Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Pärnu — Trois leçons de lumière avec l'Estonian Festival Orchestra et Paavo Järvi

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Le programme du 11 juillet au Festival de Pärnu se laissait lire comme une méditation sur la lumière : lumière méridionale filtrée par le voile symboliste de Fauré, lumière boréale — celle qui, en été estonien, ne se couche jamais tout à fait — dans la création de Tõnu Kõrvits, et lumière-paysage enfin, habitée, presque organique, dans la Sinfonia espansiva de Nielsen. Trois régimes de clarté, trois manières de faire chanter l'orchestre.

Fauré ouvre la soirée avec la Suite de Pelléas et Mélisande, choix qui rappelle d'emblée la maîtrise stylistique dont Paavo Järvi a laissé tant de grands enregistrements dans le répertoire français. Clarté d'énoncé qui refuse le voile, phrasé sculpté sans céder à l'ornement : la Sicilienne solaire ne vient pas écraser la pénombre symboliste du Prélude et de La mort de Mélisande. La Fileuse file sans mécanisme, portée par un legato de la petite harmonie qui vaut à lui seul le déplacement.

Le premier grand moment du conert vient de la création mondiale du Concerto pour alto et orchestre « Secret Garden » de Tõnu Kõrvits, écrit pour Amihai Grosz. Kõrvits confirme cet art narratif qui lui est propre : un récit qui se déploie par échanges — sublimes — entre l'alto et un orchestre auquel il oppose une économie d'effets, un univers infini de nuances et une orchestration d'une maîtrise stupéfiante. La partition s'ouvre sur un dialogue avec les timbales et se referme sur ce même échange, refermant un arc dramaturgique d'une évidence rare. À l'exception du mouvement central — Song of the Light —, on n'entend que rarement la totalité de la masse orchestrale : Kõrvits privilégie des configurations chambristes finement pensées — trois clarinettes, un cor, un hautbois, un basson, une percussion contenue —, où chaque timbre trouve sa fonction narrative. Derrière cette retenue affleure une vraie beauté mélodique, servie par une science de l'orchestration qui donne à ce concerto tout pour s'imposer comme une grande référence du répertoire, encore peu fourni, de l'alto concertant.

Solstice à Pärnu : Kristjan Järvi, Sibelius en sédiment

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Kristjan Järvi et son Nordic Pulse Orchestra présentaient ce vendredi 10 juillet, en double session au Pärnu Concert Hall, un programme baptisé Solstice, un voyage innatendu comme sait le créer ce musicien qui aime casser les codes et transcender l"expérience du concert.

On aurait tort de réduire Kristjan Järvi à une seule case. Le cadet des Järvi est un chef de la grande tradition : ses années à Umeå, au Tonkünstler de Vienne, puis au MDR de Leipzig l'ont installé dans le répertoire canonique — Haydn (son intégrale des "Parisiennes" est l'un des sommets de la discographie), Bernstein, les symphonistes nordiques, Steve Reich, Philip Glass.... Il est aussi, depuis toujours, un expérimentateur : fondateur en 1993 de l'Absolute Ensemble, du Baltic Sea Philharmonic en 2011, créateur de Pärt, Tüür, Gelgotas, complice de Max Richter dont il a dirigé Exiles chez Deutsche Grammophon. Il a fondé en 2016 sa société Sunbeam Productions, signé chez BMG Modern Recordings, enregistré à Tallinn la bande originale de Das Licht de Tom Tykwer, film d'ouverture de la Mostra 2025. Le Nordic Pulse Orchestra qu'il a réuni pour Solstice n'est pas un orchestre au sens institutionnel — Järvi lui-même parle d'un band — mais un collectif à géométrie variable, ancré dans cet écosystème et composé de musiciens fidèles.

La salle s'éteint. Ce qui commence n'a pas la forme d'un concert classique. Une nappe s'installe, et dans cette nappe surgissent les premières mesures des cordes de Sibelius, tenues, étirées, traversées d'un remix signé East Forest — l'un des producteurs américains les plus associés à la scène de la ceremony music. Ce qui suit se déploie sur près de quatre-vingts minutes sans interruption : vingt-deux stations en quatre actes — Letting Go, Transformation, Acceptance, Afterglow — reliées par des transitions improvisées. Chaque piste porte deux titres : une intitulé fonctionnel (« Open yourself to your truth », « Lighting of the eternal fire ») et un titre musical, presque toujours un « Nordic Pulse Remix » d'un morceau de Jon Hopkins, m83, Moby, Max Cooper, John Metcalfe ou Julianna Barwick, aux côtés des Estoniens Sander Mölder et Toivo Kurmet. Les voix — Elina Nechayeva en tête, la soprano Eurovision 2018 — flottent, amplifiées, dans une esthétique éloignée du lyrique. Les cordes n'exposent pas la ligne : elles habitent le mix.

Le violoncelle à l’honneur au Festival international de Colmar

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Le mardi 7 juillet 2026 fut un jour particulier pour les amateurs de violoncelle au Festival international de Colmar. Après la venue d’Edgar Moreau le soir précédent, c’est au tour d’Anastasia Kobekina de briller sur la scène de l'église Saint-Matthieu, tandis que le groupe Ô-Celli a investi le Théâtre municipal. 

Pas de violoncelle au programme du premier concert de la journée, mais bien un duo piano - voix. Accompagnée de Louis Dechambre, la mezzo-soprano Léontine Maridat-Zimmerlin a livré une prestation très convaincante autour du thème de l’amour. Variant les styles et les atmosphères, n’hésitant pas à ajouter une pointe d’humour et à mettre en contexte les chants avant de les interpréter, la chanteuse a démontré une capacité d’appropriation des œuvres assez impressionnante. Douée d’une présence scénique remarquable, elle nous a fait voyager parmi les textes en les personnifiant entièrement. Nous avons également pu profiter du jeu très à propos du pianiste Louis Dechambre, toujours attentif au moindre changement de nuances ou de tempo de sa comparse et prêt à prendre une place plus soliste quand il le fallait. Il a ainsi notamment pu démontrer son talent et sa sensibilité lors de deux pièces solistes de transition. Nous avons pu entendre des œuvres de Gabriel Fauré, Clara Schumann, Piotr Illitch Tchaïkovsky, Alberto Ginastera ainsi que Georges Enesco. 

À Pärnu, une journée avec l'Académie de direction Järvi

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Au Pärnu Music Festival, les académies structurent l'ossature pédagogique du festival : d'un côté, l'académie destinée aux instrumentistes, avec des cours dispensés par des mentors et la participation à l'orchestre de l'Académie qui donnait le concert d'ouverture ; de l'autre, la Järvi Academy consacrée à la direction d'orchestre, animée par Neeme, Paavo et Kristjan Järvi avec la complicité de Leonid Grin. Ce dispositif pédagogique constitue l'un des jalons centraux du festival, et sans doute son legs le plus discrètement stratégique : c'est là que passent, chaque été, quelques-uns des jeunes chefs appelés à faire carrière sur les grandes scènes européennes dans les décennies à venir.

Pour cette édition 2026, vingt-et-un musiciennes et musiciens ont été sélectionnés, venus de quinze pays, de la Mongolie à l'Australie, de la Slovénie à la Grèce. La cohorte frappe aussi par son amplitude générationnelle : les plus jeunes sont nés en 2006 ou 2007, quand les plus âgés approchent la quarantaine, voire la dépassent — c'est presque une génération entière qui sépare les extrêmes du groupe, signe que la Järvi Academy ne se conçoit pas comme un simple viaduc post-conservatoire, mais bien comme un lieu de passage à toutes les étapes de la trajectoire d'un chef. Le programme des cours est intensif, avec une part large donnée au répertoire, articulé autour de deux programmes d'ensemble : un premier axé Pärt-Eller-Haydn-Schubert, un second réunissant Tüür, Mozart, Liszt et Schumann. Des classiques, des chefs d'oeuvres romantiques et de la musique estonienne, un menu de choix pour se parfaite et développer son répertoire.

Cet après-midi, nous avons pu assister à une séance de travail consacrée à L'ombra della croce d'Erkki-Sven Tüür, pièce inscrite au second programme, avec le concours du Pärnu City Orchestra. L'intérêt de la séance tenait précisément à la fausse facilité de cette partition : sous une apparence dépouillée et économe de notes, l'œuvre exige un travail minutieux de la masse sonore et de l'amplitude dynamique, et c'est très précisément sur ces deux dimensions que les conseils de Neeme et Paavo Järvi ont porté — faire entendre les strates, calibrer les paliers, ne pas confondre l'immobilité apparente avec le relâchement du geste. Fait toujours fascinant que celui de voir de jeunes musiciens se frotter à la vue de chefs hautement capés, tellement soucieux de partager leur savoir et de les aider à trouver leur geste propre — non pas à imiter, mais à comprendre par où entrer dans une partition. Le travail se déploie avec une réelle empathie : ce sont des collègues expérimentés qui donnent des conseils à d'autres collègues, et la dynamique de la salle en tire une qualité rare. On observe par ailleurs une très bonne entente entre les étudiants eux-mêmes, que ce soit sur scène pendant les séances de travail ou en dehors, lorsqu'on les croise après les concerts : il règne au sein de la promotion un esprit de camaraderie collaborative qui contribue sans doute pour beaucoup à la qualité de ce que l'Académie parvient à produire chaque été.

Mahler par Philippe Jordan à Monaco

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Pour l'ouverture de la saison estivale dans la Cour d'Honneur du Palais princier de Monaco, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo accueillait Philippe Jordan dans l'un des monuments du répertoire symphonique : la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler.

Après avoir dirigé l'Opéra national de Paris de 2009 à 2021 puis l'Opéra d'État de Vienne de 2020 à 2025, Philippe Jordan se consacre désormais davantage au répertoire symphonique. Sa nomination à la tête de l'Orchestre National de France à partir de septembre 2027 confirme la place qu'il occupe parmi les plus grands chefs de sa génération. Son retour à Monaco était attendu, tant son affinité avec l'OPMC est évidente.

Lorsque Mahler compose sa Cinquième Symphonie entre 1901 et 1902, Vienne connaît une extraordinaire effervescence artistique. Les toiles de Gustav Klimt et d'Egon Schiele bouleversent les arts plastiques, Sigmund Freud révolutionne la pensée moderne, tandis que Richard Strauss poursuit son exploration du poème symphonique et qu'Arnold Schönberg ouvre de nouveaux horizons musicaux. Dans ce contexte particulièrement fécond, Mahler repousse les limites de la symphonie traditionnelle pour en faire une vaste fresque capable de contenir toute la complexité de l'âme humaine.

Popularisée auprès du grand public grâce au célèbre Adagietto utilisé par Luchino Visconti dans Mort à Venise, la Cinquième Symphonie est pourtant bien davantage qu'une succession de pages célèbres. Construite en cinq mouvements fortement contrastés, elle décrit un immense cheminement de l'ombre vers la lumière, de la marche funèbre initiale jusqu'à l'explosion de joie du finale. Une merveille de poésie, de subtilité et d'invention orchestrale.

Le motif inaugural de la trompette, avec son rythme impérieux, rappelle irrésistiblement le célèbre « motif du destin » de la Cinquième Symphonie de Ludwig van Beethoven. La parenté va bien au-delà de cette simple évocation : comme Beethoven, Mahler construit un immense arc dramatique qui conduit progressivement des ténèbres vers une éclatante victoire de la lumière. Il est difficile de ne pas voir dans cette trajectoire un hommage au maître de Bonn.

À la tête d'un orchestre considérablement renforcé, Philippe Jordan impressionne d'emblée par la limpidité de sa direction. Avec un geste ample, précis et d'une lisibilité exemplaire, il ne cherche jamais l'effet spectaculaire. Toute son attention est tournée vers le texte, dont il révèle avec naturel la richesse et la puissance expressive. Son autorité tranquille s'impose sans jamais devenir démonstrative.

La Marche funèbre qui ouvre l'œuvre possède une gravité presque implacable. Chaque appel de trompette semble résonner comme une inexorable fatalité. Jordan laisse respirer les longues phrases mahlériennes tout en maintenant une tension permanente.

Pärnu Music Festival : leçon de musique et de répertoire avec Neeme Järvi

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Salle comble hier soir au Pärnu Kontserdimaja pour l'ouverture du festival , avec un programme d'une cohérence rare, articulé en arc de l'aube au crépuscule, servi par le Järvi Academy Symphony Orchestra sous la direction du légendaire Neeme. Une soirée foncièrement anti-spectaculaire — et foncièrement musicale.

Les premières mesures de Koit de Heino Eller donnent immédiatement le programme : cordes basses tenues, montée lente vers la lumière, aucune emphase. Neeme Järvi n'a pas besoin de trois minutes pour installer un climat : il lui suffit d'un tempo juste et d'un orchestre qui écoute. Le Pärnu Kontserdimaja est comble, l'atmosphère tient autant du rendez-vous artistique que de la réunion de famille, et l'évidence s'impose dès cet accord initial — avec Neeme Järvi au pupitre, on part pour une aventure. Le maître estonien a construit un programme dont l'ambition d'écoute contredit la modestie apparente : pas de soliste-vedette, pas de concerto, pas de morceau de bravoure. Six poèmes symphoniques et une pièce élégiaque, dont plusieurs pages que l'on n'entend pratiquement jamais en concert. Un programme das l'ADN du maestro : la découverte avant tout.

Le geste programmatique mérite qu'on s'y arrête. En encadrant chacune des deux parties par une page de Heino Eller — Koit (L'Aube, 1918) puis Videvik (Crépuscule, 1917) —, Neeme Järvi poursuit un travail de défrichage qu'il a mené sur le versant discographique pour Chandos : installer Eller au rang qui lui revient, celui de fondateur du symphonisme estonien, maître d'Eduard Tubin, jalon indispensable entre Sibelius et Pärt. Le placer face à Dvořák, Smetana, Fibich et Grieg ne relève pas de la coquetterie muséale mais d'une revendication d'équivalence de statut. Que ces deux tableaux aient été composés en 1917-1918, à quelques mois de la déclaration d'indépendance estonienne du 24 février 1918, ajoute à l'événement une résonance historique que le festival — et l'Académie qui porte le nom de Järvi — assument pleinement.

Voyage stylistique au Festival international de Colmar

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Comme chaque année, le Festival international de Colmar propose trois concerts par jour à son public. Le premier est destiné aux jeunes talents du CNSM de Paris, le deuxième à la musique de chambre, et le troisième à un ensemble ou soliste de prestige. 

Pour cette première journée complète, nous avons commencé avec un récital de la pianiste tadjike Anastasiya Magamedova. Consacrée aux compositrices, cette prestation fut l’occasion de découvrir une musicienne sobre, efficace, avec un jeu lisible et une belle gestion des textures. Le public a ainsi pu profiter des Trois morceaux pour piano de Lili Boulanger, des Soirées musicales Op.6 de Clara Schumann, de L’oiseau lunaire de Sato Matsui ainsi que des Six études de concert Op. 35 de Cécile Chaminade. Malgré quelques fragilités dans le maintien de la tension et de l’attention dans certaines pièces, Anastasiya Magamedova nous a livré de très beaux moments. L’oiseau lunaire nous a permis d’apprécier sa gestion très juste des silences et sa sensibilité jusque dans les motifs les plus simples, tandis que les Trois morceaux pour piano furent un terrain de jeu idéal pour démontrer toute sa maîtrise des textures et son toucher très fin. Un récital agréable et homogène qui aurait peut-être mérité de compter l’une ou l’autre pièce avec une atmosphère différente. 

Ouverture du Festival international de Colmar 

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La quatrième édition du Festival international de Colmar version Alain Altinoglu s’est ouverte avec un concert de l’Orchestre symphonique de la Monnaie, dirigé par le chef français. Cette édition se place sous le signe de la continuité. Les habitués du festival seront donc ravis de retrouver Grigory Sokolov, l’Ensemble Ô-Celli (déjà présent en 2023) ou encore l’Orchestre National de Mulhouse. Bien sûr, les nouveautés ne manquent pas avec notamment la venue du B’Rock Orchestra ou de la soprane Natalie Dessay. La programmation d’Alain Altinoglu se veut ouverte à tous les publics, toutes les esthétiques, allant de Beethoven à Edvard Grieg en passant par John Williams, Alberto Ginastera ou Chick Corea. 

Le concert d’ouverture fut consacré à trois tubes du répertoire, La Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner et les Quatre derniers Lieder et Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss. 

Concert de clôture du Festival Rhénan à Strasbourg

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Après un concert inaugural du pianiste français Adam Laloum en 2025, la deuxième édition du Festival Rhénan se clôturait ce 04 juillet au Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg. Dans une salle Erasme délaissée par son public habituellement présent en nombre, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg s’est produit pour la première fois sous la baguette du jeune chef Swann Van Rechem. Pour l’occasion, c’est un programme très (trop ?) diversifié qui nous a été proposé. 

Pour débuter ce concert, nous avons pu entendre l’ouverture Coriolan op.62 de Ludwig van Beethoven. Cette œuvre, précurseure des poèmes symphoniques du XIXème, conte l’histoire tragique du général Coriolan, ennemi de sa patrie qui, renonçant à la vengeance, finit par tomber sous les coups de sa propre armée. Partition tumultueuse, elle fut l’occasion d’observer la belle entente entre le chef français et l’ensemble strasbourgeois. Leur souci du détail, notamment dans les nuances pianos et une mise en place d’horloger, fut de très bon goût. Nous pouvons cependant regretter un manque de corps dans les moments les plus prenants, rendant l’ensemble relativement plat. 

András Schiff en fidèle serviteur de Franz Schubert

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On connaît les affinités d’András Schiff avec Schubert. Au disque, il a enregistré presque tout ce qui nécessite un piano (notons du reste qu’il l’a fait avec autant de bonheur sur piano moderne que sur pianoforte). Au concert, il aime proposer des programmes exclusivement Schubert. Par exemple, le 11 mai 1990, Salle Playel, il donnait son premier concert pour Piano4Étoiles. Au programme, trois sonates de Schubert. Puis, lors de la saison 1992-1993, lors de six récitals, il jouait dix-huit sonates, soit une quasi-intégrale. Depuis, s’il est revenu très souvent pour Piano4Étoiles (encore il y a quelques mois), il n’avait que très peu rejoué Schubert. C’est dire si ce nouveau concert au Théâtre des Champs-Élysées, uniquement consacré à Schubert, avec des œuvres des toutes dernières années, était attendu.

Le programme annonçait, pour commencer : Allegretto D. 915, Klavierstück D. 946 N° 1, Impromptu D. 899 N° 3, Mélodie hongroise D. 817, Klavierstück D. 946 N° 2, Moment musical D. 780 N° 3, Klavierstück D. 946 N° 3, soit une succession de sept pièces de quelques minutes, puisées dans des recueils différents, aux tonalités disparates. Ce qui aurait pu être une longue entrée en matière, décousue, s’est transformée sous les doigts d’András Schiff en une épopée de quarante minutes, où tout s’est enchaîné sans à peine une respiration (quitte à ajouter quelques notes de transition, pour fluidifier certains changements de tonalités par trop périlleux), dans une démarche qui rappelle celle de Piotr Anderszewski lors de son concert il y a quelques mois, avec les ultimes pièces pour piano de Brahms.