Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

Un drone satanique : Der Freischütz à Strasbourg

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Une première sans doute à l’opéra : un drone y a un rôle à jouer. Et cela dans « Der Freischütz », un opéra romantique allemand créé en 1821 !

De quoi s’agit-il ? C’est l’histoire de Max, un jeune homme qui, s’il ne remporte pas un concours de tir, risque à la fois de perdre une promotion enviable – devenir le garde-chasse du Prince – et la main d’Agathe, la fille du garde-chasse en place, qui « fait valoir ses droits à la retraite ». Inquiétude : lors d’un concours préparatoire, le pauvre Max a eu la main tremblante et s’est même fait battre par un simple paysan. Mais voilà que surgit son ami Kaspar, un forestier, aux abois : il a vendu son âme au diabolique Samiel. Une solution pour lui, trouver un « remplaçant ». Ce sera Max. Dans la terrible Gorge-au-Loup, Kaspar lui prépare sept balles magiques. Ce que Max ignore, c’est que la septième sera guidée par Samiel. Il l’emploie pour tirer sur une colombe, Agathe s’écroule… Morte ? Miraculeusement non. Un moine survenant fort à propos a détourné le projectile, qui a abattu Kaspar. Tout est bien qui finit bien ? Presque. Le Prince accorde Agathe à Max, mais avec un sursis d’un an.

Voilà qui justifie – avec les développements de sa partition évidemment - que l’on considère cet opéra de von Weber comme l’un des premiers opéras romantiques allemands.

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Depuis vingt ans, depuis la production de Liliana Cavani présentée en juin 1998 sous la direction de Riccardo Muti, Manon Lescaut de Puccini n’a pas été reprise à la Scala de Milan. Aujourd’hui, David Pountney en présente une nouvelle mise en scène dans des décors de Leslie Travers, des costumes de Marie-Jeanne Lecca, des lumières de Fabrice Kebour.

L’action est transposée à la fin du XIXe siècle, au moment où le compositeur écrivait son troisième ouvrage. Selon David Pountney, « il n’est plus possible de considérer l’histoire de Manon Lescaut comme l’aurait fait un spectateur voyeur du XVIIIe siècle ; mais Puccini se montre capable de transcender la bulle temporelle de ses propres perceptions, en nous laissant une œuvre qui permet d’explorer une variété de significations sociales et sexuelles qui vont bien au-delà de ce que ses créateurs auraient pu imaginer ».  Donc la trame se déroule dans une gare de chemin de fer début XXe, style Orsay ou Gare du Nord, avec une passerelle métallique surplombant un bar-buvette et un quai jouxtant les voies d’entrée de trains surpeuplés. Accompagnée de quatre petites filles modèles à canotier enrubanné, symbole de son innocence rapidement culbutée par le plaisir, la pauvre Manon est en proie à la cupidité des hommes, tous vêtus de blanc, arborant feutre mou et œillet rouge comme l’étudiant Edmondo, gilet brodé comme Lescaut, houppelande comme Des Grieux, manteau à col de zibeline et canne à pommeau d’argent comme Géronte de Ravoir. Toute cette société corrompue va ensuite se retrouver  dans les wagons capitonnés d’un Orient-Express qui accueille, au passage, un ‘musico’ et deux ou trois pastourelles échappés du Siècle des Lumières, faisant face à l’héroïne vêtue de satin rouge, tombée au rang de la poule de luxe mais trônant sur un fauteuil d’apparat dérobé à un potentat oriental. Le Port du Havre voit un convoi à bestiaux avec lucarnes, où l’on a entassé les prostituées, finir sa course contre un paquebot armé dont le départ sera ridiculement salué par la foule comme dans un finale de Show Boat. Et comment croire que le dernier tableau peut se passer dans une station ferroviaire désaffectée, dévorée par les dunes de sable, ne contenant plus qu’un chariot où se consume la malheureuse, que son chevalier s’empressera d’abandonner, une fois le dernier soupir rendu ! Et si au moins une once de passion avait pu habiter ce décor léché, ces costumes magnifiques, ces éclairages fascinants !

Les finalistes du Concours International d’Art Lyrique de Namur

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A l’issue des deux premières journées, le jury du Concours International d’Art Lyrique de Namur (CIALN) a désigné 10 finalistes (dont 2 Belges) qui prendront part à l’épreuve finale, ce vendredi,  dans la Salle de Concert de l’IMEP.

L’occasion ici de faire plus ample connaissance avec ces dix personnalités et de savoir déjà ce qu’elles donneront à entendre (air choisi par le jury dans le répertoire proposé).

Le Festival Beethoven 2019 à Varsovie

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Le printemps à Varsovie est marqué par le festival Beethoven. Créé et dirigé par Elżbieta Penderecka, ce festival ne cesse de nous ravir. Invitant des artistes et des orchestres du monde entier : cette année, le public pouvait ainsi écouter des phalanges d’Espagne, de Corée du Sud, d’Italie, de Finlande, d’Allemagne, de Suisse et aussi les grands orchestres polonais. Le festival est une fenêtre sur le monde, formidable ouverture où l’on croise du public et des professionnels venus de la planète entière, saine attitude à une époque qui voit les esprits et les frontières se fermer. En l’espace d’un week-end, on pouvait avoir un aperçu de cette marque de fabrique unique et enthousiaste.

Le concert avec Susanna Mälkki et son Philharmonique d’Helsinki était des plus attendus. Venant en clôture d’une tournée européenne qui les a emmenés en Allemagne, Autriche, Pays-Bas et Pologne, l’orchestre et sa cheffe présentaient un programme de démonstration qui commençait par un inévitable Sibelius : mais avec l’un de ses poèmes symphoniques les moins usités : En Saga. Susanna Mälkki imprimait une marque intéressante en se concentrant sur une lecture plus orchestrale que narrative qui mettait en avant les masses instrumentales et la force de l’orchestration sibelienne. Violoniste inclassable, Pekka Kuusisto, ne pouvait pas livrer une lecture conformiste du célèbre Concerto pour violon de Tchaïkovski. Dès l’entrée du violon, le violoniste nous emmenait dans son monde musical, prenant le contre-pied du spectaculaire pour livrer une lecture ultra-narrative et même plutôt chambriste et lumineuse, comme si le musicien cherchait les lumières de lac Léman sur les rives duquel l’oeuvre fut composée. L’entente avec l’orchestre et sa cheffe était parfaite, même si le manque de projection du violoniste pénalisait certains passages. En bis, comme de coutume, Pekka Kuusisto sortait encore des sentiers battus avec une chanson populaire suédoise qui voyait l’instrumentiste jouer et siffler.

L'éloquence de l’Amatis Piano Trio

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Chaque année depuis 1995, l’European Concert Hall Organisation (ECHO), qui regroupe 21 des plus grandes salles de concert d’Europe, met en valeur quelques solistes ou groupes de musique de chambre particulièrement prometteurs choisis par ses membres. C’est le projet « Rising Stars », qui a ainsi déjà bénéficié à Lorenzo Gatto, Jakob Koranyi, Khatia Buniatishvili, Edgar Moreau, au Quatuor Modigliani, …

L’Amatis Trio, formation internationale fondée en 2014 par Lea Hausmann, Samuel Shepherd et Mengjie Han et déjà récompensée par plusieurs prix à des concours prestigieux, a été sélectionné pour la saison 2018-2019 par l’Elbphilharmonie de Hambourg, le Konzerthaus de Dortmund, la Philharmonie de Cologne et le Festspielhaus de Baden-Baden.

Un bouleversant Deutsches Requiem   

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Au cours de chaque saison, l’Agence Caecilia intercale plusieurs concerts exceptionnels dans sa série ‘Les Grands Interprètes’. Et c’est bien le mot ‘exceptionnel’ qu’il faut utiliser pour qualifier la remarquable exécution d’Ein deutsches Requiem op.45 de Brahms, donnée le 12 avril au Victoria Hall de Genève par le MDR Rundfunkchor et le Sinfonieorchester Basel sous la direction de Marek Janowski.

En premier lieu, le Chœur de la Mitteldeutschen Rundfunk, établi à Leipzig, est l’un des plus importants de la Société de radiodiffusion allemande ARD et a pour directeur artistique actuel le chef estonien Risto Joost ; et la qualité indéniable de chacun des registres contribue à une cohésion parfaite, ce qui lui octroie une palette de nuances expressives d’une rare richesse.

La Forza del Destino à Londres : gloire à Verdi

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Aucune production n’a sans doute été autant attendue et déjà commentée que La Forza del destino de Verdi programmée par le Royal Opera House de Londres,où l’oeuvre n’avait plus été à l’affiche depuis 2004. Pas pour la mise en scène de Christof Loy dont le public londonien connait le style et déjà présentée à Amsterdam en 2017, mais pour la distribution réunissant Anna Netrebko, Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier, malheureusement pas dans les dix spectacles de la série. Trois grands noms mais aussi et surtout trois artistes qui savent comment on chante Verdi et disposent du matériel vocal nécessaire et le style pour rendre justice à cette partition impressionnante et exigeante, dramatique et haute en couleur, parfaitement maîtrisée par Antonio Pappano et l’excellent orchestre du Royal Opera.

Zauberland

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Il est toujours difficile d’écrire une œuvre « engagée ». Savoir ajuster les équilibres, créer l’émotion là où on ne l’attend pas, gérer le pathos en orfèvre. Zauberland (Le Pays Enchanté) est de ces spectacles qui veut tout dire de notre monde, de notre époque.  

Deux bouquets de fleurs ceignent un espace presque vide, comme un symbole délavé d’une beauté déchue et éternelle. Seul un piano côté jardin se pose en figure hiératique, simplement éclairé par deux rangs de lumières tamisées. L’idée de Zauberland peut paraître délicate, mais elle se tient par sa cohérence : mettre en regard les Dichterliebe de Schumann comme étant un des symboles de la « beauté » de l’art occidental, en regard de la tragédie des migrants syriens, illustrée par une création en miroir signée Bernard Foccroulle, Martin Crimp, le tout mis en scène par Katie Mitchell.

Evviva il bel canto : Anna Bolena à Liège

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Anna Bolena m’est apparue essentiellement comme une exaltation du beau chant, du bel canto ; tout y contribue.

L’intrigue, le livret de Felice Romani, est tragique : il nous raconte comment Anna Bolena – Ann Boleyn -, la seconde épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre, va être éliminée pour faire place « à la suivante », Giovanna Seymour - on se rappellera que ce roi insatiable multipliera par six le nombre de ses mariages. Le royal amant va ourdir un stratagème impitoyable : faire revenir d’exil Riccardo Percy, lui-même épris de la reine, et les prendre tous deux au piège de l’adultère. Ajoutons-y, pour que l’engrenage tragique fonctionne bien, Smeton, un petit page amoureux, et Lord Rochefort, le frère d’Anna. Voilà de quoi émouvoir les cœurs sensibles.

 À Genève, un Chamber Orchestra of Europe mi-figue mi-raisin

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Pour la première fois, le Chamber Orchestra of Europe est l’invité du Service Culturel Migros pour deux concerts à Genève et à Zürich. La formation a été créée en 1981 par d’anciens membres de l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne. L’un d’eux déclare : « C’est comme un bus qui n’aurait que des sièges de chauffeur sans avoir de place pour les passagers ».

Et cela s’entend dans les tutti du Troisième Concerto pour violon et orchestre en sol majeur K.216 de Mozart, tant les hautbois, flûtes et cors par deux s’en donnent à cœur joie dans un continuel ‘forte’ qui alourdit le canevas, tandis que Leonidas Kavakos, relevant de maladie, semble-t-il, produit un son émacié qui s’épanouira quelque peu dans la première ‘cadenza’. Une fois de plus, il faut soulever le problème du soliste à double casquette, voulant diriger tout en jouant ; et une fois de plus, le résultat n’est pas convaincant. Sur un soutien plus aseptisé, l’Adagio prône la noblesse de ligne dans une méditation dépourvue de souffle tragique, alors que le finale trouve un certain équilibre dans un rondeau au caractère alerte. En bis, le violoniste propose une transcription de Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tarrega où se révèle son indéniable maîtrise technique.