Au Concert

Les concerts un peu partout en Europe. De grands solistes et d’autres moins connus, des découvertes.

Fin de saison spectaculaire avec l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo

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L'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo termine sa saison des grands concerts symphoniques avec un merveilleux feu d'artifice sonore.  Au programme une suite de concert tirée de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy et l'opéra Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók. 

Kazuki Yamada dirige la suite composée à partir des Interludes orchestraux de Pelléas et Mélisande dans l’édition de son confrère Alain Altinoglu. Yamada et son orchestre nous donnent une merveilleuse performance où la couleur est devenue le son et le son les esprits de la nature au pupitre d’un orchestre concerné et très appliqué.  

Le concours " Monte-Carlo Music Masters" fête ses 30 ans

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Le "Concours des Concours", imaginé par Jean-Marie et Chantal Fournier, a comme particularité que les participants sont uniquement des premiers prix de concours internationaux. A l'instar des Masters de Tennis, il n'y a qu'un seul vainqueur. Le concours est consacré cette année à la voix, en alternance avec le violon en 2023 et le piano en 2024.

La finale a lieu à l'Opéra de Monte-Carlo, dans la célèbre Salle Garnier. L'excellente acoustique et le cadre magique de la salle sont un écrin qui met en valeur toutes les qualités artistiques des musiciens les plus éminents. La soprano ukrainienne Ekaterina Sannikova et la basse coréenne Jeong Inho s'affrontent pour obtenir la place du vainqueur. L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est placé sous la direction étincelante du chef d'orchestre autrichien Sascha Goetzel. 

A Genève, une Turandot à effets spectaculaires

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Au Grand-Théâtre de Genève, la Turandot de Giacomo Puccini n’a pas reparu à l’affiche depuis mai 1996, donc depuis vingt-six ans, lorsque John Mauceri dirigeait la production de Hiroshi Teshigahara qui avait pour protagoniste Giovanna Casolla.

Pour cette nouvelle présentation, Aviel Cahn, l’actuel directeur de l’institution genevoise, fait appel au metteur en scène américain Daniel Kramer qui veut immerger l’action dans un univers futuriste. C’est pourquoi il décide de collaborer avec le collectif japonais teamLab qui assure la conception scénique et les effets lumineux absolument saisissants lorsqu’un faisceau de rayons bancs suggère la mystérieuse atmosphère enveloppant l’émergence de la lune. Tout aussi fascinantes, la première apparition de Turandot, se glissant dans de longs voiles noirs pour émasculer sadiquement le pauvre prince persan, et la seconde où, engoncée dans le carcan d’or flamboyant d’un astre, elle atteint le sol au fur et à mesure qu’est donnée une réponse à chacune de ses énigmes. C’est pour elle aussi que la costumière Kimie Nakano invente ces lamés moulants or ou noir corbeau qui lui feront rejeter avec dégoût la robe de mariée blanche que l’on voudrait lui imposer. Liù et le chœur féminin ressemblent à de fantomatiques créatures à coiffe ‘ku klux klanique’ évoluant dans une vaste salle vitrée qui surplombe l’antre des hommes noirs d’où surgiront les tortionnaires à tête de marabout écorchant le condamné qu’on leur a donné en pâture. Le lit sacrificiel focalise l’action qui se répand comme une mer en furie sous une gigantesque construction en losange, pivotant sur plateau tournant pour faire place aux trois ministres Ping, Pang, Pong, folles délurées portant rang de perles sur robe noire démesurée ou arborant tunique rose fluo sur vert et jaune criards. Malheureusement, le troisième acte tourne court en dénaturant la trame. Des cintres descendent deux niches plastifiées où, à mi-hauteur, sont enfermés le pauvre Timur et Liù qui détachera du sommet le poignard du hara-kiri, pendant qu’au sol, Calaf garrotté subit la torture, total contre-sens par rapport au libretto. Et c’est aussi la première fois que l’on voit chacun des ministres être trucidé par le poignard de son congénère, ce qui assoit le divin Altoum, terrassé par tant de sang versé inutilement…

Kissin et Volodos : deux maîtres du piano d’aujourd’hui à Flagey

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En l’espace de septante-deux heures à peine, Flagey permettait aux amateurs de piano d’entendre deux des plus réputés pianistes d’aujourd’hui en la personne d’Evgeny Kissin et d’Arcadi Volodos. 

Jeunes quinquagénaires nés et formés dans la défunte URSS -quittée ensuite pour l’Ouest -par des professeurs à la rigueur légendaire, les deux artistes n’ont en fait qu’assez peu de points communs. D’ailleurs, les entendre à si peu de temps d’intervalle amène à se demander s’il existe vraiment une école russe, pas tant dans l’exigence technique que dans l’approche interprétative. 

Ancien enfant prodige, s’essayant volontiers à la composition comme à la poésie, Kissin est un pianiste à la technique digitale souveraine, au jeu impeccablement construit et puissant. Lorsqu’il pénètre sur la scène du Studio 4 de Flagey -où, la salle s’étant révélée trop petite pour accueillir tous les mélomanes désireux d’entendre ce trop rare visiteur dans nos contrées, quelques dizaines de chaises supplémentaires ont été installées- Evgeny Kissin s’installe calmement au piano et entame son récital au programme intéressant et varié par la célébrissime Toccata et fugue en ré mineur de Bach dans la transcription de Tausig. Dans la Toccata, Kissin réussit à faire tonner le Steinway de Flagey comme un orgue. Si l’on regrette par moments quelques duretés à la main droite, la puissance sonore déployée est franchement ébouriffante. Dans la Fugue, on apprécie le superbe staccato comme la maîtrise des gradations sonores. Malgré un emploi généreux de la pédale, les lignes mélodiques sont toujours claires.

Fin de saison spectaculaire avec l'OPMC

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L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo est à nouveau à l'affiche pour un des derniers concerts symphoniques de la saison, sous la direction du Norvégien Eivind Gullberg Jensen. On retrouve les musiciens en pleine forme après le marathon du Concours Svetlanov, où ils ont accompagné 18 jeunes chefs d'orchestre en quatre jours. Les membres du jury du Concours Svetlanov suivaient les candidats filmés de face, le tout projeté sur un grand écran. Cet outil technologique a été utilisé pour ce concert, ce qui permet au public de suivre toutes les indications du chef. On vit la musique avec Eivind Gullberg Jensen, c'est une expérience unique et très enrichissante et on voit également les mains de la pianiste Hélène Grimaud.

Hopper plays Slinckx : ovation pour une musique jubilatoire

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Pierre Slinckx, ce soir joué par l’Ensemble Hopper pour la release party de son nouvel album, h#1|2|3|4, invité par Ictus (qui lui-même squatte) chez une copine, au Rosas’ headquarters, la salle de danse de la compagnie d’Anne Teresa De Keersmaeker à Bruxelles, a un peu le trac (« je préfère l’avoir avant plutôt que pendant ») en regardant les rangées de chaises, alignées sur le revêtement qui protège le plancher de la salle de répétition, se remplir rapidement, dans le joyeux brouhaha de ceux qui se retrouvent, encore appuyé par les conversations des fumeurs ou de ceux qui profitent de l’air frais (les uns n’empêchent pas les autres) de l’autre côté de la porte-fenêtre, sur la pelouse au-delà de laquelle on aperçoit les caténaires de la ligne de chemin de fer. Peut-être sont-ce les auditeurs habitués des « Ictus Invites », peut-être est-ce l’âge du compositeur (34 ans), sa musique mixte qui flirte ouvertement avec l’ambient décliné dans ses années charnières chez Obscure Records, le minimalisme américain et l’électronique, ou alors la présence du bar dans la salle, en tout cas le public est plus jeune que celui des habituels lieux qui accueillent la musique écrite -et c’est un plaisir de ressentir la vie vibrer dans ce rectangle de béton et de bois, dont je me demande un instant comment il va résonner avant de me concentrer sur ce drôle d’instrument qui, avec l’ordinateur de Slinckx, fait le duo de la première partie.

Le concours Svetlanov à Monte-Carlo

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La cinquième édition du Concours de direction d’orchestre  Evgeny Svetlanov faisait escale à Monte-Carlo, sous le Haut Patronage de S.A.R la Princesse Caroline de Hanovre et avec la complicité de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et de Kazuki Yamada, son directeur musical et artistique.

Le jury de cette édition 2022 était présidé par le maestro  Pinchas Steinberg.  A ses côtés :  les chefs Kazuki Yamada et Dmitri Liss, Daishin Kashimoto, Konzertmeister de l'Orchestre Philharmonique de Berlin, Tatjana Kandel, déléguée artistique de l'Orchestre National du Danemark, Anthony Fogg, administrateur artistique de l'Orchestre Symphonique de Boston et directeur du Festival de Tanglewood, David Whelton, ex-directeur du Philharmonia Orchestra de Londres et à l'heure actuelle directeur artistique du Klosters Music Festival ainsi que René Koering, l’un des personnages majeurs  de la vie musicale en France. 

18 candidatures ont été retenues pour se présenter au premier tour sur les 330 dossiers envoyés. Le concours est comme un saut dans le grand bassin d’une piscine : aucune répétition avec l’orchestre pour les candidats. Saluons par ailleurs le travail de “l’homme invisible de ce concours”, le remarquable chef David Molard Soriano, fondateur de l'Orchestre des Jeunes d'Ile de France, qui a préparé l’OPMC en amont du concours afin de  passer en revue toutes les oeuvres  qui sont jouées au Concours et offrir un maximum de confort et de sécurité aux concurrents.

A Genève, l’adulation de Frank Peter Zimmermann 

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‘Un final réjouissant’, ainsi est intitulé le dernier concert de la saison 2021-2022 de l’Orchestre de la Suisse Romande. Sous la direction de Jonathan Nott, l’artiste en résidence en a été le violoniste Frank Peter Zimmermann qui, en trois soirées, nous a présenté des pages aussi rares que la Première Rhapsodie de  Béla Bartók   la Suite Concertante de Bohuslav Martinů  et le Concerto en ré mineur de Robert Schumann. 

Mais c’est par un ouvrage célèbre, le Concerto en ré majeur op.77 de Johannes Brahms que s’est achevé ce cycle le mercredi 9 juin. Confronté à un tissu orchestral d’une épaisseur consternante qui souscrit à la grosse artillerie en laissant les vents ignorer toute indication de nuance, le soliste tire son épingle du jeu en imposant progressivement un grain pathétique qui retient ses élans pour modeler un cantabile suave imprégné de poésie intimiste. Une technique à toute épreuve lui permet de négocier les traits échevelés de la première cadenza, de nourrir d’un lyrisme généreux l’Andante médian et d’imprégner le Final d’une impétuosité alla zingara qui deviendra effervescente dans la coda. Le public ne s’y trompe pas en faisant fête au violoniste qui, en bon prince souriant, enchaîne deux pages lentes de Bach en faisant chanter les doubles cordes.

Premiers concerts du 36e Festival Piano à Riom

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La 36e édition du Festival Piano à Riom s’est ouverte le 1er juin sous la direction artistique de la pianiste franco-hongroise Suzana Bartal. Dédié au piano et à la musique de chambre, le festival élargit cette année son champ et propose des concerts de musique baroque, du jazz et du lyrique, avant de revenir au piano « pur » avec le récital de clôture par Philippe Cassard le 22 juin.

A la tête de cette manifestation depuis 3 ans, Suzana Bartal a dû jongler, dans ses précédentes éditions, avec les restrictions dues à la pandémie ; la dernière édition s’est déroulée avec les jauges réduites, entre deux fermetures des lieux de culture. Ainsi, le 1er juin dernier, à la présentation du premier concert à la Salle Dumoulin, elle s’exclame : « C’est la première fois que je vois le public sans masque ! », remarque accueillie par de grands applaudissements joyeux.

Le Festival commence avec un trio, assuré par le violoniste Daniel Rowland, la violoncelliste Maja Bogdanovic et Suzana Bartal, dans un programme Brahms (Trio n° 2 op. 87), Schubert (Trio D. 929). Entre ces deux chefs-d’œuvre, une composition de Peteris Vasks, Castillo Interior. Cette dernière pièce, publiée en 2015 et créée par Patricia Kopatchinskaya et Sol Gabetta au Festival Schleswig-Holstein (Allemagne), est empreinte d’une grande spiritualité. Entre les deux instruments -le violon joue souvent en double corde-, la proximité du timbre et parfois des tessitures est confondante et on se perd dans la magie sonore de Vasks : on ne sait quelle note vient de quel instrument. Les deux interprètes sont fusionnels dans cette musique « mystique » d’une étonnante beauté, et de cette fusion se dégage une lancée sonore quasi céleste, malgré l’acoustique très sèche de la salle. La sécheresse ne joue malheureusement pas en faveur de deux Trios germaniques qui auraient révélé davantage leurs dramaturgies musicales dans une résonance plus riche. Malgré ces conditions, les trois musiciens ne se désemparent pas et se donnent corps et âme, chacun(e) dans son champ de virtuosité et de méditation, recueillant une adhésion générale de l’auditoire.

A Genève, le Bruckner de Marek Janowski

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Pour l’avant-dernier concert de sa saison 2021-2022, l’Orchestre de la Suisse Romande invite Marek Janowski qui a été son directeur artistique et musical de 2005 à 2012. De cette période, l’on garde en mémoire une impression mitigée avec des lectures délibérément pesantes de Beethoven, Schumann ou Brahms mais aussi un stupéfiant 1er acte de Die Walküre donné un dimanche après-midi de novembre 2008 ou un magnifique Elias de Mendelssohn affiché en octobre 2009. Pour la firme discographique Pentatone, le chef et l’orchestre ont réalisé une intégrale des symphonies de Bruckner, fort appréciée par la critique spécialisée qui loua le fait qu’une phalange symphonique latine s’attaquât à ce répertoire.