Mots-clé : Renaud Delaigue

Fête vocale à Metz avec Albert Recasens et La Grande Chapelle

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Ce 14 février dernier, l’ensemble La Grande Chapelle dirigée par Albert Recasens joua une Messe en l’honneur de la Sainte Vierge de Tomás Luis de Victoria. Comme Monteverdi et Roland de Lassus, qui, comme lui, ont composé des œuvres liturgiques dont des Salve Regina, comme celui de samedi, Tomás Luis de Victoria rédigea une musique de bure, fille du silence. Elle semble lui donner une conque autant pour le protéger que pour le faire entrer dans son intimité. La musique ici ne fait pas d’éclat, elle luit comme une bougie solitaire dans une église.

L’ensemble lui-même n’est pas très important, ce qui convient parfaitement à la grande salle de l’Arsenal de Metz, dont l’acoustique n’est jamais aussi belle qu’affamée. L’atmosphère du concert était donc intime, et exigeait une écoute patiente, recluse et humble de la part des spectateurs. Il fallait donc tenir l’heure et quart de lignes de chant pures, ne descendant jamais trop dans les graves ni de montant trop haut dans les aigus., avec des harmonies tenant du miracle grâce à des mélodies souples. En fermant les yeux, on se serait cru dans un paysage de neige. Les chanteurs et les instrumentistes retransmettaient ainsi une atmosphère intime, un sentiment frêle mais indéniable. la foi.

La Esmeralda… de Louise Bertin, vraiment ?

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De ce spectacle prétendument présenté comme étant « opéra de Louise Bertin », on sort déboussolé.

L’œuvre est devenue un spectacle pêle-mêle dans lequel tout se mélange sans que l’on comprenne pourquoi ni comment.

L’œuvre est composée en 1836 sur un livret de Victor Hugo, par la fille du directeur du puissant Journal des débats, Louis-François Bertin dit Bertin aîné (dont Ingres a fait un magistral portrait en 1832 qui se trouve aujourd’hui au Louvre). Dans sa demeure à Bièvres, à proximité de Paris, il tenait un salon littéraire qui réunissait de nombreux jeunes artistes prometteurs, parmi lesquels Gounod, Liszt, Berlioz (qui écrivait pour ce journal d’importantes critiques musicales), Chateaubriand, et bien sûr, Hugo. L’enregistrement réalisé à l’occasion de la représentation en version de concert donnée sous la direction de Lawrence Foster, au Festival de Montpellier en 2008, montre son écriture originale qui tmoigne avec éloquence de son talent particulièrement florissant.

Mais hélas ! La metteuse en scène Jeanne Desoubeaux a tellement transformé l’œuvre qu’on la reconnaît à peine. Déjà, à l’ouverture, avec une interminable « fête infâme » en rave party avec un défilé grimaçant (imitation de gargouilles ?) sur une musique électronique enregistrée (Gabriel Legeleux) dans une sonorisation à casser l’oreille (François Lanièce) et sous des lumières agressives (Thomas Coux), on se demande à quel spectacle on va assister. Et on vérifie si on a bien lu sur le programme « opéra de Louise Bertin »… Le mélange d’époques dans les costumes (Alex Costantino) et dans la scénographie (Cécile Trémolières) aurait pu refléter une lecture transversale intéressante, mais l’absence de cohérence et la vulgarité de certaines scènes ne font qu’accentuer le sentiment de confusion totale. Si la rosace et une colonne avec chapiteau (qui sont beaux en soi) et l’échafaudage des chantiers qui symbolisent la Cathédrale d’hier et d’aujourd’hui, la généralisation de la lecture est telle qu’on peut à la limite se passer de Notre-Dame, ce qui est fort dommage.