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Festival Bach à Saint-Donat: tradition et modernité en résonance

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À Saint-Donat-sur-l’Herbasse, entre les vallées de la Drôme, le Festival Bach a célébré sa 63ᵉ édition sous le thème « Héritage, Transmission, Filiation ». Né dans l’après-guerre pour sceller l’amitié franco-allemande, il trouve son cœur dans la musique de Bach et dans un orgue inspiré des instruments allemands de son époque, devenu le symbole sonore et historique de la manifestation.

De l’accent français à l’héritage universel de Bach

Dirigé depuis cinq ans par Franck-Emmanuel Comte, également directeur artistique du Concert de l’Hostel-Dieu et de La Chapelle de la Trinité à Lyon, le Festival Bach de Saint-Donat conjugue la musique du Cantor avec des esthétiques plus contemporaines. Le dernier jour de cette 63ᵉ édition, deux concerts illustraient cette ouverture : un récital orgue-clavecin par Jean-Luc Ho autour du programme « Bach francophone » et le concert de clôture « Bach to minimalism » par le Concert de l’Hostel-Dieu.

Dans la Collégiale Saint-Pierre & Saint-Paul, Jean-Luc Ho ouvre son récital en évoquant un souvenir marquant : sa première venue en 2001 pour écouter Rinaldo Alessandrini sous le thème de Bach à l’italienne. En contrepoint à ce souvenir, il propose cette fois une exploration de « l’accent français ». Dans son commentaire introductif, quelques exemples au clavecin montrent comment Bach copiait et ornait les œuvres de maîtres français. Puis l’organiste prend place à la tribune de l’orgue, construit en 1968 grâce aux recettes des premières éditions du Festival et inauguré par Marie-Claire Alain. Il enchaîne la Pièce d’orgue BWV 572, la Canzona en ré mineur BWV 588 et An Wasserflüssen Babylon BWV 653b, entourées du Trio en sol d’André Raison et du Récit de tierce en taille de Nicolas de Grigny. Ho rappelle que la passacaille de Raison inspira directement Bach, et qualifie la Pièce d’orgue de « fantaisie à la française ».

Le concert de l’Hostel Dieu dévoile Les Fantômes d’Hamlet à Lyon

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Dans l’enceinte de la Chapelle de La Trinité à Lyon, « une nouvelle scène de musiques baroques et irrégulières », Le Concert de l’Hostel Dieu a donné en première mondiale Les Fantômes d’Hamlet, un projet de création originale autour de la figure de Hamlet. Au centre de ce projet, la soprano italienne Roberta Mameli. Franck-Emmanuel Comte, directeur artistique de l’Ensemble et de La Trinité, a conçu sur mesure le programme pour et avec elle.

De nombreux compositeurs italiens du XVIIIe siècle — Domenico Scarlatti, Francesco Gasparini, Giuseppe Carcani, Carlo Francesco Pollarolo… — se sont emparés de la légende d’Hamlet pour composer des opéras intitulés Ambleto. En effet, au XVIIIe siècle, un même livret pouvait servir à plusieurs compositeurs pour écrire leurs opéras. Le livret est dû à un poète vénitien de la fin du XVIIe siècle, Apostolo Zeno. Si Shakespeare a popularisé l’histoire avec sa pièce de théâtre, ces compositeurs ne la connaissaient pas, précise Franck-Emmanuel Comte dans la mise en oreille organisée avant le concert. C’est le mythe du prince danois, raconté dans la Gesta Danorum (Geste des Danois) du moine médiéval Saxo Grammaticus, qui est ici exploré. Les œuvres musicales ont été écrites entre 1705 et 1741/1742.

La pratique du pasticcio permettait de faire circuler les airs à succès, d’où un certain nombre d’éditions de compilations et de florilèges réunis en un volume. Ces recueils comprenaient également des fragments d’Ambleto. Le musicologue Paolo Vittorio Montanari, qui a retrouvé le livret en question, s’est affairé dans diverses bibliothèques italiennes et européennes pour retrouver ces fragments — seulement des fragments, car tout le reste de ces opéras a été perdu ! Mais il y a une pépite : Gasparini a adapté, pour des représentations à Londres, un air d’Agrippina de Haendel à la demande du castrat Nicolini. Il s’agit de l’air « Tu indegno se dell’allor ».