Pablo Ferrández et ses amis à Monte-Carlo
Pablo Ferrández est l’artiste en résidence de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo pour la saison 2025-2026.
Le violoncelliste espagnol avait déjà profondément marqué le public monégasque : en juin 2025, par une interprétation envoûtante du Double Concerto de Brahms aux côtés d’Anne-Sophie Mutter, puis en septembre dans Don Quichotte de Richard Strauss.
La soirée est cette fois consacrée à la musique de chambre. Entouré de musiciens amis et complices, Pablo Ferrández propose un programme d’une grande richesse, déployé en duo, trio et quatuor, où l’intimité du dialogue instrumental le dispute à l’ambition formelle.
La Sonate pour violoncelle et piano n°3 op. 69 de Beethoven, en la majeur, figure parmi les œuvres les plus prisées du répertoire, tant par les interprètes que par le public. Elle appartient à une période particulièrement féconde de la création beethovénienne, celle qui voit naître notamment les Quatrième, Cinquième et Sixième symphonies, les deux derniers concertos pour piano et le Concerto pour violon. Cette sonate séduit par la richesse de son invention musicale et par l’équilibre parfait instauré entre les deux instruments, atteignant cette « force, cette économie et cette originalité propres aux œuvres de la maturité », selon la belle formule de Claude Rostand.
Jeu d’harmonies mouvantes, ruptures d’atmosphère imprévues, audaces formelles et virtuosité assumée nourrissent une partition qui défie les conventions tout en déployant une éloquence lyrique éclatante. Pablo Ferrández y impose une autorité naturelle : son violoncelle conjugue brio technique, intensité expressive et présence scénique affirmée, donnant le sentiment qu’il tient fermement la barre.
À ses côtés, la jeune pianiste russo-arménienne Eva Gevorgyan, vingt-deux ans à peine et déjà lauréate de plus de quarante concours internationaux, impressionne par une virtuosité spectaculaire. Mais cette démonstration de puissance et de vitesse tend parfois à écraser le discours musical. Le dialogue peine à s’instaurer avec le violoncelliste, et l’on reste davantage frappé par l’image — sa longue chevelure évoquant une Mélusine contemporaine — que par une réelle fusion sonore.