Scènes et Studios

Que se passe-t-il sur les scènes d’Europe ? A l’opéra, au concert, les conférences, les initiatives nouvelles.

George Li, le piano en mouvements 

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Le pianiste George Li est assurément l’un des jeunes artistes les plus intéressants du moment. Révélé au monde entier avec son Deuxième prix au Concours Tchaïkovski de Moscou en 2015, il mène depuis un parcours exemplaire que ce soit au niveau musical et artistique.  George Li fait paraître un album intitulé “Mouvements” dont la pertinence et la justesse de ton nous ont donné envie d’en savoir plus ! Le musicien répond aux questions de Crescendo Magazine.     

Notre nouvel album s'intitule « Mouvements », pourquoi ce titre ? 

Je pense qu'il y a plusieurs raisons à ce titre ! D'abord, tout le programme est construit autour du thème de la danse, et l'idée de « mouvement » est un concept clé de l'album. Dès le début, l'Arabesque donne une sensation de mouvement grâce à ses textures aquatiques, tandis que le cycle des Davidsbündlertänze est comme une riche tapisserie de différentes formes de danse, chacune représentant une humeur et un sentiment différents. L'idée de mouvement est amplifiée dans les œuvres de Ravel et de Stravinsky par le biais de valses de salon et de ballets. L'autre aspect est que je joue trois grandes danses, chacune contenant plusieurs mouvements, en particulier dans Schumann. Je pense que cette double signification est très intéressante !

Il y a tant d'œuvres liées au thème des mouvements ? Comment avez-vous sélectionné ces quatre partitions de trois compositeurs différents ?

J'ai d'abord commencé par l'idée des danses, mais j'en suis venu à ces trois compositeurs en raison des liens que j'ai trouvés dans ces œuvres. Je pense que les Davidsbündlertänze sont une œuvre incroyable de Schumann qui est très sous-estimée de nos jours. Mais je pense que les formes et les éléments cycliques de cette pièce sont très étroitement repris par Ravel dans ses Valses nobles et sentimentales. Dans les deux suites, il existe des liens motiviques et harmoniques entre les danses, et l'idée du retour des thèmes à la fin de la pièce est très puissante - elle donne à l'auditeur le sentiment d'une catharsis et d'émotions très émouvantes. Même dans la Petrushka, l'œuvre est remplie d'idées motiviques et de thèmes qui reviennent, ce qui donne à l'ensemble de l'œuvre sa structure et sa cohésion.

Vous avez écrit le texte du livret de l'album. Est-il important pour vous de pouvoir vous adresser directement au public ? 

Tout à fait ! C'était la première fois que je faisais quelque chose comme ça, et cela m'a permis de grandir et d'intérioriser les idées que j'avais sur le programme. Je pense qu'il est toujours utile et intéressant pour l'auditeur de visualiser les idées de l'artiste en coulisses, surtout en raison de la nature abstraite de la musique. Même si la musique ne peut pas être expliquée correctement par des mots, il est utile d'avoir une fenêtre sur les idées du morceau, une sorte de cadre pour mieux comprendre et ressentir/apprécier profondément la musique qui est jouée. Surtout dans un monde où les choses sont si accessibles et si vite digérées, je pense que trouver le temps de faire une pause et de réfléchir au programme a été très utile et important pour moi - j'espère que les auditeurs ressentiront la même chose !

Dans le livret, vous écrivez que la partition de Ravel (Valses nobles et sentimentales) est le lien entre les œuvres de Schumann et de Stravinsky. Pouvez-vous développer cette idée ? 

Je pense que Ravel contribue réellement à jeter un pont entre la nature introvertie de Schumann et les descriptions extraverties et vivantes du ballet et de la danse russes dans l'œuvre de Stravinsky. Tout d'abord, la musique de Schumann traite en général des émotions et des sentiments internes du compositeur - peu importe que la musique soit bruyante ou descriptive, il y a un sentiment constant d'introspection. Par exemple, les deux personnages dominants (Florestan et Eusebius) des Davidsbündlertänze sont des personnifications des deux personnalités polarisantes de Schumann. On a l'impression que la musique de Schumann est incroyablement personnelle et intime, comme si elle était écrite pour un seul public. À l'inverse, Stravinsky se situe à l'autre extrémité du spectre - chaque scène ou mouvement est d'une clarté et d'une vivacité remarquables, avec tant de références à des effets orchestraux et à des scènes de théâtre. De cette manière, je pense que Ravel contient des éléments des deux compositeurs - bien qu'il ait également de nombreuses références orchestrales et qu'il ait été écrit en pensant au ballet, il y a un élément très intime et un sentiment très similaire à celui des Davidsbündlertänze.

Cristian Măcelaru dynamise l'OPMC

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Cristian Măcelaru est de retour au pupitre de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo pour ce second concert de la série estivale des Concerts au Palais princier. Il est accompagné par la jeune violoniste María Dueñas, l’un des noms qui s’impose dans le le milieu, portée par son contrat avec   Deutsche Grammophon. 

On remarque d’emblée des qualités indéniables : fraîcheur et tempérament juvéniles, sensation naturelle et intacte, maîtrise technique de l'instrument, son noble et personnel, joie de jouer tout en sourire... Est-ce suffisant pour conquérir l'auditoire ? Le Concerto pour violon n°1  de Max Bruch est une des œuvres favorites du public.  María Dueñas  semble avoir des difficultés malgré son sourire craquant. Il fait très chaud et humide, l'archet ne tient pas la route et de nombreux passages sont troubles. 

Cristian Măcelaru  soutient la jeune soliste dans un tempo détaillé et avec une dynamique soigneusement contrôlée, mais le résultat est décevant. Le dernier mouvement "presto stretta" majestueux et virtuose qui devrait terminer en feu d'artifice est plat. L'applaudimètre ne répond que modérément.  María Dueñas  dépose son bouquet à l'arrière de la scène et les applaudissements s'arrêtent. On est privé du bis virtuose qui aurait pu rattraper la performance.

Triomphe de l’Estonian Festival Orchestra au festival de Pärnu 

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Le Festival musical de Pärnu se clôture avec deux concerts finaux. Le premier a lieu le jeudi 18 juillet et le second le vendredi 19 juillet. Paavo Järvi et l’Estonian Festival Orchestra sont accompagnés de deux prestigieux solistes. Les deux concerts commencent avec la nouvelle pièce de la compositrice estonienne Helena Tulve, Wand’ring Bark, et se clôturent avec la Troisième Symphonie Op. 56 dite « Écossaise » de Mendelssohn. Le premier soir, la violoncelliste américaine Alisa Weilerstein interprète le Concerto pour violoncelle en mi mineur Op. 85 d’Elgar. Le second soir, le pianiste américain Kirill Gerstein interprète quant à lui la Rhapsodie sur un Thème de Paganini, Op. 43 de Rachmaninov.

Le Festival musical de Pärnu met un point d’honneur à mettre l’Estonie et ses talents à l’honneur. C’est dans cette démarche que l'œuvre a été commandée par le festival à la compositrice estonienne Helena Tulve. Elle dédie sa composition à ses premiers interprètes, Paavo Järvi et l'Estonian Festival Orchestra. 

La pièce Wand’ring Bark est inspirée de la strophe centrale du 116ème sonnet de William Shakespeare. D’une durée approximative de 10 minutes, cette œuvre est mystérieuse et se compose d’une superposition de strates sonores plus ou moins importantes. De nombreux effets sont également utilisés et ce dans tous les pupitres de l’orchestre. L’orchestre réalise une excellente première version satisfaisant largement la compositrice présente dans la salle.

Lors de la première soirée, le public a le bonheur d’écouter la violoncelliste américaine Alisa Weilerstein dans le Concerto pour violoncelle en mi mineur Op. 85 d’Elgar. Composé à la fin de la Première Guerre mondiale (1918 - 1919), ce concerto n’était pas très populaire. Il faut attendre les années 60 et Jacqueline du Pré qui ajoute cette pièce à son répertoire pour qu’il gagne en notoriété. De nos jours, ce concerto est une œuvre phare du répertoire pour violoncelle. Alisa Weilerstein et l’EFO nous propose une version de grande qualité. La soliste fait preuve d’une intelligence musicale indéniable et communique à merveille avec l’orchestre. Ce dernier est mené avec précision et sensibilité par Paavo Järvi. Tous les musiciens sont pleinement investis. Tout au long des quatre mouvements, différentes atmosphères sont abordées. Les premiers accords sont joués avec gravité. Le lyrisme prend ensuite le pas dans ce premier mouvement. Dans le second mouvement la circulation du flux énergique est constante. Le troisième mouvement permet  quant à lui d’atteindre des nuances à peine audibles, ce qui crée un contraste encore plus grand quand l’orchestre se déploie pleinement. Pour finir, le dernier mouvement conclut avec brio ce concerto.

Grand concert de gala du festival musical de Pärnu

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La quatorzième édition du festival musical de Pärnu se tient en ce moment en Estonie. Ce grand évènement met en valeur la musique estonienne mais aussi les artistes estoniens. L’Estonian Festival Orchestra se trouve d’ailleurs plusieurs fois à l’affiche de la programmation. Nous revenons ici sur le concert de gala de musique de chambre ainsi que sur le concert de clôture de la classe de masterclass.

Ce mardi 16 juillet a lieu le concert de gala de musique de chambre au festival musical de Pärnu. Sur la scène du Pärnu Concert Hall, nous retrouvons des musiciens de l’Estonian Festival Orchestra. Le programme de ce concert est assez conséquent mais tout de même varié. Pas moins de 28 musiciens se produisent dans un programme allant de Smetana à Mahler. De plus, la part belle est faite aux compositeurs estoniens. 

La première partie débute avec Scala cromatica d’Arvo Pärt. Cette pièce est un trio extrêmement bref (1’45’’ à 2’) composé en 2007 pour violon, violoncelle et piano. Le début est un unisson assez calme. La partie centrale s’anime de plus en plus autour d’une descente chromatique de quatre octaves du violoncelle. Le violon et le piano ponctuent cette descente par des interventions consonantes. Le climax est atteint avant de revenir à l’unisson calme du début. Cette courte pièce fait sourire le public et lance la soirée.

Ensuite place au deuxième poème symphonique issu de Má Vlast de Bedřich Smetana : Vltava. Cette pièce est certainement la plus connue du compositeur tchèque. Nous l’entendons cependant dans une version différente. L’orchestre est ici mis de côté et est remplacé par un quintette de cordes et un piano. La première partie de l’œuvre est bien exécutée mais il manque une certaine clarté et alchimie. Il faut attendre la partie en 2/4 pour obtenir une cohérence et une direction musicale allant dans le même sens. La fin de l’œuvre est très musicale avec un climax intense et une fin grandiose. Notons les interventions d’Angie Liana à la contrebasse donnant un côté profond à cette interprétation ainsi que le rôle crucial de Kärt Ruubel  au piano qui doit remplacer toute l’harmonie.

11 accords pour 18 musiciens (enfin, 19) au Walden Festival

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Music for 18 Musicians jaillit du programme (diversifié comme la ville qui l’accueille et plus teinté jazz cette année) de la quatrième édition du Walden Festival, « klassiek sur l’herbe », au Parc Léopold de Bruxelles (et ses lieux alentours : la bibliothèque Solvay, l’Espace Senghor, le lycée Émile Jacqmain…), joliment éclairé des rayons d’un soleil qui roule des mécaniques pour évacuer les nuages lourds de la veille : en habitué de la pièce, Ictus est à la manœuvre, sous la direction artistique de Tom De Cock et Gerrit Nulens et acoquiné cette fois avec des musiciens du Brussels Philharmonic et des voix du Vlaams Radiokoor.

Achevée en mars 1976 pour un instrumentarium alors innovant dans l’œuvre de Steve Reich (violon, violoncelle, deux clarinettes / clarinettes basses, quatre voix féminines, quatre pianos, trois marimbas, deux xylophones et un métallophone), le morceau s’enroule autour de deux rythmes simultanés – la pulsation régulière (c’est la marque de fabrique du compositeur minimaliste américain) des pianos et des percussions, et la respiration humaine, propulsée par les voix et les vents – et se structure sur un cycle de onze accords, joués au début et à la fin et distendus chacun au sein d’une petite section de cinq minutes pour en former la mélodie pulsée – à la manière d’un organum de Pérotin le Grand, compositeur français du 12ème siècle et père fondateur de la musique polyphonique occidentale.

L’autre source marquante d’inspiration pour Reich, qui déborde d’ailleurs du cadre de Music for 18 Musicians, est le gamelan balinais : le métallophone, qui ne joue qu’une fois ses motifs, déclenche le mouvement vers la mesure suivante ; il indique le changement par un signal audible qui, en même temps, prend part à la musique.

Jouée partout dans le monde (je l’ai vue pour la première fois aux mains de l’Ensemble Modern et de Steve Reich, alors âgé de 74 ans, à la Cité de la Musique de Paris), enregistrée sur disque par de multiples interprètes, l’œuvre est devenue un tube de la musique répétitive – un courant né lors de la création en 1964, à laquelle Reich participe, de In C, l’étrange partition (une page, un nombre indéfini de musiciens) de Terry Riley.

Une révolution au Festival International de Colmar

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Le 12 juillet 2024 est une date à marquer d’une pierre blanche. Pour la toute première fois, les Percussions de Strasbourg se sont produites lors du Festival International de Colmar. En 62 ans d’existence pour l’ensemble et 45 ans pour le festival, il est étonnant que ce jour ne soit pas arrivé plus tôt. 

Cette journée s’est ouverte à 12h30 avec un concert proposé par deux jeunes musiciens du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), Federico Altare à la flûte et Martin Jaspard au piano. Pour l’occasion, les deux musiciens ont construit un récital basé sur des figures importantes du CNSMDP. Très à l’aise dans leur rapport au public et proposant des explications bien senties, Federico Altare et Martin Jaspard ont débuté avec la Fantaisie en mi mineur pour flûte et piano Op.79 de Gabriel Fauré. Cette œuvre fut composée pour un examen de flûte au conservatoire en 1898. Ensuite, nous avons pu entendre un arrangement par Federico Altare de la Sonate pour violon et piano L.140 de Claude Debussy, la Sonate en sol majeur N.5 Op.58 de François Devienne et le Chant de Linos pour flûte et piano d’André Jolivet. 

En bis, les deux musiciens nous ont proposé une pièce écrite pour un examen de lecture à vue en flûte par Gabriel Fauré ainsi qu’une œuvre d’inspiration Ravelienne composée par Martin Jaspard. Que de maturité pour ces deux très jeunes musiciens ! Alliant une intelligence de phrasé et une compréhension totale des œuvres avec la fraîcheur de leur jeunesse, ils ont fait forte impression auprès du public. Avec un son très puissant et des basses particulièrement profondes, Martin Jaspard a toujours parfaitement géré ses nuances pour laisser de la place à Federico Altare et ses envolées virtuoses totalement maîtrisées. Il ne serait pas étonnant de les revoir bientôt sur la scène du festival ! 

À 18h, la salle du Théâtre Municipal de Colmar accueillait deux invités prestigieux, le clarinettiste Pierre Génisson et le pianiste Frank Braley. De la Fantasiestücke pour clarinette et piano Op.73 de Robert Schumann à un arrangement de la Rhapsody in Blue de Gershwin, en passant par la Sonate pour clarinette et piano N.1 en fa mineur Op.120 de Brahms et la Rhapsodie pour clarinette en si bémol de Debussy, le duo nous a fait vivre un moment magique. Très complices, les deux musiciens ont démontré tout leur talent. Pierre Génisson a une nouvelle fois prouvé sa maîtrise incomparable du phrasé et des nuances de son instrument, atteignant des pianissimos si doux qu’ils en devinrent presque imperceptibles. Frank Braley, quant à lui, a survolé le concert avec facilité, n’hésitant pas à ajouter un peu d’humour dans ses interactions avec le clarinettiste afin de charmer encore plus le public. En bis, ils nous ont proposé un arrangement du Prélude N.1 pour piano de Gershwin ainsi qu’un air de musique klezmer. 

Ouverture de la saison des concerts au Palais Princier de Monaco 

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Comme chaque été depuis 1959, le Palais Princier de Monaco ouvre ses portes pour accueillir l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo avec sept concerts de gala, avec les chefs et solistes les plus réputés.

Le premier concert de la série présente le chef-d 'orchestre américain James Gaffigan avec en soliste le pianiste Alexandre Kantorow. Un programme court de 1h20 de musique, sans entracte. Le "dress code" exige une tenue de soirée pour les dames, veste et cravate pour les messieurs. On a perdu l'habitude de voir le public habillé de la sorte ; il règne sur la merveilleuse place du Palais une ambiance festive.

Le trop rare et pétaradant Chasseur Maudit de César Franck ouvre le concert.  James Gaffigan dirige un excellent orchestre sur un rythme vif et avec une dynamique la plus efficace possible. Les cors ainsi que les vents et timbales sont prodigieux.

Le Concerto n°2 de Liszt est un des plus beaux concertos jamais écrits. Peu de compositeurs peuvent exprimer une telle portée émotionnelle en 22 minutes et aucun ne peut rivaliser avec la maîtrise totale de Liszt en matière de transformation thématique. Alexandre Kantorow est un tigre du clavier qui cloue chaque note. Ce qui le distingue, c'est son toucher. Une compétence qui va au-delà de l'entendement, du tempo et de la force mise dans ses doigts. À chaque fois, cela provoque une émotion profonde. La sonorité de certains accords l'enivre presque d'extase. Sa musicalité n’est pas apprise, mais innée. Cette performance met en évidence cet attribut et solidifie cet incroyable point de saturation mentale. C'est excitant, lyrique et il dégage une énergie formidable. Après le final du concerto enlevé à une vitesse vertigineuse il offre en bis un morceau très intimiste, un arrangement de Keith Jarrett de la célèbre chanson irlandaise "Danny Boy". Kantorow joue cette mélodie avec ce sentiment émotionnel intense que cette chanson  évoque pour beaucoup. Elle a été utilisée par les soldats alliés pour garder l'espoir et la foi en l'avenir. La couleur sonore est exquise, et les nuances que Kantorow produit au piano transforment cette chanson en bien plus qu’une simple mélodie. Cela devient une tapisserie colorée. 

Soirée prestige au Festival International de Colmar

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Après une première édition à la direction artistique du Festival International de Colmar très réussie, Alain Altinoglu nous a à nouveau réservé beaucoup de surprises pour cette édition 2024. Orchestre Symphonique de la Monnaie, Quatuor Modigliani, Grigory Sokolov, Emmanuel Pahud, les Percussions de Strasbourg ou encore Kazuki Yamada et l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Alain Altinoglu a mis les petits plats dans les grands afin de satisfaire un public présent en nombre. 

Comme l’année précédente, plusieurs concerts sont au programme chaque jour, faisant place aux stars de demain à 12h30, aux artistes confirmés à 18h, et aux invités les plus prestigieux à 20h30. Nouveautés très bienvenues du festival version 2024, l’émission “Le Kiosque” animée par Olivier Erouart et Johnny Royer, pour des interviews des artistes et des interventions de membres de l’équipe organisatrice du festival, ainsi qu’une présentation de 15 minutes avant les concerts de 20h30, également animée par Olivier Erouart, pour donner les clefs d’écoute utiles à une bonne compréhension des œuvres présentées. 

En ce 11 juillet, nous avons pu entendre à 18h la pianiste Karen Kuronuma et la violoniste Mira Foron. Toutes deux soutenues par la Fondation Gautier Capuçon, créée en 2022, elles nous ont proposé un programme très varié. Elles ont tout d’abord commencé par la Sonate pour violon et piano No.3 en mi bémol majeur, Op.12, de Ludwig van Beethoven. Peut-être étouffées par la chaleur et le stress, les deux très jeunes musiciennes ont peiné à maintenir une balance adéquate et à insuffler leur personnalité dans une sonate qui fut quelque peu morne. Malgré tout, elles ont tout de suite impressionné par leur aisance à jouer et respirer ensemble, démontrant une précision des attaques et une entente qu’on ne voit pas toujours chez des musiciens jouant ensemble pour la première fois. 

Rencontres musicales d’Évian 2024, Féerie entre lac et sommets

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Les Rencontres Musicales d’Évian 2024 anticipent l’éclat de la programmation à venir, étendue sur toute l’année, en concluant la saison avec l’« Apothéose de l’orchestre », c’est à dire, la  Bacchanale de Daphnis et Chloé

Le dernier accord à peine dissipé, le public debout acclame les musiciens des «  Siècles » et son chef, Louis Langrée. « Le plus beau concert de la Saison ! » commentent les festivaliers ravis. Il faut dire que l’ensemble et le chef français sont rompus aux finesses comme aux rutilances de Ravel. Sous les poutres de l’immense datcha, devant la féerie de bouleaux et de cristaux, les Contes de Ma Mère l’Oye (Cinq pièces enfantines suivis de la Seconde suite orchestrale de Daphnis et Chloé touchent à la perfection. « La grandeur dans le simple » s’exclamait Eric Satie à propos des Contes de Ma Mère l’Oye. Ici, le chef et ses musiciens respirent avec la musique de Ravel soulevant ces houles chatoyantes, caressantes où se glissent avec une infinie délicatesse les plus touchantes émotions (métamorphose de la Bête en Prince par exemple).

En première partie, le jeune violoniste suédois d’origine russe, Daniel Lozakovich donnait une réplique magistrale à la même formation dans le 3e concerto de Saint Saëns, et offrait, en bis , la vertigineuse 3e sonate d’Ysaÿe puis la mélodie de Fauré, « Après un rêve », quelque peu alanguie. Hommage discret à l’heureuse programmation de plusieurs concerts Fauré.

La veille, Alexandra Dovgan, le Quatuor Modigliani et Béatrice Rana parcouraient des terres plus rudes, parfois mélancoliques, voire anguleuses. 

La grande traversée : William Kentridge à La Luma d’Arles pour le Festival d’Aix-en-Provence

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Le Festival d’Aix-en-Provence est un festival d’opéra. « The Great Yes, The Great No » est qualifié d’« opéra de chambre ». 

En fait, il s’agit d’une œuvre composite typique de son concepteur, le génial touche-à-tout William Kentridge. Oui, il y a de la musique en direct et des chants, mais il y a tout le reste aussi, qui n’est pas simple appareil scénographique subordonné, mais ensemble d’éléments significatifs essentiels.

De quoi s’agit-il ? D’un fait réel : en mars 1941, pendant la seconde guerre mondiale donc, un cargo quitte Marseille pour la Martinique. A son bord notamment, s’exilant, le surréaliste André Breton, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, l’artiste cubain Wifredo Lam, le romancier communiste Victor Serge et l’autrice Anna Seghers.

Mais Kentridge a décidé d’inviter d’autres passagers à cette traversée pour fuir l’enfer. On reconnaîtra donc Suzanne et Aimé Césaire (dont on entendra pas mal de pages de son « Cahier d’un retour au pays natal »), les sœurs Nardal (fondatrices du mouvement anticolonialiste de la négritude), Léopold Sédar Senghor, Frantz Fanon, Joséphine Baker et Joséphine Bonaparte, Trotsky, et même Staline dans une brève apparition.

Voilà qui nous vaut de belles et intenses prises de parole. Propos politiques, artistiques, sociétaux, décoloniaux, philosophiques, poétiques se succèdent, juxtaposant, combinant les atmosphères, les évocations, les thématiques.