Mélodies Islandaises

par

Jon LEIFS
(1899-1968)
Intégrale des mélodies
Finnur BJARNASON, ténor, Örn MAGNUSON, piano
2016-80'28-Textes de présentation en anglais, allemand, français-textes en islandais et anglais- Chanté en islandais- Bis 2170

C'est évidemment une litote de dire que Jon Leifs reste peu connu en région francophone. La plupart des encyclopédies l'ignorent superbement à l'exception de Bordas qui lui consacre 10 lignes biographiques (sa naissance à Solheimar en Islande le 1er mai 1899 - sa mort à Reykjavik le 30 juillet 1968 et trois mentions sur sa vie : en Allemagne d'abord puis de 1935 à 1937, directeur de la radio islandaise. En 1944, retour au bercail après l' « intermède » allemand qu'on a pu lui reprocher). En dehors de nombreuses pièces pour piano, de 3 quatuors à cordes et plusieurs pages pour orchestre, Leifs laisse quelques 32 mélodies qui font l'objet de ce disque. Qu'en dire ? C'est d'autant plus difficile que cette langue et cette poésie furent conservées presque telles quelles depuis l'époque médiévale sans que les influences scandinaves, chrétiennes et luthériennes ne pénètrent profondément. Cela produit des accents âpres qu'on imagine proches des psalmodies des premiers moines celtes. Austérité sombre et violente que le compositeur, récusant tout romantisme allemand, a visiblement recherchée. Il est certain qu'une vie personnelle marquée par des échecs matrimoniaux et le décès accidentel en mer de sa toute jeune fille, Lif, assombrit considérablement son inspiration. C'est ainsi à la mémoire de cette dernière que l'ultime chant, Torrek op. 33 est dédié. A partir du poème de la « Saga d'Egil » où le héros pleure la mort de son enfant, Leifs compose une déploration violente, funèbre et désespérée. Climat qui imprègne nombre des pages proposées ici à l'image des redoutables « Hautes terres » du Royaume de Thulé. Mais les charmes, nuances et secrets de l'Edda ne s'y laissent guère pressentir -si ce n'est par un certain héroïsme. L'élément mélodique est rare et le matériau sonore monolithique. Le piano peu inventif oscille entre psalmodie et percussions. De violents ressacs sont assénés, parfois en marches, parfois en glas funèbre qu'une mélopée liturgique interrompt de temps en temps. La douceur -lorsqu'elle apparaît furtivement- n'y est que résignation. Le ténor, Finnur Bjarnason manifeste d'emblée des qualités de franchise et de vaillance. Son timbre prenant mais monochrome au vibrato un peu lâche comme le manque de variété d'approches engendrent la monotonie. Örn Magnusson le soutient tour à tour d'un morne ostinato ou d'accords rageusement martelés. On cherche en vain la délicatesse des lumières boréales et les paysages immémoriaux de sa patrie. Peut-être faut-il alors se pencher sur l'intégrale pour piano solo (BIS-692) du même compositeur - enregistré en 2001- pour mieux percevoir la singularité et le charme de cette musique ?
Cet enregistrement de la firme islandaise Smekkleysa a été remasterisé par l'éditeur suédois Bis.
Bénédicte Palaux-Simonnet

Son 7 - Livret 6 - Répertoire 6 - Interprétation 7

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