Week-end Berio à Radio France
Outre l’intégrale des séquenze proposée la semaine d’avant à la philharmonie, Radio France nous a présenté vendredi et samedi deux des pièces les plus exaltantes du compositeur. Sinfonia et Laborintus II. La programmation a choisi de dispatcher les deux pièces dans des concerts différents, et de les accompagner de compléments de programme en lien plus ou moins étroits avec le compositeur. L’Orchestre Philharmonique de Radio France est dirigé par Pascal Rophé.
Berio, c’est mon mentor de fin d’adolescence. Celui avec qui j’aimais déranger mes semblables ! Lorsque j’ai débarqué en faculté de musicologie, et au conservatoire, les cours d’analyse, composition et d’histoire de la musique se sont révélés être des sources d’énergie nouvelles par le biais de professeurs passionnés. J’étais issu de l’école de musique d’une petite ville, le cœur rempli de piano romantique, de pop-music, d’opéra italien. Jusqu’ici, alors que certaines dissonances de Ravel me faisaient encore grincer des dents, on m’avait présenté la musique dite « contemporaine » comme difficile, bizarre, voire comme une blague !
Berio a été le premier à avoir eu mon aval dans la distinction entre “la vraie musique” et “le n’importe quoi”. Enfin un compositeur atonal qui trouvait grâce à mes yeux : il fut le marchepied vers ses camarades de Darmstadt (Boulez, Stockhausen, Xenakis, Ligeti). Pourtant, il n’était pas le plus accessible : sa rigueur structurelle demandait pas mal d’initiation. Mais son influence allait au-delà du langage : il avait cette capacité à intégrer Mahler, le madrigal, les Beatles, le jazz, le folklore, dans un discours d’avant-garde délirant, érudit, politique.
Alors, quand on me propose pour son centenaire deux pièces aussi emblématiques, sur les partitions desquelles j’ai passé pas mal d’heures d’études, je me précipite, avec toutefois, la légère appréhension de sentir sur elles, quelques marques du temps.
Sur le papier, associer Berio à des créations de jeunes compositeurs.trices semble cohérent. Mais en lisant le programme, je me surprends à regretter de n’avoir pas profité du centenaire pour jouer d’autres de ses opus percutants et rares, comme A-Ronne ou Cries of London, l’ensemble vocal étant déjà là. Ce regret se confirme dès la première pièce : Sea sons seasons de la compositrice islandaise Bára Gísladóttir. Entre l’aspect descriptif de la mer, l’écriture de masse et l’utilisation bruitiste des modes de jeu, je me sens très loin de l’esprit de Berio, qui, malgré son exploration extrême des instruments dans les Séquenze, n’était pas friand d’un tel premier degré.