Décès d'un témoin du siècle
Stanisław Skrowaczewski est décédé hier à l'âge de 93 ans.
Un homme dont la destinée et l'activité musicale ponctuent un siècle d'histoire.
Né en 1923 à Lwów (Pologne), Skrowaczewski a commencé des études de piano et de violon à l'âge de quatre ans et a composé sa première œuvre symphonique à sept ans. Il a joué et dirigé le Troisième Concerto pour piano de Beethoven à l'âge de 13 ans. Malgré la sévère censure artistique de la première occupation soviétique (1939-41), Skrowaczewski a connu la vie culturelle généreuse de Lwów au cours de ses années de formation. En 1941, une blessure à la main (une explosion) met fin à sa carrière au clavier et il a décidé de se concentrer sur la composition et la direction.
Après la guerre, il s'installe à Cracovie, le nouveau centre musical de Pologne, dirige et compose et se taille une jolie réputation à laquelle contribuent Andrzej Panufnik et Witold Lutosławski (dont il a dirigé le Concerto pour orchestre). En 1946, il devient directeur musical de l'Orchestre Philharmonique de Wrocław (Breslau), puis du Philharmonique de Silésie de Katowice (1949-1954) et du Philharmonique de Cracovie (1954-1956) avant de prendre la direction de l'Orchestre National à Varsovie 1956-59).
Dans les années 1940, il travaille à Paris avec Nadia Boulanger et rejoint l'avant-garde du Groupe Zodiaque. En 1948, c'est lui qui dirige la Première de la 5e Symphonie de Shostakovitch avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France.
En 1956 survient ce qui sera le grand tournant de sa carrière alors que la Pologne tourne au ralenti sous le joug communiste : il remporte le Concours de direction Sante Cecilie à Rome et est invité par George Szell à diriger l'Orchestre de Cleveland en 1958.
En 1960, à l'âge de 36 ans, il devient directeur musical de l'Orchestre symphonique de Minneapolis (maintenant l'orchestre du Minnesota), un poste qu'il occupera pendant 19 ans et il prend la nationalité américaine.
Au cours des années 1960, il multiplie les débuts avec de grands orchestres : le Royal Concertgebouw, le London Symphony, le Chicago Symphony, le Boston Symphony, le Los Angeles Philharmonic, le Philharmonic de Munich et les orchestres de Vienne. Et il est régulièrement invité par l'Orchestre de Philadelphie, l'Orchestre de Cleveland -où il est revenu en 2015- et le Philharmonique de Berlin -qu'il a retrouvé en 2011.
De 1984 à 1991, chef principal à Manchester, il tourne en Europe et aux États-Unis et enregistre beaucoup, travaillant avec eux régulièrement par la suite.
À partir de 1979, il dirige l'Orchestre du Minnesota pour le premier concert d'une série qui durera longtemps.
En 2015, il accède au titre de Lauréat de la Deutsche Radio Philharmonie de Sarrebruck Kaiserslautern, suite naturelle d'une longue relation et de nombreux enregistrements dont les symphonies Bruckner, Brahms, Schumann et Beethoven pour Arte Nova Classics (maintenant Oehms Classics) très remarqués par la critique. Sa discographie ne s'arrête pas là puisqu'il a enregistré avec le Yomiuri Nippon Symphony pour Columbia Records, le NHK Symphony, le Royal Concertgebouw, le Philharmonique de Londres, le Philharmonique de Berlin, le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, l'Orchestre National de France, le Philharmonique de Radio France et le Hallé.
Ses compositions ont, elles aussi, reçu un excellent accueil : son Concerto pour Orchestre (1985) et sa Passacaglia Immaginaria (1995) ont tous deux été nommés pour le Prix Pulitzer. Plus récemment, il a composé pour les vents (2009) de même que le Roi Lynn et 3 Naughty Kobolds (2014) pour le violoncelliste Lynn Harrell.
L'année dernière, il s'est consacré à un Requiem pour orchestre et choeur.