année-là, pour célébrer le centenaire de sa naissance, plusieurs évènements sont organisés à Aldeburgh.

La société « The Boydell Press » a publié Imogen Holst : A Life in Music, sous la direction de Christopher Grogan et de Rosamund Strode, également en 2007.

Imogen et Gustav Holst

L’influence de Gustav Holst sur sa fille Imogen est indéniable et le dévouement d’Imogen à la mémoire de son père l’est tout autant.

Engagée comme pianiste dans certains concerts organisés par son père, Imogen doit parfois refuser. En décembre 1932, une lettre de son père précise : Le bras gauche d’Imogen s’est effondré et elle a dû abandonner toute prestation au piano pour le moment… On espère qu’elle pourra jouer la « Nocturne » que j’ai écrite pour elle le 12 février… 

En 1932, Imogen rejette la proposition de son père qui lui propose de l’aider à avoir un poste d’enseignante aux Etats-Unis. 

Le 12 février 1933, est organisé le « Gustav Holst Concert in Memory of Dr. Lediard » au « Her Majesty’s Theatre » à Carlisle. Le médecin Henri Ambrose Lediard, membre de la Société d’Ophthalmologie, était l’oncle de G. Holst, un frère de sa mère. Imogen y dirige un orchestre d’hommes, le St. Stephen Band, pour l’interprétation de sa suite The Unfortunate Traveller, la première œuvre pour Brass Band composée par une femme. Lors d’une interview après le concert, elle commente : C’était la première fois que je dirigeais un groupe d’interprètes masculins et, si mes informations sont correctes, la première fois aussi qu’une femme dirigeait un Brass Band en public. Le concert fait la preuve des talents, souvent méconnus, d’Imogen comme compositrice et cheffe d’orchestre. Lors de cet hommage, Gustav dirige ses compositions personnelles jouées par le St. Stephen Band ou chantées par le chœur Goodwin. Le Nocturne pour Piano joué à cette occasion est la première des deux pièces pour piano que Gustav avait composées pour sa fille comme cadeau pour son 21e anniversaire. Les fonds récoltés sont versés au Mayor’s Fund venant en aide aux employés de Carlisle au chômage, un souhait exprimé par Mary, l’organisatrice de l’événement et fille du défunt.

Le compositeur australien Percy Grainger (1882-1961) écrit à Imogen en 1956 pour lui demander des copies d’œuvres de son père pour le Grainger Museum qu’il a fondé à l’Université de Melbourne, en Australie, en 1938 et qu’il enrichit par des œuvres étrangères montrant le caractère universel et cosmopolite de la musique. Il a eu connaissance des œuvres de Gustav Holst par le compositeur anglais Balfour Gardiner qui lui a offert, écrit-il votre livre touchant et inoubliable à propos de votre père et de son génie. 

Imogen a écrit et édité plusieurs ouvrages concernant son père et la musique.

Gustav Holst : A Biography (1938) ; The Music of Gustav Holst (1951) avec une annexe Holst’s Music Reconsidered (1968) ; A Scrapbook for the Holst Birthplace Museum (1978)

En 1974, à l’occasion du centième anniversaire de Gustav, Imogen publie un Thematic Catalogue of Gustav Holst’s Music et fonde, au 4 Clarence Road de Cheltenham, le Holst Birthplace Museum. 

C’est cette année-là qu’avec le compositeur Colin Matthews, elle débute l’édition Gustav Holst : Collected Facsimile Editions of Autograph Manuscripts of Published Works, London : Faber Music Ltd. Il s’agit de quatre volumes :

Volume I : Chamber Operas, 1974.

Volume II : Works for Small Orchestra, 1977. 

Volume III : The Planets, 1979.

Volume IV: First Choral Symphony, 1983.

En avril 1979, Imogen est présente quand la Reine Elizabeth inaugure, à Snape, le nouveau bâtiment de la Britten-Pears School à Aldeburgh incluant une bibliothèque, la Gustav Holst Library à laquelle Imogen a légué beaucoup d’ouvrages dont les livres utilisés par son père lorsqu’il enseignait. La bibliothèque est située dans deux pièces au deuxième étage des bâtiments, dans le complexe Snape Maltings. La collection constituée de livres, partitions et documents audio (vinyles, bandes magnétiques et CD) couvre de nombreux genres. Une grande partie du fonds de la bibliothèque est disponible pour la recherche sur le catalogue en ligne de la Bibliothèque Britten-Pears. Selon le communiqué de presse du Bureau du Festival d'Aldeburgh, la Bibliothèque Gustav Holst sera une bibliothèque de travail à l'usage des étudiants

Honneurs

Imogen Holst a été nommée Fellow of the Royal College of Music en 1966. Elle a été nommée Docteur Honoris Causa des Universités d’Essex (1968), d’Exeter (1969) et de Leeds (1983). En 1970, elle devient membre honoraire de la Royal Academy of Music.

Elle est nommée Commander of the Order of the British Empire (CBE) pour ses services rendus à la musique (New Year Honours 1975).

Postérité

La place occupée par Imogen Holst dans la musique anglaise est très importante, mais elle est peu connue hors de l’Angleterre. Les maisons de disques ont été lentes à reconnaître son « potentiel commercial ». 

Le premier CD, sorti en 2009, consiste en une sélection de ses œuvres pour cordes. D’autres suivront comme ses Œuvres chorales (Choral Works, 2012), de la Musique de chambre pour cordes (String Chamber Music, 2018)… Sur certains CD, elle est parfois associée à d’autres compositeurs, Edward Elgar et William Walton, Benjamin Britten, Gustav Holst… Sur d’autres, on précise qu’elle dirige l’orchestre.

En 2007, Aldeburgh a honoré Imogen Holst, notamment lors d’un concert célébrant le centenaire de sa naissance. Un récital donné dans l’église paroissiale par le « Navarra Quartet » a présenté des œuvres de Purcell et de Schubert et d’autres d’Imogen : The Fall of the Leaf pour violoncelle solo et son String Quintet.

Ses compositions sont parfois comparées à celles de son père. Un commentaire de The Guardian écrit par le musicologue Andrew Clements précise que le String Quintet qu’on a présenté à cette occasion est vraiment mémorable… L’ensemble des variations grâce auxquelles le quintet finit par se dissoudre en une série de solos, relie la musique d’Imogen à celle de son père.

Après une parenthèse de deux ans due aux Covid-19, le Festival d’Aldeburgh renaît en juin 2022. Des œuvres d’Imogen Holst sont au programme. 

En Belgique, le 15 octobre 2021, l’Atelier des Muses, lié à la RTBF, a présenté Imogen Holst comme la plus brillante des Planètes de Gustav Holst.

Anne-Marie Polome

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