A L’Opéra

Sur les scènes d’opéra un peu partout en Europe.

À la Scala, un ATTILA  subjuguant  par sa musique

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Depuis sa création mouvementée à la Fenice de Venise le 17 mars 1846, l’Attila de Giuseppe Verdi a ouvert, avec un succès modéré, la saison de carnaval de la Scala de Milan le 26 décembre de la même année puis a été repris quatre fois jusqu’à mars 1867. A notre époque, il a fallu attendre mai 1975 pour le voir réapparaître à l’affiche avec Nicolai Ghiaurov, Piero Cappuccilli, Rita Orlandi Malaspina et Veriano Luchetti sous la direction de Giuseppe Patanè ; et le triomphe remporté par cette production incita Riccardo Muti à le reprendre avec Samuel Ramey en juin 1991, entraînant,  vingt ans plus tard, une nouvelle mise en scène de Gabriele Lavia qui faisait alterner Orlin Anastassov et Michele Pertusi sous la baguette de Nicola Luisotti.

Die Tote Stadt à Toulouse : les hallucinations de Paul

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C’est dans la production de Philipp Himmelmann, réalisée en 2010 pour l’Opéra National de Lorraine, que Die tote Stadt de Korngold a fait son entrée au répertoire du Capitole de Toulouse. Une production captivante et originale qui pourtant demande une certaine familiarité avec l’œuvre pour en comprendre complètement l’action et apprécier la mise en scène dans le décor de Raimund Bauer.

Violetta et son double sur la scène dépouillée au Théâtre des Champs-Elysées

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Dans la nouvelle production de La Traviata au Théâtre des Champs-Elysées (du 28 novembre au 9 décembre), Deborah Warner invente un double : Violetta à l’hôpital, entourée d’une équipe médicale, et qui interagit avec la Violetta en ville. Pour sa prise de rôle, Vannina Santoni incarne la jeune femme infiniment touchante aux côtés de Saimir Pirgu (Alfredo) et Laurent Naouri (Germont) tout aussi inspirés.

Fidelio et Jérôme Bosch ?

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L’unique opéra de Ludwig van Beethoven – qu’il a d’ailleurs difficilement mis au point entre 1805 et 1814 - ne compte pas parmi les opéras les plus représentés. On connaît néanmoins ses idéaux généreux de dénonciation des pouvoirs abusifs, de lutte pour la liberté, de gouvernement éclairé, d’exaltation de la promesse faite, du sens du sacrifice, de glorification de la liberté. C’est une œuvre engagée, conclue par un happy end bienvenu : Leonore, déguisée en Fidelio, est parvenue à sauver Florestan des griffes du sanguinaire Pizzaro.

Ajoutons-y un aspect plus léger : la pauvre petite Marzelline, fille du geôlier Rocco, éprise de… Fidelio, au déguisement très réussi donc.

Mam’zelle Nitouche poursuit sa carrière en pleine forme

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Le spectacle, présenté en octobre 2017 à Toulon et en décembre de la même année à Nantes, fait l’objet d’une importante tournée cette saison jusqu’en mai 2019, avant de s’installer à Paris en juin 2019 au Théâtre de Marigny dans le cadre du Festival Palazetto Bru Zane.

Scènes en miroir à la vie d’Hervé

Mam’zelle Nitouche, vaudeville-opérette en trois actes et quatre tableaux, est parsemé d’éléments autobiographiques. Le livret d’Henri Meilhac et Albert Millaud met en scène l’organiste d’un couvent qui devient, à la nuit tombée, un homme de théâtre présentant ses œuvres légères. Or, au début de sa carrière et pendant une dizaine d’années, Hervé, organiste de Bicêtre puis de Saint-Eustache le jour, occupait ses soirées à représenter ses spectacles tout en les mettant en scène et chantant lui-même. Mais il ne menait plus cette double-vie dès la seconde moitié des années 1860 où ses grandes opérettes furent créées (Les chevaliers de la Table ronde, L’Oeil crevé, Chilpéric, Le Petit Faust). A sa création en janvier 1883, Mam’zelle Nitouche était intitulée « comédie-vaudeville », accordant l’importance première à l’action théâtrale, l’œuvre étant spécialement conçue pour Anna Judic, vedette du Théâtre des Variétés.

Une Tosca bien saignante…

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En fin renard toujours à la recherche d’histoires dramatiques reposant sur autant de destins contrariés, Giacomo Puccini a immédiatement été séduit par la pièce éponyme de Victorien Sardou. Le compositeur a pressenti dans ce sujet une magnifique occasion d’exploiter son talent naturel à décrire les passions humaines, et ainsi de faire briller sa veine unique qui s’inscrit dans le sillon du vérisme tout en le patinant d’un lyrisme généreux et vigoureux. L’œuvre repose sur un livret aux ressorts dramatiques accusés et sur trois personnages centraux au caractère assurément très fort, qui présentent chacun quelques failles permettant de leur dresser un profil psychologique des plus consistants. L’échec de la création de l’œuvre en 1900 a rapidement été oublié, de sorte que cet opéra figure parmi les incontournables du répertoire.

Une Cendrillon de… Pauline Viardot

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Pauline Viardot, la fille du ténor Manuel Garcia et la sœur de Maria Malibran, doit sa renommée à sa voix somptueuse de mezzo-contralto qui l’amena à créer la Fidès du Prophète de Meyerbeer, la Sapho de Gounod, l’oratorio Marie-Magdeleine de Massenet et la Rhapsodie pour contralto de Brahms. Mais sait-on qu’elle consacra une partie de sa carrière à la composition de romances et d’opéras-comiques sur des livrets de son ami intime Ivan Tourgueniev ? A l’âge de quatre-vingt-trois ans, elle élabora elle-même le texte et la musique pour une Cendrillon en trois tableaux qui fut créée à Paris, dans les salons de Mme Mathilde de Nogueiras, le 23 avril 1904.

Joyce DiDonato à Liège: le “best-of” d’une diva incontournable

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C’est un accueil digne de celui d’une rock-star qu’a réservé le public de l’Opéra Royal de Liège à Joyce DiDonato hier soir. On ne présente plus la “diva yankee” à la voix souple et au charisme unique. Originaire du Kansas, la mezzo-soprano s’est forgé une carrière internationale dans les salles les plus prestigieuses depuis ses débuts à l’Opéra Bastille dans le rôle de Rosina du Barbier de Séville de Rossini en 2002.

A la Scala, une création mal comprise du public

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Une vieille femme est à la fenêtre et marmonne quelques bribes d’une poésie en anglais ; puis, rapidement,  le décor change pour nous faire voir une masure grisâtre, flanquée de deux autres maisons, contre laquelle sont appuyées deux citernes ; à l’avant-scène, un fauteuil roulant recouvert d’un drap. Telle est la première image que nous livre la production de Pierre Audi pour Fin de partie, l’unique opéra de György Kurtag, dont la Scala de Milan vient d’assurer la création mondiale en date du 15 novembre 2018.

Durant plusieurs décennies, le musicien a songé à composer un opéra ; mais tout aussi régulièrement, il a laissé  de côté son projet, en essayant de traiter des structures plus restreintes comme le cycle de mélodies, d’où Kafka-Fragmente pour soprano et violon (1985-87) et Hölderlin-Gesänge pour baryton et instruments (1993-97) ; et c’est pour grand orchestre qu’il a élaboré Stele en 1994 et Üzenetek (Messages) entre 1991 et 1996.

Simon Boccanegra à Paris : Ordalie ou Tragédie antique ?

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La mise en scène de Calixte Bieito a fait l’objet d’un éreintement quasi général à coup de jeux de mots faciles, d’anathèmes, de détails glauques et d’accusation de retour au Regietheater. Si cela en dit long sur la paresse intellectuelle de certains commentateurs, rien ou presque n’a été formulé de l’impact du travail scénique sur le plus verdien et le plus énigmatique des opéras de Verdi : ce Simon Boccanegra que le composteur a écrit pour cinq voix masculines et remanié à vingt quatre ans de distance. Indéniablement, en provoquant sans cesse le dégoût ou l’effroi, les images et jeux de scène irritent. C’est le but recherché !