"Saint-François d’Assise" d’Olivier Messiaen,  40 ans

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Saint François d'Assise, Scènes Franciscaines, est un opéra français en trois actes et huit tableaux du compositeur français Olivier Messiaen, dont la composition est achevée en 1983. L'histoire s'inspire de la vie du Franciscain François d'Assise du XIIIe siècle, qui fonde et donne son nom à un ordre religieux, canonisé et connu pour son assistance aux lépreux et représenté régulièrement parlant aux oiseaux.

À la suite d'une commande de l'Opéra de Paris par Rolf Liebermann, son directeur depuis 1973, et un premier refus du compositeur (d'abord perplexe), et grâce à l'insistance de Liebermann, Olivier Messiaen commence d'abord la rédaction du livret en 1975 et les esquisses de la musique sont écrites jusqu'en 1979 ; l'orchestration et la copie des huit partitions d'orchestre -qui correspondent aux huit tableaux, représentant deux mille pages et quatre heures de musique- sont réalisées ensuite et achevées en 1983. Après huit années de travail d'un projet aux dimensions hors-normes, la création a lieu le 28 novembre 1983, au Palais Garnier, sous la direction de Seiji Ozawa et remporte « un triomphe historique », avec huit représentations consécutives.

Saint François d'Assise, unique opéra du compositeur, cristallise la synthèse de ses recherches et découvertes musicales réunissant à la fois sa passion pour l'ornithologie et l'expression de sa foi catholique.

Dans les années 1960, Olivier Messiaen explique que pour lui, l'art est le plus propice à exprimer les « vérités religieuses », mais qu'il estime que sur une scène, le sujet choisi risque d'être mal traité, parce qu'il peut « sombrer soit dans le ridicule, soit dans l'inconvenance, soit dans l'absurdité ». Effectivement, le compositeur écrit surtout des œuvres instrumentales accompagnées d'un programme religieux ; par ailleurs, son seul ouvrage vocal depuis 1949 est l'oratorio La Transfiguration de Notre Seigneur Jésus-Christ, de 1969. Bien qu'amateur de certains opéras (Pelléas et Mélisande, L'Orfeo ou encore ceux de Richard Wagner), il pensait que l'opéra dans sa forme historique ne convenait pas pour ce type de sujets et estimait qu'il fallait adapter une nouvelle formule de théâtre musical. En effet, quand Rolf Liebermann rencontre le compositeur en 1971 lors d'un repas au Palais de l'Élysée en présence du président Georges Pompidou, celui-ci le sollicite pour écrire un opéra, ce qui devient par la suite une commande de l'Opéra de Paris. Le compositeur refuse dans un premier temps. Devant l'insistance du directeur, Olivier Messiaen, alors septuagénaire, accepte et commence la rédaction du livret de son premier et unique ouvrage lyrique scénique : un « spectacle musical ». À l'origine, on prévoit de le créer dans le cadre du centenaire du palais de l'Opéra Garnier.

Une première ébauche de projet autour de cinq scènes de la vie de François d'Assise est commencée dès 1971 mais ce n'est qu'à partir de 1975 que le projet est réellement officialisé avec la signature, en 1976, d'un contrat avec l'Opéra de Paris. Le compositeur rédige alors lui-même le livret, sans « aucune prétention littéraire », s'articulant en huit tableaux. Le compositeur écrit un mystère moderne, « plus statique que dramatique », aucun tableau n'est relié par une tension d'une intrigue ou d'un conflit, mais par le souci d'exposer « les divers aspects de la sainteté et du cheminement vers celle-ci ». L'opéra porte le sous-titre : Scènes Franciscaines. S'agissant d'hagiographie, le choix de saint François d'Assise s'est vite imposé au croyant et à l’ornithologue qu’était Olivier Messiaen : « Il est le saint qui ressemble le plus au Christ » et « il parlait aux oiseaux ».

Pendant la période de gestation, Olivier Messiaen lit les biographies et témoignages, et fait de nombreuses recherches. D'une part sur l'iconographie : il étudie les fresques de Giotto à la Basilica di San Francesco à Assise, les tableaux de Fra Angelico au Musée San Marco à Florence. D'autre part des recherches en ornithologie qui le conduisent de l'Italie à la Nouvelle-Calédonie pour étudier des chants d'oiseaux exotiques, notamment le Gerygone, qui lui rappelle un ange.

La partition du chant et du piano est achevée en octobre 1977, mais l'orchestration et la finalisation de l'ouvrage peinent à être conclues à cause d'une maladie qui atteint le compositeur. Quand Olivier Messiaen et Rolf Liebermann se rencontrent cette année pour dresser un bilan, le compositeur exprime des réserves sur la possibilité de terminer l'ouvrage à temps, malgré le temps libre que lui laisse la retraite qu'il prend en arrêtant ses cours au conservatoire. En juin 1977, dans une lettre adressée au directeur, le compositeur expose les difficultés de la tâche et détaille sa méthode, expliquant la lenteur qu'impose ce labeur, à raison d'une page par jour, sur les deux mille cinq-cents que comporte la partition. Or peu après, on fait l'annonce publique d'un opéra en préparation, ce qui déroge à la volonté du compositeur de travailler dans la plus grande discrétion. Bien qu'on ait initialement prévu de monter l'œuvre en 1980, Olivier Messiaen prévient qu'il ne terminera l'instrumentation qu'en 1982 ; la création est ainsi repoussée. Peinant à terminer l'écriture et probablement atteint de dépression, le compositeur est tout de même déterminé à parfaire sa composition, qu'il souhaite parfaite et estime être son chant du cygne. Il faut attendre novembre 1983 et la fin de l'instrumentation de la partition pour l'orchestre afin que la création de Saint François d'Assise puisse avoir lieu.

Elle a lieu le 28 novembre 1983, à l'Opéra de Paris au Palais Garnier, avec Christiane Eda-Pierre dans le rôle de l'Ange, José van Dam en Saint François, Kenneth Riegel pour le Lépreux, Michel Philippe en Frère Léon, Georges Gautier en Frère Massée, Michel Sénéchal dans le rôle de Frère Élie, et Jean-Philippe Courtis en tant que Frère Bernard. Dans la fosse se trouvent les Chœurs et l'Orchestre du Théâtre National de l'Opéra de Paris, le chef des chœurs Jean Laforge, tous sous la direction du chef japonais Seiji Ozawa, avec une mise en scène de Sandro Sequi et des décors et costumes de Giuseppe Crisolini-Malatesta.

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