Daniel Barenboïm s'exprime dans "Die Welt" à propos du conflit israélo-palestinien
"Il n'y a pas de solution militaire". Daniel Barenboim a un passeport israélien et palestinien. En 1999, il a fondé le West-Eastern Divan Orchestra réunissant deses jeunes musiciens d'Egypte, de Syrie, de l'Iran, du Liban, de la Jordanie, de la Tunisie, d'Israël, de Palestine et d'Andalousie. "J'écris cela en tant qu'ambassadeur de la paix de l'Organisation des Nations Unies et en tant que personne qui a deux passeports, un Israélien et un Palestinien. J'écris avec un coeur lourd, parce que ce qui se passe à Gaza depuis plusieurs semaines confirme ma conviction de longue date qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit israélo-palestinien. Ce n'est pas un conflit politique, mais un conflit humain entre deux peuples qui partagent la conviction profonde et apparemment inconciliables qu'ils ont droit au même lopin de terre. [...] L'essence du conflit reste incompris et inexploré. Un cessez-le-feu est indispensable. Je souffre avec mes compatriotes israéliens qui vivent actuellement dans la peur: le bruit constant de coups de feu, le sentiment que vous ou un de vos proches pourrait en être vistime. Mais j'éprouve aussi une profonde compassion face à la détresse et la peur terrible de mes frères palestiniens dans la bande de Gaza qui tous les jours vivent des pertes dévastatrices. Après des décennies de dévastation et de victimes des deux côtés, le conflit a maintenant atteint un niveau inimaginable de cruauté et de désespoir. C'est pourquoi je me permets de souligner que le moment est venu peut-être de chercher une solution réelle et exacte du problème. Un cessez-le-feu est bien sûr essentiel, mais il est loin d'être suffisant. Le seul moyen de sortir de cette tragédie, la seule façon de prévenir la tragédie et l'horreur consiste à forcer tout le monde à parler les uns aux autres. Il ne mène à rien qu'Israël refuse de négocier avec le Hamas ou de reconnaître un gouvernement d'union. Non, Israël doit écouter les Palestiniens, qui sont capables de parler une langue. La compassion est un devoir moral qui doit être décidé ensemble La première chose, un accord doit être conclu à ce sujet il n'y a pas de solution militaire. C'est alors seulement que l'on peut commencer à discuter d'une question de justice pour les Palestiniens, qui est attendue depuis longtemps, et de l'autre sur la sécurité d'Israël, qu'exigent à juste titre les Israéliens. Nous, les Palestiniens avons le sentiment que nous devons enfin obtenir une solution équitable, les droits auxquels chaque nation a droit sur cette terre: l'autonomie, l'autodétermination, la liberté, et tout ce qui va avec. Nous, Israéliens doivent reconnaître notre droit de vivre sur la même parcelle de terre. La division du pays ne peut venir qu'après que les deux parties ont non seulement accepté mais comprennent que nous pouvons vivre côte à côte, mais certainement pas dos à dos. Le cœur de l'approche si indispensable nécessite d'avoir de la compassion les uns pour les autres. À mon avis, la compassion n'est pas seulement une sensation qui résulte de la compréhension psychologique de la situation d'un autre être humain - c'est plutôt un devoir moral. Ce n'est que lorsque nous essayons de comprendre la situation de l'autre que nous pouvons faire un pas vers l'autre [...] Dans ce conflit, nous sommes tous perdants. C'est seulement avec la compréhension de l'autre que nous pouvons bâtir un avenir commun."