Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Quand le théâtre s’invite au récital avec Sarah Defrise

par

La soprano belge Sarah Defrise présentait jeudi 17 octobre dans le Foyer Grétry de l’Opéra Royal de Wallonie son premier disque, « Entrevisions », paru le 11 octobre chez Musique en Wallonie. Consacré aux mélodies de Joseph Jongen, ce premier volet d’une intégrale (à venir) marque d’ores et déjà l’histoire de la musique belge d’une pierre blanche, puisque la plupart d’entre elles n’avaient jamais été enregistrées. 

L’on peut dire sans retenue que la soirée était placée sous le signe de l’inédit à plus d’un titre. Nous étions à l’opéra pour écouter un récital de mélodies à la façon des salons de musique, et nous avons goûté au plaisir, précieux, d’un chant tout autant musical que théâtral. Nous avons fermé les yeux pour tendre l’oreille vers une poésie subtile et raffinée, ciselée avec précision et délicatesse par la voix à la fois claire et aérienne de Sarah Defrise.

http://www.fw-harburg.de/

par dating effeminate guy

Dans le cadre de sa prestigieuse série ‘Les Grands Interprètes’, l’Agence Caecilia réinvite régulièrement certains artistes qui peuvent ainsi déployer l’éventail de leur répertoire. Tel est le cas du grand pianiste hongrois Sir Andras Schiff, entendu en février 2018 dans un programme Schumann, Brahms, Mozart, Bach et Beethoven. Et cette fois-ci, pour le récital de vendredi dernier, il s’est concentré sur les seuls Beethoven et Schumann.

Utilisant un somptueux piano Bösendorfer de couleur acajou, il propose d’abord le Beethoven trentenaire de la Douzième Sonate en la bémol majeur op.26 dont il chante la profonde sérénité en s’appuyant sur la richesse des basses que lui fournit l’instrument. De ce motif initial semblent découler naturellement les traits d’ornementation et les variations qui s’enchaînent avec une implacable logique. Par un jeu très articulé, le Scherzo prend un tour bondissant dont le Trio calmera les élans par le balancement de son cantabile. La Marcia funebre sulla morte d’un eroe se déroule en un tempo allant qui ne deviendra maestoso que dans la section médiane où éclatera le drame sur le roulement en trémolo de la main gauche, tandis que le Finale renouera avec une désinvolture volontiers babillarde que produisent les doubles croches de la main droite.

Trois siècles de musique qui annoncent Jean-Sébastien…avec Terpischore

par

Pour fêter dignement quatre décennies de musique et d’amitié, l’Ensemble vocal  mixte TERPSICHORE, placé sous la direction de son chef et fondateur Xavier Haag, vient de présenter la première partie d’un diptyque musical lors d’un concert qui  s’est donné ce 13 octobre dans l’église romane de Villers La Ville.

Concert qui racontait les trois siècles de musique qui ont préparé la venue de Jean-Sébastien BACH. Superbe programmation qui a conduit le public de Janequin ("La Bataille de Marignan") à Haëndel (extraits du Messie) en passant par Lassus ("Bonjour mon coeur"), Monteverdi, Purcell (Extraits de Didon et Énée), Vivaldi (Extraits du Magnificat) et Bach ("Lobet den Herrn"). 

La première partie du programme, a capella, a révélé une belle homogénéité des voix. La seconde partie a vu s’adjoindre au chœur deux violons – José-Manuel Rodriguès et Patricia Vigas – et un violoncelle en la personne de la liégeoise Caroline Stevens.

Monte-Carlo: les 30 ans des Monte-Carlo Music Masters 

par

Pour célébrer le 30e anniversaire des Monte-Carlo Music Masters, ce « concours des meilleurs » qu’ils ont fondé, Chantal et Jean-Marie Fournier ont proposé un feu d'artifice musical en invitant d'anciens membres du jury et des vainqueurs de ces Masters : Nelson Freire, Ruggero Raimondi, Maxim Vengerov, Béatrice Uria-Monzon, Maurizio Baglini, Roustem Saitkoulov, Alexander Gadjiev et Fanny Clamagirand se succèdaient sur la scène de l'Opéra Garnier. Un magnifique Bösendorfer trône sur scène et Alain Duault est le fidèle Maître de Cérémonie de cette soirée. 

ELIAS de Félix Mendelssohn au TCE : d’une bouleversante vérité

par

Le nom du chef d’orchestre et claveciniste Masaaki Suzuki à la tête de l’Orchestra of the Age of Enlightenment constitue, en soi, la promesse d’un moment exceptionnel ; à plus forte raison lorsque c’est l’un des chef d’œuvres de l’Oratorio romantique qui est au programme. Elias concilie en effet l’équilibre architectural, la stylisation des affects de Bach, l’ardeur radieuse de Haendel et l’esthétique d’un monde nouveau, exubérant, coloré, puissant. Mais il y a plus, ces pages créés en 1846 à Birmingham, font « entendre » à travers les siècles la voix même du jeune compositeur. L’étonnant livret (respectant scrupuleusement le texte biblique), rédigé de sa main, ne craint ni les répétitions ni une rythmique assez peu variée, ce qui suscite un climat hypnotique et laisse l’esprit s’évader loin des diversions quotidiennes. Avec le personnage du prophète Elie, l’auditeur est confronté aux tragédies fondamentales de l’existence : la mort, la haine, le désespoir, l’amour parfait. Il est alors introduit dans la contemplation à travers le regard ardent du musicien. Suzuki dirige avec une ampleur d’une précision extrême offrant une vision aussi puissante que cohérente. L’orchestre, aux cuivres parfois très sonores, s’engage sans réserve tout comme le chœur. D’une pure beauté, le Trio des Anges « Lift thine eyes » -si proche des trois génies de La Flûte enchantée- sauve (à juste titre !) Elie du désespoir.

La magnificence de voix au Festival d’Ambronay

par

Le Festival d’Ambronay fête ses 40 ans sous le thème de « musique baroque et métissée ». Pendant quatre week-ends prolongés (du jeudi au dimanche), se succèdent des musiciens et ensembles de renom, tels que Hespèrion XXI et Jordi Savall, Les Arts Florissants et William Christie, Les Correspondances et Sébastien Daucé, Pygmalion et Raphaël Pichon, ou encore Les Talens Lyriques et Christophe Rousset. Un laboratoire d’expériences pratiques et artistiques où la musique baroque et ancienne, ses programmes, allant de la musique médiévale à des créations contemporaines, sont devenus au fil des années de plus en plus variés. Le Festival Eeemerging (un festival dans le Festival, avec six jeunes ensembles de musique ancienne qui présentent le résultat de leurs résidences ; cette année l’ensemble Concerto di Margherita a remporté le prix du public), notamment, fait du Festival d’Ambronay une pépinière de jeunes talents. C’est un rendez-vous annuel baroque incontournable pour les mélomanes, les amateurs et les programmateurs.

La Folie et le « Baroque Lande » d’amour et de passion

Pour le troisième week-end, les trois concerts vocaux dont un opéra étaient tous de très haute volée. Le programme « Eclats de folie » (27 septembre) de Stéphanie d’Oustrac et l’Ensemble Amarillis (qui fête ses 20 ans) se déroule sous forme de récit lyrique ou opéra pastiche. Une fois entrée en scène, la Folie passe par tous les états dans son aventure amoureuse. L’histoire est contée par des pièces instrumentales et vocales de Campra, Marais, Purcell, Haendel…, aux caractères et ambiances fort différents, sans oublier l’irrésistible scène de tempête. Toujours profondément engagée dans son art, Stéphanie d’Oustrac incarne à merveille ce personnage clé du répertoire. Plus le concert avance, plus elle fait preuve d’une expressivité surprenante, avec une belle complicité de l’ensemble Amarillis qui met efficacement en relief l’évolution sentimentale de l’héroïne.

À Genève, le Brahms somptueux de Philippe Jordan 

par

Pour sa 71e saison, le Service Culturel Migros organise une série de concerts de prestige. Ce fut le cas le vendredi 4 octobre avec la venue de Philippe Jordan et des Wiener Symphoniker que l’on avait déjà applaudis dans un programme Richard Strauss en juin 2018.

Cette fois-ci, Johannes Brahms est à l’honneur avec le Concerto pour violon et orchestre et la Troisième Symphonie. D’emblée, dès les premières mesures de l’opus 77, l’on reste ébahi par le velouté de la sonorité dans un legato qui s’irise de mille nuances en réponse aux tutti qui ont une réelle profondeur. Intervient la soliste, la jeune Julia Fischer, qui déploie, sur les premiers accords, une indubitable énergie et une fluidité des traits virtuoses, même si le son paraît d’abord quelque peu étriqué. Mais le cantabile aux inflexions douloureuses lui permet d’acquérir de l’assurance ; et le phrasé devient pathétique dans l’emploi des doubles cordes, aboutissant à une cadenza qui révèle l’étendue de ses moyens ; ainsi, elle prend le temps de modeler chaque séquence avec minutie, osant même les pianissimi les plus irréels. Le hautbois dialoguant magnifiquement avec les vents chante l’Adagio dont le solo révèle l’intimisme poétique alors que le Finale est emporté par une exubérance toute tzigane. En bis, Julia Fischer propose une page de Bach, la Sarabande en ré mineur, que sa musicalité libère de toute rigidité.

À Flagey, le couple idyllique Bartók-Eötvös bouleversant au chevet des amours en péril

par

Un long frisson a traversé l’échine des mélomanes rassemblés à Flagey ce 4 octobre. Au programme, deux opéras en un acte sondant les sentiments confus de deux protagonistes, attisés par l’amour et hantés par le doute, dont la confiance vacille jusqu’à trembler sur ses bases à mesure que l’un des amants s’obstine à vouloir faire la lumière sur les lourds secrets de son partenaire. 

Qui d’autre qu’un chef hongrois, passé maître dans l’interprétation des plus grands chefs d’œuvre du XXe siècle, et qu’un compositeur dont les œuvres, qu’elles soient scéniques ou instrumentales, sont toujours empreintes d’un geste théâtral, aurait pu mieux diriger, en versions de concert, le Barbe-Bleue de Bartók et un opéra de sa propre plume, Senza Sangue, composé spécialement pour être programmé avec ce dernier ?

Voces8 et BEvocal à Bozar

par

C’est devant le public déjà conquis de Bozar que Voces8 et BEvocal présentaient leur concert collaboratif ce mercredi. En effet, cela fait plusieurs années que l’octuor d’élite anglais Voces8 participe au Singing Brussels Celebration de la maison. Paul Smith, chef de Voces8, ne manque pas l’occasion de chauffer la salle. Dès qu’il mentionne Singing Brussels, les cris et applaudissements font comprendre que le public est rempli de mordus du chant choral. Il les prévient d’ailleurs qu’ils seront amenés à chanter plusieurs fois pendant le concert. Connaissant l’engagement de l’octuor envers sa mission pédagogique (publication d’une méthode, ateliers dans les écoles, collaboration avec l’université de Cambridge, programme de formations pour jeunes chanteurs en début de carrière…), il n’est pas surprenant de le voir partager la scène avec un chœur de jeunes amateurs belges.

BEvocal, chœur national des jeunes de Belgique, est né en 2017 d’une coopération entre les fédérations chorales des trois communautés linguistiques du pays. Si après seulement 2 ans de travail, ces jeunes de 18 à 30 ans parviennent déjà à offrir une performance de qualité remarquable, on se réjouit de voir l’évolution lorsque l’ensemble gagnera en maturité sous la direction experte de Maria Van Nieukerken ! En tant que nouveaux ambassadeurs du chant choral de haut niveau en Belgique, on peut dire qu’ils ont pleinement mérité leur place aux côtés d’un ensemble professionnel de renommée tel que Voces8.

A Genève, un nouveau Matsuev ?

par dating effeminate guy

Pour commencer sa saison 2019-2020, la série ‘Les Grands Interprètes’ organisée par l’Agence de concerts Caecilia invite une fois de plus le pianiste sibérien Denis Matsuev. Au cours de ces dernières années, l’image qu’il nous a laissée est celle d’un virtuose au style boursouflé, s’en prenant violemment à son clavier comme s’il se livrait à une partie de catch. Mais Steve Roger, l’un des organisateurs du récital du 30 septembre, m’a convaincu d’y assister en me parlant d’un nouveau Matsuev.