Mots-clé : Katarina Bradic

Aller au musée pour sortir du musée

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« Orlando » de Haendel, créé à Londres en 1733, est une œuvre magnifique… dans sa partition et ses airs. Son livret, lui, nous confronte aux états d’âme de différents personnages qui aiment et ne sont pas aimés, ont aimé et n’aiment plus, ont cru aimer ou être aimés. Des sentiments exacerbés qui sont justement le meilleur des tremplins pour de grands épanchements vocaux de tendresse, de désillusion, d’amertume, de colère, de folie. Mais, le genre oblige, des airs qu’on ne peut pas rater dans la mesure où ils sont « da capo », ce qui, pour faire bref, signifie qu’on les entend, certes autrement ornementés, trois fois. De plus, il ne se passe pas vraiment grand-chose sur le plateau.

C’est donc musicalement et vocalement très beau, magnifique, sublime, envoûtant.

Au Grand Théâtre de Luxembourg, les spectateurs n’ont pu que se réjouir de l’accomplissement et de l’exaltation de cette splendeur musicale et vocale grâce à la prestation de Christophe Rousset et de ses Talens Lyriques. Bonheur d’écoute. Grâce aussi à la belle distribution réunie, si convaincante déjà alors que nous l’avons découverte lors d’une générale programmée la veille de la première : Katarina Bradic-Orlando, Mélissa Petit-Angelica, Rose Naggar-Tremblay-Medoro, Michèle Bréant-Dorinda et Olivier Gourdy-Zoroastro.

Mais...

A Genève, une création coup de poing, Justice d’Hèctor Parra

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Un opéra sur une horrible tragédie survenue il y a cinq ans ? C’est la gageure que relève Justice, deuxième ouvrage d’Hèctor Parra sur un scénario du metteur en scène bernois Milo Rau, dont le Grand-Théâtre de Genève vient d’assumer la création le 22 janvier.

A la base, un insoutenable drame que restitue sur écran la vidéo conçue par Moritz von Dungern. Nous sommes en République Démocratique du Congo en février 2019. Un camion-citerne transportant de l’acide percute un bus sur une route du Katanga entre Lubumbashi et Kolwezi. En résultent plus de vingt morts et de nombreux blessés. L’acide qui est utilisé dans le traitement des minerais coule jusqu’à la rivière voisine, dans ce sud du pays où l’infrastructure routière est quasiment inexistante. Impliquant Glencore, une multinationale suisse implantée au Congo, un tel sujet vous saisit à bras le corps. Et l’écrivain Fiston Mwanza Mujila qui a élaboré le livret d’après le synopsis de Milo Rau affirme que l’opéra transforme l’accidentel en un sujet universel. Ainsi Justice est non seulement une manifestation de la vérité mais aussi un rite, une cérémonie de deuil qui est une purification réparatrice.