Mots-clé : Éric Berger

Wolfgang ou Amadeus ?

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Conversation de comptoir :

  • T’as vu ? Il paraît que le petit prodige de la musique, c’est un vieux ronchon qui l’a assassiné.
  • Non ! Comment t’as su ?
  • C’est un type qui a écrit une pièce là-dessus, et puis on avait fait un film aussi. Et on rejoue la pièce maintenant.
  • Pour confirmer qu’il a vraiment été assassiné ?
  • ‘sais pas.
  • Mais attends, cette histoire, elle date pas d’hier. Il leur a fallu si longtemps pour découvrir la vérité ?
  • Tu parles, au moins deux siècles.
  • Alors, y’a prespcrik, preskr… j’y arrive jamais à l’dire.
  • Pres-crip-tion.
  • C’est ça.

Conversation de salon :

  • Vous avez vu la nouvelle production d’Amadeus à Marigny ?
  • Oui, mon cher. Et je suis tombé de haut.
  • Que vous est-il arrivé ?
  • Ce langage, cette vulgarité, comment imaginer que ce petit trésor de Mozart ait pu s’exprimer ainsi ? 
  • Il semble pourtant que ce soit fondé.
  • Vous voulez rire, mon cher. Pardon, pas comme ce petit garnement bien sûr. Vous conviendrez que la musique d’un compositeur est évidemment le reflet de sa personnalité, de son éducation, de sa culture. Ce n’est pas un petit voyou comme on nous le présente qui aurait pu écrire l’Andante du concerto pour piano en Ut majeur, K 467, ou le sublime air de la Comtesse dans les Nozzzzi di Figarro. Non, je ne vous suis pas sur ce terrain.

Retour au comptoir :

  • Ceci dit, le p’tit prodige, il avait pas sa langue dans sa poche.
  • Ah bon ?
  • On dit qu’en matière scato, il était très fort.
  • Scato ? tu veux dire staccato ?
  • Non, scato, comme les gosses.
  • T’en as vu un bout au JT ?
  • Ouais, c’est pas triste, Il parle pas comme ceux de la haute, j’peux t’dire. Ça fait bizarre avec toutes ces perruques et plein de musique pas très Johnny comme style.