"Les Danaïdes" d’Antonio Salieri, 240 ans

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Les Danaïdes est un opéra en cinq actes : plus précisément, c'est une tragédie lyrique, créée en 1784 à Paris.
L'œuvre est conçue sur un livret de François-Louis Gand Le Bland Du Roullet et Louis-Théodore de Tschudi, adaptée (sans autorisation) de l’ "Ipermestra" de Ranieri de Calzabigi. À l'origine, Calzabigi avait écrit le livret des Danaïdes pour Christoph Willibald Gluck mais le compositeur, après un AVC, fut incapable de répondre à la demande de l'Opéra et offrit à Salieri de reprendre la composition.
Le succès des Danaïdes établit définitivement la réputation de Salieri.

L'intrigue de l'opéra est basée sur "Les Suppliantes", tragédie grecque d'Eschyle, et s'articule autour des actions des personnages mythologiques de Danaos et Hypermnestre.

L’Empereur Joseph II s'assura que Salieri avait écrit la musique "presque sous la dictée de Gluck", dans une lettre datée du 31 mars 1783, pour le Comte de Mercy-Argenteau, Ambassadeur d'Autriche à Paris. Puis Mercy communiqua à l'administration de l'Opéra que Gluck avait composé les deux premiers actes, et Salieri fournit le troisième acte de la musique (Mercy ne savait pas que l'opéra était en cinq actes). Lorsque le livret fut publié, Gluck et Salieri partagèrent la facturation comme compositeurs.

Bien que flatté, Gluck n'était pas assez fou pour risquer de trop près une association avec le travail du jeune Salieri et, diplomatiquement, informa la presse : "La musique des Danaïdes est complètement de Salieri, ma seule part a été de faire des suggestions, qu'il a acceptées". Gluck, qui avait été dévasté par l'échec de son dernier opéra parisien, Écho et Narcisse (1779), s'inquiétait du fait que Les Danaïdes pouvait subir le même sort. Il écrivit à Roullet le même jour que l'opéra avait été créé en créditant Salieri de l'ensemble de l'œuvre et la presse prit note de cet aveu. Salieri fit un retour positif sur la déclaration de Gluck, affirmant qu'il l’avait "écrite entièrement sous sa direction, conduit par ses lumières et éclairé par son génie".

L'opéra fut joué la première fois à l'Académie Royale de Musique (Opéra de Paris), le 26 avril 1784 et fut un si grand succès à l'époque, que le théâtre se pressa de commander deux autres œuvres à Salieri. Par la suite, l'opéra eut un total de 127 représentations jusqu'à 1828 à l'Opéra de Paris.
Peu après la création, le livret fut traduit en allemand, danois et russe. Ainsi, il existe pas moins de quatre versions différentes, dont une réduite à quatre actes au lieu des cinq habituels, traduite en allemand et remaniée par le poète Franz Xaver Huber pour le même Salieri. Le 22 octobre 1817, en particulier, la quatrième version de l'opéra fut réalisée par Gaspare Spontini pour l'Académie Royale de Musique, Salle Montansier de la rue Richelieu, avec l'ajout d'une "Gran Bacchanale", écrite par lui-même et par Louis-Luc Loiseau de Persuis, Henri-François Berton et Ferdinando Paër.

 

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