Le clavecin a perdu un ingénieux partenaire

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À la fin des années '50, l'Américain Wolfgang Zuckermann, technicien et facteur de clavecins autodidacte, est débordé d'appels de ses clients pour l'entretien de leurs instruments.
Conscient que la mécanique du clavecin suscite autant d'inquiétudes qu'un chien capricieux, Zuckermann (The Modern Harpsichord, 1969) se dit que la seule façon de dépasser la peur que suscite son entretien est d'en apprivoiser soi-même la fabrication.
Sitôt dit, sitôt fait ! Il conçoit une solution ingénieuse et met en vente un "kit" peu coûteux, communément appelé Z-Box et contenant un clavier, des cordes, des plectrums, des vérins et des chevilles de réglage. Voilà pour la mécanique, il n'y aura plus qu'à choisir le bois.
Lycéens, retraités, acteurs, avocats, religieuses, organistes, médecins,... ils sont des milliers dans le monde entier à s'être procuré la petite merveille de Wolfgang Zuckermann et à retourner au clavecin pour le répertoire qui lui est dédié plutôt que de se "contenter" du piano.
Un gardien de prison nous a écrit un jour qu'un condamné avait fabriqué un clavecin pendant qu'il purgeait sa peine pour meurtre, a raconté M. Zuckermann.

Et ses kits n'ont pas compté pour rien au cœur dans la renaissance, après la guerre, de l'instrument à clavier baroque par excellence, largement utilisé en Europe avant d'être progressivement remplacé par le piano au 18e siècle.

Wolfgang Zuckermann était au clavecin un peu ce que Charles Lindbergh à l'aviation
, affirme le luthier français Marc Ducornet qui travaillait avec lui.

Wolfgang Zuckermann s'était installé en France dans les années '90.
Il est décédé à l'âge de 96 ans, le 31 octobre dernier, à son domicile d'Avignon.

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