La culture flamande mise à la diète
La Communauté flamande supprime à partir de 2027 l’intégralité de son soutien au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Une décision qui s’inscrit dans un plan d’économies de 47 millions d’euros sur la culture.
C’est un nouveau coup dur pour Bozar. Le gouvernement flamand a annoncé ce 1er octobre la suppression, dès 2027, des quelque 760 000 euros annuels qu’il accordait à l’institution bruxelloise. Motif avancé : la Flandre ne souhaite plus subventionner une institution fédérale. Ces moyens finançaient pourtant une part visible de la programmation consacrée aux artistes flamands.
Le montant ne pèse certes qu’un peu moins de 2 % d’un budget total d’environ 38 millions d’euros, mais il s’ajoute à une série de retraits : la subvention de la fwb (220 000 euros) supprimée depuis 2022, celle des Affaires étrangères (600 000 euros) retirée il y a trois semaines, une subvention régionale bruxelloise ramenée à 150 000 euros. Le manque à gagner annuel cumulé dépasse désormais 1,5 million d’euros, alors que le budget artistique a déjà été amputé de 1,9 million entre 2019 et 2026. Le directeur général Christophe Slagmuylder rappelle que la dotation fédérale — 52 % des recettes — ne couvre même pas le personnel et le fonctionnement : « Je ne sais pas comment nous pourrons continuer à offrir le même niveau de qualité. » Il juge « inacceptable » une décision prise « sans concertation préalable » et parle d’un signal « très, très alarmant pour la culture en général ».
Le cas Bozar n’est qu’une ligne d’un plan plus large présenté par la ministre flamande de la Culture Caroline Gennez (Vooruit) : 47 millions d’euros d’économies pour 2027. La logique est assumée — concentrer les moyens sur les grandes institutions et les grands fonds (Literatuur Vlaanderen notamment), et faire porter l’effort sur l’échelon local et régional, au nom de la lutte contre « les doublons et la fragmentation ». Les musées d’intérêt supralocal perdent 30 % de leur financement flamand (Mayer van den Bergh à Anvers, Huis van Alijn à Gand, Musée du Jouet de Malines, Musée du Genièvre de Hasselt), les archives 50 % (le Letterenhuis d’Anvers, mémoire de la littérature flamande, ou le KADOC, centre de documentation et de recherche sur la religion, la culture et la société de la KU Leuven), les bibliothèques patrimoniales et les musées archéologiques provinciaux la totalité. L’éducation socioculturelle des adultes recule de 7,3 %, tandis que le secteur jeunesse est épargné. Hors du portefeuille culturel, Screen Flanders disparaît lui aussi au 1er janvier : ce fonds économique, qui relève de l’Économie mais est géré par le Fonds audiovisuel flamand (VAF), soutient les films et séries, flamands comme étrangers, en contrepartie de dépenses de production réalisées en Flandre.
La pratique amateur n’est pas davantage préservée — en particulier les harmonies, fanfares et brass bands, socle historique de la vie musicale flamande. Les neuf organisations faîtières des arts amateurs, qui encadrent un secteur revendiquant plus de deux millions de participants, voient leurs subventions réduites de 5,8 % pour la période 2027-2031, après une première annonce, en février, d’une coupe de 13,5 %. VLAMO, la fédération de la musique amateur, perd 8 % de sa subvention de fonctionnement, ramenée à 1,72 million d’euros à partir de 2027 ; ce sont l’accompagnement des orchestres, les stages et le soutien artistique aux sociétés locales qui sont en jeu. Au printemps, les neuf organisations — dont VLAMO, Koor&Stem pour le chant choral et Muziekmozaïek pour le folk et le jazz — avaient lancé une lettre ouverte adressée à la ministre, « Geen besparing op passie voor kunsten » (« Pas d’économies sur la passion des arts »), signée par plus de 10 000 personnes en un mois. La mobilisation avait trouvé un écho jusque dans la majorité, des députés N-VA et CD&V s’inquiétant publiquement de l’effet des coupes sur les quelque 10 000 sociétés de musique, chorales, troupes et écoles de danse concernées. La réduction finalement retenue est moins lourde que prévu, mais le secteur redoute désormais, selon les organisations représentatives, une nouvelle ponction de 10 %.
Au-delà des montants, le message est double : un recentrage flamand sur ses propres institutions phares, et un désengagement simultané vers le haut — les structures fédérales installées à Bruxelles — comme vers le bas — le tissu local, patrimonial et amateur — au moment même où Bozar voit s’éroder, un à un, tous ses financements complémentaires.
Reste la méthode, celle de la râpe à fromage, et l’argument qui l’habille. Le statut fédéral de Bozar n’a rien de neuf : il n’a jamais empêché la Flandre de le soutenir, y compris sous la précédente législature, lorsque la Culture relevait déjà d’un ministre N-VA. Aucune évaluation crédible ne vient étayer le revirement ; le motif institutionnel ressemble surtout à un prétexte commode pour dégager des moyens. Et il élude la seule question qui vaille : celle de la place qu’un centre artistique international, au cœur de la capitale de l’Europe, offre naturellement aux orchestres, ensembles et artistes flamands. Bozar n’avait pourtant pas ménagé sa peine envers les artistes flamands : de Permeke (2012) à Brusselmans (2026), en passant par Borremans, Raveel et De Bruyckere, les grandes monographies d’artistes belges ont majoritairement été flamandes.
Triste ironie, la ministre Gennez saluait encore, dans sa préface au catalogue Brusselmans, l’action de Bozar pour le rayonnement des artistes flamands, avant d’annuler sa venue au vernissage et d’annoncer les coupes dans la foulée. On notera la démarche particulièrement cavalière....