Jurgis Karnavičius, 140 ans
Il y a des compositeurs peu connus, et il y a des compositeurs inconnus. Et -sauf pour ceux qui auraient une connaissance encyclopédique de la musique lituanienne du début du XXe siècle- Jurgis Karnavičius fait partie de ces derniers (même si l’encyclopédie musicale allemande en ligne MGG lui consacra un -très- bref article en 2003 et que l’année suivante vit la parution d’une biographie en lituanien).
Né à Kaunas en 1884 dans une Lituanie qui faisait encore partie de l’Empire russe, Karnavičius grandit à Vilnius qu’il quitta ensuite pour faire des études de droit à l’Université de Saint-Pétersbourg dont il sortit diplômé en 1908. Il suivit en même temps des cours de composition en privé et intégra ensuite le Conservatoire de Saint-Pétersbourg où il compta parmi ses maîtres Liadov (contrepoint), Maximilian Steinberg (composition) ainsi que Rimsky-Korsakov et Glazounov (instrumentation). A peine ses études terminées en 1912, Karnavičius enseigna la théorie musicale dans cette même institution de 1912 à 1914. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il fut fait prisonnier en 1915 et resta en captivité à Vienne jusqu’à la fin du conflit. Rentré à Petrograd (comme avait été rebaptisée Saint-Pétersbourg), il reprit son enseignement au Conservatoire de 1918 à 1927, la ville changeant à nouveau de nom en 1924 pour s’appeler Leningrad.
Très actif dans la vie musicale de l’ancienne capitale russe, il participa en 1926 à la création de l’Association pour la musique contemporaine de Leningrad tout en s’en tenant à une approche relativement traditionaliste dans ses compositions instrumentales et vocales.
En 1927, Karnavičius décida de rentrer en Lituanie -à présent indépendante- avec sa famille. Ceci alla de pair avec son souhait de se positionner comme un compositeur véritablement lituanien, comme en témoigne son opéra Grazina, premier opéra écrit en lituanien après l’indépendance et dont la première eut lieu en 1933 à Kaunas -capitale du nouvel Etat, Vilnius se retrouvant à l’époque en Pologne- où le compositeur s’était établi à son retour de Pétersbourg. Nommé professeur de composition au Conservatoire de Kaunas, il y enseigna jusqu’à sa mort en 1941.
Si la réputation de Jurgis Karnavičius dans la Lituanie de l’entre-deux-guerres reposa largement sur ses opéras (le second, Radvila Perkūnas, fut créé en 1937), ses oeuvres antérieures -dont ses quatre quatuors à cordes- furent largement oubliées.