Echos de Bohème : musique tchèque pour vents

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Echoes of Bohemia Czech Music for Wind. Pavel Haas (1899-1944): Quintette, Op.10 ; Antoine Reicha (1770-1836) : Quintette, Op.88 n°2 ; Leoš Janáček (1854-1928) :  Mládí JW VII/10 ; Bohuslav Martinů (1890-1959) : Sextet, H 174. Orsino Ensemble, Peter Sparks, clarinette basse ; Llinos Owen, basson ; James Baillieu, piano. 2022. Livret en : anglais, allemand et français. 74’55’’ Chandos. CHSA 5348.

Il y a 2 ans, l’Ensemble Orsino, excellent quintette à vents basé au Royaume-Uni, nous avait comblé avec un programme consacré à des œuvres de musique française pour vents. On est heureux de retrouver les musiciens pour un panorama intelligent de la musique tchèque.  Le livret insiste avec justesse sur la perspective historique de cette école tchèque des vents, qui fit la notoriété musicale de ces contrées et l'admiration des compositeurs de passage. L’excellence de cette école se poursuit et le label pragois Supraphon nous propose régulièrement des parutions qui mettent à l’honneur de jeunes virtuoses. 

Revenons à cet album et à un parcours qui commence historiquement avec Antoine Reicha et son Quintette, Op.88 n°2, l’une des 24 œuvres que le prolifique compositeur consacra à ce type de formation instrumentale. Comme souvent avec Reicha, la qualité d’écriture supplante la pure inspiration : la musique est fine et équilibrée et elle demande aux instrumentistes de soutenir un discours qui peut être académique quand l'esprit se fait trop littéral. Pas d’ennui avec les artistes de l’Ensemble Orsino qui se plaisent à rivaliser de nuances et de timbres fruités et qui font passer les vingt-huit minutes de cette partition comme une partie de plaisirs et d’échanges musicaux. 

On saute les frontières du temps avec deux œuvres qui peuvent s’envisager comme un miroir :  le sextuor Mládí (Jeunesse) de Leoš Janáček et le Quintette, Op.10 de  Pavel Haas.  Mládí  est l’un des étalons du répertoire pour ensembles de chambre à vents, et la partition, pourtant composée par un Janáček âgé, dégage une force primesautière et communicative, mettant les timbres à nus dans une sorte de danse énergique brute. A l’inverse le Quintette de Pavel Haas se fait plus vénéneux et ensorcelant par une finesse de trait et une puissance dynamique des contrastes. Ce compositeur, assassiné par les nazis, témoigne ici de la force d’un génie créatif unique. L’Ensemble Orsino est à son aise autant dans la radiographie pointilliste instrumentale de Haas que dans la virtuosité de Janáček.

Enfin, la pièce de résistance conclusive revient au Sextet de Bohuslav Martinů, pour lequel les cinq artistes de l’Ensemble Orsino sont renforcés de 3 confrères (Peter Sparks, clarinette basse ; Llinos Owen, basson et James Baillieu, piano). D’un peu plus d’un quart d’heure, cette partition dégage une énergie communicative, syncopée, jazzy mais caractéristique du brio de l'écriture du compositeur dans les textures et les alliages de timbre. 

Dans son ensemble, cet album superbement enregistré, est une réussite à saluer et montre l’excellence de l’Ensemble Orsino.  

Son : 10 – Livret : 10 – Répertoire : 9 – Interprétation : 10 

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