D'heureuses retrouvailles !

par linux creative writing

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concertos pour pianos nos. 4 en sol majeur, op. 58 et 5 en mi bémol majeur, op. 73
Hannes Minnaar (piano), The Netherlands Symphony Orchestra, dir.: Jan Willem de Vriend
2014-DDD- 70’19- Testes de présentation en anglais et allemand- Challenge Classics CC72672

Nombreux sont ceux qui se souviennent de la forte impression qu’avait laissée le pianiste néerlandais Hannes Minnaar lors du Concours Reine Elisabeth de 2010, où, classé troisième lauréat, il avait interprété avec beaucoup de classe et d’élégance le Cinquième concerto de Saint-Saëns, choix pour le moins assez inattendu pour un concours. Le pianiste zélandais oeuvre depuis, lentement mais sûrement, à se construire une belle carrière, à la fois comme soliste et comme chambriste (entre autres au sein de l’excellent Van Baerle Trio, et, récemment, comme partenaire d’Isabelle van Keulen dans une belle intégrale des Sonates pour violon et piano de Beethoven). Autant le dire tout de suite, ce nouvel enregistrement des deux derniers concertos de Beethoven inaugure une intégrale qui ne devrait trouver aucun problème à tenir son rang parmi tant de versions concurrentes, signées des plus grands noms de la discographie.
Dès le premier mouvement du Quatrième concerto qui ouvre cet enregistrement, la musicalité fine et sans esbroufe de Minnaar enchante, car la musique coule ici de source et rien ne paraît forcé, ni destiné à éblouir. L’intelligence, le goût, la modestie -à ne pas confondre avec l’effacement- de l’interprète conquièrent sans effort l’auditeur. La cadence du premier mouvement est abordée avec de très belles nuances et rien ne sent jamais l’effort. Jan Willem de Vriend conduit avec beaucoup de rigueur et d’intelligence un orchestre volontaire et impliqué. (Pour ceux qui se demanderaient qui se cache sous cette appellation anglaise passe-partout, il s’agit de Het Orkest van het Oosten, basé à Enschede). Les partis-pris d’authenticité (cuivres et timbales authentiques, cordes modernes certes, mais jouant avec le minimum de vibrato, voire s’en passant totalement) font que les interjections sombres et décidées des cordes dans le bref et divin Andante con moto semblent sortir tout droit d’un opera seria, alors que le soliste répond par une désarmante douceur. Les trilles et les chromatismes qui concluent le mouvement sont magnifiquement rendus, avant que les trompettes et timbales ne fassent entendre des accents guerriers dans le Rondo final, alors que le piano parle, déclame, chante, mais ne hurle jamais. Le Cinquième concerto propose une interprétation du même niveau. Dans la majestueuse introduction de l’Allegro initial, l’orchestre est martial et grandiose, mais sans rien d’écrasant, et soliste, chef et orchestre donnent l’impression de s’unir pour interpréter une splendide symphonie héroïque pour piano et orchestre. Le soin apporté à l’articulation et à la beauté du son par Minnaar ne cessent d’impressionner, et les forte les plus puissants sont toujours magnifiquement timbrés. Dans le mouvement lent, la simplicité et le chant s’allient à merveille à une belle sonorité chatoyante (le soliste ayant en outre la chance de jouer sur un excellent Steinway, parfaitement préparé, et d’ailleurs accordé en tempérament inégal, ce qui ne se remarque pas vraiment à l’audition). Le Rondo final, enlevé avec esprit et panache, conclut un enregistrement décidément très réussi. Dans les enregistrements récents couplant ces deux concertos, Till Fellner (ECM) parvient sans doute à plus de profondeur, mais la spontanéité et le naturel de Minnaar -il y a là une aisance sans superficialité qui fait irrésistiblement penser à Arthur Rubinstein- sont véritablement enchanteurs.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 10 - Interprétation 10

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