Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Festival Classic à Guétary : trois rendez-vous passionnés de musique de chambre

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Fondé il y a une quinzaine d'années par le pianiste Aurèle Marthan, le festival Classic à Guétary renoue avec l'héritage artistique de ce petit port de la côte basque, au territoire pentu, bordé par l'Atlantique et où est enterré le poète Paul-Jean Toulet. Pendant une semaine au mois d'août, le village, qui est aujourd'hui le repaire discret de quelques vedettes, se fait le creuset de rencontres entre générations de musiciens, et défend l'excellence dans le répertoire chambriste au sein de l'église perchée sur la colline.

Pour la 14e édition, la relève est à l'honneur avec la prodige Arielle Beck. Dès les notes augurales, sur un ostinato pulsatif, de la Sonate n°15 en ré majeur op. 28 de Beethoven s'entendent une concentration et un contrôle du jeu évidents, que ne démentira pas le léger balancement rythmique de l'Andante, calibré avec soin. Le Scherzo distille une discrète facétie qui ne menace jamais une tenue sobre, quoique nullement austère. L'ivresse du Rondo final confirme une intelligence du caractère et de la construction formelle, signes d'une maturité précoce que l'on retrouve dans la Sonate n°3 en si mineur op. 58 de Chopin.

L'Allegro maestoso résonne avec une puissance qui restitue la noblesse de l'inspiration du compositeur franco-polonais, sans céder aux tentations du sentimentalisme. À la fluidité du doigté dans le Scherzo succèdent la plénitude d'un Largo où s'équilibrent lyrisme et science technique, et un finale aux élans vigoureux qui immerge la nef dans une remarquable intensité expressive. Jeune et ambitieuse, la soliste n'hésite pas à mettre à son programme une troisième sonate non moins exigeante. Plus ramassée que les deux précédentes, la n°4 en do mineur op. 29 de Prokofiev n'en reste pas moins un défi, avec ses trois mouvements très contrastés, que relève sans faillir Arielle Beck, entre un Allegro molto sostenuto empreint d'une gravité qui n'est jamais alourdie inutilement ici, un Andante assai nourri de sentiment et un Allegro con brio tout de vivacité ironique où la pianiste française ne se départit pas d'une légère sagesse réservée qui ne gâche aucunement un talent déjà bien accompli, dont le bis, le finale de la Troisième du même Prokofiev, offre une autre magistrale illustration.

Le rythme latin fait vibrer Rocamadour

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Jusqu’au 26 août, Rocamadour, l’un des villages les plus visités de France, vit au rythme de la musique essentiellement classique et/ou sacrée. Le 18 août dernier, avec Alain Pérez, musicien cubain, Emiliano Gonzalez Toro, ténor d’origine argentine, Thomas Enhco, pianiste et arrangeur naviguant entre la musique classique et le jazz, et The Amazing Keystone Big Band, la Misa Criolla s’est transformée en un moment joyeux, rythmé et résolument dansant.

Tous les concerts devant être joué dans la vallée de l’Alzou, aux pieds du sanctuaire sur les rochers, ont été déplacés aux ruines de Hospitalet, pour des raisons climatiques. Inauguré la veille, ce lieu qui se situe en hauteur assure davantage de fraîcheur et offre plus de confort à la fois aux musiciens et aux spectateurs.

L'OSM et Rafael Payare, héroïques !

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Second concert de l'Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Rafael Payare à la Philharmonie nationale de Varsovie dans le cadre du festival Chopin et son Europe. Ce soir, la focale se déplace vers d'autres horizons : Debussy et Strauss encadrent le passage obligé chopinien, cette fois confié au vainqueur du dernier Concours international Chopin, l'Américain Eric Lu.

Retour à Varsovie très attendu pour le pianiste américain de vingt-sept ans, dont la victoire au 19ᵉ Concours international Chopin en octobre 2025 avait divisé les commentateurs. Fait notable, on l'attendait dans le Concerto n° 2, celui qu'il avait défendu en finale : il opte pour le Premier, comme pour marquer un déplacement et se soustraire à toute reprise commémorative.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la maturité de l'artiste et sa volonté d'imposer une lecture très personnelle du texte. Eric Lu privilégie des tempi nettement retenus, parfois même étirés, dans une conception qui refuse le brillant facile et cherche la profondeur du chant chopinien. Ce n'est pas le Chopin d'un jeune lauréat de concours : c'est celui d'un artiste déjà aguerri, qui assume la pleine responsabilité de ses options. Une telle démarche engage nécessairement le chef : Rafael Payare doit suivre cette conduite lente, au risque d'une massification de l'accompagnement — l'orchestre s'épaississant par moments dans les tempi tenus. On peut légitimement ne pas aimer ce Chopin qui semble chercher parfois davantage à démontrer qu'à toucher : la proposition divise, même si le public présent ce soir lui était intégralement acquis. L'Allegro maestoso s'étire, quand la RomanceLarghetto — offre des moments suspendus absolument magiques, où le chant se déploie dans une écoute intérieure qui justifie rétrospectivement les options du pianiste ; le Rondo conclusif, à l'inverse, manque un peu de nerf et de peps, comme retenu par la ligne d'ensemble. On peut discuter ces choix, on leur accorde leur cohérence : le soliste défend sa vision avec constance, et une longue ovation le salue, lui qui avait été plébiscité par ce même auditoire à l'automne dernier. En bis, il offre le Prélude n° 15 op. 28 — la « Goutte d'eau » —, page méditative qui prolonge naturellement l'atmosphère intérieure de sa Romance.

Côté purement symphonique, le programme s'ouvrait sur L'Isle joyeuse de Debussy, dans la très rare orchestration de Bernardino Molinari (1922). Pièce de choix pour entrée en matière : elle convoque le gros effectif orchestral pour un véritable patchwork, un festival de couleurs où chaque pupitre trouve sa lumière. On retrouve ici tout ce qui fait la longue affinité de l'Orchestre symphonique de Montréal avec la musique française — cette finesse de trait, ce sens des textures et cette manière d'ourler les phrases qui distinguent la phalange canadienne dans ce répertoire. Rafael Payare travaille les demi-teintes autant que les élans et parvient à peindre, avec la matière orchestrale de Molinari, une composition néo-impressionniste qui restitue la fresque pianistique de Debussy dans toute sa vibration lumineuse.

« Il Trionfo del Tempo e del Disinganno » aux Innsbrucker Festwochen der Alten Musik

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« Le Triomphe du Temps et du dessillement » serait l'œuvre parfaite pour faire ses adieux à un Festival auquel notre René Jacobs a consacré une énergie et un talent plus que remarquables. Rappelons qu'il y a dirigé plus de trente opéras différents au cours des dernières vingt-cinq années. Ironie du destin, le « Temps » en a décidé autrement et Jacobs, miné par ses divers soucis de santé, a dû céder la baguette à son fidèle et aussi talentueux assistant depuis longtemps, Attilio Cremonesi, lequel a prononcé, à l'issue du concert, quelques mots empreints d'émotion, provoquant une très sincère « standing ovation ».

Le texte concocté par le cardinal Benedetto Pamphilj, l'un des mécènes de Händel lors de son séjour de jeunesse à Rome, est une réflexion philosophique en forme de dialogue platonicien sur le cours du temps et ses effets sur la beauté, la jeunesse, le plaisir et les illusions. Parfaitement adapté pour une rétrospective sur la carrière d'un grand musicien comme Jacobs qui a consacré précisément toute sa vie à répandre la beauté et le plaisir. La pièce, que Händel termina au printemps 1707 et créa le même été, contient, sous le texte « Lascia la spina, cogli la rosa », la première version du célébrissime « Lascia ch'io pianga » du Rinaldo de 1711. À côté d'un foisonnement créatif, où des airs de la plus redoutable virtuosité côtoient des moments d'introspection, il faut remarquer l'imagination que le teuton déploie pour varier les timbres et les dispositions du continuo, où l'on trouve sans doute aussi la main de Jacobs, un maître absolu en la matière. Les musiciens qui ont travaillé avec lui savent qu'il est capable de porter la minutie de ses interprétations jusqu'à réaliser note par note l'intégralité du continuo…

Ouverture du festival Chopin et son Europe de Varsovie avec l'OSM et Rafael Payare

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Le Festival Chopin et son Europe, l'un des coups de cœur du guide des festivals d'été de Crescendo Magazine, ouvrait sa 22ᵉ édition dans la grande salle de la Philharmonie nationale de Varsovie en confiant deux concerts d'affilée à l'Orchestre symphonique de Montréal placé sous la direction de son directeur musical Rafael Payare. Le programme polono-soviétique de cette soirée d'ouverture — Penderecki, Chopin, Chostakovitch — se lisait comme un véritable parcours éditorial au fil des œuvres et des temps, à travers les frontières géographiques.

En ouverture, la Sinfonietta n° 1 de Krzysztof Penderecki, redoutable épreuve pour les pupitres de cordes, sonnait comme un double hommage. Hommage d'abord au grand compositeur polonais, que Rafael Payare fréquente de longue date : c'est en effet en dirigeant De Natura Sonoris n° 3 — l'œuvre imposée contemporaine, commandée par le Concours Nicolai Malko et créée à Copenhague à l'été 2012 — que le jeune Vénézuélien avait remporté, en mai de la même année, ce concours pour jeunes chefs qui allait lancer sa carrière internationale. Son interprétation avait alors particulièrement séduit Penderecki lui-même, ouvrant un compagnonnage que Payare a nourri au fil des ans en dirigeant plusieurs autres pages du maître de Cracovie. Hommage ensuite à Elżbieta Penderecka, disparue à l'automne 2025, dont la présence tutélaire flottait sur cette soirée d'ouverture : la fondatrice du Ludwig van Beethoven Easter Festival de Varsovie fut l'une des premières, elle aussi, à faire confiance au jeune lauréat du Malko — dès 2013, on avait pu voir Rafael Payare diriger la Sinfonia Iuventus, l'orchestre national des jeunes de Pologne, dans l'ouverture Leonore n° 1 et la Symphonie n° 7 de Beethoven au Festival de Pâques, l'un des jalons de ce qui deviendrait une relation durable avec la scène polonaise.

Les Talens Lyriques explorent le Requiem de Campra aux Rencontres musicales de Vézelay

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Nichée en haut de la « colline éternelle », la Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay accueille comme chaque année le public des Rencontres musicales de Vézelay. En ouverture de cette 26e édition, le chef d'orchestre et claveciniste Christophe Rousset retrouve son ensemble Les Talens Lyriques, agrémenté du Chœur de chambre de Namur, dans un programme de musique sacrée française. Fervent défenseur et admirateur de cette période, Christophe Rousset propose un programme réunissant la Messe de Requiem d'André Campra et la Missa « Assumpta est Maria », H.11 de Marc-Antoine Charpentier.

Quelques jours après les festivités de l'Assomption et des célébrations à la gloire de Marie, la dernière des messes de Charpentier (1643-1704) résonne tout particulièrement. Composée au sortir du XVIIe siècle (vers 1698-1699) lorsqu'il était maître de musique des enfants à la Sainte-Chapelle à Paris, la Missa « Assumpta est Maria », H.11 fait le pont entre les influences françaises et italiennes du compositeur. En effet, très jeune, Charpentier est parti découvrir l'Italie où il fera une rencontre déterminante dans son voyage avec Carissimi. Cela nourrira son style et perfectionnera sa maîtrise d'écriture. Cette messe, qui mêle un chœur de solistes, un chœur à 5 voix et l'orchestre, s'ouvre sur le Kyrie introductif, déjà plein de promesses. Le Chœur de chambre de Namur, préparé par Thibaut Lenaerts, irradie par sa précision et sa netteté, en particulier grâce au pupitre de sopranos. Tout y est mesuré et d'une grande subtilité. L'Agnus Dei semble ensuite suspendu entre ciel et terre avant de retrouver une ferveur communicative. Les cordes se joignent à ce lumineux élan, emmenées avec brio par la violon solo Gilone Gaubert.

Cette lumière traverse également la Messe de Requiem de Campra (1660-1744). Cette messe des morts, dont la date de composition est incertaine (certains musicologues estiment sa genèse vers la fin du XVIIe siècle, ce qui en ferait donc une œuvre contemporaine de la Missa « Assumpta est Maria » de Charpentier) s'éloigne du climat rigoriste propre à ces œuvres sacrées.

77ᵉ Festival de Musique de Menton — chronique d'une édition éclectique

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Il n'est guère de plus beau lieu de festival d'été que celui de Menton. Perché au-dessus de la mer, dominé par la façade et le clocher d'une belle église baroque, protégé par le glaive séculaire de la statue de Saint-Michel et recouvert par le ciel étoilé, le Parvis accueille depuis soixante-dix-sept ans de grands artistes classiques du monde entier. Le programme est décidément éclectique — classique, baroque, jazz, jeunes talents — et chacun peut y trouver son bonheur.

Ouverture — Gautier Capuçon, Lionel Bringuier et l'Orchestre Philharmonique de Nice

Pour le concert d'ouverture, le public a répondu présent : les gradins affichent complet. La météo annonçait pourtant de la pluie, laissant planer une incertitude jusqu'aux derniers instants. Mais Saint-Michel semble veiller sur la musique : les nuages se sont montrés cléments et le concert a finalement pu se dérouler sur le Parvis. Parmi les personnalités présentes figurait le prince Albert II de Monaco.

Gautier Capuçon avait fait ses débuts au Festival de Menton en 2000 aux côtés de son frère, le violoniste Renaud Capuçon. Revenu à plusieurs reprises pour des concerts de musique de chambre, il se produit cette fois, pour la première fois à Menton, avec un orchestre symphonique : l'Orchestre Philharmonique de Nice, dirigé par Lionel Bringuier.

Le Concerto pour violoncelle n° 1 de Camille Saint-Saëns ouvre la soirée. D'une durée d'à peine vingt minutes, la partition déborde d'inventions mélodiques où l'élégance classique se mêle à une intensité dramatique maîtrisée. La symbiose entre le violoncelliste, le chef et l'orchestre s'impose comme une évidence. Gautier Capuçon fait preuve d'une virtuosité d'archet remarquable, sans jamais sacrifier la profondeur du discours. Son interprétation conjugue puissance et délicatesse, technique souveraine et expressivité soutenue.

Le public est déçu : seulement vingt minutes de concerto, il attend un bis conséquent. Celui que propose Gautier Capuçon s'inscrit dans son projet Gaïa, dans lequel le violoncelliste fait de son instrument une voix narrative exprimant la beauté, la fragilité et la force de la nature. L'une des forces de Gaïa réside dans la collaboration avec seize compositeurs contemporains. Parmi les œuvres commandées figure Towards the Earth de Bryce Dessner, pièce exigeante pour un public de non-initiés — c'est celle que Gautier Capuçon avait choisi d'interpréter lors de la cérémonie de commémoration des victimes de l'attentat de Nice.

Pour conclure la soirée, Lionel Bringuier dirige la Symphonie n° 4 de Beethoven. Moins célèbre que ses voisines, la partition n'en révèle pas moins une énergie communicative, une poésie et un lyrisme que le chef et les musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Nice servent avec intelligence.

Palais de l'Europe, 18 heures — les frères Ispir, l'énergie de la jeunesse

Les concerts de 18 heures du Festival, au Palais de l'Europe, font découvrir chaque année de jeunes talents. Le Duo Ispir réunit Léo au violoncelle et Luka au violon. Les deux frères, lauréats de la Fondation Gautier Capuçon, se produisent à Menton au lendemain du concert de leur mentor.

Si le duo de Mozart peine à convaincre, le troisième mouvement de la Sonate de Ravel et le Duo de Kodály, fortement marqué par le folklore hongrois, conviennent au tempérament inventif et énergique des deux frères. Puis vient la Passacaille de Halvorsen, inspirée de la Suite pour clavecin en sol mineur de Haendel, l'une des pièces emblématiques du répertoire pour violon et violoncelle. Les frères Ispir donnent vie à cette œuvre redoutablement virtuose. La virtuosité est vertigineuse, portée par une énergie qui ne faiblit jamais. Quelques imperfections affleurent, mais elles restent sans conséquence sur l'élan des deux musiciens, dont l'interprétation privilégie la fougue et la spontanéité, quitte à prendre quelques risques.

Cette même spontanéité réapparaît au moment des bis. Les deux frères demandent d'abord au public s'il préfère entendre Bach ou Ravel. Le Prélude de Bach, initialement prévu en ouverture, retrouve finalement sa place, avant que le dernier mouvement de Ravel ne fasse exploser une dernière fois l'énergie du duo.

En 2000, Gautier Capuçon faisait ses débuts au Festival de Menton aux côtés de son frère Renaud. Vingt-six ans plus tard, les frères Ispir écrivent à leur tour une première page à Menton. Souhaitons à Léo et Luka une carrière à la hauteur de celle de leurs illustres aînés.

Gershwin swingue sur le Parvis — The Amazing Keystone Big Band, Neïma Naouri, Pablo Campos

Pour le deuxième concert au Parvis, c'est la magie de Gershwin qui swingue, portée par la voix de Neïma Naouri, celle de Pablo Campos et les dix-sept musiciens de The Amazing Keystone Big Band, dans un programme consacré aux chansons de George Gershwin sur les textes de son frère aîné, Ira.

Fille des chanteurs lyriques Natalie Dessay et Laurent Naouri, Neïma Naouri a su trouver sa propre voie, loin de toute filiation encombrante. Voix superbe, timbre satiné, présence scénique d'une souplesse étonnante. Chez elle, le plus extraordinaire semble le plus naturel. Elle entraîne et charme avec une aisance communicative — électrique, galvanisante, toujours élégante. Pablo Campos possède ce flegme et ce swing qui étaient l'apanage des grands crooners : voix chaude, ample, avec cette nonchalance maîtrisée qui sied à Gershwin.

Créé en 2010, l'Amazing Keystone Big Band fait revivre l'esprit des grandes formations de l'âge d'or du swing, tout en y apportant l'inventivité et l'insolence virtuose du jazz d'aujourd'hui. Dix-sept musiciens, dirigés par le pianiste Fred Nardin, le saxophoniste Jon Boutellier, le tromboniste Bastien Ballaz et le trompettiste David Enhco, qui assurent également les arrangements. David Enhco présente les morceaux avec facilité et clarté, donnant au concert un fil conducteur aussi précis que vivant.

Ici, pas d'instrument vedette. L'idée est d'obtenir un véritable son d'orchestre dans le jazz. Chaque instrument compte, mais les individualités savent s'effacer pour se mettre au service du collectif. Quatre trompettes, quatre trombones, cinq saxophones, auxquels s'ajoute une section rythmique — guitare, piano, batterie, contrebasse. Un ensemble où chacun apporte sa couleur sans jamais rompre l'équilibre. Les cuivres et les trombones rugissent, les saxophones déploient leurs nappes veloutées, tandis que la section rythmique imprime une pulsation intense. Tout est parfaitement dosé. L'équilibre est là — puissant et enlevé, délicat et intense à la fois. Sur le Parvis, le public est conquis, bientôt enflammé.

Les Musicales de Normandie font belles escales sur la boucle de Brotonne

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Après vingt-quatre concerts principalement dans le nord du Pays de Caux, la 21e édition des Musicales de Normandie posait ses valises, le temps de cinq concerts en trois jours, à Vatteville-la-Rue, Caudebec-en-Caux et Villequier. Nous n’avons malheureusement pu assister au premier, un récital du pianiste Jean-François Heisser, intitulé « Piano sous les arbres », avec des œuvres de Schumann, Messien, Liszt, Ravel et Grieg qui ont à voir avec les oiseaux et la forêt. Avec les quatre concerts suivants, qui tous proposent également une thématique mûrement pensée, cela donne un aperçu appréciable de la qualité et de la variété de ce Festival.

Quatre concerts en deux jours, donc. Les après-midis étaient instrumentales avec le pianofortiste Daniel Isoir qui, dans des formations et avec des musiciennes différentes, proposait un séjour viennois de seulement neuf années (1793 à 1802), avec des œuvres de Beethoven et de Haydn. Les soirées étaient vocales, à forte connotation spirituelle, avec un récital de Marie-Laure Garnier, faisant alterner negro-spirituals (genre né au XIXe siècle) et mélodies (surtout françaises) de la première moitié du XXe siècle le vendredi, et un programme dédié à la Vierge, chanté a cappella par l’Ensemble La Sportelle, et couvrant plus de neuf siècles de musique, le samedi.

Un nouveau festival en Haut-Poitou

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Terre de festivals, la France ne se délimite toutefois pas exclusivement au sud comme en témoignent les nombreuses manifestations culturelles se déployant dans l’ouest et, plus précisément, dans ce triangle formé par les départements limitrophes (49, 37, 79 et 86) des grandes régions Centre, Pays de la Loire et Nouvelle Aquitaine. Nouveau venu, l’Airvault Allegro Festival en est à sa deuxième saison.

L’excellent chef d’orchestre et pianiste George Petrou, par ailleurs directeur artistique de l’ensemble Armonia Atenea, est littéralement tombé amoureux de ce coin de pays. Sa carrière internationale a trouvé un splendide port d’attache dans la petite ville d’Airvault, dans le département des Deux-Sèvres, depuis qu’il a trouvé avec son épouse un ravissant château néogothique du XIXe siècle, qu’ils transforment peu à peu en un véritable centre musical. C’est dans la grange attenante à leur propriété que le couple a créé ces rencontres musicales avec des musiciens amis venus de partout.

Le programme de cette deuxième édition est ambitieux avec huit concerts donnés par une petite vingtaine de musiciens venus de toute l’Europe dans un programme d’une extrême variété allant de Enoch Arden, mélodrame peu connu de Richard Strauss au concert final consacré à Johann Sebastian Bach qui aura lieu le 15 août dans l’église abbatiale Saint-Pierre d’Airvault, joyau de l’architecture romane du Haut-Poitou, avec son somptueux narthex et ses chapiteaux historiés. Récitals de piano, musique de chambre, chant et piano se suivent au gré de thématiques contrastées.

Divine mélodie française

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Fondé il y a une quinzaine d’années par le claveciniste et organiste Stéphane Béchy, le festival de la Dive Musique essaime dans les environs de Seuilly et de la maison natale de Rabelais, aux confins de la Touraine et de l’Anjou. Affluent du Thouet, la Dive prend sa source dans le département de la Vienne avant de cheminer tranquillement dans les Deux-Sèvres et dans le Maine et Loire. Domestiquée à partir du XVIIe siècle, la Dive fut dotée d’un vaste réseau de circulation fluviale pour le transport de farines, de céréales et de vin dès l’Ancien Régime. Le projet ne fut jamais rentable et l’arrivée du chemin de fer lui donna le coup de grâce. Mais le titre de ce beau festival est évidemment une allusion discrète à la « dive bouteille », expression inventée par le truculent Rabelais en 1546 autour du personnage de Panurge, ce joyeux luron amateur de bonne chère et des vins exquis (à boire avec modération) qui forment aujourd’hui encore un des nombreux agréments de cette riche région.

Repris depuis cette année par la violoniste Stéphanie-Marie Degand, avec l’appui de Patrice Franchet d’Espèrey, ancien écuyer du Cadre noir de Saumur et grand amateur de musique, le festival de la Dive musique prend une belle envolée. C’est la mélodie française qui ouvrait les feux de la programmation 2026 avec un splendide récital donné par le baryton Jean-Gabriel Saint Martin et la pianiste Elsa Lambert autour de la figure de Francis Poulenc, Tourangeau d’adoption qui possédait une superbe maison de maître à Noizay dans les environs d’Amboise.

Intelligemment conçu autour d’un choix de mélodies composées dans la région par Poulenc, ce concert d’ouverture avait pour cadre le beau manoir de la Grand’Cour, à Seuilly, mis à disposition du festival par son propriétaire anglo-américain cultivé et généreux, à quelques encablures du village natal de Rabelais et du beau château du Coudray-Montpensier qui fut la propriété  de l’écrivain belge Maurice Maeterlinck, puis de l’avionneur Latécoère.