Deux Urtext de Dvořák

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Longtemps, la Sixième Symphonie, op. 60, de Dvořák fut considérée comme la première, n°1 car première à être publiée. Les cinq précédentes ne furent prises en considération que dans les années 1960, entraînant un bouleversement total de la numérotation. C’est ainsi que le « Nouveau Monde » passa de cinq à neuf, l’op. 70 en ré mineur de deux à sept et l’op. 88 en sol majeur de quatre à huit. N’allons pas plus loin. Si vous avez dans votre collection quelques vinyles d’époque, vous pourrez retrouver cette numérotation « vintage ». La musicologie tchèque ayant pris les choses en mains, Dvořák fut admis dans ce petit groupe très sélect des compositeurs auteurs de neuf symphonies. Mais revenons à la sixième, dont Bärenreiter vient de publier l’édition urtext établie par Jonathan Del Mar ; une intégrale en cours visiblement, qui a commencé par la fin, avec les trois dernières symphonies. Ici, point de découverte sensationnelle comme certaines sources ignorées qui avaient alimenté son édition du « Nouveau Monde ». Par rapport à l’urtext publié en 1957 à Prague, peu de différences. Simplement, une prise en considération des premières parties d’orchestre éditées, qui permettent de préciser les nuances. Autre élément important auquel Jonathan Del Mar est très attaché, la différence entre le staccato marqué d’un point et le striche, différence de longueur, d’attaque mais aussi de densité sonore.

Lassus : les huit Magnificat inspirés de motets, sobrement visités

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The Alchemist, Magnificats based on polyphonic models vol 2, -motets. Orlandus Lassus (c1530-1594), cinq motets + magnificat : Omnis enim homo ; Memor esto verbi tui ; Recordare Jesu pie ; Deus in adiutorium meum ; Aurora lucis rutilat. Trois magnificat : Praeter rerum seriem ; Benedicta es, caelorum regina ; Omnis homo primum. Motets de Josquin des Prés (c1450-1521) : Praeter rerum seriem ; Benedicta es, caelorum regina ; Giaches de Wert (1535-1596) : Omnis homo primum. Philip Cave. Ensemble Magnificat. Charlotte Ashley, Amy Haworth, soprano. Hugh Cutting, alto. Guy Cutting, Steven Harrold, Nicholas Todd, ténor. Benjamin Davies, baryton. William Gaunt, Giles Underwood, basse. Martin Bolterauer, Clément Gester, cornet. Maximilien Brisson, Susanna Defendi, Emily Saville, Henry Van Engen, sacqueboute. William Lyons, douçaine. Edward Higginbottom, orgue. Livret en anglais ; textes en langue originale, traduction en anglais. Janvier 2024. Deux CDs. 54’00’’ + 47’58’’. Linn CKD 760

Le piano au féminin par Nareh Arghamanyan  

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Cécile Chaminade (1857 – 1944) – Johanna Senfter (1879 – 1961) – Anna Bon (1738 – 1769) – Maria Szymanowska (1789 – 1831) – Mel (Mélanie) Bonis (1858 – 1937) – Lili Boulanger (1893 – 1918) – Nadia Boulanger (1887 – 1979) - Ilse Fromm-Michaels (1899 – 1983) - Else Schmitz–Gohr (1901 – 1987) – Marianne Martines (1744 – 1812) – Pauline Viardot (1821 – 1910) – Louise Farrenc (1804 – 1875) – Clara Schumann (1819 – 1896) – Fanny Hensel (1805 – 1847).  Nareh Arghamanyan,  piano.  2023.- Livret en anglais et en allemand.  74’36.   Hänssler Classic – CD HC25026.

Quatuor Arod : à la conquête de la lumière, au disque chez Erato et au concert à Flagey

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Bizarre ! Un concert « entre chien et loup » qui commence à 20H15, l’heure des concerts de soirée au Studio 4. En fait la soirée commence bien à 18H mais au studio 5 avec la projection de « Ménage à quatre », le film où Bruno Monsaingeon entend nous faire découvrir la mystérieuse alchimie qui habite les grands quatuors. Le choix du Quatuor Arod parmi la multitude de bons quatuors en France aujourd’hui n’étonnera que ceux qui n’ont pas suivi la trajectoire idéale de ce jeune ensemble fondé en 2013 (il a travaillé à la Chapelle Musicale avec le Quatuor Artemis) et qui, d’emblée collectionne les récompenses : premier prix du concours Nielsen à Copenhague en 2015 et du prestigieux concours ARD l’année suivante. Dès 2016, il est lauréat HSBC de l’Académie du festival d’Aix-en-Provence et en 2017 nommé à la fois « BBC New Generation » pour la période 2017-9 et « Rising Star » d’ECHO, l’association des grandes salles de concert européennes pour la saison 2018-89. C’est à ce titre qu’il se produit pour la première fois en Belgique à Bozar alors qu’il a déjà sorti chez EMI un premier disque d’une belle vitalité consacré à Mendelssohn.

Un détour par la seconde école de Vienne

Mais l’Arod aime les défis et son deuxième enregistrement nous emmène vers la seconde école de Vienne via le personnage de Mathilde Zemlinsky, la sœur du compositeur qui fut l’épouse de Schoenberg et eut une aventure avec leur ami commun le peintre Richard Gerstl. Webern convainquit Mathilde de renoncer à cette liaison et Gerstl se suicida. Le programme du disque reprend les divers protagonistes : Zemlinsky avec son 2e quatuor, Webern avec son Langsamer Satz et Schoenberg avec son 2e quatuor, dédié à « Meine Frau » où Elsa Dreisig chante les poèmes de Stéphan George des deux derniers mouvements.

Orgia d’Hector Parra à la Cité de la Musique

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Il est indiqué « Placement libre » au parterre sur mon billet, ce vendredi soir. J’entre dans la grande salle de la Cité de la musique dans laquelle j’ai vécu depuis presque 30 ans les plus fortes expériences de musique de mon existence. …Pas de fauteuils… l’orchestre est au centre, on peut rester debout, ou s’asseoir par terre, un lit conjugal, une table, un grand tabouret, je réalise que je viens de faire moi-même irruption sur la scène, au milieu du décor, déjà la sensation d’être intrusif! 

Dès le prologue, le personnage masculin « l’Uomo »  (Leigh Melrose) vit sa mort par pendaison au dessus de nos têtes. L’inéluctable sous nos yeux va nous être narré rétrospectivement par les six scènes qui suivent. Le ton de la tragédie de l’intime est donné et la scène suivante nous montre un jeu sadomasochiste entre « l’Uomo »  et « la Donna »(Claudia Boyle), point de départ de ce processus destructeur d’un couple contaminé par une société fasciste (capitaliste?) 

En deux scènes, nous avons déjà été successivement spectateurs d’un suicide, et acteur d’un jeu malsain.

Telle est la volonté du librettiste, Calixto Bieito, qui est aussi le metteur en scène : contraindre le public, par sa proximité avec la scène, à une situation de voyeur. Et pour ceux qui sont au balcon, offrir le spectacle d’une masse humaine qui se dresse malgré elle sur la pointe des pieds autour du lit, afin de mieux voir les ébats du couple.  C’est cela, accepter le jeu de Pier Paolo Pasolini. Comme dans ses films, il ne se contente pas de nous montrer la nature violente des relations humaines, il nous la fait littéralement vivre dans notre corps de spectateur.

Selon Hervé Joubert-Laurencin, professeur d’esthétique et histoire du cinéma à l’université de Paris Nanterre,  Orgia est le premier de son "teatro di parole" né au milieu des années 1960, "théâtre de parole", ou "de mots", qu'on aurait tort de confondre avec quelque théâtre bourgeois que ce soit, tant ses monologues sont interminables et ses situations classiques traversées de soubassements obscènes à force de réalisme, notamment sexuel pour les actions et psychologique pour les dialogues : ici, pour les premiers, des pratiques sadomasochistes chez un couple banal, pour les seconds, toute une série d'interrogations sur le fait d'être différent dans une société normative  (la pièce illustre, selon Pasolini, le concept de "suicide par anomie" de Durkheim, selon lequel on peut être poussé à la mort par la pression normative de la société) et sur la réalité des langages non verbaux.

Une somptueuse Symphonie de César Franck à Angers

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C’est un concert triplement placé sous le signe de la Belgique que nous offrait l’Orchestre National des Pays de la Loire (ONPL). Flûtiste de formation diplômé du Conservatoire royal d’Anvers, Karel Deseure a ensuite suivi le cursus de la direction d’orchestre à La Haye avant une série de masterclasses avec des maîtres qui l’ont visiblement marqué, comme Bernard Haitink, Peter Ëotvös et Jorma Panula. La direction de ce jeune chef fit sensation lors sa première visite à la tête d’un ONPL visiblement conquis qui n’a pas hésité à marteler le sol bruyamment lors des derniers saluts du jeune chef à la fin de sa prestation, du jamais vu de la part des musiciens d’orchestre généralement peu enclins à féliciter publiquement ceux qui viennent les diriger.

Il faut dire que la direction de Karel Deseure est précise et d’un grand raffinement ne négligeant aucun détail, faisant chanter l’ensemble d’une manière chambriste dans l’accompagnement subtil du Concerto pour piano N° 21 en ut majeur, K. 467 qui fournissait un écrin de rêve au pianiste Julien Libeer qui fut l’élève de Daniel Blumenthal à Bruxelles puis de Maria João Pires à la Chapelle Reine Elisabeth. Soliste, concertiste et chambriste, Julien Libeer a récemment enregistré une superbe anthologie de la musique de chambre de Mozart (en solo, duo, trio, quatuor) pour le label discographique Harmonia Mundi parue au printemps 2025. À Angers ce soir là, il nous offrait sa vision toute personnelle d’un des plus beaux concertos de Mozart avec des ornementations de son cru et un jeu volubile, presque désinvolte, n’entrant jamais au fond de la matière pianistique, mais avec une joie évidente de communiquer et de dialoguer avec les musiciens. Offerte en bis, la Pavane pour une infante défunte de Ravel, aérienne et poétique et dans le tempo allant que souhaitant le compositeur, venait confirmer le talent et l’imagination sonore de Julien Libeer dont les derniers enregistrements consacrés justement à Maurice Ravel à l’occasion de son 150e anniversaire nous avaient déjà largement comblé.

G.C. Wagenseil, réédition de florilèges concertants au crépuscule de la Vienne des Habsbourg

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Georg Christoph Wagenseil (1715-1777) : Concerto pour hautbois, basson, vents, cordes et basse continue en mi bémol majeur WV 345. Concerto pour harpe et cordes en fa majeur WV 281. Double Concerto pour pianoforte, violon et cordes en la majeur WV 325. Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré majeur WV 342. Echo du Danube, Alexander Weimann, pianoforte, clavecin, direction. Johann Seitz, harpe. Martin Sandhoff, flûte traversière. Susanne Regel, hautbois. Rainer Johannsen, basson. Florian Deuter, violon. Juillet 2007. // Concertos pour orgue no 2 en ut majeur, no 3 en fa majeur, no 5 en sol majeur, no 6 en la majeur WV 255, 302, 308, 330. Elisabeth Ullmann, orgue. Piccolo Concerto Wien, Roberto Sensi, violone, direction. Uli Engel, Johann Gamerith, violon. Peter Trefflinger, violoncelle. Hubert Hoffmann, archiluth. Petra Gamweger, basson. Johannes Bogner, clavecin. Septembre 2002 ; 2007 (réédition). Livret en anglais, français, allemand. Deux CDs 68’59’’ + 64’08’’. Accent ACC 24410

Gwendoline Blondeel nous révèle les multiples formes de l’amour à la Renaissance

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Amor eterno. Œuvres de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Vincenzo Calestani (1589, après 1617), Claudio Monteverdi (1567-1643), Alessandro Piccinini (1566-1638), Del Biado (d.1616), Juan Vásquez (1500-1560), Josquin Desprez (1450-1521), Johannes Hieronymus Kapsberger (1580-1651), Marin Marais (1656-1728), Francesco Spinacino (1507), Giulio Caccini (1551-1618), José Marín (1618-1699), Clément Janequin (1485-1558), Pierre Certon (1510-1572), Juan del Encina (1468-1529), Luis de Milán (1500-1561), Vincenzo Capirola (1474-1548),  Alonso Mudarra (1510-1580), Diego Ortiz (1517-1576), Honoré d’Ambruis (1660-1702). Gwendoline Blondeel, soprano, Quito Gato (guitare, théorbe, viole), Pernelle Marzorati, harpe, Laurent Sauron, percussion. Livret en français et anglais.62’57. Harmonia Mundi. HMM 902778

Lea Desandre, Thomas Dunford et le Jupiter : un souffle partagé pour saluer Dowland et Purcell

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Songs of Passion. John Dowland (c.1563-1626) : Extraits des First & Second Book of Songs or Ayres ; extraits des Lachrimae ; A Dream ; The Frog Galliard. Henry Purcell (1659-1695) : Extraits de The Fairy Queen et de Didon et Énée ; Strike the viol ; O solitude, my sweetest choice. Lea Desandre, soprano ; Ensemble vocal Jupiter ; Huw Montague Rendall, baryton ; Ensemble instrumental Jupiter ; Thomas Dunford, théorbe et direction. 2024. Notice en anglais, en français et en allemand. Textes chantés reproduits, avec traductions en allemand et en français.94’ 08’’. Un album de deux CD Erato 50211732828453. 

Quatre œuvres chambristes de Grégoire Rolland

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Cordes tressées. Grégoire Rolland (*1989) : Sān, pour violon, violoncelle et piano. Cordes tressées, pour quatuor à cordes. Trois Danses, pour piano et cordes. D’une goutte à l’océan, pour sextuor à cordes. Quatuor Girard. Grégoire Girard, Agathe Girard, violon. Hugues Girard, alto. Lucie Girard, violoncelle. Moya Yu, piano. Marie-Anne Hovasse, alto. Luc Dedreuil, violoncelle. Septembre 2024. Livret en français. 53’24’’. Hortus 245