"El Sistema" remis en cause

par

Dans un livre à paraître le 28 novembre aux Presses Universaitaires d'Oxford, "El Sistema : Orchastrating Venezuela’s Youth" le musicologue britannique Geoff Baker, docteur en musicologie et membre du département de musique de l’Université de Londres, remet en cause l’image d’un « miracle El Sistema » et dénonce au contraire un « modèle de tyrannie.
Selon les idéaux de son fondateur au Venezuela, José Antonio Abreu, "El Systema" offre à des milliers de jeunes issus de milieux défavorisés une formation à la musique. "La musique pour adoucir les mœurs, pour effacer les différences, pour extraire une certaine jeunesse du cercle vicieux dans lequel elle évolue et ainsi 'avoir un avenir social digne' (J-A Abreu). Fondé en 1975, la réussite et la popularité d'"El Systema" ont contribué à la multiplication d’initiatives similaires à travers le monde et l'orchestre fondé au départ de la réalisation éducative "l'Orchestre Simon Bolivar" est dirigé depuis le début par Gustavo Dudamel.
Tout ne semble pourtant pas rose au pays d’El Sistema ? Dans son ouvrage, le musicologue britannique relate son investigation au Venezuela, et dénonce un système qui « oublie les enfants les plus démunis ». Plus encore, l’auteur s’attaque à la figure-même du fondateur d’El Sistema : l’économiste et politicien José-Antonio Abreu, qui serait comparé dans son pays natal à Machiavel et surnommé « L’ogre philanthrope ». « J’ai rencontré de nombreux musiciens d’El Sistema qui ne sont pas convaincus que le projet soit destiné aux enfants vulnérable ; la plupart des musiciens viendraient des classes moyennes » confie le musicologue au quotidien "The Guardian". Loin d’être le projet révolutionnaire décrit, le musicologue pointe du doigt un modèle éducatif comparable à celui connu en Europe au XIXe siècle « où l’éducation musicale a été promue dans un objectif général d’enrichissement moral et financier, un moyen d’éloigner les travailleurs des tavernes, d’accroître leur productivité et de diminuer leur potentiel révolutionnaire ».El Sistema reposerait sur les mêmes fondations : « la discipline, l’obéissance et l’ordre ». Geoff Baker s’inquiète de l’exportation d’un modèle éducatif qui, selon un musicien vénézuélien, consiste à « crier sur les enfants et leur dire qu’ils sont inutiles ».

Les commentaires sont clos.