Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

A  Genève, le concert d’automne des amis de l’OSR   

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Au cours de chaque saison, le Cercle des Amis de l’Orchestre de la Suisse Romande présente deux ou trois concerts exceptionnels, dont un Concert d’automne qui lui permet de solliciter le concours d’artistes de renom grâce au soutien de généreux donateurs. C’est pourquoi, le 5 décembre, ont été invités le jeune chef français Lionel Bringuier  et le violoncelliste norvégien Truls Mørk dont la réputation n’est plus à faire.

Le programme débute par Rugby, le deuxième des mouvements symphoniques qu’Arthur Honegger composa en 1928 et qui fut créé le 19 octobre de la même année par Ernest Ansermet et l’Orchestre Symphonique de Paris. Avec une énergie roborative, les cuivres donnent le signal de la mêlée en superposant les attaques et les ripostes de jeu ; le violoncelle tente d’élaborer un contre-sujet, alors que la phalange des autres cordes peine à imposer un discours qui finira par trouver une assise grâce à la clarté de la polyphonie. 

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par dating effeminate guy

C’est un beau programme russe qu’offre la tournée qui conduit Anima Eterna et  Jos van Immerseel de Bruges à Göppingen (Bade-Wurtemberg), puis à Dijon, enfin à Aix-en-Provence : l’Ouverture de la Grande Pâque russe de Rimsky-Korsakov et la Suite de ballet n° 2 op.64 c de Roméo et Juliette de Prokofiev y encadrent la formidable Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. A été ajoutée à la première partie la Vocalise de Rachmaninov. C’est surtout l’occasion d’écouter la trop rare Anna Vinnitskaya dont on se souvient qu’elle remporta le prestigieux Prix Reine Elisabeth en 2007. La pianiste russe, formée auprès d’Evgeni Koroliov à Hambourg où elle enseigne maintenant, s’est forgée depuis une réputation internationale. C’est le disque qui nous l’a révélée dans des programmes allant de Bach au XXe siècle, dont on retient particulièrement, outre les Russes, Brahms et Ravel.

«Night shift» – Phill Niblock

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Dans ce week-end, acmé de Rainy Days, le festival de musique contemporaine de la Philharmonie Luxembourg, j’ai choisi la performance Drones and films, programmée dès 21h et jusqu’à minuit à l’Espace Découverte, lieu intimiste où des coussins à même le sol invitent à s’allonger et des banquettes à s’affaler : on peut écouter, regarder, bouger, entrer et sortir, avec un verre, un wrap ou un sandwich -libre donc.

Si je connais, au travers de plusieurs de ses disques, les drones de ce pionnier (souvent négligé) de la musique minimaliste américaine, je n’ai par contre rien vu de ses activités de cinéaste et, plus généralement, de cet art systémique, qualifié d’« Art Intermédia », ces associations de formes artistiques que Phill Niblock développe dès la fin des années 1960, où entrent en jeu musique, film, photographie, danse. Ce musicien autodidacte, né en 1933, livre ses premières compositions en 1968 -il a d’abord œuvré comme photographe, dans le milieu des clubs et studios d’enregistrement de jazz, dans un premier temps exclusivement sur bandes magnétiques, plus tard sur le Pro Tools de son Mac, superpositions denses (parfois plus de quarante pistes) d’accords tenus pendant de longues durées.

La Dixième Symphonie de Beethoven selon Pierre Henry

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La Dixième Symphonie de Beethoven... Existe-t-il une œuvre musicale qui fasse davantage fantasmer ? 

On sait qu’en effet Beethoven a eu ce projet, auquel il a commencé à travailler en même temps que sa Neuvième. Mais y tenait-il tant que ça ? Ce n’est pas sûr. Des projets, il en a eu... Tous n’ont pas abouti, loin de là. Il est tout à fait possible d’imaginer que, s’il avait vécu plus longtemps, après cette Neuvième révolutionnaire à plus d’un titre, il ne soit pas retourné à la symphonie. C’est ce qu’il a fait pour ses sonates pour piano : après l’Opus 111, écrite alors qu’il devait continuer de composer pendant cinq années, il nous a donné les Variations Diabelli, la Missa Solemnis, la Neuvième Symphonie, cinq quatuors à cordes... Autant de chefs-d’œuvre absolus, qui n’étaient plus des sonates pour piano.

A l’OSR,  le pianiste Paul Lewis à la rescousse  

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Pour sa série de concerts ’Espressivo’, l’Orchestre de la Suisse Romande invite un chef letton, Andris Poga, actuel directeur musical de l’Orchestre National de Lettonie et, en soliste, le pianiste britannique Paul Lewis. 

Et c’est lui qui ouvre les feux avec le 27e Concerto en si bémol majeur K.595 de Mozart en bénéficiant des demi-teintes tragiques d’un canevas instrumental ne comportant que huit premiers et huit seconds violons pour imposer un phrasé sobre qui masque le cafouillage des bois et une ligne de chant élégante qui, sporadiquement, se voile de tristesse. Le Larghetto est développé dans un son racé qui, dans le cantabile, épouse le phrasé des vents, tandis que le rondò final contraste par une apparente espièglerie que sous-tend une énergie pré-beethovenienne. Et c’est justement au maître de Bonn et à ses Bagatelles op.126 qu’il emprunte un bis empreint d’une indicible mélancolie.

Steve Reich/Gerhard Richter/Corinna Belz - Concert visuel aux Rainy Days de Luxembourg

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Asservie à la devise « less is more » - car « on ne peut plus croître dans un monde fini » -, l’édition 2019 de Rainy Days, festival de musique contemporaine de la Philharmonie Luxembourg (jusqu’au 1er décembre), explore la réduction et se concentre sur l’essentiel. Au programme ce dimanche soir, un essentiel plutôt foisonnant, aussi bien sonore que visuel. Dans le milieu parfois hermétique de la culture contemporaine, Steve Reich occupe cette place particulière d’icône souriante sous son indétrônable casquette, volontiers accessible à son public et mouillant, encore jusqu’il y a peu, volontiers sa chemise sur scène. A 83 ans, ce pionnier de la musique minimaliste (ou répétitive, c’est selon) fait encore preuve d’une remarquable envie de composer, et c’est d’ailleurs une première en Europe continentale à laquelle se frotte l’Ensemble Intercontemporain (Paris) avec Reich/Richter (2019). Les trois œuvres retenues balaient cinquante années d’écriture et se présentent en gradation d’effectif instrumental.

Maurizio Pollini au service des derniers chefs-d’œuvre d'un grand Génie

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Un récital de Maurizio Pollini toujours un événement. Et quand il y a, au programme, les trois dernières sonates pour piano de Beethoven, nous savons que l’événement ne peut être qu’exceptionnel.

Pollini est, à 77 ans, ce que l’on appelle communément un « monstre sacré du piano ». Il y a près de soixante ans, alors tout jeune homme, il gagnait le très prestigieux concours Chopin de Varsovie. Une carrière florissante s’ouvrait alors. Mais il décide de se retirer des salles de concert pour travailler, pendant plusieurs années, avec son compatriote Arturo Benedetti-Michelangeli dont l’exigence était légendaire. Le disciple en a hérité, et cette exigence est indiscutablement l’un de leurs points communs.

Le répertoire de Pollini n’est pas fantastiquement vaste. En concert, il s’astreint à ne jouer que les œuvres dont il sait qu’il ne se lassera pas. C’est pourquoi chacune de ses apparitions est un moment unique.

Marie-Nicole Lemieux : Poésie du voyage

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Schumann, Schubert, Beethoven, Hensel-Mendelssohn, Wolf, Chausson, Fauré, Sévérac, Charpentier, Debussy et Duparc étaient au programme d’un voyage hautement poétique, sublimé par Marie-Nicole Lemieux et Daniel Blumenthal, le vendredi 15 novembre au Théâtre Royal de La Monnaie. Dépassant la simple expression artistique, la voix de la contralto canadienne se laisse conduire par la musicalité des poèmes de Goethe et de Baudelaire. Chaque mot possède une incarnation juste, voire même une propre sémiologie, lorsqu’il est traversé par cet art extrême avec lequel la chanteuse explore les paysages sonores. Chacune des syllabes colore un chant naturel, fluide et sensuel auquel Marie-Nicole Lemieux semble goûter avec un égal plaisir tout au long du récital.

Festival Piano au Musée Würth avec Maki Okada et Tedi Papavrami

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Construit autour du piano mais ouvert à toutes ses formes et possibilités, la quatrième édition du festival Piano au Musée Würth (du 15 au 24 novembre 2019) a proposé une belle sélection d'artistes, tous réunis sous la thématique de l'humour dans la musique. C'est ainsi que Maki Okada et Tedi Papavrami ont proposé un récital autour de Beethoven, Poulenc, Debussy, Prokofiev et Sarasate. Pardon, vous avez dit l'humour ? Le répertoire, filtré par ce prisme, n'a pourtant pas été abordé d'une manière anecdotique.

Les deux artistes ont très bien repéré le caractère souvent satirique de la Sonate pour violon et piano de Poulenc et de la Sonate n°2 de Prokofiev. Le concert a donc tout naturellement gravité autour de ces deux œuvres majeures, souvent au détriment des autres, prises au piège par leur émotion débordante. Le premier mouvement de la Sonate n°8 en sol majeur op. 30 n°3 de Beethoven a donc été submergée par l'anticipation de l'énergie de Poulenc, d'où le manque de précision dans le contrôle de l'archet. Maki Okada, très solide, a bien résisté à cette tentation de se précipiter dans le vide, faisant d'elle une partenaire idéale pour le violoniste très enflammé. Leur équipe était brillante dans le finale Allegro vivace dont les nombreux retours thématiques ont été particulièrement piquants, saillants et même humoristiques. La Sonate de Poulenc, une œuvre parfaite pour Tedi Papavrami, n'a jamais relâché l'attention des auditeurs. Si le thème principal (sur la corde de sol) du premier mouvement Allegro con fuoco était un peu métallique dans le son, l'intensité du début a rarement donné lieu à un relâchement. La frénésie de cette sonate, appelée « le monstre » par Poulenc au moment de son écriture en 1942, a laissé place à Minstrels de Debussy, transcris pour violon et piano par le compositeur lui-même (originalement le dernier prélude pour piano du Premier livre). La pièce a rendu justice à ce duo possédant la sensibilité naturelle et le côté charmeur afin de traduire les indications de Debussy pour l'interprétation de cette pièce : nerveux et avec humour.

Vous qui savez ce qu’est l’amour : visite de guidée des Noces de Figaro au prisme de la vie d’une jeune chanteuse

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Chanteuse et danseuse, Romie Estèves a créé Vous qui savez ce qu’est l’amour, un spectacle sur Les Noces de Figaro de Mozart, pour offrir une visite guidée très personnelle à « une vision kaléidoscopique » de cet opéra. À partir de l’air de Chérubin dont les premiers mots servent le titre de son onewomanshow, elle réussit à raconter en 1 h 40, avec une drôlerie assumée, l’histoire de tous les personnages qui gravitent autour de Figaro.

« Voi che sapete che cosa è amor » chante Chérubin dans son célèbre air de l’opéra de Mozart. Tout en suivant l’intrigue des Noces, Romie Estèves, chanteuse, comédienne et danseuse, parle, mime, danse et chante les hauts et les bas des chanteurs lyriques. Elle joue chaque personnage tour à tour, mais aussi son propre rôle de chanteuse qui joue son rôle. Et parfois, la frontière est si mince qu’on ne sait plus qui joue qui… Car pour elle, cet opéra « parle de la confrontation de tout un chacun avec le réel, avec les autres et avec ses propres désirs, il interroge l’injustice sociale entre les classes et entre les genres, la légitimité à aimer, à décider pour soi et pour les autres, et surtout le pouvoir de l’amour »