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Das Musikalische Opfer mis en perspective par les ensembles Concerto Madrigalesco et NeoBarock

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Musikalisches Opfer BWV 1079. Fantaisie sur un rondeau en ut mineur BWV 918. Aria en sol majeur BWV 988/1. Vershiedenes Canones BWV 1087. Siciliano de la Sonate en mi majeur pour flûte traversière BWV 1035. Concerto Madrigalesco. Fiorella Andriani, flûte traversière. Mauro Lopes, violon. Luca Guglielmi, pianoforte. Livret en anglais. 2025. 73’04’’. Da Vinci Classics C01077

Spiegelungen. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Musikalisches Opfer BWV 1079. Viktor Kalabis (1923-2006) : Šest Dvouhlasých Kánonických Invencí Pro Cembalo Op. 20. Isang Yun (1917-1995) : Königlisches Thema für violine solo. NeoBarock. Jan De Winne, flûte traversière. Maren Ries, Anne von Hoff, violon, alto. Nazar Kozhukhar, viole de gambe. Stanislav Gres, clavecin. Livret en français, anglais, allemand. Juillet 2024. 74’35’’. Passacaille PAS 1148

Jordi Savall habille « Les Saisons » de voiles transparents

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“Voilée de gris s’approche la douce lumière du matin ; à pas languissants l’indolente nuit se retire devant elle. Vers de sombres grottes s’enfuit l’aveugle légion des oiseaux de mort ; leurs mornes cris plaintifs n’oppressent plus le cœur angoissé. - Le héraut du jour s’annonce et de ses cris perçants, il appelle le paysan reposé à reprendre son activité.” 

Sur ces vers significatifs commence la deuxième partie des « Saisons » de Haydn, l’été. L’auteur du texte, Gottfried von Swieten, nous met d’emblée dans l’ambiance de l’œuvre. Et aussi, on dirait qu’il a eu la prémonition de comment ce merveilleux musicien qui est Jordi Savall a construit son interprétation. Car ces instruments dits « baroques », même s’ils sont souvent difficiles à manier par leur instabilité face aux changements de température ou d’humidité et ses difficultés pour la justesse, apportent une transparence, une lumineuse clarté à toutes les voix qui se sont réunies pour former cet ensemble d’orchestre et chœurs et nous offrir le dernier grand ouvrage d’un compositeur déjà à la fin de son parcours de vie, mais certainement pas dépourvu de vitalité. Il y a une autre analogie avec Savall : il se présente sur scène tenant une canne de sa main droite (à la suite d’une chute) et monte avec précaution sur le podium mais, dès que le son jaillit, sa vitalité, son écoute attentive et sa direction, plutôt minimaliste mais redoutablement efficace et empathique, nous plongent dans un univers où se mêlent ténèbres et rayons de lumière. Et, en même temps, tout ce déploiement d’énergie, de précision et de clarté laisse planer un voile de mystère car « Les Saisons » ont une signification qui va bien plus loin qu’une simple allégorie du bonheur et de la vertu de la vie paysanne, d’un respect de nos liens avec la nature prémonitoire des élans écologistes d’aujourd’hui. On a, effectivement, signalé des évidentes analogies symboliques avec les rites d’initiation maçonniques, absolument limpides dans le texte de clôture de l’oratorio : « Un printemps éternel règne et une félicité́ sans fin sera la récompense des justes. Qu’une telle récompense soit aussi un jour la nôtre. Efforçons-nous-y, aspirons-y… Que ta main nous guide, O Dieu ! Accorde-nous force et courage ; ainsi nous vaincrons et nous serons admis dans la gloire de ton royaume. Amen.”