"Moïse et Aaron" d'Arnold Schoenberg, 70 ans
Moses und Aron (en français, Moïse et Aaron) est un opéra en trois actes sur un livret en allemand tiré du livre biblique de l'Exode et créé en 1957 à Zurich. La musique du troisième acte n'a pas été achevée.
Moses und Aron est inspiré d'un livre paru en 1926, "Der biblische Weg" (« La Voie biblique »), écrit en réaction à l'antisémitisme croissant en Allemagne. Schönberg subit cet antisémitisme en 1921 à Mattsee, près de Salzbourg, dont il est chassé parce que considéré comme juif, malgré sa conversion au protestantisme en 1898. En 1933, il se reconvertit au judaïsme à la synagogue de la rue Copernic à Paris, avec comme témoin Marc Chagall. Schönberg pense tout d'abord tirer de l'ouvrage un oratorio avant de choisir la forme de l'opéra.
Composé entre 1930 et 1932, la partition est inachevée et seuls les deux premiers actes sur les trois prévus sont mis en musique. Il reste quelques traces et esquisses de la musique du troisième, qu'a laissé le compositeur, bien que le livret soit complet. L'inachèvement de l'ouvrage n'est pas explicable par la situation d'Arnold Schönberg puisqu'il continue de composer pendant encore vingt années et manifeste l'envie de l'achever.
L'opéra n'est créé qu'après la mort du compositeur, le 12 mars 1954 à Hambourg, sous la direction d'Hans Rosbaud, avec Hans Herbert Fiedler (Moïse) et Helmut Krebs (Aaron) dans une version de concert qui donne lieu à un enregistrement, et le 6 juin 1957 à Zurich en version scénique avec le même chef d'orchestre et Helmut Melchert (Aaron). L'accueil du public est alors enthousiaste.
L'opéra est monté en France en 2015 à l'Opéra de Paris sous la direction de Philippe Jordan et mis en scène par Romeo Castellucci.
La musique de l'ouvrage est écrite en empruntant la forme du dodécaphonisme, technique mise au point par le compositeur lui-même depuis 1923, donnant une importance égale aux douze notes de la gamme chromatique. Il s'agit de la première occurrence de l'utilisation du sérialisme dans un ouvrage de si grande ampleur. Pour la voix, le compositeur choisit de faire s'exprimer le personnage de Moïse par le Sprechgesang, une forme de chanté-parlé symbolisant son intériorité, tandis que Aaron est un ténor lyrique puissant, cristallisant sa valeur de héros extraverti. La voix de Dieu est représentée par un chœur de six solistes et un autre parlé, ainsi qu'un mixte qui joue le rôle du Buisson ardent.
L'opéra comprend un ballet, la danse devant le Veau d'or dans le deuxième acte.