Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Le Quatuor Alfama et Albane Carrère présentent Still Schubert

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Le quatuor Alfama et Albane Carrère ont enchanté leur public ce mardi soir au Studio 1 de Flagey à l’occasion du concert de sortie de leur tout dernier CD chez Cyprès : "Still Schubert".Emue, Elsa de Lacerda, premier violon, le présenta brièvement au public. 

Le quatuor a entamé le concert avec le quatuor à cordes La jeune fille et la mort de Franz Schubert.  Avec un très beau son d’ensemble et un bel équilibre, les musiciens nous ont offert une magnifique palette d’émotions et de très belles nuances -forte amples et piano tout en délicatesse. Les musiciens sont soudés, et se portent mutuellement, notamment lorsqu’il s’agit d’offrir un tapis sonore à l’un d’eux pour déployer un thème principal, sans jamais porter préjudice à l’unité du groupe. Ils excellent tout autant dans les unissons desquels se dégage une grande force. Dans le quatrième mouvement, ils démontrent une technique infaillible et restent parfaitement synchronisés malgré un tempo impressionnant.

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Avec ce concert, Alain Altinoglu terminait son intégrale des Symphonies de Beethoven au pupitre de son Orchestre symphonique de La Monnaie, une intégrale commencée en juin dernier avec la Symphonie n°9 et menée sur toute cette saison. La particularité de cette série de concerts était d’adjoindre des oeuvres concertantes aux symphonies du Grand sourd, Ces oeuvres concertantes, commandées pour l’occasion, mettaient en avant les solistes de l’Orchestre.

Ce concert avait également force de symbole car l’oeuvre était un concerto pour violoncelle de Bernard Foccroulle, ancien directeur de ce même Théâtre Royal de La Monnaie, avec Sébastien Walnier, chef de pupitre des violoncelles en soliste. Climbing-Dancing est dédié à la mémoire de la chorégraphe Trisha Brown. Dans le programme du concert, Bernard Foccroulle explique que la Symphonie n°7 de Beethoven lui a spontanément évoqué la figure de la célèbre chorégraphe, elle aussi liée à l’Histoire de La Monnaie par ses mises en scène de l’Orfeo de Monteverdi ou de Luci mie traditrici de Sciarrino. En deux mouvements, Climbing-Dancing est une oeuvre poétique et subtile. Le premier mouvement explore l’aigu du violoncelle presque dans un geste opératique d’une voix mélodieuse alors que le second mouvement est une séquence plus rapide et virtuose. On sent poindre l’écriture de l’organiste et l’immense culture musicale de Foccroulle avec quelques touches délicates en hommage à Messiaen. Dans tous les cas, Climbing-Dancing est une exceptionnelle partition et on lui souhaite de s’affirmer au répertoire.

 À Genève, un Orchestre de Birmingham décevant

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Pour achever sa saison 2018-2019, le Service Culturel Migros invite le City of Birmingham Symphony Orchestra sous la conduite de sa cheffe artistique, la Lituanienne Mirga Gražinytė-Tyla, jeune artiste de trente-deux ans qui, en dix ans de carrière, a accumulé les distinctions et les charges, puisqu’elle a été assistante au Los Angeles Philharmonic avant de prendre la direction artistique du Landestheater de Salzbourg.

D’emblée, s’impose une constatation : pour qui a connu cette formation dans les années quatre-vingts, au moment où Simon Rattle en était le titulaire, sa sonorité s’est totalement transformée ; car le nombre de jeunes éléments qui en constituent les pupitres recherchent une dynamique extrême, quitte à mettre en péril la cohérence de l’ensemble. Cela est particulièrement dangereux lorsque le programme comporte l’une des grandes symphonies du répertoire, la Deuxième en ré majeur op.73 de Johannes Brahms. Pris à tempo lent, l’Allegro non troppo met en exergue la faiblesse des cuivres, avec des cors plantant des ‘pains’ sur un tutti des violons plutôt râpeux qu’adoucira la phalange des cordes graves. La baguette de Mirga Gražinytė-Tyla  s’efforce de susciter les contrastes de phrasé afin de développer un cantabile sous l’omniprésence de bois et cuivres, peu enclins à la nuance. Il faut parvenir au ‘ländler’ de l’Allegretto grazioso pour que se profile un équilibre entre les pupitres, précaire puisque rapidement englouti  par le finale, opposant exagérément les blocs sonores.

A Genève, un altiste remarquable : Nils Mönkemeyer

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Pour la seconde fois durant la saison 2018-2019, l’Orchestre de la Suisse romande invite l’Orchestre de Chambre de Lausanne placé sous la direction de sa principale cheffe invitée, Simone Young.

Le programme débute par un ouvrage néo-classique d’Igor Stravinsky, le ballet Apollon Musagète, écrit en 1927 à la demande de la mécène Elizabeth Sprague Coolidge pour un festival de musique contemporaine à Washington puis chorégraphié par George Balanchine pour les Ballets Russes qui le présentèrent à Paris au Théâtre Sarah-Bernhardt le 12 juin 1928. Imaginé comme un ‘ballet blanc’ aux lignes épurées à l’instar des marbres de l’Antiquité, le mince argument évoque la naissance du dieu soleil qui, devenu adolescent,  inspire trois des muses, Calliope, Polymnie et Terpsichore, pour les conduire au Parnasse. Et cette sobriété transparaît dans l’effectif orchestral qui ne comporte que le registre des cordes. D’emblée, la baguette de Simone Young dessine de fines arabesques pour en exploiter la veine lyrique, tout en prêtant un caractère primesautier au concertino élaboré par le premier et le second violon et le violoncelle solo qui joue la carte de la séduction. Par des tutti à l’arrachée, la Variation d’Apollon impose  une solennité qui s’estompera dans les inflexions suaves d’un pas de deux avec Terpsichore, Muse de la Danse. Et la coda ne sera plus que fringante envolée avec un clin d’œil attendri à ce dieu que l’on a vu naître.

23e Festival de Pâques de Deauville : excellence et surprises

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Il y a 23 ans qu’à la période de Pâques, la salle Elie de Brignac, la première salle française qui, en 1892, a connu la vente de purs sangs (aujourd’hui sept ventes aux enchères par an), devient haut lieu de concerts qui réunit les purs sangs de la musique de chambre. Sous l’égide d’Yves Petit de Voize (également conseiller musical de la Fondation Singer-Polignac), quatre générations de jeunes interprètes les plus en vue se sont succédé depuis 1997 au Festival de Pâcques de Deauville, parmi lesquels Nicolas Angelich, Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon, Adam Laloum, Julien Chauvin, Justin Taylor, Quatuors Hermès et Arod, Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie… Les deux derniers concerts de cette année, l’un consacré à la musique française et l’autre à une passion de Bach, résument eux seuls la caractéristique de la manifestation : excellence et surprise.

Un voyage à travers les courants musicaux de l’Europe baroque

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En ce dimanche ensoleillé, de nombreux mélomanes sont venus assister à un concert de musique baroque donné à l’occasion des Festivals de Wallonie.

Le concert prenait place dans le très beau choeur de l'église de Jodoigne -église qui, dans le cadre d’un projet de réaffectation partielle, a été aménagée spécialement pour pouvoir accueillir des concerts, en collaboration entre autres avec le Centre Culturel de Jodoigne. Équipée de gradins rétractables, d’un éclairage adapté et de panneaux acoustiques, l'église était remplie à craquer.

Les cinq musiciens -Alice Foccroulle au chant, Benoît Laurent au hautbois, Mathilde Wolfs au violoncelle, Marie-Anne Dachy et Bernard Foccroulle aux clavecins- nous embarquaient dans un voyage au coeur de la musique baroque des 17e et 18e siècle. Le programme était constitué d’un panaché de pièces très variées au niveau de l’instrumentation et présentées dans un ordre non chronologique ; ils nous ont ravis aussi bien en solo qu’en trio, en quatuor ou en quintette. Les uns après les autres, les artistes de l’ensemble se sont partagé la tâche d’introduire les différentes pièces auprès du public.

Le gala 2019 des International Classical Music Awards à Lucerne

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Après Katowice en 2018, les International Music Awards étaient accueillis par le Luzerner Sinfonieorchester et son Intendant Numa Bischof Ullmann dans la salle -désormais iconique- du KKL, bien connue des mélomanes du monde entier car elle héberge le prestigieux Festival de Lucerne. Une partie des lauréats des ICMA 2019 se sont produits aux côtés de la phalange helvétique dirigée pour cette soirée par le maestro Lawrence Foster que l’on sait très à son aise dans cet exercice assez particulier.

Différents moments forts sont venus au fur et à mesure de cette soirée à commencer par la prestation des jeunes artistes lauréats qu’il est émouvant de voir s’affirmer aux côtés des grandes stars du milieu musical : le formidable bassoniste croate Matko Smolcic dans deux mouvements du Concerto de Weber, la pianiste Eva Gevorgyan dans le dernier mouvement du Concerto n°2 de Saint-Saëns ou le violoniste Stephen Waarts dans la Carmen Fantaisie de Pablo de Sarasate. Chez ces jeunes musiciens, on admire la maîtrise, la musicalité et déjà la maturité dans les options interprétatives défendues à l’instar de Stephen Waarts étonnant dans une lecture élégante et même hautement raffinée de la Carmen Fantaisie.

A Genève, un guitariste d’exception : Pablo Sainz Villegas

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Pour achever sa saison de concerts et récitals à l’affiche de la série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia invite l’Orquestra de Cadaqués et son chef titulaire Jaime Martin. Fondée en 1988 par de jeunes musiciens provenant d’Espagne et d’Europe, la formation se limite à une trentaine d’instrumentistes et a pour objectifs précis de collaborer avec des compositeurs d’aujourd’hui, de promouvoir la carrière d’artistes prometteurs et d’œuvrer à la redécouverte de la musique espagnole.

Et c’est assurément dans ce but que sont proposées en premier lieu deux pages extraites de la Suite espagnole pour piano op.47 d’Isaac Albeniz orchestrées par Albert Guinovart. La première, Asturias, appelée aussi Leyenda, met d’abord à mal la cohésion des bois dans un flot sonore bruyant qui se canalise dans le cantando largamente médian puis dans le da capo. La seconde, Castilla, est beaucoup plus racée grâce à une envolée jubilatoire qui emporte l’ensemble des cordes ne comportant que six premiers et six seconds violons à l’homogénéité parfaite.

À Genève, une création à l’OSR  

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Pour l’un des derniers concerts de la saison 2018-19, Jonathan Nott et l’Orchestre de la Suisse Romande présentent une de leurs commandes dont ils ont assumé la création le mercredi 8 mai, le Concerto pour flûte et orchestre ‘Memento Vivere’ qu’Eric Montalbetti a écrit à l’intention d’Emmanuel Pahud. Selon les dires du compositeur, le sous-titre « Souviens-toi que tu es vivant » signifie que la flûte est avant tout l’instrument du souffle et que l’arrêter serait comme le faire mourir. Dans une esthétique qui rappelle le dernier Messiaen, l’œuvre est d’un seul tenant, même si elle comporte quatre parties qui s’enchaînent les unes aux autres. Ainsi, le Prélude aux Dieux antiques est développé comme une houle incantatoire suscitant les volutes de la flûte, comme un Premier souffle s’appuyant sur un tissu de cordes, xylophone et harpe que lacéreront de fulgurantes stridences. Le soliste recourt alors à la flûte basse pour évoquer un Memento mori dans le registre grave. Mais un dialogue entre le violon solo et l’alto donne libre cours à une Renaissance en trois parties, accumulant les blocs sonores sur lesquels se juchera la flûte délivrant un message d’espoir. Et les spectateurs ovationnent le soliste et le compositeur, visiblement ému et humblement reconnaissant de la qualité d’une exécution dont, en l’espace de deux jours, pourront témoigner les publics de la Seine Musicale à Paris et du Lac Sala Teatro à Lugano.

Le concert européen du Berliner Philharmoniker dans la nef du Musée d’Orsay

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Depuis la chute du mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne, l’orchestre Philharmonique de Berlin investit chaque 1er mai un lieu phare du patrimoine culturel européen pour un concert hors-les-murs. Il commémore ainsi l’anniversaire de sa fondation. Cette année, l’Orchestre a choisi le Musée d’Orsay, succédant à l’Acropole d’Athènes, à l’église Sainte-Irène d’Istanbul ou au Palazzo Vecchio de Florence pour ne citer que ces lieux.

Sous la direction de Daniel Harding, l’Orchestre a proposé un programme extatique composé d’œuvre de Wagner, de Berlioz et de Debussy, sous le signe de l'amour : amour mystique et religieux, amour platonique, amour fusionnel… La plus grande partie du concert se déroule comme une succession d’harmonies envoûtantes dont l’ivresse musicale, dans une acoustique plus que généreux de la nef éclairée par une douce lumière du printemps à travers les verrières, devient presque léthargique. Placés entre les statues, les musiciens doivent adopter une configuration peu habituelle, comme les premiers violons et les contrebasses contournant La Liberté éclairant le monde de Frédéric-Auguste Bartholdi, fondue en 1889 en l’honneur du centenaire de la Révolution française d’après un prototype de la statut géante de New York (1886). Si, dans une salle de concert avec un acoustique précise, cette disposition devrait altérer sensiblement l’équilibre sonore, le grand espace du Musée d’Orsay, sous un très haut plafond, fait fondre et fusionner les sons, ce qui joue en faveur de ce programme. Autant dire que le choix est intelligent et ingénieux, parfaitement adapté au lieu.