El Sistema Liège : l’art musical devient une école de vie sociale

par
SYSTEMA

La Salle Philharmonique de Liège peuplée de familles de toutes origines, de bébés qui pleurent et de grands-parents qui s’endorment… Pourquoi cette vision nous semble-t-elle si extraordinaire ? C’est alors qu’on prend en pleine figure cette réalité : en temps normal, la musique classique n’est effectivement pas aussi accessible qu’on aimerait qu’elle soit, sinon cette situation nous semblerait parfaitement banale. Heureusement, naissent de plus en plus d’initiatives donnant lieu à des concerts tels que celui-ci. Sur scène, une petite violoniste en herbe compte attentivement les 12 coups de minuit qui ouvrent la Danse Macabre de Saint-Saëns. Certains ont l’archet plus timide, d’autres cherchent le regard de leurs parents dans le public. Quoi qu’il en soit, tout le monde semble incontestablement impliqué et fier d’être là.
Si 185 enfants âgés de 6 à 12 ans se sont retrouvés sur scène ce samedi 3 juin, c’est grâce à l’asbl ReMuA (Réseau de Musiciens-intervenants en Ateliers) et sa collaboration avec l’OPRL. Inspiré du célèbre « El Sistema » fondé il y a 40 ans par Jose-Antonio Abreu au Vénézuela, ce projet vise à offrir un enseignement musical entièrement gratuit aux élèves d’écoles et d’associations de quartier liégeoises depuis octobre 2015 – gratuité totale qui est rendue possible avec le soutien de la ville de Liège et la Fondation BNP Paribas Fortis.
Les 130 enfants membres du chœur ont bénéficié de 2h par semaine de pratique vocale avec des intervenants de ReMuA depuis deux ans (ou un an pour ceux qui rejoignent les rangs pour la première fois). Quant aux 55 petits instrumentistes, ils pratiquent la musique en groupe, sur instruments de prêt, jusqu’à cinq heures par semaine : une heure consacrée aux compétences générales (chant, lecture, rythme…), deux heures de technique instrumentale et deux heures d’orchestre. A leurs côtés sur scène, des musiciens de l’OPRL les accompagnent aimablement. Pour coordonner ce joyeux ensemble, Nick Hayes tient la baguette, ainsi qu’un chef supplémentaire pour le chœur et une dizaine d’intervenants de l’asbl éparpillés pour soutenir chaque pupitre. Les interventions des enfants dans l’orchestre (flûtes, trombones, clarinettes, violons et violoncelles) se limitent souvent à quelques notes fondues dans le tout. Mais chaque participation est exécutée avec passion.
Si quelquefois on remarque un archet mal tenu, un petit chanteur qui force sur sa voix, ou un canard qui résonne chez les clarinettes, on se rappelle que ces petits jouent depuis peu de temps. Même avant d’avoir acquis une excellente technique, l’enseignement qui leur est offert via la pratique musicale collective est précieux. Au-delà des capacités strictement musicales, jouer ou chanter dans un orchestre ou un chœur de quartier dès le plus jeune âge permet de développer l’écoute, l’attention et la persévérance — être un citoyen responsable, porté vers la réussite de toute la communauté. Les cours d’instrument sont d’ailleurs dispensés en collectif (maximum 10 élèves) plutôt qu’en individuel. Quels que soient les différents que certains pédagogues expriment face à cette approche, il est indéniable que ces cours atteignent ceux qui ne pousseraient pas spontanément les portes d’une académie ou une salle de concert. Les parents aussi bien que leurs enfants s’ouvrent à un nouveau monde culturel et se responsabilisent ensemble face à la rigueur que demande l’apprentissage d’un instrument. Aigri serait celui qui critique une si noble cause !

Qu’en dit Sarah Goldfarb, fondatrice de l'ASBL: « Je suis sortie du Conservatoire avec un 1er prix et une grande question : “et maintenant ?” J'ai trouvé quelques réponses en Grande-Bretagne où j’ai séjourné dix ans et où la diffusion de la culture pour tous est un must. De retour en Belgique depuis 1999, je continue à tenter de donner un sens à notre métier de musiciens de tradition “classique” dans un monde où cette musique interpelle moins de 2 % de la population. Une réponse est certaine : la création artistique fédère, rassemble, enthousiasme, élève et exalte. Elle est aujourd’hui plus que jamais, dans notre monde en mutation, une nécessité. C’est un rôle que les artistes se doivent aujourd’hui d’assumer s’ils veulent participer activement à notre société. »
Aline Giaux, Reporter de l’IMEP

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