En hommage à Sir Roger Norrington, nous publions cette belle interview qu’il avait accordé à notre confrère et ami Remy Franck, Rédacteur en chef de PIzzicato.lu et Président du jury des ICMA à Londres, à l”occasion de ses 80 ans, en 2014. Le chef d’orchestre est alors en charge de la Camerata Salzburg et du Radio-Sinfonieorchesters Stuttgart. Avec ce dernier, il explore une large part du répertoire dont Mahler, point de départ de cette interview dont vous pouvez lire l’intégralité en allemand sur le site Pizzicato.lu. Crescendo Magazine remercie vivement Remy Franck.
Vous étiez à l'origine chanteur. Est-ce un avantage dans votre activité de chef d'orchestre ?
Oui, et pas seulement dans les œuvres vocales ou les opéras ! Cela m'aide à réaliser le cantabile de la musique. La musique chante et la musique danse ! La danse est très importante pour moi. J'aimais beaucoup danser quand j'étais jeune.
Vous avez dirigé de nombreux opéras, mais vous ne le faites presque plus aujourd'hui.
J'ai dirigé mon dernier opéra en 2006, le prochain suivra cette année. Oui, on me voit rarement à l'opéra. Cela vient en partie du fait que je me suis beaucoup consacré à l'opéra. J'ai dirigé la plupart des opéras que je voulais diriger. Aujourd'hui, je m'intéresse surtout à des choses que je n'ai pas encore faites ou que j'ai rarement faites. Je m'intéresse aux projets qui me font avancer. J'ai fait de la musique chorale ancienne, des opéras, de la musique pour orchestre de chambre, et maintenant, je m'intéresse au grand répertoire symphonique. La deuxième raison est que je ne veux plus partir aussi longtemps, je n'aime pas passer six semaines à Los Angeles ou à Hambourg pour un opéra.
Beaucoup de chefs d'orchestre et de chanteurs disent cela aujourd'hui. Si cela continue ainsi...
(rit) ... oui, plus personne ne fera d'opéra ! La troisième raison, très importante, est que je n'aime pas la qualité des productions actuelles. Il y a très peu de metteurs en scène avec lesquels j'aimerais travailler. Je n'ai pas besoin de sept toilettes sur scène ! Je suis peut-être vieux jeu, mais j'aime qu'un opéra ait l'air de ce qu'il est. Je n'ai pas besoin des idées prétendument géniales de metteurs en scène de 23 ans !
Ce n'est souvent que de la provocation...
Exactement ! Et je provoque déjà assez avec la musique (rires) ! Non, sérieusement, je ne cherche pas à provoquer, mais parfois, cela fait beaucoup de plaisir de faire quelque chose dont on sait qu'il va étonner les uns et être rejeté par les autres. Comme je l'ai dit, mon but premier n'est pas de provoquer, mais de rechercher la vérité. Certains trouvent cela bien, d'autres le perçoivent comme une provocation. Mais ce n'est pas mon objectif. Vous voyez, à Vienne, je reçois généralement des critiques très différentes. Les uns écrivent que c'est merveilleux, les autres que c'est horrible. Mais une fois, j'y ai joué le Paulus de Mendelssohn. Je dirigeais la Camerata Salzburg et le Chœur de chambre suédois. Et là, toutes les critiques ont été très positives. Je savais pourquoi : les critiques ne connaissaient pas l'œuvre. Quand on ne connaît pas une œuvre, mon interprétation ne semble pas nouvelle et plaît. Dans une œuvre que tout le monde connaît, ma vision différente saute aux yeux et beaucoup de gens pensent alors qu'elle est provocante.
Mais certains musicologues affirment que Brahms aimait beaucoup le vibrato, que Wagner l'exigeait expressément, que le vibrato existait donc depuis longtemps, avant l'époque que vous considérez comme l'origine du vibrato, même si sa pratique n'était peut-être pas aussi courante qu'aujourd'hui.
Oui, j'admets que le vibrato existait déjà à l'époque, mais il n'était pas aussi répandu. Pas aussi courant ! Et lorsque le vibrato généralisé est apparu, c'était déjà très nouveau pour beaucoup et ils l'ont aimé. Ils l'aiment encore aujourd'hui (sourit). Et c'est certainement une possibilité. Mais plus pour moi. Ah, on pourrait en discuter pendant des heures. En tout cas, je reproche aux partisans du jeu vibrato de ne pas être cohérents. Si on utilise le vibrato, pourquoi tous les instruments ne le font-ils pas, les cors, les trompettes, les trombones, les clarinettes ? Pourquoi ne le font-ils pas ? Il n'y a aucune logique !
Mais je ne cherche pas à lancer un débat sans fin. Ce qui m'importe, c'est la pureté du son.